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Esthétique sociologique de
Georg Simmel
S'il faut néanmoins déterminer une temporalité qui lui soit propre, alors c'est celle de la jeunesse. Car de tous les âges de la vie, c'est la jeunesse qui, par sa sensibilité, se rapproche le plus de l'éternité, parce qu'elle ne sait pas encore ce que signifie le temps, parce qu'elle ne le ressent pas encore comme une puissance et une limite. C'est pour cette raison que la jeunesse n'a, de façon si patente, aucun sens historique : elle mesure les choses à l'aune de l'infini, indépendamment des conditions restrictives imposées par la réalité temporelle, et elle est seule à connaître ces journées qui se gonflent et s'étendent hors de leurs limites, au cours desquelles l'on croit encore espérer tout le passé et se rappeler tout le bonheur futur. Telle est l'atmosphère du paysage böcklinien.
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le pauvre de
Georg Simmel
tout bien considéré, la double position du pauvre-comme de l'étranger-, telle que nous l'avons caractérisée, se vérifie chez tous les éléments du groupe, avec seulement des nuances. Un individu a beau être intrinsèquement lié à la vie du groupe par des contributions positives, entrelacer vie privée et vie sociale, il fait cependant toujours face à cette collectivité, contribuant à son bon fonctionnement ou en tirant bénéfice, bien ou mal traité par elle, engagé envers elle intérieurement ou seulement extérieurement; bref: comme séparé d'elle, objet vis-à-vis du sujet qu'est l'ensemble social, dont il est pourtant membre, partie-sujet, du fait même de ces actions et circonstances qui sont au fondement de leurs rapports.
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Secret et sociétés secretes de
Georg Simmel
"Seuls peuvent se donner entièrement sans danger les êtres qui ne peuvent pas se donner entièrement, parce que la richesse de leur âme est fondée sur une évolution permanente qui fait fait que chaque don engendre immédiatement de nouveaux trésors; leurs bien spirituels latents sont inépuisables, et ils ne peuvent donc ni les dévoiler ni les donner d'un seul coup, de même qu'un arbre, en donnant les fruits d'une saison, ne se défait pas de ceux de l'année suivante.Mais il en va autrement de ceux qui mangent en quelque sorte leur capital, par ces élans du sentiment, par le don de soi absolu, le dévoilement de leur vie intérieure; il leur manque cette force originelle, source de biens toujours renouvelés pour l'âme, qui ne peut absolument pas être révélée, ni détachée du moi. Ilpeut alors arriver bientôt que l'on se retrouve un jour les mains vides, que l'offrande dyonysiaque laisse derrière elle un appauvrissement qui en retour-chose injuste mais néanmoins amère- fera prendre pour des tromperies les dons passés et le bonheur qu'ils avaient apporté. Nous sommes ainsi faits que nous n'avons pas seulement besoin, comme je l'ai observé ci-dessus, d'une certaine part de vérité et d'erreur comme base de notre vie, mais aussi d'une proportion de clarté et de flou dans l'image des éléments qui la constituent. Si notre regard la traverse de part en part, elle nous révélera les limites de ses charmes et interdira à notre imagination d'y entremêler ses possibilités;"
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le pauvre de
Georg Simmel
Loin de valoir pour tous les pauvres en général, ces déterminations semblent ne concerner qu'une partie d'entre eux: les bénéficiaires de l'assistance. Il demeure bien des pauvres sans aide aucune; ce qui prouve assez la relativité du concept de pauvreté. Est pauvre celui dont les moyens ne suffisent pas aux fins qu'il poursuit. Ce concept rigoureusement individualiste se resserre pour la pratique en ceci que certaines fins échappent à l'arbitraire et ne sont pas posées à titre uniquement personnel. Comme, au premier chef, celles concédées à l'homme pour sa préservation physique: alimentation, habillement, logement. Toutefois, on ne saurait fixer façon sûre une quelconque mesure de ces besoins qui vaudrait partout et toutes circonstances, et en deçà de laquelle on se heurterait à la pauvreté absolue. Bien plutôt, chaque milieu général comme chaque couche sociale particulière a des besoins qui lui sont propres; et être pauvre, c'est ne pas pouvoir les satisfaire. D'où ce fait banal pour toute civilisation plus développée: les personnes qui sont pauvres dans leur classe ne le seraient pas le moins du monde dans une classe inférieure, car leurs moyens suffiraient à atteindre les fins propres à cette seconde classe. Il se peut donc que le plus pauvre dans l'absolu ne soufre pas de l'écart entre ses moyens propres et les besoins de sa classe, si bien qu'il n'y a aucune pauvreté ici, au sens psychologique du terme.
p73
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Esthétique sociologique de
Georg Simmel
On a donc affaire à deux chemins qui divergent de façon inconciliable: l'un pour lequel tréfonds et abimes ne valent que pour la grâce d'un seul sommet, et qui trouve la valeur des choses dans leur cime à partir de laquelle, en retour, il donne à tout ce qui se trouve plus bas son sens resplendissant et son degré de valeur - celui-là ne comprendra jamais l'autre chemin où l'on veut entendre la voix de Dieu parlant dans le ver de terre et où s'éprouve comme juste la prétention de chaque chose à valoir autant que tout autre. D'autre part, celui qui ne peut se passer du spectacle de la différenciation et du classement, d'un monde offrant l'image d'une conception selon le plus ou le moins de beauté, celui-là ne vivra jamais dans le même monde intime que l'autre qui voit l'harmonie dans l'égalité des choses entre elles de sorte que charme et laideur que le regard découvre, chaos absurde et forme pleine de sens, ne sont que des vêtements et des enveloppes derrière lesquels il perçoit partout la même beauté, la même âme de l'Être à laquelle, de tout son coeur, il aspire.
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Secret et sociétés secretes de
Georg Simmel
"La véritable élégance évite de se focaliser sur une individualité particulière, elle entoure toujours l'homme d'une sphère de choses plus générales, stylisées, pour ainsi dire abstraites-ce qui n'empêche évidement pas les raffinements auxquels on rattache cette généralité de la personne. Si les vêtements neufs ont l'air particulièrement élégants, c'est parce qu'ils sont encore "raide", c'est-à-dire qu'ils n'épousent pas encore tous les changements du corps individuel aussi totalement que les vêtement longtemps portés, que les mouvements particuliers du corps ont déjà distendus et froissés, et qui trahissent ainsi plus parfaitement sa singularité. Cette "nouveauté" de l'objet qui ne varie pas en fonction de l'individualité appartient au plus haut point au bijou de métal; il est toujours neuf, dans sa froideur inaltérée il est au-delà du destin de celui qui le porte, ce qui n'est absolument pas vrais du vêtement."
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Esthétique sociologique de
Georg Simmel
L'âme a besoin des deux, l'unité et le multiple, et trouve beau que celle-là soit apportée par celui-ci, et inversement. La symétrie est, également, un nombre oscillant entre singulier et pluriel: dans l'État "symétrique" (autocratique ou socialiste), les diverses parties et classes sont tenues sous le joug d'un centre, d'un souverain ou d'un nombre, comme sont mis sous le joug aussi et réunis les deux hémistiches dans la forme de l'alexandrin classique français, lequel se trouve, de cette façon, beaucoup plus lié analogiquement au pouvoir absolu que le pentamètre iambique de Shakespeare et de Goethe, ou l'hendécasyllabe de Dante et de Pétrarque. Le pentamètre iambique de Shakespeare est, de ce point de vue et par rapport à l'alexandrin racinien, un mètre "libéral" souffrant toutes les exceptions possibles
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Esthétique sociologique de
Georg Simmel
on a alors l'impression, en contemplant les tableaux de Böcklin, que leur contenu se trouve comme transposé dans une sphère intemporelle, comme si la pure teneur des choses se tenait devant nous, détachée de toute immédiateté historique, de toute relation à un avant et un après.
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Esthétique sociologique de
Georg Simmel
C'est d'abord dans les figures symétriques que le rationalisme prend corps de façon visible. Tant que la vie en général est encore soumise aux pulsions, aux sentiments, à l'irrationnel, c'est sous la forme du rationalisme que se manifeste le besoin esthétique de s'en délivrer. Quand l'entendement, le calcul, la compensation ont pénétré la vie, le besoin esthétique se réfugie dans son contraire et cherche l'irrationnel et sa forme extérieure, à savoir l'asymétrique.
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Esthétique sociologique de
Georg Simmel
Chercher à concilier ces deux tendances, chercher un concept et une théorie qui démontrent que ces deux directions opposées où tendent les sentiments de la valeur peuvent s'accorder et se rejoindre au sein d'une aspiration plus haute, en se fiant au constat qu'en beaucoup d'âmes toutes deux règnent à égalité de droits, cela équivaut à écarter par le raisonnement l'opposition du jour et de la nuit en invoquant le crépuscule.