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Critiques de Georges Bernanos


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    • Livres 2.00/5
    Par Nastasia-B, le 27/02/2014


    Sous le soleil de Satan Sous le soleil de Satan de Georges Bernanos

    Peut-être suis-je totalement passée à côté de cette œuvre, peut-être mon avis ne vaut-il que tripette, aussi me bornerai-je à ne livrer que mes impressions de lecture, pour lesquelles, je puis tout de même formuler quelques certitudes.

    Je me suis littéralement engluée dans cette lecture pro-religieuse, pas motivante, pas transcendante, pas aussi subtile à mon goût que certains avis me l'avait laissé espérer. Voici une brève description de la structure du roman avec ses trois parties très distinctes :

    1) un assez long prologue, étrange mais plutôt tonique, qui retrace l'histoire houleuse d'une jeune fille de seize ans, Germaine Malhorty, surnommée Mouchette. Mouchette, fille d'une famille de notables du nord de la France en fin de XIXè ou au tout début du XXème siècle, découche et s'attire des ennuis auprès des siens. Son impulsivité et son non-conformisme qui confine parfois à la folie lui font commettre de nombreux impairs.

    2) une "première" partie, contemporaine du prologue, où l'on fait connaissance avec le personnage principal du roman, l'abbé Donissan, présenté comme une force de la nature mais excessivement gauche, timide et de faible intelligence. Les quatre chapitres de cette partie m'ont parus interminables.

    L'auteur force le trait à n'en plus finir sur le caractère soumis (vis-à-vis de sa hiérarchie cléricale), obtus, borné, ultra spartiate de l'abbé et ses incalculables auto-flagellations (au propre comme au figuré). Bref, c'est du lourd et pour la finesse, je la cherche encore et que dire de cette rencontre avec Satan lui-même, passage d'un pathétique à donner envie de refermer le livre pour ne plus jamais le rouvrir.

    Donc, notre brave pâte d'abbé a vu Satan dans le blanc des yeux et arrive même maintenant à lire dans le fond des âmes comme dans son bréviaire afin de les délivrer de leur multiples péchés et tentations du mal. C'est ainsi que sa route croise celle de Mouchette, à laquelle il va faire toucher du doigt tout le côté obscur de sa conduite et la plonger dans le repentir, chose qui n'était pas son fort auparavant. Je vous laisse le bonheur de découvrir les détails si le courage vous prend de vous engager dans cette lecture.

    3) enfin, une dernière partie faite de quinze très minces chapitres, situés environ quarante ans plus tard, avec l'abbé Donissan au crépuscule de sa vie, avec un épais passé d'exorciste et de saint local, désormais en proie au doute vis-à-vis du salut en général et du sien en particulier, très affaibli, et toujours aiguillonné par l'odieux Satan.

    Pour faire court, le ministre du mal arrivera-t-il à faire ployer le saint homme ? L'abbé Donissan, en proie au doute changera-t-il de regard ? C'est ce que vous saurez si vous lisez le livre, mais très sincèrement, si vous ne le savez pas, peut-être n'est-ce pas, selon moi, si grave que cela, car ce n'est vraiment pas une lecture que je conseille, sauf à titre de curiosité, pour les esprits un peu torturés comme le mien, ou mieux, pour les vrais insomniaques qui ont besoin de meubler leurs nuits sans sommeil avec toutes sortes de lectures.

    Que penser encore de l'intercession aussi inutile qu'inintéressante du personnage d'Antoine Saint-Marin, écrivain renommé, lui aussi au soir de sa vie, une vie faite quant à elle de jouissance et d'égoïsme, venu en " pèlerinage " dans la petite église de l'abbé Donissan à titre de curiosité et qui y trouvera finalement " la grâce "...

    Je ne peux pas non plus m'extasier sur le style, pas désagréable dans l'ensemble mais pas franchement non plus à tomber à la renverse et qui se complique parfois d'une fâcheuse tendance à l'intrication, voire à l'obscur, quand il ne fait pas purement et simplement dans l'abscons.

    Impressions de lecture, comme vous l'aurez deviné, sans appel, mais je le rappelle encore une fois, tout ceci n'est que mon tout petit avis, qui avec ses lunettes fumées ne sait que se dorer la pilule sous le soleil de Satan, c'est-à-dire, qu'il ne sait pas faire grand-chose.

    Critique de qualité ? (60 l'ont appréciée)


    • Livres 3.00/5
    Par colimasson, le 09/05/2014


    Journal d'un curé de campagne Journal d'un curé de campagne de Georges Bernanos

    Le siècle dernier semblait encore propice à l’expression d’une individualité prise au piège d’une solitude nourrie par la différence. Le vécu catholique, en proie à une désagrégation subtile, persistait encore courageusement et trouvait un écho plus direct chez ses lecteurs contemporains que ce ne serait le cas aujourd’hui. Quel ressort dramatique utiliserait-on à présent pour encadrer les illuminations mystiques d’un homme d’abord isolé à cause des autres, avant de choisir cette solitude comme vocation ? Dans la profession de foi de ce curé de campagne, le raccourci entre l’abandon et l’exaltation spirituelle se satisfait d’idées préconçues. Georges Bernanos peut déployer la panoplie des sentiments contrastés de son personnage avec une souplesse presque géniale, si elle n’était contrainte de fait à s’embarrasser de tous les lieux communs cristallisés autour de la vocation ecclésiastique.


    Georges Bernanos s’éloigne tranquillement d’une forme de narration classique en nous soumettant le journal de son curé de campagne et si les événements nous paraissent ainsi plus troubles, assumant une part d’illogisme que les ellipses mystérieuses abandonneront à notre imagination, ils n’échappent cependant pas à l’obligation de la cohérence sur la durée des journées décrites par le curé. Une fois remplies les inévitables contraintes formelles permettant de caractériser le personnage par opposition à ses congénères humains, que ceux-ci soient ecclésiastes ou mortels campagnards, une fois toute la fanfaronnade des particularités individuelles brandies comme composantes uniques d’une personnalité, reste la force d’évocation d’intuitions spirituelles qui nous prouvent que Georges Bernanos n’écrit pas sous la forme d’hypothèses des emportements mystiques impossibles à contrefaire. Mais parce qu’il se croit rare et que ses sentiments lui apparaissent comme une aumône privilégiée, ou peut-être simplement parce qu’il ne sait pas comment parler de l’indéfini sans le rapporter à une expérience particulière, Georges Bernanos entrave son expansion mystique par une complaisance en soi et un mépris des autres qui nous prouve que son curé est effectivement humain –trop humain- tâtonnant sur un chemin d’élévation que Georges Bernanos semble lui-même chercher avidement.


    Lien : http://colimasson.blogspot.fr/2014/05/journal-dun-cure-de-campagne-1936-de.html

    Critique de qualité ? (28 l'ont appréciée)


    • Livres 3.00/5
    Par colimasson, le 21/05/2014


    Sous le soleil de Satan Sous le soleil de Satan de Georges Bernanos

    Sous le soleil de Satan et le Journal d’un curé de campagne se confondent sous l’insigne d’un même élan catholique qui anime Georges Bernanos dans les tréfonds de ses propres emportements spirituels. Les deux histoires se confondent en se construisant autour des interrogations spirituelles de personnages. Leurs controverses intérieures nous font comprendre que Bernanos se projette en envisageant des modes d’existence éloignés des conceptions traditionnelles. Le roman devient alors un lieu d’expérimentation et de conversation personnelle. Tant mieux si le dialogue de Georges Bernanos parvient ensuite à rejoindre celui que le lecteur tient avec ses propres contradictions. Les risques que cette connivence ne se produise pas sont faibles car le Soleil de Satan propage des controverses intérieures qui ne sont pas si hermétiques qu’elles ne le semblent de prime abord, une fois que l’on aura ôté aux occultismes de Georges Bernanos tous les mystères essentiellement littéraires qui se chargent d’éloigner le lecteur du sens premier du texte.


    Comme dans le Journal d’un curé de campagne, il faudra s’accommoder des fantaisies narratives qui semblent relever davantage du plaisir investi par Georges Bernanos au moment de l’écriture que de la véritable nécessité intellectuelle. On retrouve souvent un manichéisme caricatural entre les personnages ecclésiastiques et les autres, qui ne nous fait aimer ni les premiers, ni les seconds, et l’ensemble des faits est rapporté avec une complaisance dans les images stéréotypées qui contredit l’aspiration sur-morale de Georges Bernanos.


    « Certes, il a contemplé la mort aussi souvent que le plus vieux soldat ; un tel spectacle est familier. Faire un pas, étendre la main, clore des doigts la paupière, recouvrir la prunelle qui le guette, que rien ne défend plus, quoi de plus simple ? »


    Et Georges Bernanos brandit fièrement, à plusieurs reprises, un personnage qu’il imagine exceptionnel parce qu’identique à lui dans ses quêtes spirituelles, semblant perdre ainsi de vue l’objectif initial de sa démarche. Satan ne cesse jamais d’agir. Chez Georges Bernanos, il prend la forme de la tentation esthétique et se perd dans une déferlante de stéréotypes qui voilent malheureusement quelques-unes de ses puissantes intuitions.


    Lien : http://colimasson.blogspot.fr/2014/05/sous-le-soleil-de-satan-1926-de-georges...

    Critique de qualité ? (25 l'ont appréciée)


    • Livres 3.00/5
    Par Luniver, le 07/10/2012


    Sous le soleil de Satan Sous le soleil de Satan de Georges Bernanos

    « J'ai pas compris » me suis-je piteusement dit une fois tournée la dernière page de ce roman. Ni le message de l'auteur, ni le fil conducteur de l'histoire, ni la psychologie des personnages. Pas terrible comme bilan.

    L'expérience avait pourtant bien démarré avec l'histoire de Mouchette. Âgée de dix-sept, elle est séduite par le marquis du coin qui lui fait un enfant. Alors qu'elle s'attendait à vivre une aventure qui scandaliserait tout le village, elle trouve son marquis vite soumis au qu'en-dira-t-on et qui redevient soudainement raisonnable, attitude qui ne plaira pas du tout à Mouchette.

    Les choses se compliquent quand entre en scène le personnage principal, l'abbé Donissan. Ayant péniblement terminé sa formation, il est bien plus à l'aise dans les travaux manuels que dans les sermons, véritable calvaire pour lui et pour l'assistance, malgré toute sa bonne volonté. Son supérieur voit en ce personnage lourdaud et un peu simplet un saint, déclaration qui impressionnera l'abbé et le plongera dans une spirale de mortification corporelle et mentale. Donissan entamera un combat avec Satan tout au long de sa vie, qui le feront passer de l'exaltation au désespoir à n'en plus finir.

    Je suis passé totalement à côté de la psychologie des personnages, qui m'a semblé tortueuse au possible. Elle colle vraisemblablement à la vision catholique du bien, du mal, de la grâce, … N'étant pas du tout instruit dans ce domaine, mon incompréhension doit venir de là. J'ai par contre apprécié l'écriture, qui seule m'a donné le courage d'aller au bout de cette histoire.

    Critique de qualité ? (22 l'ont appréciée)


    • Livres 2.00/5
    Par Luniver, le 10/01/2014


    Un crime Un crime de Georges Bernanos

    Le petit village de Mégère attend son nouveau curé. Ce dernier arrive en plein milieu de la nuit, après bien des déboires, pour entendre aussitôt des coups de feu et des appels à l'aide. L'alerte est aussitôt donnée, et on découvre bientôt un mourant dans le jardin du château, et la châtelaine morte dans sa chambre. L'enquête commence, mon enthousiasme faiblit.

    Le prêtre est la copie conforme du « Journal d'un curé de campagne » : jeune et inexpérimenté, timide, malhabile en société, à la santé très fragile (gravir une petite colline l'épuise) et qui ne tient sur ses jambes que grâce à sa foi. La personne chargée de l'affaire attrapera également une grippe, qui la laisse au bord de la syncope à chaque effort physique ou moral. Les courses-poursuites ne seront clairement pas de la partie.

    Si l'intrigue est intéressante (les différents témoignages laissent à penser que le curé détient seul les clés de l'intrigue, sans que l'on comprenne pourquoi), chaque conversation m'a plongé dans la plus grande confusion : à aucun moment je n'ai compris qui soupçonnait qui et pourquoi. Les digressions sur la nature humaines ne m'ont pas aidé particulièrement. Je pense avoir eu les mêmes sentiments qu'un spectateur assistant à une partie d'échec entre deux grands maîtres sans en comprendre les règles : pourquoi untel joue-t-il de telle façon ? Quel est son but ? Pourquoi tout le monde retient son souffle maintenant ? Est-ce que quelqu'un pourrait enfin me dire ce qu'il se passe et me donner la signification de ce que je regarde depuis une heure ? Merci !

    J'ai préféré abandonner ma lecture aux deux tiers du livre. Les autres critiques laissent à penser que la fin éclaire beaucoup de choses, mais je n'ai pas eu le courage d'aller jusque là, d'autant que les précédents livres de Bernanos ne m'ont pas laissé non plus de souvenirs impérissables.

    Critique de qualité ? (20 l'ont appréciée)


    • Livres 2.00/5
    Par Luniver, le 23/06/2013


    La grande peur des bien-pensants La grande peur des bien-pensants de Georges Bernanos

    Premier écrit politique de l'écrivain, la grande de peur des bien-pensants est un hommage à un homme politique français, Edouard Drumont. Ce dernier est auteur de « La France juive », pamphlet qui dénonce entre autre la main-mise des juifs sur tout le système financier (thème hautement original), et fondateur de la « Ligue nationale antisémitique de France ». Tout un programme.

    Cet hommage est l'occasion de revenir sur les événements politiques qui ont secoué la France 50 ans plus tôt. Quand on est monarchiste et catholique, on ne vit pas forcément très bien l'instauration de la troisième république et la séparation de l'église et de l'état. Surtout que pour l'auteur, il y avait plusieurs situations qui auraient pu faire rebasculer le pays dans la « bonne » direction, mais qui ont échouées par lâcheté, par naïveté, par mauvais calcul, au moment de faire le dernier geste. Ces situations sont d'ailleurs toujours amèrement remâchées aujourd'hui par les successeurs du mouvement : le boulangisme, l'affaire Dreyfus, le décret Crémieux, ...

    Même s'il faut reconnaître que Bernanos écrit très bien, il donne dans ce livre dans l'exagération à outrance. Peut-être que le décalage de ses écrits avec notre époque s'est encore creusé ? Toujours est-il qu'on a l'impression de voir quelqu'un vider en vain ses poumons pour tenter de redonner forme à une baudruche crevée.

    Critique de qualité ? (19 l'ont appréciée)


    • Livres 3.00/5
    Par Luniver, le 20/09/2013


    Journal d'un curé de campagne Journal d'un curé de campagne de Georges Bernanos

    Un jeune prêtre fraîchement sorti du séminaire vient d'être nommé dans une petite paroisse du nord de la France. Ses débuts y sont difficiles : sa simplicité, sa naïveté dans les rapports sociaux et son état maladif empêchent les habitants de le prendre vraiment au sérieux. La foi sincère qui l'habite et qu'il cherche à transmettre ne rencontre que peu d'échos parmi la population, qui préfère que le curé s'en tienne à son rôle social habituel, sans faire de vagues. Aussi décide-t-il de tenir son journal intime et d'y raconter les réflexions trop longues pour faire l'objet de prières.

    Les livres de Bernanos me donnent toujours deux sentiments contradictoires : d'abord, je suis sous le charme d'une qualité d'écriture incontestable. D'autre part, les thèmes qu'il aborde (la foi, le doute, le péché, ...) me sont complètement étrangers et je décroche instantanément dès qu'il essaie de développer ses idées. J'imagine sans peine que les lecteurs qui sont sur la même longueur d'onde que l'auteur doivent se régaler, mais pour moi, ses romans me laissent toujours une impression de rendez-vous manqué.

    Critique de qualité ? (17 l'ont appréciée)


    • Livres 0.00/5
    Par Aaliz, le 09/12/2014


    Sous le soleil de Satan Sous le soleil de Satan de Georges Bernanos

    « Dieu n’est pas là, Sabiroux ! »

    Nietzsche nous annonçait la mort de Dieu. Bernanos nous apprend qu’il s’est effacé au profit du Diable.

    « - Prince du monde ; voilà le mot décisif. Il est prince de ce monde, il l’a dans ses mains, il en est roi.
    … Nous sommes sous les pieds de Satan, reprend-il après un silence. Vous, moi plus que vous, avec une certitude désespérée. Nous sommes débordés, noyés, recouverts. Il ne prend même pas la peine de nous écarter, chétifs, il fait de nous ses instruments ; il se sert de nous, Sabiroux. »

    Alors que rien ne laissait augurer de ses capacités à endosser efficacement la charge de prêtre, l’abbé Donissan semble soudainement touché par la grâce divine et se construit peu à peu une réputation de Saint.

    Pourtant, Sous le soleil de Satan est loin d’être le récit d’une ascension mais bien plutôt celui d’une chute, celle de l’abbé Donissan qui, après avoir cru en Dieu, se laissera envahir par le désespoir lié à son impuissance dans la lutte contre le péché, contre Satan.

    Le roman se découpe en 3 parties.
    La première est consacrée à Mouchette, une jeune fille de 16 ans, très jolie. Mouchette plaît beaucoup aux hommes mais comme de nombreuses femmes, elle cherche surtout un homme capable de l’aimer sincèrement et qui ne verra pas en elle qu’une occasion de se donner du plaisir. Malheureusement, elle ne rencontre que des amants peu sérieux. Sa haine et sa rage vont croissants et la poussent à commettre l’irréparable.
    Dans la deuxième partie, nous faisons la connaissance de l’abbé Donissan et du prêtre chargé de son instruction. D’abord peu convaincu par les aptitudes de son protégé, il cherchera par la suite à le mettre en garde et le conseiller afin de faire face à sa nouvelle et sainte destinée. En effet, l’abbé Donissan se révèle être touché par la grâce divine. Emporté par de grands élans mystiques, l’abbé pousse sa ferveur à l’extrême jusqu’à mettre sa santé en péril : jeûnes prolongés et répétés, auto-flagellations, port du cilice et autres mortifications destinées à l’expiation de ses fautes. La rencontre entre l’abbé Donissan et l’Ange Déchu en personne convainc le jeune prêtre dans sa détermination à lutter pour le salut des âmes que Dieu lui a confiées.
    Dans la troisième partie, il se rend compte de la supériorité écrasante de son adversaire. Il ne va pas jusqu’à renier Dieu mais comme le fera remarquer un de ses visiteurs :
    « Quel dommage […] qu’un tel homme puisse croire au Diable ! »

    La sainteté de l’abbé Donissan ne repose finalement sur pas grand-chose. De lui semble irradier une sorte d’aura, il a vu le Diable, il a eu quelques visions mais tous ses efforts pour faire le Bien semblent vains. Il s’épuise même à la tâche.

    « Son extérieur est d’un saint, et quelque chose en lui, pourtant, repousse, met sur la défensive… Il lui manque la joie… »

    L’abbé Donissan m’a fait l’effet d’un prophète en négatif plutôt que celui d’un saint. Sa rencontre nocturne avec Satan alors qu’il est perdu dans la campagne déserte m’a rappelé Moïse et le Buisson Ardent. La façon dont Bernanos évoque ses mortifications invite au parallèle avec Jésus, à de nombreuses reprises d’ailleurs, il mentionne la croix portée par l’abbé. La tentative de résurrection du jeune garçon s’y rattache également. A la différence que chez l’abbé Donissan, tout bascule du mauvais côté.
    Son mysticisme, qui est censé le transcender et lui procurer la force et la joie, ne s’accompagne que de désespoir et d’épuisement.

    Bergson, dans son ouvrage Les deux sources de la morale et de la religion, définit ainsi le mysticisme :

    « C'est, désormais, pour l'âme, une surabondance de vie. C'est un immense élan. C'est une poussée irrésistible qui la jette dans les plus vastes entreprises. Une exaltation calme de toutes ses facultés fait qu'elle voit grand et, si faible soit-elle, réalise puissamment. Surtout elle voit simple, et cette simplicité, qui frappe aussi bien dans ses paroles et dans sa conduite, la guide à travers des complications qu'elle semble ne pas même apercevoir. Une science innée, ou plutôt une innocence acquise, lui suggère ainsi du premier coup la démarche utile, l'acte décisif, le mot sans réplique . L'effort reste pourtant indispensable, et aussi l'endurance et la persévérance. Mais ils viennent tout seuls, ils se déploient d'eux-mêmes dans une âme à la fois agissante et agie , dont la liberté coïncide avec l'activité divine. Ils représentent une énorme dépense d'énergie, mais cette énergie est fournie en même temps que requise, car la surabondance de vitalité qu'elle réclame coule d'une source qui est celle même de la vie. »

    Chez Donissan, c’est l’effet complètement inverse. Non pas une surabondance de vie ni un immense élan mais plutôt un lourd fardeau, une croix démesurée à porter. L’exaltation n’est pas calme, elle est furieuse et paniquée. Il aperçoit clairement les complications et plie sous leur poids. Même s’il trouve souvent les mots justes, l’énergie que cet exercice exige de lui le fatigue au point que ses paroles finissent par ne plus atteindre leur but. Ainsi, il ne parvient pas même à sauver l’âme de Mouchette.
    C’est un abbé écrasé par la puissance non pas divine mais satanique. Lutter contre Satan est impossible. Pour cela, il faudrait faire preuve de ruse et la ruse n’est-elle pas un des attributs du Diable ? Lutter contre lui, c’est déjà lui faire allégeance. Le défier, comme l’a fait l’abbé, un sursaut d’orgueil et donc aussi un péché. Il semble même être venu à penser que Dieu lui-même est désarmé face à celui qui lui a désobéi. Dieu se serait alors retranché dans une forteresse dont il a fait des hommes les remparts. Ils absorbent tout le Mal dispensé par le Diable en commettant péchés sur péchés pour ensuite les déverser et s’en décharger au confessionnal. Face à ces déferlantes ininterrompues, l’abbé tombe dans un profond désespoir. La lutte est inégale et Satan n’a que faire de troubler le commun des mortels, il s’attaque aux meilleurs d’entre eux :

    « Pourquoi disputerait-il tant d’hommes à la terre sur laquelle ils rampent comme des bêtes, en attendant qu’elle les recouvre demain ? Ce troupeau obscur va tout seul à sa destinée … Sa haine s’est réservé les saints. »

    « Où l’enfer trouve sa meilleure aubaine, ce n’est pas dans le troupeau des agités qui étonnent le monde de forfaits retentissants. Les plus grands saints ne sont pas toujours les saints à miracles, car le contemplatif vit et meurt le plus souvent ignoré. Or l’enfer aussi a ses cloîtres. »

    Voilà ce que j’ai compris de ce roman. Je suis peut-être totalement à côté de la plaque. Je ne vous cache pas que ma lecture a été laborieuse et que moi aussi j’ai du lutter pour en venir à bout. Ce texte de Bernanos a la réputation d’être assez difficile et je comprends maintenant pourquoi. Bernanos parsème son récit de longs passages qui me sont restés complètement abstrus. J’ai eu l’impression qu’il exprimait quelque chose de très intime, peut-être vécu mais en tout cas très personnel et donc impossible à comprendre sans être dans sa tête. En tant que lecteur, on reste totalement à l’écart, en spectateur perplexe. Le style m’a parfois aussi posé problème. Non pas que ce soit mal écrit, il y a des lignes magnifiques, mais j’ai du m’y reprendre à plusieurs fois sur certaines phrases, la construction syntaxique m’échappant totalement.
    Pourtant ce roman est magistral par sa thématique et l’intrigue mais j’ai trouvé le traitement terne. On ne ressent absolument pas la tension dramatique à laquelle pourtant le sujet se prête bien volontiers. Ça manque de puissance d’évocation, de force.

    Sous le soleil de Satan est un roman très complexe et difficile d’accès selon moi ( je ne suis peut-être pas assez armée pour l’aborder ). J’ai le sentiment qu’il dit beaucoup de choses mais qu’elles m’échappent. Par exemple, il me semble que Bernanos a voulu dire quelque chose au sujet de la vieillesse, il insiste beaucoup là-dessus mais je n’ai pas compris où il voulait en venir.

    Cependant je ne suis pas complètement fâchée avec Bernanos bien qu’il n’ait pas su me séduire cette fois-ci. J’ai cru comprendre que Le journal d’un curé de campagne était plus accessible et transcendant. Je lui redonnerai donc sa chance.

    Si vous avez lu Sous le soleil de Satan et que vous avez des éclaircissements à m’apporter, n’hésitez surtout pas à m’en faire part.


    « - Un Saint ! Vous avez tous ce mot dans la bouche. Des saints ! Savez-vous ce que c’est ? Et vous-même, Sabiroux, retenez ceci ! Le péché entre en nous rarement par force mais par ruse. Il s’insinue comme l’air. Il n’a ni forme, ni couleur, ni saveur qui lui soit propre, mais il les prend toutes. Il nous use par-dedans. Pour quelques misérables qu’il dévore vifs et dont les cris nous épouvantent, que d’autres sont déjà froids, et qui ne sont même plus des morts, mais des sépulcres vides. Notre-Seigneur l’a dit : quelle parole, Sabiroux ! L’Ennemi des hommes vole tout, même la mort, et puis il s’envole en riant. »



    Lien : http://cherrylivres.blogspot.fr/2014/12/sous-le-soleil-de-satan-georges-berna...

    Critique de qualité ? (15 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par patrick75, le 09/05/2013


    Journal d'un curé de campagne Journal d'un curé de campagne de Georges Bernanos

    Nous découvrons les états-d'âmes d'un jeune prêtre envoyé dans un village du nord de la France. Les passages les plus marquant du récit sont les dialogues entre le prêtre et certaines personnes qu'il rencontre. Des réflexions philosophico-religieuses sur lesquelles , je l'avoue , je ne me suis pas trop attardé. Peut être l'ai-je mal lu, un peu trop rapidement.
    En tous les cas , un livre de convictions. Intéressant pour découvrir ce que pouvait être la vie d'un prêtre de province au début du dernier siècle. Un livre de "terroirs".

    Critique de qualité ? (14 l'ont appréciée)


    • Livres 2.00/5
    Par jsgandalf, le 07/09/2012


    Sous le soleil de Satan Sous le soleil de Satan de Georges Bernanos

    Je ne savais pas que ce bon vieux Satan pouvait être aussi ennuyeux. Hé bien si ! Pourtant avec un prêtre qui voit le mal partout, Bernanos avait de quoi nous délivrer une œuvre forte que l'on soit croyant ou non. Toutes ces longues tergiversations, ce curé neuneu, sont d'un ennuyant.  Pourtant cela commençait bien !!! 
    Pour moi, malgré les explications que j'ai lu après, ce livre est à fuir au même titre que l'abbé Donissan. 

    Critique de qualité ? (14 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par chartel, le 29/04/2009


    Sous le soleil de Satan Sous le soleil de Satan de Georges Bernanos

    Quel étonnant parallèle entre cette lecture de "Sous le soleil de Satan" et celle des deux volumes d’"Humain, trop humain" de Nietzsche qui l’a encadrée. Alors que le philosophe allemand annonce la mort de Dieu et tente par son œuvre de lui porter le coup fatal, Georges Bernanos, écrivain hanté par l’idée de la mort, exprime, dans son premier roman, le désespoir d’un curé de la région picarde doutant de sa foi qui, pour éprouver cette existence divine, mettra Dieu au défi, afin de se libérer de cet étouffant fardeau (je préviens qu’il s’agit de ma propre interprétation de l’œuvre). Le succès de ce livre doit beaucoup à sa merveilleuse et profonde poésie. Y figure essentiellement une description de la vie intérieure des personnages magnifiquement traduite par Bernanos, même si ce dernier nous précise les difficultés d’une telle entreprise : « Les comparaisons sont peu de chose, quand il faut les emprunter à la vie commune pour donner quelque idée des événements de la vie intérieure et de leur majesté. »

    Critique de qualité ? (13 l'ont appréciée)


    • Livres 3.00/5
    Par akhesa, le 02/04/2013


    Journal d'un curé de campagne Journal d'un curé de campagne de Georges Bernanos

    Un jeune pretreprend ses fonctions dans une paroisse de campagne;il peine a faire sa marque au sein d'une communaute qui se moque de son autorite et de sa faible constitution.Il redige un journal,qui va l'aider a garder son esprit sur sa mission et il y consigne tout(discussion avec son superieur,avec ses ouailles,et ses impressions concernant les paroissiens).
    C'est un livre sur le doute.Neanmoins certains passages sont vraiment profonds et bien ecrits.J'ai trouve interessant les passages concernant les discussions avec ses superieurs hierarchiques concernant le role des pretyres dans les paroisses.
    A lire meme si le sujet n'est plus d'actualite

    Critique de qualité ? (11 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par chartel, le 11/09/2009


    Journal d'un curé de campagne Journal d'un curé de campagne de Georges Bernanos

    Un jeune prêtre fait ses premières classes à Ambricourt, petite paroisse rurale. A travers son journal, nous suivons le parcours mystique et désespéré d’un homme de foi confronté aux contradictions de son Eglise, mais aussi aux incompréhensions d’une société qui a du mal à tolérer les individus qui sortent du rang, non pas pour se démarquer par simple volonté, mais parce qu’irrésistiblement poussés par leurs inébranlables convictions.
    L’une des plus belles œuvres de Bernanos, intense, spirituelle et exigeante .

    Critique de qualité ? (11 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par zenzibar, le 21/02/2013


    Les grands cimetières sous la lune Les grands cimetières sous la lune de Georges Bernanos

    Objectivement, le XXème siècle débute en 1914, de même la seconde guerre mondiale n'a pas commencé à Dantzig en 1939 mais en Espagne au cours de l'été 1936.
    Cette oeuvre est par conséquent bien plus qu'un simple livre fut-il écrit par une grande plume. Il s'agit d'un témoignage direct sur cette épouvantable tragédie. Il ne s'agit pas d'une retranscription des événements politiques et militaires ou d'un récit de combattant mais de réflexions appelées par le vécu des événements.
    Par un concours de circonstances Georges Bernanos se trouvait en résidence en Espagne au moment des évènements. L'auteur était un homme de droite, proche même de l'ultra droite particulièrement active et violente en ces années là en France. Dans ce livre, Bernanos se livre à une sorte d'examen de conscience et s'adresse à sa famille politique pour lui dire qu'elle fait fausse route. Les croisés présumés défendre la civilsation contre les hordes communistes commettent aussi d'abominables forfaits et ne sauraient servir de modèles à importer en France. Il ne voit aucune supériorité spirituelle dans ces massacres.
    Le moins que l'on puisse dire est qu'il ne fut pas entendu en France.
    Une oeuvre courageuse et poignante qui prend toute sa place aux côtés des récits de Malraux (L'espoir) et d'Hemingway (Pour qui sonne le glas)

    Critique de qualité ? (10 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par ivredelivres, le 31/05/2011


    Un crime Un crime de Georges Bernanos

    Il y a quelques mois j’ai lu un roman de Georges Bernanos, je dois avouer que c’était le premier, je n’avais rien lu de cet auteur même au moment de la sortie du film et de la polémique autour du " Soleil de Satan" de Maurice Pialat.
    Je n’ai pas encore fait mon billet car si j’ai aimé et admiré l’écriture, le livre est très difficile à résumer. Quand je suis tombée sur celui là, surprise ! Bernanos écrivant un polar ! Georges Bernanos a des projets d’écriture plus importants mais il faut bien vivre et du coup il écrit ce récit qui est considéré dans son oeuvre comme un roman mineur.

    Mazette beaucoup d’auteurs devraient être heureux de publier des romans alimentaires de cette qualité ! Direction la montagne dans les environs de Grenoble, un village perdu, un presbytère....
    Le village de Mégère attend son nouveau curé, il n’était pas au rendez vous de la patache qui montait de la vallée, le maire et ses adjoints l’ont attendu pour rien, et le voilà qui débarque au petit matin, c’est Mademoiselle Céleste qui est étonnée, mais tout de suite elle sait qu’elle va être heureuse de le servir celui-là, elle ne se fait pas de souci à le voir « si grâcieux, si doux, si honnête » tout le village va lui faire bon accueil.
    Quand dans la nuit le curé est réveillé par des cris, des coups de feu, des appels, Céleste est tout d’abord sceptique, un mauvais rêve peut-être, bien vite le maire, le garde-champêtre sont alertés, et il faut se rendre à l’évidence il y a eu crime, un homme gît dans un fossé près du château et Mme Beauchamp la châtelaine est retrouvée morte dans sa chambre, sa gouvernante une ancienne religieuse n’est pas d’un grand secours pour raconter les évènements.
    Une enquête longue et difficile commence. Le juge d’instruction et son greffier, le procureur, la gouvernante, Céleste, tout le monde est stupéfait quand le curé de Mégère laisse entendre qu’il est détenteur d’un secret ce que confirme son visage "au masque tragique, au regard pénétrant, au sourire funèbre." et ce secret est la clé du mystère.

    Vous avez compris, j’ai aimé ce roman d’un auteur qui d’un bout à l’autre nous manipule nous fait prendre des chemins sans issue, nous trompe, nous perd dans un récit d’une construction extrêmement habile toute en ambiguïté et d’une intelligence que je qualifierai de diabolique (pardonnez-moi Mr Bernanos)

    Dans la postface Michel Bernier explique le peu de succès du roman, jugé comme appartenant à un genre mineur dans l’oeuvre de Bernanos, alors que le récit contient tous les thèmes chers à l’écrivain " Si l’on admet que l’art du roman policier est pour une part un art du leurre, Bernanos a réussi dans Un crime un coup de maître "

    Régalez-vous de ce crime c'est tout le mal que je vous souhaite.


    Lien : http://asautsetagambades.hautetfort.com/archive/2011/04/23/un-crime-georges-b...

    Critique de qualité ? (10 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par chartel, le 31/07/2009


    Les grands cimetières sous la lune Les grands cimetières sous la lune de Georges Bernanos

    Ma lecture récente de "Sous le soleil de Satan" m’a amené à m’interroger sur les nombreuses contradictions soulevées par Bernanos en ce qui concerne la lucidité et la clairvoyance d’une pensée telle que la sienne d’une part et son attachement à l’église catholique et à ses textes canoniques d’autre part. En effet, comment pouvait-on être aussi historiquement avisé sur la construction des dogmes religieux et en même temps se cramponner à une vérité donnée, présentée comme indiscutable et souveraine ?
    Une partie du paradoxe se dévoile dans "Sous le soleil de Satan", à travers les doutes sur la foi du jeune prêtre, personnage central de ce roman. Le mystère s’éclaircit encore plus à la lecture de "Les grands cimetières sous la lune", essai composé à Majorque sous les feux de la guerre civile espagnole en 1938. Bernanos n’y traite pas seulement de l’énigme de la Foi, mais surtout de son absence de plus en plus criante et dramatique. Si le soleil est peut-être la marque de la divinité, qu’elle soit bienfaisante ou, comme dans le célèbre roman de Bernanos, malfaisante, la lune serait alors la marque des êtres humains, inconstants et versatiles. Cette lune couvre de ses rayons étouffés les carnages et la folie des hommes, massacrant à tout va au nom de Dieu. Sous la forme de l’interpellation, Bernanos fustige les ecclésiastiques, les hommes de Dieu, les professionnels de la religion chrétienne, les moralistes, mais aussi les bourreaux droitistes, les assoiffés de sang qui n’hésitent pas à se couvrir du blanc-seing de l’Eglise pour justifier leur désir de mort. Cet écrivain conservateur et monarchiste s’oppose alors ouvertement à Franco, aux fascistes et à leurs fervents défenseurs en France, annonçant, avec intuition, le chaos vers lequel l’Europe se jette insensément et rageusement. Pour Bernanos, la fin de Dieu, annoncée par Nietzsche, se double d’une abdication et d’un dévoiement de ses représentants sur Terre. L’Eglise catholique a affirmé et confirmé par son soutien à Franco que Dieu n’existait plus pour les hommes.

    Critique de qualité ? (10 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par brigittelascombe, le 23/04/2012


    La joie La joie de Georges Bernanos

    Entre lumière et ténèbres, Georges Bernanos dans La joie, mystique torturé, jette le lecteur avec force dans le spectacle dantesque, celui de la pure, "trop sage" Chantal de Clergerie, emplie de La joie de Dieu, qui, par "simple ignorance de sa vie intérieure" plonge dans "le regard ténébreux" semblable à celui "des bêtes corrompues"du Colonel Fiodor, chauffeur russe de son père, qui la devine.
    L'enfer de Bernanos, brûlerait-il semblable à celui de Sartre dans Huis-clos (dont les mots d'Ines sont un exemple: "Vous m'avez volé jusqu'à mon visage, vous le connaissez et je ne le connais pas.")?
    Mais se connait-on vraiment soi-même et qui peut vraiment prétendre nous connaître?
    Seule la mort, la folie ou l'oubli délivrent du paradoxe.
    Une oeuvre classique magistrale!

    Critique de qualité ? (8 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par letendard, le 19/02/2011


    Les grands cimetières sous la lune Les grands cimetières sous la lune de Georges Bernanos

    "On gagne toujours à reprendre Bernanos. Ce grand homme de foi et tout aussi grand homme de passion, pamphlétaire redoutable et « plus grand romancier de son temps » selon Malraux (qui préfaça en 1974 le Journal d’un curé de campagne), avait la vocation...


    Lien : http://www.denecessitevertu.fr/2011/02/19/bernanos-le-grand-imprecateur-2/

    Critique de qualité ? (8 l'ont appréciée)


    • Livres 0.00/5
    Par Suerte, le 29/06/2013


    Les grands cimetières sous la lune Les grands cimetières sous la lune de Georges Bernanos

    Il est des livres que je reprends de temps à autre. Les grands cimetières sous la lune sont de ceux-là et je ne me l’explique pas. Personne ne m’est plus étranger que Bernanos, catholique, royaliste, ancien combattant de 14, père d’une ribambelle enfants… rien et pourtant j’aime ce livre ainsi que d’autres livres de lui, Journal d’un curé de campagne, Un crime, et dans un coup de folie, La grande peur des bien pensants, livre incompréhensible, dont les repères historiques m’échappent, époque où le magister de Maurras s’exerce encore, où Bernanos prend à parti le sourdingue marseillais car traitre à Drumont, ou je ne sais.
    Rien ne me rattache à Georges Bernanos, ni sa foi catholique, ni son idéal monarchiste. Camelot du Roi, antidreyfusard, maurrassien… il est difficile de suivre les méandres de ses combats, à moins d’une agrégation ès « droites françaises ». Politiquement introuvable, antidémocrate certainement. Bernanos, est à peine un contemporain, un personnage convexe, comme son buste de Port Royal, un personnage impossible, père de onze enfants, ayant épousé une descendante de Jeanne d’Arc (on croirait une blague), assureur, écrivain, installé en 1934, à Palma de Majorque : « parce que le prix du bœuf et des pommes de terre y est encore abordable ». Il ne savait pas qu’il allait trouver la guerre civile.
    Témoin de hasard de la guerre civile, il n’en montre que les abords, car la guerre civile est essentiellement invisible, diffuse, habituée du petit jour et du crépuscule. La guerre civile est un état d’incertitude et les seules réalités sont les têtes ou les cadavres que l’on retrouve au matin et devant lesquelles les questionnements se posent encore. Parce qu’on ne sait rien, les gens meurt et tout devient conjecture. « La guerre civile ne m’a fait vraiment peur que le jour où je me suis aperçu que j’en respirais, presque à mon insu, sans haut-le-cœur, l’air fade et sanglant. »
    Il n’y a rien de spectaculaire dans Bernanos. Nous sommes loin du journalisme, de Malraux, d’Hemingway et Bernanos retrace cette atmosphère de guerre civile qu’il a vécue à Palma de Majorque, qui a été le point d’appui de la Légion espagnole et des règulares, qui ont formé le fer de lance des troupes franquistes de Yaguë. Il ne voit pas grand chose, peut-être ces camions pleins de paysans, les mains encore pleines de travail, qui vont être exécutés dans le soir. il entend, il entend à la radio la charla de Queippo de LLano (que l’on peut découvrir sur You Tube), il parle sans doute dans son castillan approximatif à ses voisins ; à ses nombreux enfants, dont au moins un (Ifi) est phalangiste et qui lui rapportent ce qu’ils voient ou entendent, car les enfants en savent plus que les parents dans ces temps incertains.
    En France nous connaissons peu la guerre civile espagnole, on en reste à l’histoire des vaincus, à la geste des brigadistes, des républicains, à Malraux. Nous avons une vision manichéenne. Bernanos est sans illusion. Sa dénonciation du franquisme ne signifie en rien son adhésion aux idées de la République espagnole. Ici il faudrait rappeler quelques éléments d’histoire de l’Espagne, de la seconde République après l’épisode Primo de rivera, la radicalisation des gauches, l’éphémère République socialiste asturienne…
    Bernanos m’intéresse car il écrit bien, son humour cruel, sa description des soldats de 14 anxieux à l’idée de rater le train pour l’Enfer, comme s’ils se rendaient à Viroflay, l’effet comique à répétition de l’oubli du nom de Salazar, sa totale indépendance d’esprit, le personnage est facile à comprendre au final, c’est un croyant hors de l’Eglise officielle, hors de tout, seul.
    Alors oui, ce livre vaut pour son regard dont la force marque l’esprit comme des blessures.


    Lien : http://jsander.blogs.nouvelobs.com/archive/2013/06/22/les-grands-cimetieres.html

    Critique de qualité ? (6 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par cicou45, le 20/06/2011


    Les grands cimetières sous la lune Les grands cimetières sous la lune de Georges Bernanos

    Magnifique pamphlet dans lequel Georges Bernanos dénonce, sans mâcher ses mots et assez violemment, les répressions franquistes de la Guerre d'Espagne. D'abord partisan franquiste, il sera très vite indigné par la violence avec lesquelles les anti-républicains se révoltent.
    Ouvrage qui paraît un peu difficile d'accès au début mais dans lequel le lecteur se laisse facilement envoûter grâce au génie et à la prodigieuse écriture de Bernanos.

    Critique de qualité ? (6 l'ont appréciée)




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