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Par alzaia, le 09/06/2013
Hélène Cixous
qu'appellerons- nous "lire" quand un texte déborde tout livre et vient à notre rencontre se donner à vivre ?
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Par ster, le 28/07/2011
Osnabrück de
Hélène Cixous
J'attache le prix à la phrase, ou à à un rêve parce qu'il est plein de phrases. Je suis transportée par l'audace d'une virgule, séduite par des merveilles d'amphibologie, je relis mille fois ivre de m'y reperdre une période de Circonfession. J'ai des cahiers qui regorgent de phrases à plaisanteries je porte des anneaux de phrases aux poignets et aux chevilles, je lèche le corps d'une phrase, je suis les plis les creux les souffles le léger gonflement de la veine qui palpite le long d'une phrase érigée sous ma langue, j'attache du prix aux phrases de ma mère étrangère.
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Par ster, le 12/06/2011
Si près de
Hélène Cixous
Je connais un poète qui est mort dans l'escalier, le jour où il partait dans un pays où il n'était plus plus jamais revenu. Tous ces pays dont on ne revient pas où on ne revient pas où on va revenir où on revient tellement en pensée qu'il est difficile de faire la différence entre aller, ne pas aller, et aller ne pas aller, on passe des années dans la lumière lunaire de l'aéroport. On y est attaché par le pacte le plus antique et le bien moins connu, le pacte d'être un né ou un mort de ce pays. Il n'y a pas d'explication. Il y a un cordon ombilical. C'est une ombre de cordon, un cordon immatériel dont on sent l'effet planté dans le cervelet. Nous sommes des conséquences. Il y a les cellules, dit mon aimé. Moi, je songe à aller à Alger depuis une dizaine d'années. Par précaution j'utilise le verbe " aller". Mes cellules ne suivent pas. Elles font comme si je disais : "retourner". J'attends.
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Osnabrück de
Hélène Cixous
Les livres sont carnassiers. Ils se nourrissent de chair, de larmes, ils se frottent de mort, ils prennent leur source au cimetière, c’est tout su, sur mon père, j’ai bâti une œuvre, en dot j’ai reçu ses ossements, ses dents, ses peaux, ses lettres, une fortune de terreur et d’inconsolation.
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Par ster, le 28/07/2011
Osnabrück de
Hélène Cixous
Je dois au Rialto de Bérard ma première expérience de la magie spirituelle de l'art. C'est une barque sur l'Achéron, il faut prendre un ticket pour monter à bord, pour notre pauvreté c'est une grosse dépense, ici comme la merveille : on paie pour voir des rêves qui échappent à la réalité, on achète un autre temps qui échappe totalement à la logique épicière du temps réel, personne n'est dupe, c'est cela qui est beau : que l'on puisse se procurer une indulgence, une rémission de l'horreur d'avoir à supporter le deuil de vivre.
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Par ster, le 12/06/2011
Si près de
Hélène Cixous
Le monde est plein de ces dames à hostilité. Elles savent que je ne suis pas une maladie mais elles font comme si elles pouvaient m'attraper. Il y en a toujours une qui dit : Cixous c'est quoi comme pays? Je réponds : c'est allemand. Quand j'étais jeune je disais naïvement : c'est juifkabyle. Maintenant je leur demande pourquoi on ne s'arrête pas à Paris. Une des femmes s'écarte et pince fortement des lèvres. Une des femmes me répond finalement, avec réticence. Elle est dans l'eau qui est la mer elle-même infinie, dans laquelle nagent des chats et des chiens grands comme des dés à coudre. Elle me dit la vérité. On ne sait pas si on va arriver. Quoi ?! Elle me dit : vous entendez ? J'entends : la coque de la Ville craque. C'est une question d'heures. J'en suis stupéfaite. On va couler ? Tout à l'heure. Amère je me dis que si je n'avais pas franchi la première ligne du front je n'aurais même pas su que nous allions à la fin du monde, ces dames m'auraient pris ma mort. Que faire ? Le bateau est en discussion m'apprend la dame. Litige avec le gouvernement américain. On pourrait venir nous secourir en hélicoptère. C'est loin cette mer et on perd du temps avec des gouvernements. Les informés ont pris un avocat. Mais j'ai des amis dis-je. J'ai un ami avocat. Nous sommes sur le même bateau quand même. Cette idée les fait rire. Je me sens deux fois impuissante, de la situation et de l'hostilité. La pincée me fait une gueule terrible. Évidemment elle me hait encore plus d'avoir été privée d'une petite satisfaction friande : moi, si elle avait réussi, j'aurais coulé tout autrement. Alors je tente une sortie : " ce n'est pas le moment d'avoir des antipathies", dis-je. Quand il y a guerre, par principe je ne lâche pas, je vais jusqu'au bout vers la paix. Surtout si c'est encore une fois la fin du monde. Quand il n'y a plus rien à faire, il n'y a plus de terre, il y a la mer, il n'y a plus de mer, il y a le naufrage, moi je cherche un dé de raison dans l'océan. "Quelle est la cause?" dis-je. C'est à la pire que je m'adresse. Elle pincée dit : "Les croissants." "Les croissants !?" Voilà une réponse. Il y a donc une cause. Il y a deux minutes j'avais l'espérance de confondre l'injustice. Là j'étais mat. Fin. Coupable. Une culpabilité interloquée m'a saisie. Comment rejeter une accusation si extraordinaire. Si inattendue. Si précise. Il y a des croissants contre moi. Je reste interdite. Je n'ose pas nier. Prenais-je trop de croissants ? La semaine dernière ? Dans le passé ?
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L'Indiade ou l'Inde de leurs rêves et quelques écrits sur le théâtre de
Hélène Cixous
"Cette pièce est née de l’Inde. Ce n’est pas l’Inde, elle est seulement une molécule indienne, une empreinte de pas.
C’est une pièce sur l’être humain, sur le héros et la poussière, sur le combat de l’ange et de la bête en chacun de nous.
Il y a là toutes sortes de créatures humaines, des anges, des saints, des femmes, des hommes, des petits, des grands. Et les âmes changent de taille selon l’épreuve.
Mais tout ce que cette pièce n’a pu porter sur son dos humain, je n’en finirai pas de le dire.
Il n’y a pas
Les chameaux qui passent comme des rêves
La vache endormie au milieu de la route
Les petits chevreaux de Durgapur qui cabriolent en plein cœur de l’enfer routier
Les vautours sur la coupole du tombeau de Lhodi Garden
Les dormeurs comme des morts innombrables sur le trottoir devant la gare de Calcutta et certains sont morts
Les trois cents affamés se bousculant comme des oiseaux autour de la marmite de soupe à Nizamuddin et qui nous montrent ce qu’est la faim humaine
Les rats qui passent à travers les cadences exultantes du Kawali
L’enfant sans jambes qui court comme le vent sur ses béquilles sur l’esplanade du Fort Rouge
Les misérables femmes royales qui portent sur leurs petites têtes des pyramides de briques là-haut à la pointe tremblante de l’échafaudage de bambous
Les enfants mystérieusement beaux qui sont comme des larmes tombées des yeux de dieux misérables là-haut
Les corbeaux aussi nombreux que les Indiens
Le passager dans le wagon du train de Bholpur qui demande : et vous, dites-moi, où croyez-vous que Dieu réside ?
Le guru des Bauls dans l’ashram planté parmi les rizières bengalies qui a vraiment compris la pensée de Gandhi
Le très vieil homme assis dans le coin d’une ruelle de Calcutta si petite qu’on ne la voit pas devant une unique boîte de cirage si petite qu’on ne la voit pas, et qui attend qu’un dieu lui envoie un soulier à cirer, cela se produira ou ne se produira pas, et le vieil homme ne mendie pas car il travaille, en attendant, il travaille en attendant personne ou quelqu’un.
Mais tout ce qui n’est pas dit ici, est cependant silencieusement ici, je l’espère. Rien n’est oublié. « Ce qui réellement existe ne peut cesser d’exister »
Tout ce qui ne figure pas ici est devenu la terre murmurante et multitudineuse dans laquelle cette pièce a pris racine et souffle pour s’élever ensuite, pouce par pouce, sur le plateau."
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Par ster, le 21/06/2011
Philippines : Prédelles de
Hélène Cixous
Eh bien moi aujourd'hui, je vous le dis, si vous voulez aller plus loin dans le chemin étroit qui mène à la découverte, il faut perdre la tête, oui il y a une tête qu'il faut perdre, la tête qui sait c'est-à-dire qui croit savoir, trop vite, celle que Proust dénonce et fuit, cette tête à intelligence qui empêche la sensation de trouver son nom et les arbres aux tendres bras tendus en supplication de ressusciter.
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Par ster, le 20/05/2011
Le jour où je n'étais pas là de
Hélène Cixous
p.32
J'avais à me rendre où je savais que je devais m'attendre. A l'interrogatoire.
Durant toute cette journée je descendis souvent sous la terre, je remontais de sous la terre, je marchai sur la terre, je traversai des ponts des heures entières, je longeai des chemins sans nom c'était le printemps je vis un coquelicot tout seul allumé tout en haut de sa hampe je descendis plusieurs fois sous la terre, j'y fus surprise par mes morts, surtout l'un, un de mes fils, auquel je ne pensais plus jamais, et qui me revint de a à z ce jour là, j'ai pleuré parce qu'il n'y avait personne, personne pour pleurer mon chien, personne pour se souvenir de lui, je ne pense plus jamais à lui, je traversai plusieurs fois l'envers de la ville en sens opposé, je voyais le dessous des choses partout il y avait ombre du crime et ombre d'abandon et racines enchevêtrées du bien et du mal.
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L'Indiade ou l'Inde de leurs rêves et quelques écrits sur le théâtre de
Hélène Cixous
Peut-on parler d'amour aujourd'hui, publiquement, haut, dans les sphères publiques, politiques ? Peut-on parler d'amour avec amour et sans dérision à l'époque-télévision ? Non, aujourd'hui, l'amour est relégué dans les étroites intimités, interdit en hauts lieux. Aimons-nous les uns les autres, quel chef d'Etat peut-il se permettre de dire cela ?
Eh bien les Indiens n'ont pas cessé de parler d'amour pendant trente ans et jusqu'au sommet de l'Etat. L'entrée glorieuse de l'amour dans la chose publique en plein 20e siècle, tel est le cadeau qu'à travers Gandhi l'Inde fit à l'univers.
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