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Par brigetoun, le 10/05/2012
Ecorces de
Georges Didi-Huberman
"Absolument" parlant, il n'y a plus rien à voir de cela. Mais l'après de cette histoire, où je me situe aujourd'hui, n'a pas été sans travailler lui aussi, travailler à retardement, travailler "relativement". C'est ce dont je me rends compte en découvrant, le coeur serré, ce pullulement bizarre de fleurs blanches sur le lieu exact des fosses de crémation.
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Par brigetoun, le 10/05/2012
Ecorces de
Georges Didi-Huberman
Mais toutes les images ne demeurent pas sans conséquences partagées. Il y a des images - comme celles du Sonderkommando de Bikernau - qui sont des actes collectifs et non de simples trophées ou bibelots privés. Il y a des surfaces qui transforment le fond des choses alentour.
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Par brigetoun, le 10/05/2012
Ecorces de
Georges Didi-Huberman
À partir de ce moment, j'ai pratiquement photographié toute chose à l'aveugle. D'abord parc qu'une sorte d'urgence me poussait en avant. Ensuite parce que je n'avais pas envie de transformer ce lieu en une série de paysages bien cadrés. Enfin, tout cadrage précis m'était presque interdit, techniquement parlant, en ceci que la lumière pesante de cette mi-journée, dont les nuages dans le ciel accentuait presque l'intensité, ou du moins l'intensité de plomb m'empêchait de vérifier quoi que ce fût sur le petit écran de contrôle de mon appareil digital.
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Par brigetoun, le 10/05/2012
Ecorces de
Georges Didi-Huberman
Sur quelques-unes de mes photographies, on ne voit que les arbres, comme si mon regard avait cherché sa respiration par delà les barbelés. Mais les barbelés sont bien là, avec leurs poteaux de ciment et leurs conducteurs électriques. Tout cela rendu si discret par la force visuelle des troncs d'arbres alentour, si présent pourtant puisqu'ils indiquent dans cette banale forêt un lieu de massacre organisé.
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Par brigetoun, le 10/05/2012
Ecorces de
Georges Didi-Huberman
Pour nous qui acceptons de la regarder, cette photographie "ratée", "abstraite" ou "désorientée", témoigne de quelque chose qui demeure essentiel ; elle témoigne du danger lui-même, le vital danger de voir ce qui se passait à Birkenau. Elle témoigne de la situation d'urgence, et de la quasi impossibilité de témoigner à ce moment précis de l'histoire.
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Par brigetoun, le 10/05/2012
Ecorces de
Georges Didi-Huberman
C'est tout autre chose à Birkenau. Ici les murs n'existent presque plus. Mais l'échelle ne ment pas et vous atteint avec une force - une force de désolation, de terreur - inouïe. Le sol aussi ne ment pas. Auschwitz, aujourd'hui tend vers le musée, quand Birkenau ne demeure guère plus qu'un site archéologique.