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Critiques de François Nourissier


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    • Livres 5.00/5
    Par lecassin, le 10/08/2013


    Prince des berlingots Prince des berlingots de François Nourissier

    Comme je l’ai déjà dit ici, j’ai découvert François Nourissier tardivement : son apparence me rebutait… Autant qu’elle le rebutait lui même, si j’en crois ses propres écrits… Grave erreur !
    En fait j’ai découvert cet écrivain majeur à l’occasion, en 2000, de la sortie de « A défaut de génie » et du « Bouillon de culture spécial » que Bernard Pivot lui consacra alors.
    A cette époque, il souffrait déjà de la maladie de Parkinson (diagnostiquée en 1995) et n’hésitait pas à aborder le sujet avec fermeté et dignité. Miss P. avait-il décidé de la surnommer…pour mieux la combattre.

    Il revient sur sa vie en compagnie de Miss P. dans ce court récit (le terme est de lui), « Prince des berlingots » qui se présente comme une série d’une cinquantaine de chroniques autobiographiques traitant entre autres de sa maladie. Je dis bien entre autres, parce que chez le Nourissier du « Prince des berlingots » autant que chez celui de « A défaut de génie », tout est prétexte à la digression-promenade hors des sentiers battus.

    Il nous livre un ouvrage lucide et digne où le larmoiement et l’apitoiement sur son sort n’ont pas leur place ; bien conscient malgré tout (ce sont ses mots) qu’il « fait tapisserie au bal de sa vie », alors que les doses de médicaments augmentent et que les choses ne s’arrangent guère…hallucinations olfactives auditives et visuelles, akinésie, salive abondante le transformant en vieillard baveux.
    Beaucoup d’autodérision, au contraire… Et puis cette prose au vocabulaire si précis (voire précieux), ponctuée d’envolées lyriques ! Merci, monsieur Nourissier ! et Adieu l’artiste.

    Critique de qualité ? (27 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par nadejda, le 17/02/2013


    Le Cycliste du Lundi Le Cycliste du Lundi de François Nourissier

    Quel que soit le livre qu’il chronique qu’il soit enthousiaste ou pas il donne envie d’y aller voir et c’est cela qui est vraiment extraordinaire. Donner envie au lecteur de lire même les auteurs pour lesquels il émet des réserves. Et puis surtout, contrairement à certains critiques littéraires actuels, il a lu les livres qu’il chronique dont il s’est imprégné au point qu’on le sente comme possédé par sa découverte. Il dit ce qu’il pense mais toujours avec élégance et dans un style qui laisse baba... Il y a parmi ces cents livres magistralement chroniqués ceux dont je n’avais jamais entendu parler, ceux dont les noms ne me sont pas inconnus, ceux que j’ai lu et dont je me souvenais vaguement et ceux que j’aime et redécouvre par les yeux et le coeur de François Nourissier. Le résultat est un bonheur, une balade passionnante au coeur de la littérature du XXe siècle dont il nous offre un paysage varié et coloré. Et c'est sans réserve que l'on se laisse entraîner avec joie sur des sentiers parfois inconnus.
    Conviendrait parfaitement à la lecture de ces textes ce que Nourissier écrit à propos du roman de Pierre Gascar "Les Chimères"p 189
    "Oui, le style me donne du bonheur. Je veux dire : le vrai langage de notre temps qui emprunte davantage à la précision qu’à l’élégie, qui tire force et beauté d’une adéquation parfaite à ses thèmes, qui fait rêver plutôt que chanter, et rêver dans un décor arraché aux flous artistiques et aux langueurs glycérinées."

    Critique de qualité ? (26 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par lecassin, le 02/02/2013


    La Creve La Creve de François Nourissier

    François Nourissier, un auteur que j’ai dédaigné pendant de longues années, ne le croisant qu’à la télévision lors des remises de Goncourt. Pourquoi cet homme m’a-t-il si longtemps rebuté ? Ses lunettes ? C’est vrai que je n’aimais pas ses lunettes…
    Il aura fallu une émission de Bernard Pivot, en 2000, pour que je découvre cet homme lucide et sensible décrivant sa haine et son dégout de lui-même dans « A défaut de génie », son dernier ouvrage paru. Je me précipite chez le libraire et dévore les 660 pages du bouquin… C’est un choc !
    Et cette façon de parler de Miss P, alias Miss Parkingson, la maladie qui finira par l’emporter…

    Mais revenons à « La crève », prix Fémina 1970…
    Benoît a la cinquantaine ; marié à Hélène, deux fils et un bel appartement à deux pas de son bureau ; une aisance matérielle qui ferait des envieux La belle vie !
    Quoique…Bien qu’épanoui dans son travail d’éditeur et jouissant de la compagnie d’une épouse qualifiée de discrète et raffinée, ils ne font que se croiser et Benoît ne trouve le sommeil qu’à l’aide de comprimés… quand il ne sombre pas tout bonnement dans l’alcool. On le sent mûr pour la chute…
    Il rencontre Marie, vingt ans…et part la rejoindre en Suisse. Pour quoi faire ? S'agit-il d'un aller simple ?

    « La crève », une évocation du « démon de midi », amère et sensuelle. Un roman dans le milieu de l’édition que l’auteur fréquentait assidûment. Comment ne pas penser qu’il pourrait bien y avoir un peu de François Nourissier dans ce Benoît Magellant ?

    Et puis mea culpa pour avoir aussi longtemps volontairement ignoré cet écrivain majeur pour « délit de sale gueule »…

    Critique de qualité ? (25 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par lecassin, le 05/03/2013


    Le Cycliste du Lundi Le Cycliste du Lundi de François Nourissier

    Il n’est pas dans mes habitudes de publier un commentaire au sujet d’un livre que je n’ai pas terminé ; surtout, et c’est le cas ici, quand il s’agit d’un ouvrage offert dans le cas de « Masse critique ». J’en profite d’ailleurs pour remercier encore l’équipe de Babélio et l’éditeur « La Grande Ourse ».

    « Le cycliste du lundi » de François Nourissier.
    J’ai déjà eu l’occasion de dire ici que j’ai découvert cet auteur tardivement au moment de la sortie de « A défaut de génie », et quelle admiration je lui porte. Aussi, a la réception par la poste de ce recueil de chroniques littéraires parues dans la presse entre 1962 et 1978… Impatience : une centaine de chroniques sur quatre-vingt auteurs…Un vrai livre de chevet…

    Dès réception, je me précipite sur la préface d’Elisabetta Bonomo, une spécialiste de l’auteur, puis sur l’avant propos de l’auteur lui-même. Tout s’annonce bien pour un grand moment de littérature. J’enchaîne les chroniques : Anselme (connais pas), Aragon, Banier (ça me dit quelque chose…et ça me rappelle Huguenin de « la côte sauvage ». Gagné, Nourissier évoque cette étrange ressemblance avec « Le passé composé ». Horreur, il s’agit du Banier de l’affaire Bettancourt)…
    Roland Barthes, Hervé Bazin : « Le matrimoine »…Je ne l’ai pas lu, un des rares Bazin qui me restent à lire. Ca m’ennuie, ça…
    Je cours vers mes favoris. Sont-ils présents ?
    Tournier : « Le roi des aulnes », un chef d’œuvre… Je découvre une analyse commune avec Nourissier, mais par lui si bellement argumentée, documentée…rédigée...
    Vite Déon… Il y est : « Les poneys sauvages », remarquable…
    Giono, Chabrol, Bodard, Chardonne, remarquable également.

    Un vrai livre de chevet, disais-je… Il a pris en effet position sur ma table de chevet et je poursuis journellement ma lecture. La prose de Nourissier est un émerveillement toujours recommencé : qu’il parle de Romain Gary ou de Drieu La Rochelle, c’est toujours en expert de la langue…

    Si l’on en croit la revue « L’express », « Le cycliste du Lundi » est une « déclaration d’amour à la littérature ».
    On ne peut bien sûr que souscrire à pareille déclaration et souhaiter longue vie à cette toute jeune maison d’édition « La grande Ourse », créée par la propre fille de François Nourissier qui se propose d’exploiter les archives léguées par son père à la BNF dans de prochaines parutions. Impatience…

    Critique de qualité ? (24 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par lecassin, le 05/02/2013


    A défaut de génie A défaut de génie de François Nourissier

    Voilà le livre qui m’a fait découvrir François Nourissier, un auteur que j'ai dédaigné pendant de longues années, ne le croisant qu'à la télévision lors des remises de Goncourt. Pourquoi cet homme m'a-t-il si longtemps rebuté ? Ses lunettes ? C'est vrai que je n'aimais pas ses lunettes…
    Il aura fallu une émission de Bernard Pivot, en 2000, pour que je découvre cet homme lucide et sensible décrivant sa haine et son dégoût de lui même dans ce monument d’introspection qu’est « A défaut de génie ». D’abord, le titre m’attire, somptueux, court, mais tellement révélateur de l’état d’esprit de l’homme. Je me précipite chez le libraire et dévore les 660 pages du bouquin… C'est un choc !
    Et cette façon de parler de Miss P, alias Miss Parkingson, la maladie qui finira par l'emporter…
    Une découverte bien tardive. Son premier ouvrage date de 1951…
    Mea culpa… Mais quel plaisir de penser qu’il ne me reste pas moins de vingt-cinq livres à découvrir du même auteur : « La crève » et « En avant, calme et droit », lus depuis cette découverte, ne m’ont en effet pas déçu.

    Critique de qualité ? (24 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par lecassin, le 25/08/2013


    Lettre ouverte à Jacques Chirac Lettre ouverte à Jacques Chirac de François Nourissier

    Cette lettre à Jacques Chirac est datée du 20 janvier 1977… et Jacques Chirac a démissionné de son poste de Premier Ministre le 26 juillet 1976… Alors pourquoi François Nourissier décide-t-il de lui écrire ? Ne se pose-t-il pas lui même la question en quatrième de couverture de cette longue « Lettre à Jacques Chirac » ? pour y répondre immédiatement que d’abord, Jacques Chirac l’amuse et qu’ensuite, il est toujours plus pratique d’écrire soi même sa pensée plutôt que de signer des manifestes que l’on a pas écrits…Et puis, si « les écrivains et artistes » pullulent à gauche, leurs rangs sont clairsemés dans la Majorité. » Il veut en être…

    Fort de cette ambition et convaincu qu’un Président de la République se construit dans le terroir, il s’adresse au député de la Corrèze. Le verbe est clair, sans acrimonie ; même pas à l’évocation de Georges Marchais alors Secrétaire Général du Parti Communiste Français, et encore moins à l’adresse de François Mitterrand à qui il prédit une brillante ascension tout en mettant Jacques Chirac en garde contre la tentation de le faire élire, pour récupérer les fruits de son échec… Dans quel état retrouverait-il la France après une pareille expérience de socialisme, se demande-t-il ?

    L’Histoire apportera réponse à cette question…

    On assiste donc au long de cette longue lettre à la présentation d’une galerie de portraits des hommes et femmes politiques influents de l’époque ; une galerie de portraits qui ne manque pas de saveur sous la plume acérée d’un François Nourissier en verve : Marchais, Mitterrand, Giscard d’Estaing, bien sûr mais d’autres également : Beuve Mery, de Gaulle, Rocard…
    Mieux, une série de digressions comme François Nourissier en a le secret, sur les grands événements de l’histoire de son siècle : la résistance, la guerre 39/45, la décolonisation…
    Enfin, la politique et ses bassesses…

    Un régal, qui, certes ne dira pas grand chose aux plus jeunes, mais qui apportera aux plus anciens l’éclairage tout particulier de la pensée de Nourissier sur une période où l’inflation culminait à 16, voire 18 %, où le Président serrait la main aux détenus dans les prisons et ou il invitait les éboueurs au petit déjeuner. Démagogie ? Non VGE…

    Critique de qualité ? (23 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par lecassin, le 05/02/2013


    En avant, calme et droit En avant, calme et droit de François Nourissier

    « En avant calme, et droit », une reprise – si l’on peut dire, quand il s’agit d’équitation – du général Alexis L'Hotte, « le cheval calme, en avant et droit », devenue la devise du Cadre Noir de Saumur.

    Publié en 1987, il s’agit pour François Nourissier de décrire l’évolution de la société française depuis les années 30 au travers de la vie d’Hector Vachaud, dit Vachaud d'Arcole, écuyer.
    Un ouvrage sans concession d’un auteur qui prétendait que ses personnages correspondaient à ce qu’il était, ce qu’il avait été, voir ce qu’il serait.
    Jamais avare dans la détestation de soi, François Nourissier nous sert ici un texte, comme toujours d’une grande beauté, tant dans la syntaxe que dans le vocabulaire dont il maîtrise jusqu’aux mots oubliés… parfois désuets… Mais c’est tellement beau !

    Toujours, pour ma part, le même mea culpa pour avoir « découvert » tardivement cet écrivain majeur du XXème siècle...
    A quelque chose malheur est bon, dit-on : j’ai encore à lire un bon nombre d’ouvrages que j’imagine sans peine excellents.

    Critique de qualité ? (17 l'ont appréciée)


    • Livres 3.00/5
    Par carre, le 24/03/2012


    Eau-de-feu Eau-de-feu de François Nourissier

    Dans ce récit autobiographique, François Nourissier témoigne de la maladie de Reine son épouse, alcoolique. Il ne s'épargne pas, mettant en lumière son aveuglement, son propre rapport avec l'alcool, les alcools plûtôt, le cauchemar au quotidien de cette addiction. Et puis bien au delà, il a une réflexion sur le couple, la vieillesse, sur les terribles scènes qui accompagnent cette dépendance.
    Une confession sans complaisance, extrémement touchante et humaine qui évite l'indécence et l'impudeur, avec une écriture extrémement joyeuse et érudite pour masquer les douleurs.

    Critique de qualité ? (17 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par sylvaine, le 22/04/2012


    La Creve La Creve de François Nourissier

    Benoit la cinquantaine est directeur de collection dans une grande maison d’édition depuis de longues années avec pour toute fierté celle de faire connaître l’œuvre de celui qu’il estime digne de son estime .Il faut voir comment il materne ses poulains, les secoue à bon escient, les réconforte dans leurs soucis quotidiens, les dynamise quand le doute s’installe et que les mots ne viennent plus. Bref il est l’âme de cette maison, le maître d’œuvre, guetté par les jeunes loups qui convoitent sa place.
    Marié avec Hélène depuis fort longtemps ,père de 2 fils qu’il ne fait que croiser dans les couloirs de son grand appartement à 2 pas de son bureau
    Il semblerait que tout lui sourie. Que se passe t’il donc, que lui arrive t’il pour que chaque soir il cherche le sommeil dans l’alcool mondain et les cachets ?
    Entouré par sa famille, passée de l’attention de sa mère Madame Benoit Magellan dont il dit « son visage s’aiguise et ses hanches percheronnent » à celle de son épouse, discrète, raffinée, « Elle était moqueuse autrefois. Maintenant, elle se contente de se taire dans son coin, en éveil, suivant la conversation des yeux, croirait-on, attentive à ne froisser personne. »

    Voilà, il a croisé la route de Marie, jeune femme, de 20 ans, et depuis il ne vit plus ne dort plus, s’échappant de temps en temps au gré d’un congrès pour aller la retrouver .C’est son feu, sa flamme, sa passion, son obsession .Bref il ne vit plus.
    Ce matin, il se lève et décide de…..il ne sait pas encore
    François Nourrissier, qui nous a quittés en 2011, nous livre là un texte d’une force, d’une violence fabuleuse. Les mots claquent, vous fustigent, vous vous prenez en pleine poire les états d’âme de Benoit et vous assistez impuissants à son mal-être, à ses tergiversations qui l’amèneront à….
    Bref, de la grande, très grande ouvrage qui gagne à être connue et reconnue à sa juste valeur

    Critique de qualité ? (12 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par zabeth55, le 10/04/2013


    Roman volé Roman volé de François Nourissier

    Essai autobiographique, ce texte est une réflexion sur l’écrivain, sur l’écriture.
    L’auteur s’est fait dérober sa mallette dans laquelle se trouvait, entre autres, son dernier manuscrit dont il n’a aucun double.
    Dès lors, il se sent dépossédé, il se révolte, puis s’interroge.
    Sur ce texte, qu’il serait incapable de réécrire, sur ses autres livres et ce qui les a motivés, sur la nécessité d’écrire, sur la vieillesse.
    Il décrit aussi le traumatisme d’un vol et les idées noires qui en découlent.
    La maîtrise et la finesse du style sont celles d’un grand et véritable écrivain.
    L’amour des mots et du langage transparaissent à chaque page.

    Critique de qualité ? (8 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par Zebra, le 18/07/2012


    En avant, calme et droit En avant, calme et droit de François Nourissier

    Une vraie histoire comme on les aime, et du très grand style.

    Critique de qualité ? (6 l'ont appréciée)


    • Livres 2.00/5
    Par araucaria, le 13/04/2012


    Allemande Allemande de François Nourissier

    Le premier roman de François Nourissier que je lisais. J'ai été énormément déçue sans doute parce que j'attendais trop de ce grand écrivain. Je n'ai pas apprécié la manière dont il traitait le sujet, lié à l'occupation de Paris et la libération.


    Lien : http://araucaria.20six.fr/

    Critique de qualité ? (6 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par Kashima, le 23/06/2013


    Lettre à mon chien Lettre à mon chien de François Nourissier

    Dans Lettre à mon chien, il est question de la relation de François Nourissier avec sa chienne Polka, mais aussi du métier d'écrivain, du retirement qui, comme il le dit, n'était (et n'est) pas très à la mode.

    Lettre à mon chien est un livre dans lequel François Nourissier s'adresse à sa chienne Polka, rebaptisée ainsi par Claude Gallimard car son vrai nom, c'est Pilule. Il nous raconte ses expériences avec les animaux, souvent liées à l'observation, malgré lui, de leurs souffrances. Sa sensibilité en la matière est très grande. Un de ces petits chapitres, à propos, s'appelle "Un grand chien noir". Il nous dit comment il a vu, un jour, dans la circulation parisienne, un grand chien noir éperdu, coincé sur un îlot, près d'un tunnel, prisonnier des voitures. L'auteur s'est affolé, à tout fait pour pouvoir garer sa voiture plus loin,se porter à son secours, mais la peur de le retrouver écrasé a été si grande, si viscérale qu'il a fait demi-tour.

    François Nourissier nous raconte la compagnie de Polka dans sa vie quotidienne et sa vie d'écrivain. Tout ce qu'il écrit est tellement vrai, on y retrouve tellement sa vie avec son propre animal que c'en est émouvant. Voilà un auteur qui a tout compris de la présence de l'animal dans une vie.

    J'ai cherché des informations sur Polka, l'année de sa disparition, des photos de Nourissier avec elle. Il y en a peu, hormis cette vidéo postée ci-dessus et datant de 1976.

    En 1981, on le voit sur une photo pour Paris Match avec un berger allemand : Polka, le teckel, était sans doute morte, elle qui avait déjà plus de dix ans au moins au moment de l'écriture de ce roman en 1974 (il mentionne une paralysie en 1967).

    Dans le dernier chapitre, François Nourissier constate qu'il existe deux mondes, deux sortes d'humains. Une belle conclusion à un livre très touchant et sincère.



    Lien : http://edencash.forumactif.org/t1012-la-polka-de-nourissier#9512

    Critique de qualité ? (5 l'ont appréciée)


    • Livres 3.00/5
    Par herveGAUTIER, le 11/03/2014


    L'eau grise L'eau grise de François Nourissier

    N°349– Juillet 2009.
    L'EAU GRISE – François NOURISSIER – GALLIMARD.

    Je relis rarement un roman je ne saurais dire pourquoi, peut-être par crainte de ne pas retrouver , lors d'une nouvelle lecture, le plaisir que la découverte m'avait donné. Pourtant, j'ai fait une exception pour « l'eau grise » que j'avais lu il y a quelques années et qui m'avait inspiré quelques pages.

    Il s'agit un roman de jeunesse, écrit en 1950 par François Nourissier et publié à l'époque chez Plon. L'auteur avait « entre vingt deux et vingt quatre ans, [était]un bon jeune homme, marié tôt, chrétien, père d'un garçon né deux mois avant que ne parût ce roman... » Dans l'édition de Gallimard, publiée en 1986, l'auteur fait précédé ce texte d'une longue préface où il évoque ce premier livre, sa vie d'alors, le début de ce qui sera sa long parcours littéraire... Comme il s'agissait d'un livre sur le mariage, dont le titre avait été emprunté à une citation de Jacques Chardonne, il le lui fit tout naturellement parvenir. Cela lui ouvrit certes les portes d'une carrière mais le catalogua comme un homme de droite alors que ses aspirations le menaient plus volontiers de l'autre côté de l'échiquier politique. L'itinéraire de l'auteur d' « Epithalame » passait aussi par la Libération et l'occupation allemande.
    Dans ce long préambule, il fait donc le point sur ses lectures, ses inévitables influences littéraires, son itinéraire personnel. Il indique aussi qu'il se livra, lors de la publication chez Gallimard, à une relecture de ce premier roman avec un œil nécessairement critique [ ma relecture à moi trouve peut-être sa raison dans ses confidences à lui ?] de la part du notable des Lettres qu'il était devenu. Trente cinq ans séparaient ces deux publications, ce qui laisse le champ libre à l'examen, mais aussi à l'introspection, le chemin parcouru, les résultats, la place dans la société et parmi ses pairs, les avis inévitablement formulés, ceux des thuriféraires comme ceux des critiques malveillants. De tout cela que restait-il et qu'est-ce que l'avenir lui réservait?

    Il s'agit bien d'un livre sur le mariage. Un homme [Philippe], une femme [Élisabeth], mariés tôt comme cela se faisait dans l'immédiat après-guerre, avec tous les fantasmes qui s'attachaient à cette union, mais que tout sépare malgré le destin [ou le hasard] qui les a unis, s'abîment petit à petit dans un quotidien matrimonial ou chaque geste devient banal et déprimant. L'amour, qui a sans doute existé entre eux, s'est peu à peu dissout dans le subtil acide des habitudes, et l'usure des choses [l'écume des jours aurait dit Boris Vian] a fini par avoir raison des certitudes les mieux établies, menant Philippe à cette évidence désormais inéluctable qu'Élisabeth et lui «  n'avaient plus partie liée, qu'ils n'avaient jamais eu partie liée, qu'ils n'étaient plus que des étrangers ».C'est donc un mariage sans passion qui réunit ces deux êtres qui maintenant se débattent dans cette « eau grise » où le lit est commun mais les rêves différents, les aspirations aussi! Et l'auteur de confier «  la nuit de l'homme et de la femme s'accomplit...Jusqu'au plus profond des jours, les vérités secrètes de la nuit porteront cependant leur fermentation. Élisabeth et Philippe, peureux, les dénonceront comme des mensonges, pour mieux les exorciser ».

    Dès lors le décor est planté et l'absence d'enfant favorise peut-être entre eux la venue d'un troisième personnage, Gésa, plus âgé et étranger, ce qui suffit à lui conférer une sorte d'aura aux yeux d'Élisabeth. Et Philippe, face à cette situation nouvelle semble laisser faire «  Élisabeth pouvait bien cesser de l'aimer, aimer Gésa, se donner à lui et le suivre, Philippe ne s'interposerait pas entre cette nouvelle femme et l'ancienne Élisabeth ». Pourtant, il cogite, constate combien les choses ont pu changer sans qu'il s'en aperçoive, à cause de lui peut-être? Il n'est plus le maître du jeu comme il le pensait, refuse cependant l'évidence, n'envisage pas que sa femme puisse le tromper puisque lui-même s'en juge incapable, se cabre sur des idées qui pour lui sont définitives et qui ont nom fidélité,amour, vertu, stabilité du mariage mais aussi hypocrisie, conventions sociales, apparences ... autant d'équilibres que vient compromettre la présence de Gésa! Autrement dit, il refuse la réalité en se jouant une comédie d'autant plus dérisoire qu'elle débouche sur le vide de la jalousie.

    Le suicide manqué de Gésa semble devoir révéler à Philippe toute l'intrigue de ce drame matrimonial, mais lui y fait figure de victime consentante, incapable et peut-être non désireux de voir la vérité en face «  Se trompait-il? Était-il trompé? Philippe n'en savait rien et pensait que c'était bien ainsi. Il aimait accepter. Il aimait que la vie accomplît ses promesses , sans nulle extravagance ».

    Je trouve l'analyse de la vie de couple bien menée. Même si dans les années 50 on accordait au mariage des mystères et surtout des vertus de longévité et de solidité qui étaient censées le faire résister aux plus fortes tempêtes, même si, à l'époque c'était plutôt au mari qu'on attribuait la faculté de tromper son conjoint et non le contraire. Ainsi, malgré les nombreuses années qui se sont écoulées, le changement des mentalités, des usages et du mode de vie, ce texte n'a pas vieilli. L'analyse qui y est faite du mariage et de la vie commune entre époux me paraît bien actuelle, pertinente et même un peu désabusée, même si elle peut, encore aujourd'hui paraître quelque peu anachronique chez un écrivain de vingt ans.


     Hervé GAUTIER – Juillet 2009.http://hervegautier.e-monsite.com


    Lien : http://hervegautier.e-monsite.com

    Critique de qualité ? (4 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par VACHARDTUAPIED, le 14/04/2013


    A défaut de génie A défaut de génie de François Nourissier

    Ecrire était son dernier plaisir, le seul que le grand âge daignait encore lui accorder, et il l'a perdu. François Nourissier, écrivain à l'ancienne comme on le dit de certains artisans, ne connaît plus la volupté de noircir des pages, de griffonner, de raturer, le bonheur d'user ses chères pointes Bic sur du papier épais, la douceur de coucher ses regrets ou ses remords dans des draps de vélin. Rattrapé sur le tard par une vieillesse qu'il a simulée trop tôt - l'a-t-on jamais connu autrement qu'avec sa solennelle barbe blanche?-, celui qui fut longtemps un malade imaginaire, doublé d'un véritable hypocondriaque, est en effet atteint de la maladie de Parkinson.

    «Miss P.», ainsi l'appelle-t-il dans ce livre, est la compagne intraitable et menaçante de ses derniers jours. Il lui doit de perdre la mémoire, de compter les trois heures de répit, de lucidité, que le petit matin de la littérature veut bien lui concéder. Elle le contraint désormais à dactylographier ses lettres personnelles, au pied desquelles grelotte une maigre signature. Elle lui donne «une démarche pâté de foie», un air d'hydrofoil aplati, elle le fait s'agripper, dans les escaliers, à l'épaule d'inconnus et, saisi d'une ivresse d'abstème, tituber, l'été, sur la passerelle d'un bateau. Dans les dîners où jadis il brillait, les plats soudain lui échappent, chaque bouchée est un calvaire, la sauce coule, la conversation se fige, il bafouille, flageole, gêne et, comble du supplice pour ce conteur-né, il ennuie. On sait que François Nourissier ne s'aimait guère, maintenant il se dégoûte: «Je me rêvais hêtre, chêne, me voilà tremble - vert d'eau, pâleur d'os - frissonnant dans les rafales de mon automne.»

    Ce livre de 803 feuillets impeccables, de 670 pages au cordeau, ce livre qu'il n'a pas pu écrire, il l'a tapé, «en état de perdition», sur une vieille Hermès 30, modèle 1958. On l'imagine, tel Glenn Gould recroquevillé sur son Steinway, pianotant avec rage pour que s'efface le corps abîmé et que jaillisse, d'une antédiluvienne machine à écrire, le son pur, la note claire - la musique qui restera. Et il y parvient, le bougre. Et c'est sa revanche, et c'est notre récompense.

    Dans une prose nerveuse, il nargue cette maladie qui ramollit les muscles. A sa mémoire vacillante, il arrache des souvenirs précis et justes, ce sont ses «Variations Goldberg». La main est traître, pas le style - du vif-argent. Certains jours d'épuisement, celui pour qui «être écrivain aura été une certaine façon de vivre» aspire même à mourir dans son paragraphe, la tête venant cogner sur l'AZERTY familier comme le comédien en scène ou l'amant, au déduit. Car, fidèle à son devoir de sincérité, François Nourissier ne donne pas seulement ses Mémoires - il récuse le mot, il a tort -, il veut aussi qu'on assiste à la naissance douloureuse de chaque chapitre, au combat quotidien qu'il mène contre le temps pour parvenir au point final, à ce «Maintenant c'est assez joué, cassez-vous. Du balai, du vent, ouste!» par quoi, excédé, il salue la compagnie. Et se congédie lui-même.

    L'auteur du «Petit Bourgeois», qui n'en est pas à sa première autobiographie, prenait le risque de se répéter, de macérer «dans son jus», selon sa formule préférée. La question se pose en effet au seuil de cette ultime confession: qu'a-t-on encore à apprendre d'un homme qui a déjà raconté la mort de son père, en 1935, dans un cinéma du Raincy, le juvénile amour des chevaux, la passion des grosses cylindrées qui fleurent le cuir souple et la ronce de noyer vernie, la compulsive folie des grandeurs et des maisons - château en Cévennes, villa dans le Luberon, châlet en Suisse, maison à Auteuil - où l'on reconnaît les entêtés qui n'ont rien reçu et tout acheté, qui pensent avoir mérité ce dont ils n'ont point hérité?

    Cela fait presque quarante ans que, dans ses multiples précis de décomposition, cet écrivain gâté incline à l'expiation et s'exhibe en se fustigeant. Combien de fois n'a-t-il pas écrit, forçant toujours plus le trait, gravant le cuivre jusqu'à se faire mal, qu'il était disgracieux, faux mince, pansu du devant, avachi du dos, trop porté sur la pizza et le chocolat, lâche en public, infidèle en privé, caméléon, nul au lit, mauvais père, inapte à devenir «un colosse de la littérature» et incapable de s'identifier au notable qu'on stigmatise quand, au fond de lui-même, il se rêverait «anar»? Combien de fois n'a-t-il pas revu et corrigé cet autoportrait accablé tout en peaufinant, au point-virgule près, sa brillante copie de premier de la classe?

    «A défaut de génie» ne serait donc qu'un nouveau volume d'aveux à verser au dossier si, par la faute de «Miss P.», il n'avait été composé dans l'urgence, la panique, la nostalgie, la colère - «Je jette des souvenirs à mon livre comme on jette des bouts de gras aux chiens. Bouffe! Bouffe!» -, et cette lumière crépusculaire qui lui donne aujourd'hui tout son relief, et sa raison de paraître.

    Parodiant Herriot, on pourrait dire de cette somme: c'est ce qui reste quand l'auteur a tout oublié. Du long cortège de relations mondaines et de fausses camaraderies qui encombrent sa mémoire, le gardien de ruines ne sauve, quitte à froisser les absents, qu'une poignée d'amis exemplaires: Marc Soriano, Clara Malraux, Edmonde Charles-Roux, Bernard Privat, Georges Borgeaud, Mario Prassinos, Jacques Chessex, Jean d'Ormesson et Maurice Rheims. Des maîtres qui l'ont jadis adoubé, il ne veut conserver, négligeant Chardonne et Morand, que le souvenir charmeur d'Aragon, «polygraphe piaffant, crêté, protéiforme», dont il parle comme un fils de son père spirituel.

    Seules les femmes qu'il a aimées incitent à l'exhaustivité celui qui confesse n'avoir pas réglé son affaire avec les garçons. Et pour cause, elles ne sont que six, dont trois qu'il a épousées. A la Martiniquaise catholique, à la fille d'une Libanaise chrétienne et surtout à Cécile, alias Tototte, Franco-Américaine juive qui partage sa vie depuis quarante ans, le patriarche girondin doit d'être à la tête d'une «extended family» où se fondent couleurs et religions.

    Enfin, d'une vie dont il prétend avoir goûté si peu d'épisodes, l'élève du manège du Panthéon ne retient que «les années de cheval, une embellie». C'est là que, à force de gratter l'animal, il a trouvé son style, celui d'un écuyer. Il aurait voulu écrire des chefs-d'oeuvre, il prétend n'être parvenu, «à défaut de génie», qu'à imposer un talent, celui des «écrivains à mi-voix». Il se regrette sans gémir.

    Rien ou presque, en revanche, sur ce qui a occupé l'essentiel de sa vie: l'édition, où il tient qu'il a perdu son temps; la critique littéraire, dont on sent bien qu'il l'a exercée comme on dîne en ville; l'académie Goncourt, sur laquelle il passe parce qu'elle donne de lui un portrait qu'il déteste («on ne s'habitue pas aux injures, on ne se bronze pas»); et les honneurs, que peut-être il néglige aujourd'hui pour les avoir autrefois obtenus.

    Dernier grand écrivain au sens où on l'entend dans les manuels scolaires, c'est-à-dire jouissant d'une autorité et d'une surface sociale, François Nourissier s'applique à effacer de sa biographie l'image du notable au moment précis où, en France, la littérature a cessé d'être une grandeur d'établissement. Il ne cache pas avoir voulu réussir et s'y être même ingénié: salué, en 1951, pour son premier roman par Nimier et Chardonne, entré à la NRF grâce à Dominique Aury et à Jean Paulhan, flirtant avec les communistes sous l'égide d'Aragon, qui pour l'amour du «Maître de maison» démissionna de l'académie Goncourt, «tricotant pendant trente-huit ans la bonne et la mauvaise légende de la maison Grasset», Nourissier n'évoque sa carrière que pour mieux signifier combien il s'y est brûlé les ailes. Maintenant qu'il est trop tard, cet homme «blessé» (l'adjectif revient sans cesse) constate que ses propres livres ont fait les frais de «cette revue de café-théâtre», que le potentat a ombré le musicien de la langue française et que pour s'imposer il a manqué à cet indécis politique - il fuit Mai-68 pour la Suisse ou ignore ce qu'est un QHS - de savoir choisir «une stratégie de colère et de terrorisme».

    Partageant le destin contrarié de François Mitterrand, homme de gauche que la droite fascinait, François Nourissier est un homme de droite qui a sans cesse été attiré par la gauche. Il se flatte par exemple d'avoir sacrifié au culte du TNP et de n'avoir pas raté Vilar quand ses pairs lui préféraient les salles à l'italienne et le style «Pierre-Fresnay-Figaro»; il rappelle avoir collaboré à «France-Observateur»; il ne veut poser pour la photo finale que sur l'estrade d'Aragon; il n'attribue son goût des privilèges qu'à son besoin de camoufler ses origines modestes; et il est fier de présenter sa famille destructurée et pluriculturelle aux tenants de l'ordre bourgeois. De cette obstination à prouver qu'il n'est pas celui que la légende a figé dans l'or et le pourpre ou de l'acharnement à faire que la littérature rachète sa vie, on ne sait ce qui nous émeut le plus dans cet ultime livre écrit contre lamaladie. Si le style, c'est l'homme, Nourissier peut dormir tranquille.


    Lien : http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110216.OBS8161/nourissier-une-histoire...

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    • Livres 4.00/5
    Par stcyr04, le 23/02/2013


    Le Cycliste du Lundi Le Cycliste du Lundi de François Nourissier

    Qui, chers amis bibliophages, ne s’est pas, un jour, demandé avec angoisse, une fois le livre refermé : qu’est-ce que j’ai vais bien pouvoir lire maintenant? Le Cycliste du lundi est de ces livres bénis, qui offrent au lecteur avide de nouvelles pistes de lecture.

    Cet essai, regroupe un choix de critiques livrées par l’écrivain entre 1962 et 1978 par le viatique d’un cycliste (d’où son titre original) aux différentes revues et magazines auxquels il collaborait. Les écrivains les plus connus de cette période (Aragon, Barthes, Bazin, de Beauvoir, Celine, Chardonne,Cohen, Duras, Gary, Genevoix, Gracq, Le Clezio, Malraux, Mauriac, Perec, Yourcenar...) côtoient des artistes plus confidentiels dans un panorama exclusivement francophone des belles-lettres de l’époque.

    Avec sa prose espiègle et malicieuse, taquine - mais jamais méchante - l’ami François nous fait partager sa gourmandise des livres et nous ouvre de nouveaux horizons. Cette promenade littéraire m’a donné envie de (re)découvrir les auteurs suivants: Hervé Bazin, Antoine Blondin, Jean-Pierre Chabrol (les Fous de dieu), André Chamson (la Superbe), Julien Gracq (le Rivage des Syrtes, un Balcon en forêt), J-M.G. Le Clezio (le Déluge), Michel Tournier (le Roi des Aulnes), Marguerite Yourcenar (Le Labyrinthe du monde). Et vous, quel miel tirerez-vous de ce petit butinage?

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    • Livres 5.00/5
    Par tilly, le 19/02/2013


    Le Cycliste du Lundi Le Cycliste du Lundi de François Nourissier

    C'est une belle histoire de filiation et de transmission réussie qui nous vaut la révélation de ce recueil posthume de chroniques littéraires écrites entre 1962 et 1978 par un " liseur appointé ", car c'est ainsi que François Nourissier se définit lui-même. Nourissier, surnommé Nounours dans les rédactions pour lesquelles il travaillait, parce qu'il avait disait-on (à raison), une sacrée patte !

    Pas étonnant alors que la fille de l'écrivain, Paulina Nourissier-Muhlstein (était-elle, enfant, une Petite Ourse ?), ait baptisé sa maison d'édition tout nouvellement créée : La Grande Ourse. En juin 2012, la nouvelle éditrice déclarait ainsi :
    “ Une [...] facette de mon activité sera axée sur le désir de perpétuer la mémoire de l’œuvre littéraire de mon père, François Nourissier. L’étude des archives qu’il a léguées à la BnF feront l’objet de plusieurs publications dans le futur. ”

    D’après l’universitaire Elisabetta Bonomo qui signe la préface du Cycliste, François Nourissier aurait retenu la parution du Cycliste à plusieurs reprises parce qu’il souhaitait reprendre pour l’approfondir son analyse de la fonction de critique littéraire. Et aussi parce que le dernier éditeur approché remettait en question le choix des auteurs et de la période couverte ! Ensuite, la maladie a malheureusement cruellement réduit les forces de l’écrivain qui les a consacrées dans les dernières années à son oeuvre romanesque et autobiographique.

    François Nourissier témoigne d’un temps où les blogs, les réseaux sociaux, le mail n'existaient pas encore. Quand on était chroniqueur littéraire pour un hebdomadaire dans les années 60-70, le journal faisait encore passer un coursier pour ramasser votre copie du week-end et la transmettre au marbre.

    Dans l’avant-propos au Cycliste, François Nourissier établit malicieusement le bilan comptable et financier d’une passion finalement peu lucrative : “user sa vie à lire et à commenter autrui”. Dix ans, à raison d’une chronique par semaine grosso modo, cela fait plus de cinq cents articles. En d’autres nombres : deux à trois mille feuillets, une centaine de semaines de quarante heures, deux années pleines sans vacances. Alors que travailler à un roman l’a souvent rempli d’angoisse, avoue-t-il, c’est toujours avec infiniment de délectation, et jamais d’ennui, que Nourissier s’attelait à sa tache de critique littéraire.

    Toujours dans cet avant-propos, François Nourissier, décidément prince de l’understatement, parle de son “petit livre” ! A qui espère-t-il faire croire que sa sélection de 88 articles (sur 500) faisant 4 pages en moyenne n’est qu’un simple échantillonnage, et qu’elle doit surtout au hasard et à la négligence ? — Nourissier dit avoir égaré (!) nombre de ses chroniques faute de soin. C’est au contraire un tout cohérent et conséquent qu’il nous offre, une peinture pointilliste de la vie littéraire à une époque choisie soi-disant arbitrairement par ce grand témoin se décrivant peu soucieux d’exhaustivité.

    François Nourissier, décidément taquin, brouille les pistes en pulvérisant la chronologie. Les articles sont classés par ordre alphabétique du nom de l’auteur du livre chroniqué, quelle que soit la date à laquelle il a été publié. Il faudra que le lecteur fasse effort pour replacer mai 68, par exemple, au mitan-charnière de la période choisie par Nourissier. Et puis après tout si Nourissier l’a voulu, ne faisons aucun effort contraire, et acceptons ces promenades zig-zagantes, d’un écrivain et d’une oeuvre à l’autre, qui font fi de l’actualité mais marquent l’intemporalité (en règle générale) de l’activité littéraire.

    La queu-leu-leu d’écrivains ainsi créée est surprenante et formidablement plaisante, qu’on la pense fortuite ou savamment étudiée. On passe du vieux François Mauriac de 80 ans au jeune et prometteur Modiano assez sévèrement tancé pour son second roman. Lorsqu’il écrit l’avant-propos au Cycliste en 1978, Nourissier joue plaisamment le faux-modeste en reconnaissant qu’il n’est finalement pas mécontent “de ne pas flairer mal, et de jouer [son] petit air avant que n’éclatassent les trompettes de la renommée.” En effet, J.-M. G. Le Clézio (pas encore Prix Nobel de Littérature), Marguerite Yourcenar (pas encore Académicienne Française), Romain Gary (pas encore double Goncourt), figurent bien évidemment, cqfd.

    Comme il n’y a non plus aucune classification des chroniques suivant le genre de littérature abordé, François-Marie Banier suit Louis Aragon, Geneviève Dormann précède Drieu, etc. Faute de se fréquenter, les générations d’écrivains, et les courants littéraires se côtoient d’une chronique à l’autre. Ce qui les rassemble c’est seulement d’être tous des écrivains francophones : la plupart français, quelques uns suisses ou belges. Ils sont 88, je ne peux pas les citer tous !

    Je ne connaissais pas tous les écrivains abordés dans ce recueil. Mais cela ne gêne en rien la lecture, presque au contraire. J’avoue avoir plutôt laissé de côté ou survolé (pour écrire cette note de lecture dans le temps imparti !) ceux que je croyais connaître comme Louis Aragon, Simone de Beauvoir, Jean Giono, André Malraux, Georges Perec, entre autres. J’y reviendrai plus tard, et souvent, grâce à la table des matières et à l’index qui font de ce livre un ouvrage de référence formidable, indispensable, précieux.


    note 1 (sur les courants littéraires) - Je lis aujourd’hui un article de Jérôme Dupuis pour L’Express : “Jacques Chardonne, Paul Morand, Lucien Rebatet, le retour des pestiférés”. Dans le Cycliste, on relève en filigrane l’intérêt porté par Nourissier aux oeuvres des bannis de la Libération (Louis-Ferdinand Céline, Lucien Rebatet, Robert Brasillach, Pierre Drieu La Rochelle). On voit aussi qu’il est sensible au courant des Hussards à qui on l’a quelque fois associé (Roger Nimier, Jean-René Huguenin, Bernard Frank, Antoine Blondin, Jacques Laurent, Michel Déon, Kléber Haedens, Félicien Marceau, etc.). Pour autant, il dit en même temps son estime pour le travail d’écriture de certains des auteurs du Nouveau Roman (Alain Robbe-Grillet, Nathalie Saraute, Claude Simon, Jean Cayrol, Michel Butor, Marguerite Duras, entre autres)


    note 2 (sur les ursidés) - à la page 291 (Michel Mohrt) un ours encore... ou deux, puisqu’il s’agit du roman L’Ours des Adirondacks, mais surtout parce que François Nourissier signale en passant que dans le métier on dit d’un “manuscrit mal ficelé, problématique, pathétique” que c’est un ours !


    note 3 (sur l’édition) - coup de chapeau aux éditions de La Grande Ourse qui citent, sur la page de copyright, le nom du relecteur et correcteur du Cycliste : Olivier Godefroy, c’est rare !


    Lien : http://tillybayardrichard.typepad.com/le_blogue_de_tilly/2013/02/masse-critiq...

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    • Livres 0.00/5
    Par PierreAssouline, le 19/12/2012


    Le Cycliste du Lundi Le Cycliste du Lundi de François Nourissier

    Tout amateur de littérature y fera son miel. Hâtez-vous d'en profiter, et de le déguster page après page.


    Lien : http://www.magazine-litteraire.com/mensuel/524/francois-nourissier-liseur-app...

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    • Livres 0.00/5
    Par Kalliope, le 11/02/2011


    En avant, calme et droit En avant, calme et droit de François Nourissier

    "En avant, calme et droit" est la devise des cavaliers. Ce roman - mais peut-on appeler ce livre un roman? - est un texte merveilleux, à la fois drôle et désespérant, sur le vieillissement, la maladie, l'approche de la mort.

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    • Livres 4.00/5
    Par Anassete, le 02/12/2010


    Dictionnaire des Genres et notions littéraires Dictionnaire des Genres et notions littéraires de François Nourissier

    Un dictionnaire pratique qui permet de voir rapidement tout ce qui a été dit sur telle ou telle notion. Il est utile pour retrouver des ouvrages connus qui traite un notion littéraire. A la fin de chaque définition, on a la liste bibliographique à laquelle l'auteur a fait appel.

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