-
Par peloignon, le 26/02/2013
Le Chat et la souris de
Günter Grass
J'avais la rage au ventre, et la rage faisait des petits.
-
Par brigetoun, le 08/05/2010
Une rencontre en Westphalie de
Günter Grass
en l'an quarante sept, comme après vingt-neuf ans de guerre la paix n'était toujours pas faite, la rencontre devait avoir lieu entre Münster et Osnabrück, soit pour remettre en honneur le dernier lien qui restât, la langue commune, soit -ne fût ce que par la bordure - pour tenir sa petite partie dans le concert politique.
Finalement on était qui. Quand tout gisait en ruine, seuls brillaient les mots. Si tous les princes s'étaient ravalés, le crédit échéait aux poètes..
Et ainsi, tant qu'à la fin tout s'accorde, faire naître la compagnie tout ensemble pegnitzienne, fructière et sincère du Sapin et de la Tonnelle de Courges patriotiques
> lire la suite
-
Le tambour de
Günter Grass
Quand on a envie d'un miracle,il faut savoir attendre!
-
Le tambour de
Günter Grass
Pour ne pas faire sonner un tiroir-caisse, je me cramponnai au tambour et à partir de mon troisième anniversaire je ne grandis plus d'un doigt.
-
Par Woland, le 07/02/2012
Le tambour de
Günter Grass
[...] ... Par extraordinaire, Matzerath me marqua une affection qui, pour maladroite qu'elle était, ne laissait pas d'être cordiale. Oscar, étonné, s'accommoda de ce que cet homme jusque là indifférent le prît sur ses genoux pour le cajoler, le regarder, et même, une fois, pour l'embrasser ; les larmes en vinrent aux yeux de Matzerath et il dit, plus en aparté qu'à l'adresse de Maria [sa seconde épouse] : "Impossible. On ne peut pas donner son fils. Même si tous les médecins disent la même chose. On dirait qu'ils n'ont pas d'enfants."
Maria, assise devant la table, collant comme chaque soir des tickets d'alimentation sur des feuilles de journal, leva les yeux : "Calme-toi, Alfred. Tu fais comme si ça ne me faisait rien. Mais s'ils disent qu'aujourd'hui, on fait comme ça, alors, je ne sais plus ce qu'il faut faire."
L'index de Matzerath montra le piano qui, depuis la mort de ma pauvre mère, restait à court de musique : "Agnès n'aurait jamais fait ou permis ça."
Maria jeta un oeil sur le piano, haussa les épaules et ne les laissa retomber qu'en parlant : "Bien sûr, parce que c'était la mère et qu'elle espérait toujours que ça s'arrangerait. Mais tiens : il n'en est rien sorti, il est partout rejeté et ne sait ni vivre, ni mourir !"
Je ne sais si ce fut dans le portrait de Beethoven, toujours suspendu à notre mur au-dessus du piano et toisant d'un regard sinistre le sinistre Hitler, que Matzerath puisa sa force soudaine. "Non !" cria-t-il. "Jamais !" et il abattit son poing sur la table, sur les feuilles humides, collantes se fit donner par Maria la lettre envoyée par la direction de l'établissement, la lut, relut, la re-relut, puis la déchira et en dispersa les lambeaux parmi les tickets de pain, de matière grasse, d'alimentation, les tickets pour voyageurs, les tickets pour travailleurs de force, les super-travailleurs de force et parmi les tickets pour femmes enceintes et nourrices. Si, grâce à Matzerath, Oscar ne tomba pas entre les mains de ces médecins-SS, il garda dans l'esprit et voit encore aujourd'hui, à peine a-t-il aperçu Maria, une charmante clinique implantée dans l'air salubre de la montagne ; dans cette clinique, une claire salle d'opération, moderne, accueillante ; il voit, devant la porte capitonnée, Maria timide mais au sourire confiant, me remettre à des médecins de premier ordre qui, pareillement, sourient et inspirent confiance tandis que, derrière leurs blouses blanches aseptisées, qui inspirent confiance, ils tiennent dissimulées, aseptisées, de foudroyantes seringues. ... [...]
> lire la suite
-
Par Woland, le 07/02/2012
Le tambour de
Günter Grass
[...] ... Assez longtemps, exactement jusqu'en novembre trente-huit, j'ai, embusqué avec mon tambour sous des tribunes, avec plus ou moins de succès, dispersé des manifestations, fait bégayer des orateurs, tourné des marches et des choeurs en valses et en fox-trots.
Aujourd'hui, malade à titre privé dans un établissement ad hoc, alors que tout cela est devenu historique et qu'on le rabâche avec ardeur certes, mais à froid, j'ai pris le recul nécessaire pour apprécier mon activité de tambour. Rien n'est plus éloigné de mes intentions que de voir en moi un résistant : c'est peu de choses que six ou sept manifestations démolies, trois ou quatre rassemblements ou défilés à qui le tambour a fait perdre le pas cadencé. Le mot de résistant est devenu très à la mode. On parle d'esprit de la résistance, de milieu résistant. Il paraît même que la résistance peut se prendre par voie interne ! On appelle ça émigration intérieure. Sans parler de ces hommes d'honneur aux fermes convictions qui, pendant la guerre, pour avoir négligemment obscurci les fenêtres de leur chambre à coucher, se virent coller une amende et s'appellent maintenant résistants, hommes de la résistance.
Jetons encore un coup d'oeil sous les tribunes d'Oscar. Est-ce qu'Oscar leur a joué du tambour, à ceux-là ? A-t-il, suivant les conseils de son maître Bebra, pris les rênes de l'action et fait danser le peuple devant la tribune ? A-t-il, un dimanche de plat unique du mois d'août mil-neuf-cent-trente-cinq, pour la première fois, et plus tard encore quelquefois, pulvérisé des manifestations brunâtres à l'aide d'un tambour qui, pour être rouge et blanc, n'en était pas pour autant polonais ?
J'ai fait tout cela, vous devez bien l'admettre. Suis-je, moi, le pensionnaire d'un établissement psychiatrique, un résistant pour si peu ? A cette question, je dois répondre non et je vous prie, vous qui n'êtes pas internés, de ne voir en moi qu'un être un peu à part qui, pour des raisons privées, esthétiques de surcroît, prenant à coeur aussi les doctrines de son maître Bebra, rejetait la couleur et la coupe des uniformes, la cadence et la force de la musique en usage sur les tribunes, et qui, pour cette raison, ramassait un peu de protestation sur un tambour d'enfant. ...
> lire la suite
-
Le tambour de
Günter Grass
C'était le bonheur.Cela ne valait pas mon tambour; ce bonheur n'était qu'un ersatz; le bonheur,ça n'existe peut-être qu'en ersatz;le bonheur succède au bonheur par sédimentation:marbre,grés,grés de l'Elbe,grés du Main,grés du bain,grés du sein,du sien,du nôtre,grés de Kirchheim,bonheur de Grenzheim.
-
Par bibliophage, le 02/12/2008
Première phrase du livre
Le tambour de
Günter Grass
(incipit)
D'accord : je suis pensionnaire d'une maison de santé. Mon infirmier m'observe, me tient à l'oeil ; car il y a dans la porte un judas, et l'oeil de mon infirmier est de ce brun qui ne peut me radiographier car j'ai, moi, les yeux bleus.
-
Par valleg, le 03/03/2013
Le Chat et la souris de
Günter Grass
"Mesure voir !" lança Jürgen Kupla. Tulla dut écarquiller la main gauche une grande fois et une petite. Quelqu'un, puis un autre, murmura : "Au moins trente centimètres." Naturellement, ce chiffre était exagéré. Schilling, qui parmi nous avait la plus longue carabine dut s’exhiber, se mettre en batterie et s'aligner : Mahlke était primo plus gros d'une pointure, secundo plus long d'une boîte d'allumettes et tertio son aspect était beaucoup plus adulte, plus dangereux, plus adorable.
Il avait une fois de plus montré ses capacités, et il nous les montra une fois encore aussitôt après en tirant deux fois de suite, comme nous disions, les vers du nez.
> lire la suite
-
Mon siècle de
Günter Grass
La porte de Brandebourg aussi était encore une masse grise, uniquement explorée de temps à autre par un projecteur de la police. Alors s'approcha, puis se déversa le défilé aux flambeaux, telle une coulée de lave dans toute sa largeur, brièvement fendue par les piliers pour se ressouder aussitôt, incessante, irrésistible, solennelle, fatale, rendant la nuit plus claire et illuminant la Porte jusqu'au quadrige qui la couronne, jusqu'au plus haut bord du casque triomphant de la déesse ; même nous, sur le toit de la maison des Liebermann, nous étions éclairés par cette lueur désastreuse, et enfumés par la puanteur fuligineuse de plus de cent mille torches.
Quelle honte ! J'avoue à contrecœur que cette image, ou plutôt ce tableau d'une sorte de cataclysme naturel, me faisait horreur, mais en même temps me transportait. Il en émanait une volonté à laquelle on était sommé de se plier. C'était un flot qui vous emportait. Et les ovations qui s'élevaient de toutes parts et montaient jusqu'à nous m'auraient peut-être bien arraché à moi aussi - ne fût-ce que pour essayer - un "Sieg Heil !" d'approbation, si Max Liebermann n'y était allé d'une phrase qui par la suite, chuchotée de bouche à oreille, fit le tour de la ville. Se détournant de ce spectacle mémorable comme d'une peinture d'histoire luisante de vernis et signée d'un peintre pompier, il dit en dialecte berlinois : "Jamais je pourrai manger autant que j'ai envie de vomir."
[1933]
> lire la suite