Note moyenne : /5 (sur 92 notes)
Nationalité : France
Né(e) à : Bordeaux , 1974
Je n’avais qu’une crainte : tomber dans le pathos. Depuis mon roman « Un hiver avec Baudelaire » qui était un sujet assez difficile autour des SDF et pour lequel il était facile de faire pleurer, j’ai toujours eu peur du pathos. Ma solution est de rester factuel. Quand il y a des situations suffisamment fortes comme dans « Un hiver avec Baudelaire » dans lequel je parle des plus précaires ou « Dieu surfe au Pays basque », dans lequel je parle d’une fausse couche, j’essaie de ne pas en rajouter.
Il y a une limite à trouver entre l’obscénité de trop montrer et un excès de pudeur qui ne serait pas bon non plus.
On assiste dans ce roman à une double naissance : celle d’une idylle qui se passe très bien et celle d’un enfant qui ne se passe pas bien, voire qui ne se passe pas du tout.
J’ai écrit ce roman dans l’ordre. Certains moments étaient tellement durs que je pense que j’avais moi-même besoin d’avoir un moment un peu léger. Pour surmonter le drame, il s’agissait de retrouver la légèreté du début, l’insouciance de l’amour. Ce n’est pas une insouciance feinte. Je crois que quand on est amoureux, on à l’âge de son premier amour et moi j’avais 15 ans au moment de mon premier amour.
J’ai donc construit ce roman tel qu’il est publié. Aux scènes parfois dures succèdent des scènes infiniment plus gaies. Maintenant, en contrepoint, je trouve que ces scènes heureuses rendent les autres encore plus raides.
C’est la première fois que j’écris à la première personne. Je ne suis pas forcément attiré par ce type d’écriture. Mais c’est un « je » qui n’a ici pas de nom. La femme non plus n’est jamais nommée.
Si l’histoire est très identifiée et même cadrée puisque les lieux et les dates sont indiqués, je voulais laisser les personnages en coquilles vides car ce n’est pas ma propre histoire qui m’intéressait. Ce qui m’intéressait c’était de traiter un sujet qu’on ne traite habituellement pas : un enfant à naître, et ceci du point de vue de l’homme. Je voulais ainsi laisser à tous les hommes la possibilité de se retrouver dans ce récit, d’y rentrer plus facilement. Dans cette optique, écrire à la troisième personne me semblait déplacé.
Ceci dit, il y a un très beau livre que j’avais en tête quand j’ai écrit ce livre, c’est « La mort de Lara » de Thierry Consigny, publié en 2007 chez Flammarion par Frédéric Beigbeder. C’est l’histoire de la mort de la fille de l’auteur noyée dans une piscine alors qu’elle avait trois ans. L’auteur, que j’ai un jour rencontré, m’avait dit qu’il avait d’abord écrit le texte à la première personne avant de le transposer à la troisième personne pour garder la charge affective du « je » mais en le transposant dans un récit moins personnalisé.
J’ai écouté les personnes qui ont bien voulu me raconter leurs histoires. J’ai surtout voulu vérifier dans les statistiques que c’était une histoire terriblement banale. En les écoutant, j’ai su que je tenais un vrai sujet qui touchait beaucoup de monde mais dont, paradoxalement, peu de personne parlait.
Je note par ailleurs une recrudescence de romans qui s’inspirent de faits divers, d’Arthur Dreyfus à Régis Jauffret, et, parallèlement, à un intérêt croissant des lecteurs pour des histoires qui ont été vécues par leurs auteurs. C’est quelque chose qui est dans l’air du temps. La fiction, les romans, disent parfois des choses beaucoup plus vraies que le réel en inventant complètement. J’aime beaucoup cette phrase de Jean Cocteau qui dit « je suis un mensonge qui dit toujours la vérité ». Cela s’applique à l’art en général.
Effectivement, le cœur du livre c’est cette révolte contre Dieu et cette question existentielle : « Si Dieu existe, pourquoi laisse-t-il un tel ‘‘bordel’’ ? » La théologie catholique répond très bien à cette question : Dieu a créé l’Homme libre donc à partir de là, il a renoncé à toute ingérence.
Je me souviens d’une phrase dans la pièce « Le Visiteur » d’Eric Emmanuel Schmitt que j’avais vue au Petit Théâtre de Paris en 1993 ou 1994. Dans la pièce, Freud reçoit la visite d’un inconnu alors que sa fille a été arrêtée par la Gestapo et qu’un fou s’est échappé d’un asile. Cet homme arrive chez lui et Freud se demande tout du long s’il s’agit de Dieu ou d’un cinglé. A un moment où Freud doute, ce dernier pose au visiteur cette question : « Mais si vous êtes Dieu, pourquoi est-ce que vous laissez faire ça. Pourquoi est-ce que vous laissez Hitler ? ». L’inconnu le regarde et lui répond : « Est-ce que vous relisez vos livres ? »
En d’autres termes, la question est : « Est-ce que Dieu va se repencher sur sa propre création ? » Et la réponse est non. Je trouve cet élément très intéressant dans la religion catholique. Dieu fait l’Homme libre et c’est à lui de choisir s’il veut faire le bien ou le mal. Il est libre et responsable de ses choix, même s’il on aimerait parfois que Dieu intervienne ou que l’on se demande où il est.
J’ai passé douze ans chez les pères jésuites à Bordeaux au collège et lycée Saint Joseph de Tivoli. Entre 10 et 13 ans j’ai pensé devenir prêtre, c’est une vraie tentation que j’ai eu. Cela m’interpellait beaucoup. Mais avec l’adolescence, les femmes, les sorties, la drogue, etc…beaucoup de choses m’attiraient également et m’éloignaient de cet objectif. J’ai su à ce moment que je n’étais pas fait pour la chasteté et la pauvreté pourtant requises pour être prêtre, alors j’ai renoncé. J’ai été faible !
Mes ces questions spirituelles ou religieuses me hantent tous les jours. Je me dis que si Dieu existe alors le monde a un sens. Que les entités du Bien et du Mal existent a priori. Mais si Dieu n’existe pas, alors ce sont juste des conventions créées entre nous pour pouvoir vivre ensemble. Je ne suis pas d’accord avec Rousseau : je ne pense pas que les Hommes soient naturellement bons. Je pense au contraire qu’ils sont naturellement mauvais bien qu’éminemment perfectibles et que tout l’enjeu est là : arriver à une divinité concrète, c’est-à-dire à la possibilité de pouvoir vivre ensemble.
Je passe ainsi mon temps à osciller entre la croyance, l’athéisme, l’agnosticisme, la révolte, …
Ah, s’il passe vraiment son temps à surfer, alors c’est vraiment un mec bien ! On verrait bien Jésus sur une planche de surf, n’est-ce pas ?
Plus sérieusement, il y a une dimension très stoïcienne dans le surf. La nature et l’océan ont une dimension presque divine. Les plus grands surfeurs tels que Kelly Slater et d’autres ont une vision très écologique et également très mystique de l’élément naturel.
Certes, « Dieu surfe au Pays basque » peut effectivement paraître comme un titre peu absurde au premier abord, mais le Pays basque c’est ma terre d’origine comme Dieu peut être considéré comme l’origine du monde et de l’amour.
Moi mon grand amour raté est né au Pays basque. Mes premiers et derniers amours sont nés là-bas. Je suis vraiment très lié à cette terre.
Je suis venu à la lecture très tard. J’avais 16 ans environ, quand, à la suite d’une manifestation ou d’un évènement quelconque autour d’Arthur Rimbaud, j’ai acheté ses œuvres complètes. Ça m’avait illuminé, pour faire un mauvais jeu de mot. Je trouvais ça tellement bien que je m’étais alors mis en tête d’écrire de la poésie, mais mon Dieu que c’était mauvais ! C’était de la poésie adolescente, larmoyante au possible ! Mais avec quelques copains on écrivait ainsi de nombreux poèmes le soir en ayant l’impression de révolutionner l’univers. Evidemment quand on relisait ça à jeun, le matin, en buvant notre café, nous étions complètement catastrophés !
Je voulais tout de même écrire mais le véritable déclic a eu lieu plus tard, lorsque j’ai eu un accident de surf qui m’a rendu quasiment tétraplégique. On m’a offert un livre, une anthologie de nouvelles autour des échecs. D’un des faits historiques racontés dans ce recueil, j’en ai fait une nouvelle qui a remporté quelques prix littéraires. Dès lors, je n’ai plus jamais cessé d’écrire.
Les frères karamazov. On y retrouvera certainement quelques-unes de mes obsessions. C’est un roman sur la trinité. Entre les trois frères je ne peux en préférer un plus qu’un autre. Ils sont tous les trois merveilleusement attachants.
Dostoïevski me fascine au plus haut point. Surtout depuis qu’il a été retraduit dans la collection Babel par André Markowitz. Il a rendu à Dostoïevski son écriture très orale, très « célinienne avant l’heure ». C’est intéressant de voir qu’il se répète parfois, qu’il met des tournures lourdes. Relire le texte au plus près de son écriture originale est très agréable.
J’ai honte de ne pas avoir fini « Belle du Seigneur » mais pour l’instant ce livre m’ennuie prodigieusement. Je crois qu’il y a des moments pour lire des livres, des moments qui ne sont pas forcément liés à l’âge mais plutôt à l’état d’esprit. J’ai ainsi mis parfois beaucoup de temps à m’attaquer véritablement à certains livres et il est possible que je ne sois pas dans le bon état d’esprit pour recevoir « Belle du Seigneur » en ce moment. Attention, Je ne désespère pas ! Pour l’instant j’abandonne toujours au bout d’une cinquantaine de pages mais je compte bien le finir un jour.
L’amour comme les corps sont trop idéalisés pour moi dans ce roman. Pour reprendre une expression de Mirabeau, je suis quelqu’un de « terrestre » : j’aime les choses même quand elles ne sont pas forcément glorieuses. J’aime les gens, j’aime les hommes et j’aime les femmes même si je n’ai aucun amour pour l’Homme avec un grand H car je ne l’ai jamais rencontré. Cette espèce d’abstraction philosophique, cette vision platonicienne de l’homme me fatigue. En revanche, les hommes, les femmes que je peux rencontrer, eux m’intéressent. J’aime les hommes tels qu’il sont et non pas comme ils devraient être.
Le premier livre qui me vient à l’esprit est un premier roman qui avait été publié chez Plon en septembre. C’est « J’ai déserté le pays de l’enfance » de Sigolène Vinson. Je trouve que l’auteur à un souffle et une écriture qui méritent que l’on s’y arrête. Je trouve qu’elle a une plume admirable. C’est une fille authentique, qui ne triche pas. Elle mérite d’être lue.
Je comprends qu’on vienne enfin couronner l’œuvre de Michel Houellebecq car cela commençait à devenir ridicule, mais je trouve que « La carte et le territoire », son dernier ouvrage, ne mérite pas tant d’éloges. C’est un plus petit Michel Houellebecq que les autres même si cela reste du Michel Houellebecq et que je suis d’accord pour dire que ce dernier est notre Balzac contemporain. C’est le seul qui s’intéresse à l’ « humanité moyenne ». C’est le seul qui prend les classes moyennes à bras le corps.
La lecture de « Plateforme » avait été un choc. En le lisant, j’avais compris pourquoi on parlait autant de cet auteur et pourquoi on en parlait comme d’un auteur majeur.
J’aime beaucoup celle-ci de Casanova : « Rien ne pourra faire que je ne me sois pas amusé ». J’aime beaucoup ce côté hédoniste. Je citerais également celle d’Oscar Wilde : « Aujourd’hui la plupart des gens se consument dans je ne sais quelle sagesse terre à terre et découvrent, quand il n’en est plus temps, que les folies sont les seules choses qu’on ne regrette jamais. »
En ce moment je lis « L’eau noire » de Fabrice Gaignault pour le prix Rive Gauche à Paris dont je suis juré. Je ne l’ai pas encore terminé mais il me semble très bien.
Être juré pour ce prix est très intéressant, on va vraiment parler des livres et de leurs contenus sans autres considérations extérieures. Je suis ravi qu’on puisse distinguer un auteur, le récompenser pour la valeur de son texte. Je prends mon rôle très au sérieux.
L'entrevue de Saint-Cloud de
Harold Cobert
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Petit éloge du charme de
Harold Cobert
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Un hiver avec Baudelaire de
Harold Cobert
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L'entrevue de Saint-Cloud de
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Harold Cobert
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Qui a dit ?|
Qui a dit : "Le dernier acte est sanglant, quelque belle que soit la comédie en tout le reste."
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