-
Par gill, le 27/04/2012
Nous autres... I. fatalité.-iila folie d'aimer.-III-pitié de
Henri Barbusse
Ils avaient, à eux deux, un siècle et demi. Leur âge à chacun ? Ils ne le savaient plus ni l'un ni l'autre : depuis trop longtemps ils ne faisaient pas ce partage dans leurs années, et avaient pris l'habitude si naturelle, si juste, de vieillir ensembles de deux ans, à chaque St Sylvestre.
Il y avait tant de jours, tant de saisons, tant d'époques qu'ils vivaient côte à côte dans la ferme basse au toit débordant comme une aile !... On les aurait étonnés sur le moment, en leur disant qu'ils n'avaient pas toujours été mariés. Ils portaient chacun comme deux vagues mémoires, et se ressemblaient mieux qu'un frère et une sœur.
Les gens du village en les voyant déambuler, si faibles, et si fortement attachés, ne pouvaient s'empêcher de penser que l'un d'eux mourrait bientôt, sans doute, et qu'alors l'autre ne saurait pas rester seul.
L'hiver fut méchant pour les deux vieillards...
(extrait de "Les derniers pas" issu de la deuxième partie du recueil "La folie d'aimer")
> lire la suite
-
Le Feu : journal d'une escouade ; Carnets de Guerre de
Henri Barbusse
Ce ne sont pas des soldats, ce sont des hommes. Ce ne sont pas des aventuriers, des guerriers, faits pour la boucherie humaine - bouchers ou bétail. Ce sont des laboureurs et des ouvriers qu'on reconnaît dans leurs uniformes. Ce sont des civils déracinés. Ils sont prêts. Ils attendent le signal de la mort et du meurtre ; mais on voit, en contemplant leurs figures entre les rayons verticaux des baïonnettes, que ce sont simplement des hommes.
Chacun sait qu'il va apporter sa tête, sa poitrine, son ventre, son corps tout entier, tout nu, aux fusils braqués d'avance, aux obus, aux grenades accumulées et prêtes, et surtout à la méthodique et presque infaillible mitrailleuse - à tout ce qui attend et se tait effroyablement là-bas - avant de trouver les autres soldats qu'il faudra tuer. Ils ne sont pas insouciants de leur vie comme des bandits, aveuglés de colère comme des sauvages. Malgré la propagande dont on les travaille, ils ne sont pas excités. Ils sont au-dessus de tout emportement instinctif. Ils ne sont pas ivres, ni matériellement ni moralement. C'est en pleine conscience, comme en plein forme et en pleine santé, qu'ils ne massent là, pour se jeter une fois de plus dans cet espèce de rôle de fou imposé à tout homme par la folie du genre humain.
> lire la suite
-
Par brigetoun, le 02/01/2012
Le couteau entre les dents de
Henri Barbusse
Il faut vouloir la révolution puisque c’est un bien, et que d’ailleurs le régime social actuel n’est plus viable. Elle se préparera par la diffusion des idées justes, par la vulgarisation des faits réels, par l’explication, par la vérité. Elle naîtra dans les choses comme sa nécessité est déjà née dans les pensées claires. Elle s’imposera pour toujours, non pas quand nous le voudrons, mais quand nous l’aurons voulu. Mais, latente ou réalisée, elle n’a été et ne sera jamais que le cri et que la puissance de la pensée.
-
Par paulinel, le 17/11/2010
Le Feu : journal d'une escouade ; Carnets de Guerre de
Henri Barbusse
On rentre dans la clarté du jour comme dans un cauchemar… Dans l’immensité, semés çà et là comme des immondices, les corps anéantis qui y respirent ou s’y décomposent… C’est çà la guerre
-
Par brigetoun, le 02/01/2012
Le couteau entre les dents de
Henri Barbusse
Faire de la politique, c’est passer du rêve aux choses, de l’abstrait au concret. La politique c’est le travail effectif de la pensée sociale, la politique, c’est la vie. Admettre une solution de continuité entre la théorie et la pratique, laisser à leurs seuls efforts, même avec une aimable neutralité, les réalisateurs, et dire «nous ne connaissons pas ces hommes-là», c’est abandonner la cause humaine.
-
Par gill, le 06/04/2012
Henri Barbusse. Clarté de
Henri Barbusse
Tous les jours de la semaine se ressemblent, du commencement à la fin.
Le soir, on entend sonner sept heures, doucement, et aussitôt, tumultueusement, la cloche. Je ferme le registre, j'essuie et je pose ma plume. Je prends mon cache-nez et mon chapeau, après un coup d’œil à la glace qui me montre l'ovale régulier de mon visage, mes cheveux lustrés et ma fine moustache (on voit que je suis plus qu'un ouvrier).
J'éteins la lampe, je descends de mon petit bureau vitré. Je traverse la salle des chaudières, pris dans l'épaisse cohue toute retentissante encore du coup de cloche qui l'a délivrée. Quelques voix, parmi cette sombre foule pressée qui se propage dans les corridors et roule dans les escaliers comme un nuage, me crient en passant : "Bonsoir, monsieur Simon", ou, moins familières : "Bonsoir, monsieur Paulin." Je réponds çà et là, je me laisse emporter par tout le monde....
(extrait du chapitre I "Moi")
> lire la suite
-
Par brigetoun, le 02/01/2012
Le couteau entre les dents de
Henri Barbusse
À mesure que le perfectionnement de la vie collective entraînait la division du travail et la multiplication de l’échange, l’argent a perdu ses attaches avec l’effort créateur. Il est devenu une sorte de talisman, une force autonome qui s’augmente par elle-même, règne par elle-même, par suite d’opérations artificielles indépendantes de la production et qui, non seulement sont en marge de l’intérêt collectif d’où l’argent tirait sa seule raison d’être mais qui lui sont le plus souvent contraires, car l’argent-spéculation diminue la valeur de l’argent-travail et écrase la force productrice.
-
Par Paris75, le 05/04/2012
L'enfer de
Henri Barbusse
Il y a dans la terre beaucoup plus de morts qu’il n’y a de vivants à sa surface ; et nous, nous avons beaucoup plus de mort que de vie.
-
Par brigetoun, le 02/01/2012
Le couteau entre les dents de
Henri Barbusse
La vraie doctrine révolutionnaire est celle qui supprime vraiment le privilège, ce pouvoir fantôme, si étrangement appuyé sur lui-même et sur d’autres fantômes, et qui pourtant meurtrit la vie immense dans le temps et l’espace. C’est celle qui remet le pouvoir à sa place normale, c’est-à-dire dans chaque être vivant.
-
Par brigetoun, le 02/01/2012
Le couteau entre les dents de
Henri Barbusse
Pourtant, la Révolution française n’a pas été, elle non plus, jusqu’aux causes et, pour cela, elle a avorté. Elle n’a fait que rendre plus vagues des antagonismes fondamentaux ; elle a effacé plus de mots que de choses.