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Par odorata, le 01/10/2009
Là-haut, tout est calme de
Gerbrand Bakker
- Comment c'est d'avoir un frère jumeau ?
- C'est la plus belle chose qui soit, Henk.
- À présent, tu te sens diminué de moitié?
Je veux dire quelque chose, mais n'y parvient pas. je suis même obligé de m'agripper à l'une des barres métalliques pour ne pas tomber. J'ai toujours été ignoré, j'étais le frère, papa et maman comptaient davantage, Riet a revendiqué - si peu que cela ait duré - son veuvage, et voilà le fils de Riet ici, face à moi, en train de me demander si je me sens diminué de moitié. Henk m'attrape par les épaules, je lui fais lâcher prise.
- Pourquoi pleures-tu ? demande-t-il.
-Pour tout, dis-je.
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Par kathel, le 11/03/2013
Le détour de
Gerbrand Bakker
Elle avait aménagé la grande chambre en cabinet de travail. Ou, plus exactement, elle avait poussé la table en chêne criblée de trous de vers à bois qui était là à son arrivée jusque devant la fenêtre et avait posé dessus une lampe de bureau. Près de la lampe, un cendrier, et près du cendrier les Collected poems d’Emily Dickinson. Avant de s’asseoir à la table, elle entrouvrait la plupart du temps la fenêtre. Lorsqu’elle fumait, elle envoyait la fumée de sa cigarette par l’entrebâillure. Comme, dans cette pièce, les feuilles de la plante grimpante l’importunaient, elle est allée, un jour, chercher l’escabeau de bois branlant de la porcherie, et a coupé au couteau les pousses qui montaient devant la fenêtre.
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Là-haut, tout est calme de
Gerbrand Bakker
Les ânes ne s’approchent pas immédiatement de la barrière, mais viennent, flanc contre flanc, bien tranquillement, dans ma direction. Ces bêtes sont à moi, vraiment à moi, je les ai achetées. Tout le reste, ici, n’est pas véritablement à moi ; les vaches, les brebis et même les poules Lakenvelder font partie de la succession. Quant à la vieille Opel Kadett, au tas de fumier, et aux saules têtards, je roule avec la première, j’évacue mon fumier sur le deuxième, j’étête les troisièmes, mais ils ne sont pas à moi. Je suis un métayer, et ce que je fais, quelqu’un d’autre aurait dû le faire.
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Là-haut, tout est calme de
Gerbrand Bakker
Durant toute une moitié de mon existence, je n’ai pensé à rien. J’ai remis tous les jours ma tête sous les vaches. En un sens, je les maudis, ces vaches, mais elles sont par ailleurs pleines de chaleur et de sérénité, quand, front appuyé contre leur flanc, on leur met la trayeuse. Rien n’est aussi rassurant, rien n’est aussi protecteur qu’une étable remplie de vaches respirant paisiblement, par un soir d’hiver. Jour après jour, été, automne, hiver, printemps.
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Par kathel, le 26/02/2011
Là-haut, tout est calme de
Gerbrand Bakker
Avant de peindre les boiseries, j’ai blanchi les murs et le plafond du séjour. Il a fallu deux couches pour faire disparaître les rectangles qui ressortaient une fois décrochés les tableautins, les photos et les marquoirs. J’ai acheté de la peinture et un nouveau pinceau chez le marchand de peinture, puis je suis allé au supermarché de bricolage Praxis, où j’ai trouvé des stores vénitiens en bois des dimensions exactes des fenêtres du séjour et de la chambre. Les normes en vigueur il y a un siècle et demi ont manifestement toujours cours. Avant de les installer, j’ai débarrassé les rebords de fenêtre des plantes qui restaient, pour les jeter à leur tour sur le tas de fumier. A présent, les deux pièces sont vides et gris-bleu, la lumière y pénètre en bandes horizontales. Le matin, je ne remonte pas les stores vénitiens, mais j’actionne l’ouverture des étroites lamelles.
Equipé d’une boîte en carton pleine de clous, d’un marteau et d’une grande et lourde caisse à pommes de terre, je monte l’escalier.
« Qu’est-ce que tu fais ? » demande papa .
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Par yv1, le 12/05/2011
Là-haut, tout est calme de
Gerbrand Bakker
Nous appartenions l'un à l'autre, nous étions deux garçons et un seul corps.
Mais il y a eu Riet. Lorsqu'en janvier 1966 je suis entré dans sa chambre [celle de Henk] et ai voulu me coucher près de lui, il m'a renvoyé. "Fous le camp", a-t-il fait. Je lui ai demandé pourquoi. "Idiot", m'a-t-il répondu. En quittant sa chambre je l'entendais pousser des soupirs de mépris. J'ai regagné mon lit en frissonnant. Il gelait, la nouvelle année venait de commencer et, le matin d'après, la fenêtre était couverte de haut en bas de fleurs de givre. Nous étions désormais deux jumeaux et deux corps. (p.215)
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Là-haut, tout est calme de
Gerbrand Bakker
Durant toute une moitié de mon existence, je n’ai pensé à rien. J’ai remis tous les jours ma tête sous les vaches. En un sens, je les maudis, ces vaches, mais elles sont par ailleurs pleines de chaleur et de sérénité, quand, front appuyé contre leur flanc, on leur met la trayeuse. Rien n’est aussi rassurant, rien n’est aussi protecteur qu’une étable remplie de vaches respirant paisiblement, par un soir d’hiver. Jour après jour, été, automne, hiver, printemps.
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Par oops, le 08/02/2011
Là-haut, tout est calme de
Gerbrand Bakker
Qui conserve ses illusions n'a pas idée de ce qui lui manque.
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Là-haut, tout est calme de
Gerbrand Bakker
Traînasser. Etre à l’arrêt, marcher, s’asseoir. Regarder dans le canal les nénuphars jaunes, regarder passer lentement les nuages_ Oh, ils passent toujours tellement lentement. Regarder l’eau qui gonflait dans le watergang. Quand nous fermions les yeux en écoutant le gémissement bien huilé de l’axe du petit moulin, le vent dans les barres métalliques, les alouettes, le temps s’arrêtait. Toutes sortes de choses allaient et venaient derrière nos paupières ; et ce n’était jamais sombre ?. C’était orange. Quand l’été avait commencé, et qu’ici devenait un autre pays- presque comme l’Amérique-, il n’existait plus rien d’autre. Nous existions et notre odeur était plus fortes que celle des chardons secs des champs, du crottin de mouton, et de l’eau chaude. Une odeur douce, parfois calcaire, de genoux nus, de ventres nus. L’herbe nous chatouillait le derrière. Toucher le corps de l’autre, c’était toucher son propre corps. Deux êtres ne sont jamais aussi proches que lorsque l’un sent battre le cœur de l’autre en pensant que c’est le sien. Entre eux, c’est presque la même fusion qu’entre une brebis et moi, juste avant que je ne me noie.
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Là-haut, tout est calme de
Gerbrand Bakker
J'étais le deuxième choix, dis-je. C'était ça le pire.