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Par Outis, le 15/01/2009
A la merci d'un courant violent de
Henry Roth
Mais il voulait une histoire, il en avait un besoin maladif ; non seulement les histoires vous transportaient dans l’imaginaire, mais elles vous tenaient en haleine, et pendant tout ce temps, elles vous disaient ce que les gens éprouvaient, ce qu’ils voyaient et entendaient, et comment ils vivaient... C’était ça l’important : ils appartenaient à un monde, un monde qui n’existait peut-être plus, et c’était la seule façon de l’approcher.
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Par Woland, le 17/08/2009
A la merci d'un courant violent de
Henry Roth
[...] ... On était en juillet, un mois avant le début de la guerre. La proche famille de Ma devait arriver en Amérique d'ici quelques jours, partie du petit village de Veljich, en Autriche-Hongrie, pour venir s'installer à Harlem. Leur appartement, un vaste six-pièces bien situé, au deuxième étage seulement, avec chauffage à la vapeur, électricité et eau chaude courante - et même stores rayés au-dessus des fenêtres de devant - se trouvait au milieu du bloc, au milieu de la 115ème Rue, entre Park Avenue et Madison Avenue. En "yinglish", on appelait ça un shaïner b'tveen - littéralement : "un joli entre." C'était un quartier cent pour cent juif et sympathique, et en plus très pratique pour les courses. Tout près, le marché juif des voitures à bras s'abritait sous le grand pont en fer du New-York Central Railway, sur Park Avenue ; les immigrants pouvaient sans contrainte y marchander en yiddish avec les colporteurs. L'appartement possédait en outra l'avantage d'être en face de celui de tanta (tante) Mamie et sa famille (sans nul doute une raison supplémentaire pour laquelle les deux oncles américanisés d'Ira, Moe et Saul, l'avaient choisi). Mamie pouvait ainsi parler à Bobe [grand-mère maternelle d'Ira) et à Zaïde [grand-père maternel de l'enfant], ou encore à l'un de ses frères et soeurs - et inversement - d'une fenêtre à l'autre, sans que quiconque eût besoin de sortir de chez soi. ... [...]
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Par Malice, le 28/06/2008
A la merci d'un courant violent de
Henry Roth
Seulement, la bar-mitsva lui fit comprendre qu'il n'était juif que parce qu'il se devait de l'être ; il détestait être juif ; il ne voulais pas être juif, ne voyait aucune vertu l'être , et il comprit soudain qu'il était pris au piège, prisonnier d'une identité dont il n'avait pas la moindre chance de se libérer un jour.
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Par Woland, le 17/08/2009
A la merci d'un courant violent de
Henry Roth
[...] ... Ira pleura un nombre incalculable de fois. Et il se désola quand il vit approcher le moment où il lui faudrait se séparer de Jean Valjean - à la fin du livre qu'il gardait sous son lit, dans sa petite chambre sombre, et avec lequel il se réveillait le samedi et le dimanche, tel un précieux cadeau qui l'attendait. Il fit durer le plaisir, relut, rêva. Des centaines de mots nouveaux se dissimulaient au détour des phrases, des mots inconnus parmi les centaines de pages du récit, et qui ne présentaient pourtant aucun obstacle à la compréhension. Il ne possédait pas de dictionnaire - l'idée d'en avoir un ne lui était même jamais venue à l'esprit. Il n'en avait pratiquement pas besoin. Il lui semblait que ses sentiments seuls le guidaient à travers le contexte, et, une fois deviné le sens des mots, ceux-ci paraissaient ensuite se loger dans son esprit et y demeurer pour qu'il puisse en admirer à satiété le lustre et la résonance.
Au petit bonheur, après Huckleberry Finn et L'Appel de la Forêt, il goûta avec voracité, et au hasard de ses fantaisies, des livres qui allaient du Loup des Mers à Lorna Doone, en passant par Les Cavaliers de la Sauge Pourpre, Les Trois Mousquetaires, Le Prisonnier de Zenda, Notre-Dame de Paris, Le Comte de Monte-Cristo, les contes fantastiques de Poe, et puis She de H. Rider Haggard, Ben Hur de Lew Wallace, et ... chose étrange : dans le monde des textes imprimés, le monde qui se situait entre les pages de couverture d'un livre, le monde des histoires "vraies", comme auparavant dans celui des mythes, il s'imaginait être chrétien, ainsi que l'étaient les héros des livres - sauf Ben Hur, un Juif romain ou un Romain juif, peu importe. Ira s'imaginait donc être chrétien. Que pouvait-il faire d'autre alors qu'il aimait et estimait le héros ? Tout ce qu'il demandait à un livre, c'est de ne pas trop lui rappeler qu'il était juif ; plus un livre l'impressionnait, plus il priait pour qu'on oublie les Juifs. ... [...]
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Par pgremaud, le 24/04/2013
La crypte des capucins de
Henry Roth
Je n'aime guère les animaux et pas du tout les cabots. J'ai cru toute ma vie qu'ils enlèvent aux humains une part de l'affection qui leur revient, et ma façon de voir me paraissait singulièrement justifiée depuis que j'avais appris par hasard que les tenants du IIIe Reich ont un amour tout spécial pour ces grands chiens-loups employés en Allemagne comme chiens de bergers.
« Pauvres troupeaux : », songeais-je.
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