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Les exécuteurs : Des hommes normaux aux meurtriers de masse de
Harald Welzer
C'est ce couplage entre l'évidente nécessite d'actes déplaisants et le sentiment d'accomplir ces actes nécessaires contre leur propre sensibilité humaine qui donna aux exécuteurs la possibilité de se sentir jusque dans le meurtre des gens "bien" . (p.27).
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Par Sycorax, le 20/09/2011
Les exécuteurs : Des hommes normaux aux meurtriers de masse de
Harald Welzer
Nous savons aujourd'hui qu'il n'y a pas un seul cas attesté où quelqu'un qui aurait refusé de participer à une exécution aurait eu à en subir des conséquences personnelles graves, comme sa mutation dans un bataillon disciplinaire ou sa condamnation à mort. Les travaux auxquels on risquait d'être affecté en cas de refus d'obéissance pouvaient être désagréables, on se déconsidérait peut-être aux yeux des camarades, mais on ne risquait pas sa vie, ni, encore moins, celle de ses proches. Aussi bien, il eût été dysfonctionnel, pour la bonne marche des "Judenaktionen", qu'un trop grand nombre d'exécutants s'attirât de graves difficultés dans l'accomplissement de cette tâche. C'est d'ailleurs pour la même raison que l'on veillait à l'état psychologique des hommes et de leur bien-être. Quant au "Befehlsnotstand", cette impossibilité absolue de ne pas obéir aux ordres, ce fut un mythe invoqué et inventé par les protagonistes eux-mêmes, soucieux de trouver en dehors d'eux-mêmes, pour des raisons juridiques, un motif à leurs meurtres qui fût au moins une contrainte subjective et leur permît de se tirer d'affaire.
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Par Sycorax, le 23/04/2012
Les exécuteurs : Des hommes normaux aux meurtriers de masse de
Harald Welzer
[...] quand nous nous examinons nous-mêmes, de considérables différences apparaissent parfois entre nos exigences morales et nos actes ; nous sommes capables, selon les situations, d'adopter des façons fort diverses d'interpréter, d'agir et de parler ; nous nous permettons de nous comporter "mal" en le sachant fort bien ; nous manions le mensonge, la contradiction et l'infraction tout aussi bien que la confiance, l'intégrité et la reconnaissance . Et un tel examen a tôt fait de révéler autre chose encore : c'est qu'en passant en revue le patchwork de notre existence morale, à chaque facette qui nous semble un peu douteuse nous tentons aussitôt de faire valoir la raison pour laquelle nous avons agi à l'encontre de ce dont nous étions tout à fait capables et sommes restés en deçà de nos possibilités, la raison pour laquelle nous avons été forcés de mentir, de tromper, de trahir ou de décevoir. Il est étonnant de constater que généralement nous trouvons à tout cela de bonnes raisons, de sorte qu'un comportement ressenti comme fâcheux peut ainsi apparaître a posteriori comme sensé et, du moins à nos propres yeux, comme justifié. Ces raisons sont nécessaires à la satisfaction de nos propres exigences morales, même quand nous y avons "exceptionnellement" manqué. (p. 25-26)
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Par Sycorax, le 23/04/2012
Les exécuteurs : Des hommes normaux aux meurtriers de masse de
Harald Welzer
Il semble qu'il y ait chez les êtres humains un refus fondamental de passer pour "mauvais", et même le criminel le plus dénué de scrupules paraît tenir plus que tout à être perçu comme "humain" sous tel ou tel angle de sa personnalité et à ne pas être rangé dans les catégories des personnes se faisant horreur à elles-mêmes. Cette observation, banale, n'a pourtant rien de scandaleux dans une perspective psychosociologique partant de l'idée qu'il n'existe pas de vie humaine en dehors des liens sociaux ; de ce fait [...], ç'eût été trop demander à des exécuteurs [...] que de se voir comme les monstres qu'ils paraissent être. (p. 33)
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Les exécuteurs : Des hommes normaux aux meurtriers de masse de
Harald Welzer
Dans les meurtres de masse et les processus génocidaires, nous avons affaire, en règle générale, à des gens non pas prédisposés au meurtres, mais qui, pour des raisons leur paraissant plausibles, ont résolu de tuer. (p.47).
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Les exécuteurs : Des hommes normaux aux meurtriers de masse de
Harald Welzer
Les États totalitaires pratiquent intensément - le stalinisme l'a montré le plus nettement - une politique mémorielle pragmatique parce que la domination complète des hommes exige que l'on domine aussi leur mémoire. (p.56).
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Les exécuteurs : Des hommes normaux aux meurtriers de masse de
Harald Welzer
L'autonomie semble être effectivement la seule chose qui puisse s'opposer à la tentation susceptible de saisir chacun de devenir l'élément irresponsable d'un processus meurtrier. (p.285).
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Les exécuteurs : Des hommes normaux aux meurtriers de masse de
Harald Welzer
L'une des clefs de cette existence sans problèmes [des exécuteurs] est la capacité qu'ont les êtres humains de ranger leurs actes dans des cadres de référence à chaque spécifiques ("c'était la guerre", "c'était les ordres", " je trouvais ça cruel, mais je ne pouvais pas faire autrement"), qui leur permettent de considérer ces actes comme quelque chose qui ne dépend pas d'eux. (p.16).
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Les exécuteurs : Des hommes normaux aux meurtriers de masse de
Harald Welzer
Les idées sur l'absolue inégalité entre les hommes, les principes de domination et de soumission, la prédominance acordée à des questions dhonneur, de sang, de communauté, de race, sont antérieurs au national-socialisme, il les radicalise et il les complète d'un racisme scientifiquement argumenté, ainsi que du rêve que le monde peut-être réorganisé de fond en comble. (p.75).
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Les exécuteurs : Des hommes normaux aux meurtriers de masse de
Harald Welzer
Notre confiance quelque peu naïve dans la rationalisme des Lumières nous a empêcher de voir que liberté et autonomie peuvent ne pas être ressenties seulement comme la décharge d'un fardeau, mais au contraire comme un poids, comme le stress d'avoir à décider, comme la peur des responsabilités. (p.283-284).