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Nationalistes et « nationaux » (1870-1940) de
Henri Guillemin
En mars 1792, une émeute d’affamés éclate à Etampes ; le maire (un industriel, un tanneur) est tué. Il n’y a plus une seconde à perdre pour cette diversion nationale dont la guerre fournit le bienfait. C’est ce qu’avait indiqué Brissot ? Dès le 29 décembre 1791, lorqu’il s’était écrié, limpide : « La guerre est indispensable à nos finances et à la tranquillité intérieure. » En ce temps-là, les meneurs du jeu n’avaient pas encore appris l’art du vocabulaire et l’importance du choix des mots. Indécente nudité du langage que corrigera, au XIXe siècle et au-delà, le souci de la bienséance.
La guerre de 1792, cette guerre d’agression, combattue en vain par Robespierre, fut donc, et ouvertement, décidée pour des motifs de politique intérieure. Autre exemple d’intention flagrantes, ce texte remarquable du Correspondant, 17 mai 1848 : « Parmi les moyens propres à dissoudre l’accumulation des prolétaires que des promesses exaltent et à qui le travail répugne - (ce sont les « ateliers nationaux » qui sont ici visés par la revue catholique, ces ouvriers des « ateliers nationaux » à qui Marie, en dépit de leurs réclamations, interdisait tout travail productif afin de ne pas nuire à la « libre entreprise »), - beaucoup de personnes mettent au premier rang l’avantage qu’on aurait à déverser dans une guerre étrangère le trop-plein de la population industrielle. » Un instant, en effet, Montalembert, et ses amis caressèrent l’idée, côté Pologne, de cette solution, mais Falloux trouva une autre formule, plus simple et plus rapide, celle du massacre, sur place, des pauvres ; et ce furent les Journées de Juin.
p. 10-11
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Henri Guillemin
Derrière tous mes livres et tous mes exposés, il y a une préoccupation métaphysique qui est évidente. Je n'ai pas cessé de croire, et je croirai de plus en plus - maintenant que je suis vieux - qu'aucune modification structurelle de la Cité n'est suffisante. Cette modification est indispensable; mais on aura beau établir une Cité humaine où l'exploitation sera sinon effacée du moins considérablement diminuée, on aura beau établir un régime fiscal plus juste, on aura beau resserrer la hiérarchie des salaires, on n'obtiendra rien s'il n'y a pas une modification profonde du regard jeté par les hommes sur le monde et sur la vie. Le malheur restera au fond de l'individu humain si cet individu n'a pas une vue du monde qui lui permette de dépasser le désespoir.
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Napoléon tel quel - La vérité avant tout de
Henri Guillemin
Le détail de l'opération (coup d'état) a été souvent raconté. A. Vandal, à qui nous devons, je crois, le meilleur récit des deux journées (car la manoeuvre du 18 [brumaire] faillit avorter, et ne réussit pleinement que le 19 au soir). A. Vandal, qui n'a certes rien d'un démagogue et déplore, lui aussi, comme Mme de Staël, l'aspect de Paris, sous la menace de l'imôt progressif - c'est à vous serrer le coeur ! un Paris, songez donc, " sans luxe véritable, sans équipage de maître" et qui "se mourait de consomption" -, Albert Vandal, parce qu'il est loyal, avoue gentiment que "les classes aisées" redoutaient bien plus les jacobins que les Autricihiens et les Russes, et "attendaient l'étranger, l'appelaient peut-être"; situation qui se répétera.
[p. 76]-
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Nationalistes et « nationaux » (1870-1940) de
Henri Guillemin
A Sedan, la France a perdu une bataille ; cent mille hommes s’y sont engloutis. (…) Autant la classe dirigeante avait applaudi à une guerre menée sous la conduite de l’empereur et destinée à raffermir l’ordre établi, autant elle repoussait avec horreur et tremblement l’éventualité d’une victoire que remporterait ce gouvernement républicain une fois de plus reparu à Paris. Ceux, du reste, qui, le 4 septembre, se sont rué à l’Hôtel de Ville pour y constituer un gouvernement provisoire, ces représentants de la gauche nantie, Jules Favre, Jules Simon, Jules Ferry, Ernest Picard, n’éprouvent pas moins d’aversion pour une République où seraient en péril les structures économiques et sociales. Ils ont pu, par bonheur, interdire l’accès du pouvoir à l’extrême-gauche socialisante et leur unique pensée est d’obtenir, le plus vite possible, des Allemands un armistice d’où sortirait une capitulation. Ainsi tout rentrerait dans l’ordre et les vainqueurs procéderaient au désarmement de ces prolétaires que l’empire lui-même, éperdu, avait, dans sa fièvre, autorisé – une folie ! – à disposer de fusils. Récidive de 1848. Comme l’écrira si fortement Barrès en 1897 : « la première condition de la paix sociale est que les pauvres aient le sentiment de leur impuissance. »Comment l’auraient-ils, ce « sentiment » fondamental s'ils tiennent des fusils...
[p. 12]
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Napoléon tel quel - La vérité avant tout de
Henri Guillemin
Pamphlet ? Ce mot sert à désigner la vérité qui déplaît. De même que "faire de la politique" (la chose étant dite avec une nuance de mépris), cela signifie, trop souvent, avoir, en politique, une option qui n'est pas celle des gens de biens.
[p. 9]-
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Nationalistes et « nationaux » (1870-1940) de
Henri Guillemin
L'année 1940 s'inscrit, socialement, dans la série des grandes dates qui jalonnent, en un siècle et demi, l'histoire de France et marquent, chaque fois, la reprise en main, par les affairistes, d'un pouvoir menacé : 18 brumaire 1799, 24 juin 1848, 2 décembre 1851, 8 février 1871, 26 août 1914, 10 juillet 1940. triomphes répétés de la classe possédante.
p; 473
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Silence aux pauvres ! de
Henri Guillemin
Quant au prix du pain, depuis des mois il est maintenu à trois sous la livre au moyen d'un impôt spécial sur les riches. De quoi, tout cela, indigner la très grande majorité des conventionnels, mais qui ne peuvent que baisser la tête et ronger leur frein tant que Robespierre aura derrière lui, pour légiférer, la vaste tourbe de cette canaille armée de fusils qui remplace l'ancienne, et si précieuse, garde nationale formée d'honnêtes gens.
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Silence aux pauvres ! de
Henri Guillemin
Voltaire tient qu'il importe à l'État d'avoir à sa disposition une masse docile de «gueux ignorants», autrement dit de prolétaires analphabètes « n'ayant que leurs bras pour vivre et constituant cette vile multitude » dont M. Thiers, voltairien, parlera en 1850 à son tour, prévue par la nature pour assurer l'aisance de l'élite.
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Silence aux pauvres ! de
Henri Guillemin
Avis aux citoyens subalternes que repousse l'égalité et qui n'ont d'autre liberté que de se soumettre, passifs, aux décisions des actifs : Voyez les choses comme elles sont ; les fusils, c'est nous qui les possédons ; et nous avons même des canons pour renforcer notre toute-puissance.
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Silence aux pauvres ! de
Henri Guillemin
Nul homme ne saurait être propriétaire d'un autre homme. De même que la liberté a pour limite la liberté d'autrui, de même il faut que la loi interdise tout usage du droit de propriété qui porterait atteinte à la vie ou à la dignité d'êtres humains.