Par Zazette97, le 16/10/2011
Ce qui nous lie de
Gaëlle Pingault
Elle suppose qu'il faut adhérer à ce précepte. Qu'il faut, la main sur le coeur et l'oeil humide, répéter qu'effectivement, c'est merveilleux, incomparable, unique.
Elle suppose que si l'on se risque à émettre un simple doute, à formuler une quelconque réticence, on passe instantanément pour un genre de psychopathe sans coeur. Surtout si on est une femme. Eh bien elle s'en fout.
Elle n'a pas ouvert le magazine. Elle ne s'est pas abîmée dans les gazou areuh et les émerveillements dus à ces chers bambins. Elle est restée scotchée à la couverture, refusant d'un bloc, de tout son corps et de tout son esprit, d'intégrer la formule. Elle a senti ses muscles se tendre, ses pensées s'arc-bouter sans complaisance. Non, elle n'adhèrera pas.
Elle est elle-même maman, et pas qu'en surface. C'est inscrit profondément en elle. Elle adore sa fille, et vibre à l'unisson de ce qui lui arrive.
Diapason émotionnel parfait. Elle a aménagé son boulot pour profiter de Léa. Elle n'a pas cherché à racheter une étude, elle est restée clerc.
Elle gagne moins, mais elle est plus libre. C'est juste que tout ça ne regarde qu'elles. Pas les magazines. Enfin, peut-on imaginer formule plus stupide que "donner la vie" ?
Pour donner quelque chose, il faut soi-même le posséder, non ? Qui peut brandir un acte notarié, une facture, quelque chose de juridiquement recevable, prouvant qu'il est propriétaire de cette chose étrange et merveilleuse qu'est la vie ? Personne, bien sûr.
C'est la plus grande indivision de l'univers, où l'ensemble de l'humanité a sa part.
Alors non, non, et cent fois non, elle n'a pas "donné la vie" à sa fille. p.101
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