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Critiques de Honoré de Balzac


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    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 21/06/2014


    Petites Misères de la Vie conjugale Petites Misères de la Vie conjugale de Honoré de Balzac

    Quel étrange bouquin ! On sait que Balzac nous a habitués à toucher à tous les genres, mais là, c'est vraiment un registre où l'on ne l'attend pas. Il s'agit d'une sorte de catalogue comique à la façon des livres de Pierre Desproges tels que Le Manuel De Savoir-Vivre À L'Usage Des Rustres Et Des Malpolis ou encore du Dictionnaire Superflu À L'Usage De L'Élite Et Des Bien Nantis. Et le plus fort, c'est qu'Honoré de Balzac est très bon aussi dans ce registre et sait nous fait rire.

    L'ouvrage est organisé de façon symétrique, deux préfaces de l'auteur, 36 chapitres décrivant des mesquineries diverses : 18 misères pour l'homme, dépeint sous les traits d'un Adolphe quelconque, archétype du gros bourgeois inintéressant et sans finesse de vue, le tout directement mis en parallèle de 18 vexations pour sa femme Caroline, symbolisant la bougresse machiavélique intéressée par tout ce qui brille.

    La première partie (concernant l'homme) est à mon avis plus comique, plus caustique que la seconde, plus " analytique ", même si ce terme fait assez scientifique de nos jours, ce qui n'est pas du tout le cas ici. Ainsi donc, par cette pseudo symétrie de construction, Balzac n'en fait pas moins clairement passer son petit message bien misogyne : pour vivre heureux, vivons sans femme.

    Néanmoins, on ne peut s'empêcher de reconnaître qu'il y a une certaine justesse dans les situations décrites et qu'on peut reprocher beaucoup de choses à Balzac, mais certainement pas d'être un médiocre observateur des mœurs de son époque, et même — soyons fou — un véritable éthologiste humain.

    Le fardeau de la femme étant, selon lui, plutôt la lourdeur de son mari que d'autres travers moins glorieux pourtant bien réels (les femmes en savent quelque chose !) mais non développés ici. L'auteur se contente, comme le nom du livre l'indique, de mettre l'accent sur la suite de désillusions, sur la successive descente des marches qui conduisent du piédestal au troisième sous-sol dans le ressenti du protagoniste étudié vis-à-vis de son conjoint à mesure que le temps passe dans le couple.

    Un livre donc bien plaisant, caustique, léger et drôle, fait de petits chapitres courts, relatant les mille désillusions qui attendent le marié ou la mariée après la signature devant le maire.
    En revanche, je suis très, très réservée sur l'intérêt des dessins de Cabu (que j'aime pourtant par ailleurs) car ils sont très datés (façon années 1980) et n'apportent, selon moi, absolument rien, mais ceci n'est qu'une des petites misères de l'avis conjugal, c'est-à-dire, pas grand-chose.

    Critique de qualité ? (83 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 23/10/2014


    Pierrette Pierrette de Honoré de Balzac

    Balzac est inégal, c'est vrai ; mais qui ne l'est pas ? Il s'englue parfois dans des sujets et des intrigues avortés ou grands prématurés, publiés à la va-vite faute de temps et d'argent. C'est vrai tout ça. Mais quand il est en forme le bonhomme, ouh ! nom de Dieu ! ça dépote les amis !

    Et c'est ce Balzac-là qui justifie que, sitôt qu'on l'a croisé une première fois dans ses moments de grâce, l'on s'évertue sans cesse, à vie durant, à vouloir le croiser à nouveau vers de tels sommets.

    J'ai eu récemment à dire du mal de mon petit chéri de Balzac et ça m'a fait de la peine. C'est peut-être pour cette raison que j'ai encore plus de plaisir aujourd'hui à vous parler de Pierrette, qui est, à n'en pas douter, un excellent Balzac.

    C'est un court roman, qui se prêterait admirablement à une découverte de l'auteur pour un public lycéen, c'est du Balzac typique, du condensé de Comédie Humaine et à sa lecture seule, on comprend aisément que son auteur ait choisi ce titre pour chapeauter l'ensemble de son œuvre.

    Tout y est : l'entrée en matière avec la peinture du lieu où va se nouer l'action principale, l'éclairage rétrospectif sur les personnages centraux qui nous permet de mieux comprendre pourquoi ils en sont arrivés à vivre et réagir ainsi, Pierrette, le personnage prétexte qui n'est pas le personnage véritablement principal, un peu à la manière d'Eugénie Grandet ou du Père Goriot qui ne sont que des épiphénomènes de la mécanique humaine que l'auteur souhaite illustrer, le sens de l'intrigue sociale si propre à Balzac, la modification progressive du rythme vers la grosse accélération finale, etc., etc. ; tout y est ou presque des clefs d'écriture qu'on retrouve régulièrement à différents endroits de la Comédie Humaine.

    Pierrette est indubitablement annonciatrice des Rougon-Macquart de Zola. On peut, au bas mot citer au moins quatre opus qui s'en inspirent directement : La Fortune Des Rougon, La Conquête De Plassans, Au Bonheur Des Dames, La Joie De Vivre. D'ailleurs, le nom même des Rougon résonnent de façon troublante avec celui des Rogron de Pierrette et Balzac écrit même textuellement à un moment la formule " la fortune des Rogron " à laquelle Zola donnera une descendance.

    Mais c'est loin d'être tout, on peut y lire sans peine une amorce des Misérables d'Hugo où Cosette rime avec Pierrette, où les Thénardier sont des émanations postérieures des Rogron et où les personnages de Marius et de Jean Valjean apparaissent comme un dédoublement du personnage de Jacques Brigaut qu'on rencontre ici.

    Nous sommes donc téléportés au sud-est de la région parisienne, dans le Provins des années 1825-1830 et l'on voit s'y épanouir la petite mesquinerie commerçante et provinciale d'un couple borné et absolument irrespirable, les Rogron frère et sœur, tous deux célibataires endurcis après une minable quoique rentable vie de merciers à Paris.

    Parmi les rejetons éparpillés du rameau familial, exactement à l'instar des Rougon-Macquart, on trouve la petite Pierrette Lorrain, cousine des deux affreux, d'au moins vingt-cinq ans leur cadette, et aussi innocente, simple et admirable que les autres sont retors, prétentieux et détestables.

    Par un hasard de mauvaises fortunes et d'héritages détournés, Pierrette va donc se retrouver pupille de ses cousins à Provins, elle qui a grandit près des embruns en Bretagne.

    Tour à tour faire-valoir social, outil stratégique et enjeu matrimonial, on assiste impuissants à la mise au pilori de Pierrette (Pierrette et le poteau laid, en somme) par son cousin et surtout sa cousine Sylvie Rogron. Mais c'est sans compter sur l'intervention de Jacques Brigaut, un brave parmi les justes, qui voudrait bien arriver à inverser la tendance et à rendre à Pierrette un peu de sa dignité d'être humain et d'amour tout simplement. Y parviendra-t-il ? Ça c'est ce que je m'interdis de vous révéler.

    En tout cas, c'est du très grand art Monsieur de Balzac, ça ne donne pas spécialement le moral, ça ne nous fait pas particulièrement aimer davantage l'humanité, mais c'est admirable dans son style, un patrimoine romanesque à inscrire sur la liste de l'Unesco, car malheureusement, ça a existé et ça existe encore de nos jours, peut-être avec une ou deux modalités différentes, mais si peu.

    Bref, selon moi un opus majeur de la Comédie Humaine et de la littérature française en général, mais ce n'est que mon avis, c'est-à-dire une toute petite pierrette à l'édifice.

    Critique de qualité ? (75 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 05/11/2012


    Eugénie Grandet Eugénie Grandet de Honoré de Balzac

    " - Dis, Maman. Raconte-moi ton premier Balzac.
    - Eh bien, vois-tu, ma fille, mon premier Balzac n'avait rien de très poétique ni de très motivant.
    C'était par un temps gris d'automne, de la pluie et du vent à ne plus savoir qu'en faire. De plus, comme pour bon nombre d'entre nous, c'était une lecture imposée à l'école. Si tu savais comme je détestais ces lectures imposées. Bien souvent, je m'arrangeais pour ne pas les lire, pour faire illusion. Bref, cela m'est tombé dessus.
    Bien sûr, Balzac, je connaissais de nom, mais n'avais jamais rien lu de lui. On ne m'en avait dit que du mal, que c'était ennuyeux, pénible à lire, très démodé, une vraie corvée. Certains titres de ses romans m'étaient connus, mais pas celui-là. Non, ça ne me disait vraiment rien ce nom, Eugénie Grandet, je n'en avais jamais entendu parler.
    Ma mère était allée me l'acheter à l'une des mauvaises librairies de la ville, car, comme tu peux te l'imaginer, il n'y avait pas beaucoup de livres chez mes parents. Quand j'ai vu le livre que me rapportait ma mère, j'eus encore plus le bourdon. La couverture était moche comme il n'y a pas.
    Un samedi après-midi, il n'y avait vraiment rien à faire dehors, il pleuvait sans discontinuer. Notre chienne était sur le point de mettre bas et comme elle n'avait pas l'air très en forme, mon père m'avait demandé de la surveiller afin de pouvoir appeler le vétérinaire au bon moment si le besoin s'en faisait sentir.
    Alors je pris Eugénie Grandet avec moi et commençai à lire pour tromper l'attente. Je n'ai plus une conception précise du temps à partir de ce moment-là. Je sais juste qu'assez rapidement il m'a fallu allumer la lumière, soit que le ciel était trop gris, soit que la nuit commençait à tomber.
    Je sais aussi que je n'ai pas vu naître le premier petit chiot et que je me suis couchée tard ce soir-là. Il n'y avait pourtant rien à faire me semblait-il. Je ne me souviens pas avoir vraiment dîné, par contre, je me souviens parfaitement que ce jour-là, outre les six petits chiots, un grand amour pour Balzac est né... "

    Voilà un bien trop long préambule mais cela s'est réellement passé comme ça. Et ce n'est pourtant pas mon Balzac préféré ni même celui que je conseillerais à un jeune désireux de découvrir cet auteur. Mais celui-ci garde pour moi une saveur assez spéciale...
    Quoi vous dire que vous ne sachiez déjà sur cet ultra classique de chez classique ?
    Peut-être que, comme parfois chez Honoré de Balzac, le personnage qui donne son nom au roman ne semble pas être le personnage principal, du moins le plus marquant. Ici, la figure du père Grandet, ancien tonnelier avare ayant fait fortune à Saumur, trône au cœur du roman, lui dont l'ombre et la férule continueront de planer au-dessus de la tête de sa fille même bien après son décès.
    Quant au destin de sa fille Eugénie, il paraît n'être qu'un simple dommage collatéral de l'avarice maladive du vieux.
    Molière nous avait peint un avare pathétique jusqu'au rire, Balzac nous en sert un pathétique tout court, qui crève avec son magot, le cœur dur comme un granit et les paupières plus sèches que le désert.
    Eugénie et sa mère sont les pauvres témoins, voire, de vulgaires expédients du vieux radin. Elles n'ont nul droit à la chaleur humaine et surtout pas à l'amour. Le vieux non plus d'ailleurs, mais il s'en fiche comme d'une guigne tant qu'il a de l'or.
    À la mort du vieillard, Eugénie demeure richissime, mais effroyablement seule dans la froide maison de Saumur. Les oiseaux de proie tournent autour de ce jeune petit cœur naïf, petit cœur de femme qui a éclos coupée du monde et qui n'en connaît pas les dangers, petit cœur qui s'émeut et qui croit à l'éternité d'un premier amour né d'une rencontre fortuite, petit cœur qui croit en la pureté des hommes aimés et de leurs sentiments, petit cœur qui croit en l'inaltérabilité de la parole donnée, petit cœur qui croit qu'on l'aime pour ce qu'elle est non pour ce qu'elle possède... Aura-t-elle droit à sa parcelle de bonheur ? Ceux qui l'ont déjà lu le savent et pour les autres, je me dépêche de me taire et de vous laisser lire la fin...
    Ce monument de Balzac vaut principalement pour la dentelle dans laquelle l'auteur cisèle la sensibilité d'Eugénie, ses frêles attentes, ses désirs accessibles, son âme neuve, éprise de romantisme et si éloignée de la cruelle réalité de son père, de la rudesse confinant à la goujaterie de son cousin qu'elle aime, la dentelle encore avec laquelle Honoré de Balzac sait si bien nous faire sentir les attentes cupides des deux clans ennemis cherchant à tout prix à faire un beau mariage rentable avec Eugénie, la considérant, elle, comme une quantité négligeable.
    Sublime œuvre psychologique et sociale, écrite tout en finesse, en sensibilité, en amertume aussi, c'est à juste titre que ce roman figure parmi les plus célèbres de son auteur. Mais ceci, bien sûr, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.

    Critique de qualité ? (75 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 16/03/2014


    Peines de coeur d'une chatte anglaise Peines de coeur d'une chatte anglaise de Honoré de Balzac

    Il existe de nombreuses éditions de cette nouvelle, seule ou en association avec d'autres (le plus souvent en association, mais pas toujours avec les mêmes nouvelles ou petits romans).

    Il s'agit d'une nouvelle ne faisant pas partie de l'ensemble de La Comédie Humaine (bien qu'elle s'en rapproche à mille égards) mais d'un étrange recueil collectif, Scènes De La Vie Privée Et Publique Des Animaux, où George Sand et Charles Nodier, notamment, avaient aussi participé.

    Dans cette brève nouvelle, Balzac anthropomorphise des animaux à la manière d'un La Fontaine, en l’occurrence, des chats (et dans une moindre mesure des souris et des rats).

    Il utilise ce procédé pour dépeindre la pruderie, l'hypocrisie et la fausseté de la haute société anglaise d'alors. Il nous parle de toutes ces " bonnes manières " qui s'étalent en public et qui n'en dissimulent pas moins un caractère aussi bas qu'ailleurs derrière les jolies tentures et les formules de politesse.

    Il nous évoque aussi le carcan que l'éducation puritaine et anglicane fait peser sur les femmes anglaises. Cette malheureuse Beauty, qui s'ennuie à mourir avec Puff, un gros matou bien élevé de l'aristocratie autrichienne et qui tout à coup s'émoustille lorsqu'elle découvre un audacieux chat de gouttière français, Brisquet, vif et pétillant, qui ne met aucune affectation ni dans ses manières ni dans son apparence physique, qui, si je puis me permettre, appelle un chat, un chat.

    Bien évidemment, Brisquet n'est autre que Balzac lui-même et il règle ses comptes avec ces (ou ses, au choix) chers Anglais, qui lui ont pourri son amourette adultère.

    C'est un Balzac dans un autre registre que celui dans lequel on le connaît habituellement, qui évoque peut-être plus des Voltaire, des La Fontaine, des Swift, des Diderot, mais cela reste extrêmement plaisant à lire et tellement court qu'on ne risque vraiment pas grand-chose à s'y essayer, à tout le moins, c'est mon avis, un tout petit avis, seulement destiné à ne pas que vous achetiez cette nouvelle chat en poche.

    Critique de qualité ? (71 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 10/03/2014


    Un drame au bord de la mer Un drame au bord de la mer de Honoré de Balzac

    On a probablement tort de considérer Maupassant comme le maître absolu de la nouvelle au XIXème et comme l'héritier de Flaubert. Quand on y regarde de près, c'est Balzac qui est source de tout.

    On oublie souvent — et combien trop — qu'Honoré de Balzac a lui aussi écrit des nouvelles, des belles, des fortes, notamment régionalistes comme celle qui nous occupe aujourd'hui, spécialité à laquelle Maupassant s'attèlera bien plus tard. (À ce titre, j'en profite pour signaler que dans les journaux dans lesquels paraissaient ses nouvelles, Guy de Maupassant avouait clairement de quel maître il se réclamait en signant souvent du pseudonyme Maufrigneuse, le nom d'un des personnages de la Comédie Humaine.)

    Balzac nous concocte donc avec son Drame Au Bord De La Mer une nouvelle " à la Maupassant ", avant même que celui-ci n'ait vu le jour. Il nous fait débarquer au Croisic, qui, loin encore de jouir des bénéfices du tourisme balnéaire ou côtier, n'est encore à ce moment-là qu'une bourgade peu engageante, les pieds englués dans les marais salants de Guérande.

    Un petit couple d'amoureux (parisiens ?), venus mouiller à l'occasion leurs beaux souliers vernis auprès des bas peuples des rivages, histoire de humer l'air du large pendant quelques heures avant de s'en retourner dans les tourbillons de la vie citadine, tombent sur un pêcheur à pied d'allure misérable.

    Lui achetant grassement son homard et son araignée de mer, ils se concilient ses services en qualité de guide pour l'exploration de cette petite tranche de littoral. Celui-ci leur explique les meilleurs chemins, tant à marée haute qu'à marée basse, ainsi que...
    ... que cette espèce de grotte où l'on aperçoit un triste hère.

    S'ils veulent rejoindre Le Croisic, le plus court sentier passe devant la grotte, mais, s'ils n'y voient pas d'inconvénient, lui fera un détour pour éviter la grotte de l'ermite. Pourquoi diable cet homme inspire-t-il tant de crainte au pêcheur ? Est-il un voyou, un malfrat, un gredin, un bagnard oublié ?

    Cela ne semble pas être le cas. Le couple réclame des explications et le pêcheur en donne, plus que je ne saurais le faire moi-même car je considère comme un grand danger pour votre santé littéraire de vous en avouer beaucoup plus sur le passé houleux de l'ermite.

    Sachez seulement qu'il peut y être question d'éducation et dont le thème me rappelle un peu celui de la nouvelle L'Orphelin de Maupassant dans le recueil Le Père Milon Et Autres Nouvelles.

    Bref une petite nouvelle sympa, sans trop d'ambition, qui pourrait aussi, à la rigueur, exhaler des parfums de Simenon. Mais ceci n'est qu'un avis, une simple trame... au bord de la mer, secouée par les embruns de vos esprits affûtés, c'est-à-dire bien peu de chose.

    Critique de qualité ? (71 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 04/11/2013


    Études de femmes Études de femmes de Honoré de Balzac

    Encore une maladresse de facteur !
    Force m'est de constater que cela ne date pas d'hier et que la privatisation de La Poste n'est donc pas seule en cause.
    Étude De Femme est une nouvelle (du format de celles qu'aurait pu écrire Guy de Maupassant) faisant intervenir l'incontournable Eugène de Rastignac (voir, entre autre, Le Père Goriot) aux moments de sa jeunesse alors qu'il s'épanche dans une lettre à sa maîtresse, Delphine de Nucingen, la fille de Goriot.
    Le problème, c'est que l'épître en question, va atterrir non pas chez Madame de Nucingen mais chez la très pieuse, trop droite, tellement prude et si fidèle Madame de Listomère (voir par exemple Le Curé de Tours).
    Laquelle dame, comme on pouvait s'y attendre, prend tous les traits d'une femme offensée par cette déclaration impertinente.
    Mais, de vous à moi, l'est-elle tant que cela, offensée ?...
    Voici donc une petite nouvelle fort sympathique, sans prétention aucune, mais agréable à lire, du moins c'est mon avis, fort peu étudié, un parmi tant d'autres, c'est-à-dire bien peu de chose.

    Critique de qualité ? (71 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, hier


    Le Colonel Chabert Le Colonel Chabert de Honoré de Balzac

    Le Colonel Chabert est l'un des trésors que nous a légué Balzac et auquel je témoigne le plus grand respect. On y sent souffler les accents sublimes qui deviendront, sous la plume d'Hugo, Les Misérables.

    Dans ce petit roman, l'auteur nous mène sur les sentiers d'une quasi résurrection, celle d'un brillant et brave grognard de Napoléon que tout le monde a cru mort et enterré à la bataille d'Eylau. L'histoire se corse lorsque réapparaît le vieux colonel bien des années plus tard et que sa légitime épouse, remariée, devenue comtesse et richissime s'aperçoit que l'essentiel de son bien pourrait être revendiqué par son ancien mari...

    Honoré de Balzac cisèle dans la dentelle une narration impeccable, et dresse un portrait surprenant de l'avoué Derville, qu'on sent mi honnête homme, mi canaille, pouvant verser de l'un ou l'autre côté selon d'où vient le vent, à l'image de Petit-Claud dans les Illusions Perdues, mais qui, pris d'une commisération, rare en cette engeance, et tel que nous le connaissons par ailleurs, dans Gobseck par exemple, va tout mettre en œuvre pour secourir le vaillant vieux soldat.

    J'en ai assez dit si je ne veux pas trop déflorer cette perle, ce grand chef-d'œuvre de littérature, mais bien sûr, tout ceci n'est que mon avis, dont la validité ne tient qu'à un coup de sabre, plus ou moins bien placé, c'est-à-dire, pas grand-chose.

    Critique de qualité ? (65 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 05/12/2014


    Scènes de La Vie Politique: I. Un Épisode Sous La Terreur. II. Le Réquisitionnaire Scènes de La Vie Politique: I. Un Épisode Sous La Terreur. II. Le Réquisitionnaire de Honoré de Balzac

    Voici deux petites nouvelles d'Honoré de Balzac ayant pour cadre la Terreur et ses suites. L'une que je juge excellente et l'autre plus moyenne d'où une note d'ensemble située entre 5 et 3, notes que je le leur aurait attribué respectivement.

    Dans Un Épisode Sous La Terreur, l'auteur nous offre une nouvelle assez particulière, sans le caustique habituel ni le luxe de description. Ici, tout est épuré et, une fois n'est pas coutume, il fait l'éloge de ses personnages.

    Un mystérieux homme (je cache volontairement son identité afin de ne pas ruiner l'effet recherché par Balzac) vient réclamer une messe clandestine à un abbé, terré dans une mansarde miteuse aidé de deux sœurs dévotes. (Vous avez compris que la Terreur est bien entendu cette période de la Révolution Française durant laquelle les tête volaient un peu plus que de coutume sous le grand couperet de la guillotine, surtout si l'on était, de près ou de loin, ami du clergé ou de la noblesse.)

    Le plus étonnant est que l'étranger en question vient, très solennellement, demander une messe pour... le feu roi Louis XVI ! Balzac sait y être poignant et célébre le dénuement et la dévotion. Bref, un beau petit bijou de nouvelle.

    Dans la seconde nouvelle, l'héroïne du Réquisitionnaire est une comtesse, madame de Dey, veuve d'un gradé militaire (c'est-à-dire, à l'époque, forcément un noble, or, en ces temps troublés de la révolution, il ne fallait guère faire montre de ses titres et de ses privilèges).

    C'est ce que madame de Dey a bien compris en se repliant en ses terres normandes, où elle mène une vie humble et non sujette à convoitise vis-à-vis des personnes importantes du cru, tout en étant généreuse et secourable pour les populations miséreuses qui voisinent son domaine, s'attirant ainsi une sympathie générale et unanime, qui lui laisse de droit de vivre sans trop de craintes cette période difficile pour l'aristocratie française.

    Mais madame de Dey, outre le fait d'être une belle veuve de trente-huit ans qui ferait un parti très convenable pour beaucoup de prétendants, est également la mère d'un fils qui représente tout pour elle et qui lui a dû s'exiler pour fuir la rage homicide révolutionnaire.

    Ce noble chérubin de dix-huit ans a, comme son père, embrassé la carrière des armées, mais bien évidemment, pas au service des autorités françaises...

    La vie calme et bien orthométrée de madame de Dey subit soudain un bouleversement lorsqu'elle reçoit un billet souillé qui lui indique que son fils a été fait prisonnier mais qu'il est question de négocier son évasion. Si cette escapade réussit, il sera chez elle dans quatre jours au plus tard, si elle échoue, qu'adviendra-t-il de lui ?...

    Honoré de Balzac nous dresse le décor d'une belle petite nouvelle savoureuse mais, je suis au regret de déplorer une chute que je juge particulièrement creuse et artificielle qui nuit à la bonne impression d'ensemble. Je suis donc plus que mesurée dans mon enthousiasme à conseiller cette nouvelle, qui est, selon moi, loin d'être la meilleure de l'auteur.

    Mais tout ceci, bien sûr, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.

    Critique de qualité ? (65 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 31/10/2014


    Le Curé de Tours - Pierrette Le Curé de Tours - Pierrette de Honoré de Balzac

    Voici un très bon numéro de la collection Folio. Deux petits bijoux de Balzac réunis en un seul volume pour notre plus grand plaisir. Ce sont deux courts romans que l'auteur avait positionné dans la catégorie des " célibataires " dans sa gigantesque Comédie Humaine.

    Je ne saurais trop vous dire lequel j'aime le mieux tellement ils sont à point tous les deux et de très haut vol. Ils montrent l'un et l'autre le lent travail de positionnement social et d'alliances pour parvenir à ses fins au détriment d'un tiers, en l’occurrence, celui ou celle qui donne son nom à l'ouvrage.

    1) LE CURÉ DE TOURS.
    On découvre ici le bon abbé Birotteau, qui accouchera quelques années plus tard d'un frère, le célébrissime César Birotteau, autre opus génialissime d'Honoré de Balzac. C'est donc un homme rondouillard, un peu simple d'esprit, qui ne voit de mal nulle part et qui s'imagine naïvement que les gens qui lui veulent du bien le font pour ses beaux yeux.

    Ainsi, à la mort de l'abbé Chapeloud, chanoine de la cathédrale Saint-Gatien de Tours, son protégé, l'abbé Birotteau croit qu'il va hériter sans coup férir, " naturellement " pourrait-on dire, des prérogatives de son prédécesseur...

    Une fois encore, Balzac saura faire surgir devant lui la plus grande mesquinerie humaine, l'envie, la basse vengeance, l'orgueil, le calcul politique, bref, tout ce qui fait que Balzac est Balzac, un auteur, pour ne pas dire L'AUTEUR incontournable de la littérature française toutes époques confondues.

    Contrairement à certains de ses autres romans qui lassent parfois les lecteurs non avertis par des descriptions fouillées, nous avons ici affaire à un bref roman, à la limite de la nouvelle longue, où les descriptions ne sont point trop invasives et le plaisir est prompt à s'emparer du lecteur.

    Encore une fois, le personnage qui donne son nom à l'œuvre ne semble pas être le personnage principal, puisqu'à la fin on assise encore à son échouage, victime des vicissitudes de la cruelle vie et des calculs des gens peu enclin à la noblesse d'âme, en l'espèce, le retors et machiavélique abbé Troubert.

    L'autre grande figure de l'histoire est la logeuse de Birotteau, Mlle Gamard, grenouille de bénitier pingre, ambitieuse et malfaisante à souhait dont Honoré nous dresse un portrait aux petits oignons, qui à lui seul vaut le détour.

    À lire ou à redécouvrir absolument sans modération pour se délecter des bas calculs, jalousies, orgueils et autres naïvetés. À mon sens, l'un des très bons crus acides, corrosifs à souhait de notre fantastique Honoré de Balzac, mais suis-je bien objective avec ce géant parmi les géants ?

    2) PIERRETTE.
    Ensuite, nous sommes transportés au sud-est de la région parisienne, dans le Provins des années 1825-1830 et l'on voit s'y épanouir la petite mesquinerie commerçante et provinciale d'un couple borné et absolument irrespirable, les Rogron frère et sœur, tous deux célibataires endurcis après une minable quoique rentable vie de merciers à Paris.

    Parmi les rejetons éparpillés du rameau familial, exactement à l'instar des Rougon-Macquart capable de faire germer, sur un malentendu, un individu estimable, on trouve la petite Pierrette Lorrain, cousine des deux affreux, d'au moins vingt-cinq ans leur cadette, et aussi innocente, simple et admirable que les autres sont retors, prétentieux et détestables.

    Par un hasard de mauvaises fortunes et d'héritages détournés, Pierrette va donc se retrouver pupille de ses cousins à Provins, elle qui a grandit près des embruns en Bretagne.

    Tour à tour faire-valoir social, outil stratégique et enjeu matrimonial, on assiste impuissants à la mise au pilori de Pierrette (Pierrette et le poteau laid, en somme) par son cousin et surtout sa cousine Sylvie Rogron. Mais c'est sans compter sur l'intervention de Jacques Brigaut, un brave parmi les justes, qui voudrait bien arriver à inverser la tendance et à rendre à Pierrette un peu de sa dignité d'être humain et d'amour tout simplement. Y parviendra-t-il ? Ça c'est ce que je m'interdis de vous révéler.

    En tout cas, c'est du très grand art Monsieur de Balzac, ça ne donne pas spécialement le moral, ça ne nous fait pas particulièrement aimer davantage l'humanité, mais c'est admirable dans son style, un patrimoine romanesque à inscrire sur la liste de l'Unesco, car malheureusement, ça a existé et ça existe encore de nos jours, peut-être avec une ou deux modalités différentes, mais si peu.

    Bref, selon moi un autre opus majeur de la Comédie Humaine et de la littérature française en général, qui est probablement à la source des Rougon-Macquart de Zola et des Misérables d'Hugo, rien que ça, excusez du peu.

    Mais ce n'est que mon avis, un tout petit avis aux pieds de l'immense Balzac, c'est-à-dire vraiment pas grand-chose.

    Critique de qualité ? (65 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 12/09/2012


    Le Père Goriot Le Père Goriot de Honoré de Balzac

    Qu'est-ce qui n'a pas été dit, écrit, filmé, dessiné, radiodiffusé sur Le Père Goriot, en particulier, et sur Balzac, en général ? Réponse : à peu près rien.

    Mais s'il est vrai que parmi cet amas épais et hétérogène tout a probablement été dit et bien dit, tout le monde, moi la première — moi surtout — n'a probablement pas lu le monceau impressionnant d'avis ou de critiques littéraires qui ont été laissés à son sujet.
    Alors je ne ferai très certainement que répéter ce que d'autres auront dit bien avant moi et de bien meilleure façon que je ne saurais le faire. Excusez-moi pour cette somme de mauvaises redites.

    En premier lieu, première redite, qu'il s'agit d'un très bon roman et que c'est une bonne porte d'entrée pour s'en aller frétiller dans l'immense testament littéraire que nous a laissé le bon Honoré et qui se nomme La Comédie Humaine. Néanmoins, je tiens à souligner que manifestement trop de lycéens ont eu à " subir " ce roman à un âge où, selon toute vraisemblance, ils n'étaient pas prêts à goûter toute la saveur du vécu et le cruel réalisme qui émane de cette pièce maîtresse lorsqu'on le lit quelques années plus tard.

    Je vais donc clairement vous dire que si j'avais à faire découvrir Balzac à quelques jeunes personnes, je ne choisirais sans doute pas ce roman comme première approche. Passé la trentaine, pourquoi pas, même s'il va sans dire qu'on est apte à jouir de toute la saveur de cette œuvre bien avant trente ans, je suis fermement convaincue qu'il réclame à la fois vécu et investissement dans sa lecture, deux choses qui ne sont pas monnaie courante à un âge précoce.

    Ensuite, deuxième redite, que toutes les clefs d'écriture qui sont propres à Honoré de Balzac se retrouvent ici : la description première (celle qui rebute souvent les néophytes) un peu comme le ferait un peintre qui soignerait particulièrement son décor avant d'entamer la figure centrale de sa toile, ensuite, la mesquinerie ou la loupe focalisée sur les défauts de ses personnages souvent très haut ou très bas en couleur, puis le ton ironique, sarcastique, cynique, caustique, désabusé avec lequel l'auteur nous raconte ses histoires, viennent ensuite les accélérations, les montées en puissance de l'intrigue, les coups de projecteur sur le passé d'un personnage que l'on croit bien connaître (les fameux éclairages rétrospectifs dont parle Proust), puis les sortes de tonnerres ou de descentes aux enfers du final.

    Enfin, vous étonnerais-je en prétextant que le père Goriot n'est probablement pas le personnage principal de ce roman même s'il en est la morale de la fable ? Vous recommanderais-je le savoureux verbe du truculent Vautrin alias..., vous découvrirez qui, et de sa vision du monde ? Oui, "le monde selon Vautrin" vaut vraiment le détour. Alors, bon séjour en immersion dans le noir Paris du début XIXème siècle.

    Juste pour la route et pour parfaire mon content de redites, quelques mots de l'intrigue au cas où vous ne la connaîtriez pas.
    Eugène de Rastignac, jeune étudiant débarque de sa province à Paris dans le but de s'y faire un nom et une situation. Malheureusement pour lui, même si la famille possède le lustre de la particule, si utile dans le grand monde, elle ne lui procure pas de rentrées d'argent suffisantes au train qu'il convient d'afficher à Paris lorsqu'on aspire à devenir un dandy.

    Le père Goriot, quant à lui, pour son plus grand malheur a deux filles. Deux filles qu'il aime mieux que lui-même, deux filles pour lesquelles il sacrifierait sa vie, deux filles belles comme l'aurore... et ingrates comme le sont les belles filles roturières qui se veulent du grand monde.
    Notre brave père Goriot, commerçant prospère, ne recule donc devant aucun sacrifice financier susceptible de lui attirer "l'affection" de ses deux vénales progénitures...

    Voici Honoré de Balzac dans tout sa splendeur et sa misère, lui le courtisan désabusé et parfois vindicatif, lui le magicien, l'inventeur du roman moderne, lui le génial observateur de cet étrange animal qu'on nomme "l'humain", lui, l'un de mes auteurs fétiches, mais ce n'est là qu'un fort misérable avis, un parmi pléthore d'autres et d'autre carrure et d'autre facture, autant dire, pas grand-chose.

    Critique de qualité ? (65 l'ont appréciée)


    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 27/10/2014


    Le Réquisitionnaire - Un Épisode sous la Terreur - L'Auberge rouge. Le Réquisitionnaire - Un Épisode sous la Terreur - L'Auberge rouge. de Honoré de Balzac

    Ce livre regroupe trois nouvelles séparées dont les histoires se déroulent dans la seconde moitié de cette période éminemment troublée de la Révolution française et de ses conséquences.

    1) LE RÉQUISITIONNAIRE
    L'héroïne de cette histoire est une comtesse, madame de Dey, veuve d'un gradé militaire (c'est-à-dire, à l'époque, forcément un noble, or, en ces temps troublés de la révolution, il ne fallait guère faire montre de ses titres et de ses privilèges).

    C'est ce que madame de Dey a bien compris en se repliant en ses terres normandes, où elle mène une vie humble et non sujette à convoitise vis-à-vis des personnes importantes du cru, tout en étant généreuse et secourable pour les populations miséreuses qui voisinent son domaine, s'attirant ainsi une sympathie générale et unanime, qui lui laisse le droit de vivre sans trop de craintes cette période difficile pour l'aristocratie française.

    Mais madame de Dey, outre le fait d'être une belle veuve de trente-huit ans qui ferait un parti très convenable pour beaucoup de prétendants, est également la mère d'un fils qui représente tout pour elle et qui, lui, a dû s'exiler pour fuir la rage homicide révolutionnaire.

    Ce noble chérubin de dix-huit ans a, comme son père, embrassé la carrière des armées, mais bien évidemment, pas au service des autorités françaises.
    La vie calme et bien orthométrée de madame de Dey subit soudain un bouleversement lorsqu'elle reçoit un billet souillé qui lui indique que son fils a été fait prisonnier mais qu'il est question de négocier son évasion. Si cette escapade réussit, il sera chez elle dans quatre jours au plus tard, si elle échoue, qu'adviendra-t-il de lui ?...

    Honoré de Balzac nous dresse le décor d'une belle petite nouvelle savoureuse mais, je suis au regret de déplorer une chute que je juge particulièrement creuse et artificielle qui nuit à la bonne impression d'ensemble. Je suis donc plus que mesurée dans mon enthousiasme à conseiller cette nouvelle, qui est selon moi, loin d'être la meilleure de l'auteur.

    2) UN ÉPISODE SOUS LA TERREUR
    C'est ma préférée des trois. Ici, Honoré de Balzac nous offre une nouvelle assez particulière, sans le caustique habituel ni le luxe de description. Ici, tout est épuré et, une fois n'est pas coutume, il fait l'éloge de ses personnages.

    Un mystérieux homme (je cache volontairement son identité afin de ne pas ruiner l'effet recherché par l'auteur) vient réclamer une messe clandestine à un abbé, terré dans une mansarde miteuse aidé de deux sœurs dévotes. (Vous avez compris que la Terreur est bien entendu cette période de la Révolution française durant laquelle les têtes volaient un peu plus que de coutume sous le grand couperet de la guillotine, surtout si l'on était, de près ou de loin, ami du clergé ou de la noblesse.)

    Le plus étonnant est que l'étranger en question vient, très solennellement, demander une messe pour... le feu roi Louis XVI ! Balzac sait y être poignant et célébrer le dénuement et la dévotion. Bref, un beau petit bijou de nouvelle.

    3) L'AUBERGE ROUGE
    Cela commence presque comme un polar, on se dit que la clef de l'énigme va résider dans la découverte de l'identité du coupable et... en fait non.
    La coupable, on le devine assez vite et Balzac ne fait rien pour faire augmenter trop le suspense.

    L'intérêt de l'intrigue est que, sachant le coupable parmi nous, quels rapports allons-nous entretenir avec lui. Ce n'est pas si fréquent comme questionnement et c'est donc tout à fait pertinent que son auteur ait placé ce texte dans la catégories des " études philosophiques" de sa Comédie Humaine.

    En effet, ça change tout si vous apprenez que la belle héritière que vous convoitez est la fille d'un homme qui a perpétré une vilenie. Vous savez que sa position, sa fortune vient de là, mais pourtant, elle ne l'a pas faite pour autant, elle, cette vilenie. Alors que faire ? Vous voyez le genre d'interrogations que cela peut soulever ?

    En deux mots, l'histoire prend place dans le contexte de la fin de Révolution et de la toute jeune accession au pouvoir de Bonaparte, lors des mouvements de troupes française sur les bords du Rhin en Rhénanie. Deux jeunes chirurgiens viennent rejoindre leur bataillon et, en cours de route, s'arrêtent à l'auberge rouge.

    La demeure est pleine à craquer et c'est à grand peine qu'on trouve encore de la place pour loger les deux Français. Soudain, arrive un négociant allemand d'Aix-la-Chapelle escorté de deux bateliers. Vraiment, il n'y a pas moyen de loger les deux bateliers qui vont s'en retourner finir la nuit sur leur embarcation, mais en se tassant un petit peu, les deux Français arriveront peut-être à faire une petite place au négociant, sachant qu'en plus il se promène avec une mallette pleine de cent mille francs en or et en diamants...

    En somme, une nouvelle que je qualifierais de bonne, mais sans plus. C'est d'ailleurs l'impression d'ensemble que je retiendrai pour l'ouvrage, franchement pas désagréable, mais pas non plus du niveau dont on sait l'auteur capable quelquefois. Retenez cependant que ce que j'exprime ici n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose

    Critique de qualité ? (64 l'ont appréciée)


    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 01/03/2014


    Madame Firmiani Madame Firmiani de Honoré de Balzac

    Madame Firmiani, c'est une courte nouvelle où Honoré de Balzac tâche de nous dire que les apparences sont parfois trompeuses. Bon, jusque là, pas de quoi être surpris car l'auteur est coutumier du fait.

    Là où c'est un peu plus rare, tant pour Balzac que dans la littérature en général, c'est quand les apparences nous laissent suggérer calcul et manipulation, intrigue et combinaison, et qu'en creusant un peu, on ne trouve que...
    ... de la discrétion et de la vertu.

    Oui, elle a tout pour plaire cette Madame Firmiani, elle est belle, encore jeune, pleine d'esprit, veuve ou peu s'en faut d'un mari que personne n'a jamais vu. Elle donne des réceptions où l'on ne côtoie que du beau monde, du raffiné s'entend et où la médisance ne semble pas la règle, comme c'est souvent le cas ailleurs.

    Dissipatrice, alors ? Ça c'est bien possible. Un bruit court que certains sont prêts à se ruiner pour ses beaux yeux. D'ailleurs, c'est suite à ce bruit que Monsieur de Bourbonne, un riche propriétaire terrien de province, vient s'enquérir du sort de son neveu chéri, Octave de Camps.

    Le vieil oncle a connu son neveu riche en province et le retrouve pauvre à Paris. Tous les témoignages concordent pour dire qu'il est un assidu du salon de Mme Firmiani. Sous un habile tour, M. de Bourbonne parvient à se faire introduire chez Mme Firmiani, un jour où il est sûr que son neveu ne peut s'y trouver.

    À la fin de la soirée, alors que tout le monde a déjà déserté le salon, lui reste seul au déni de toutes les convenances. Il désire plus que tout avoir un entretien privé avec elle. Il y a va tout de go, se présente et annonce la couleur : il est l'oncle d'Octave et s'étonne de le savoir dans le dénuement.

    Un trouble indéfinissable se peint sur le visage de Mme Firmiani. Mais bien malin celui qui pourrait interpréter ce trouve et il ne faut pas compter sur moi pour vous en dire davantage.

    Bref, une petite nouvelle, sans déplaisir mais également sans prétention, avec une fin heureuse qui pourra satisfaire le dépressif ou l'optimiste. Mais bien sûr, ceci n'est que mon avis, un bruit qui court — encore un ! — sur Madame Firmiani, c'est-à-dire, bien peu de chose.

    Critique de qualité ? (64 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 21/04/2013


    Le message Le message de Honoré de Balzac

    Avec toutes mes condoléances, Madame...
    Vous l'aurez compris, Le Message est une courte nouvelle qui relate la tâche, ô combien ingrate, d'annoncer à une femme de l'aristocratie de province, la mort de son amant dont elle est follement éprise, alors qu'elle se trouve précisément dans le château séculaire de son mari légitime, et bien sûr, en présence de celui-ci, ce qui est plus drôle...
    Balzac s'en tire assez bien et nous fait toucher du doigt certaines sensations, sans toutefois qu'on puisse catégoriser cette nouvelle parmi les chefs-d'œuvre de l'auteur.
    Il y dépeint un aspect de la fibre romantique si présente dans la jeunesse.
    Une nouvelle vraiment pas essentielle dans le gros œuvre de la Comédie Humaine, mais assez plaisante tout de même, du moins c'est mon avis, c'est-à-dire, bien peu de chose.

    Critique de qualité ? (64 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 18/04/2013


    Illusions perdues Illusions perdues de Honoré de Balzac

    Une grande inspiration, un œil décidé et c'est parti pour cette critique qui me tient tant à cœur. C'est que j'ai peine à vous dire tout l'amour que j'ai pour Balzac en général et pour les Illusions Perdues en particulier.
    Il est tellement malmené au lycée, on lui fait porter un tel chapeau à mon pauvre petit Honoré, on nous donne souvent tellement peu envie de s'aller essayer à la Comédie Humaine que s'en est presque consternant. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir varié tant la taille que le type de ses écrits, mais tout tourne autour de 4 ou 5 titres qu'on se refile d'année scolaire en année scolaire, comme un vilain rhume.
    Ici, vous êtes au centre de l'édifice énorme, labyrinthique, monumental que constitue la Comédie Humaine, au cœur du donjon, pilier porteur essentiel.
    Quand bien même n'aurait-il écrit que cet unique roman que Balzac eût été, sans nul doute, l'un de nos plus grands écrivains de langue française.
    L'auteur déploie dans ce livre sa quintessence, celle qui en fait un géant de la littérature française et mondiale. Pas UN Balzac, mais LE Balzac, le MAGIC-BALZAC comme on le rêve : riche, tonique, corrosif, lucide, drôle et tout, vraiment tout, ce qu'on peut attendre d'un roman du XIXème siècle.
    Chapeau bas Monsieur Balzac ; on a beau dire, on a beau faire, ils ne sont pas si nombreux ceux qui vous arrivent à la cheville et, s'il fait moins vibrer les trémolos du pathos que ne le fait Victor Hugo, ne nous y trompons pas, cette œuvre est du calibre des Misérables, aussi franche et savoureuse que Le Comte De Monte-Cristo, les deux seuls romans francophones de ce siècle à pouvoir faire moindrement le poids face à ce monstre sublime que nous a légué Honoré de Balzac.

    La première partie intitulée Les Deux Poètes nous présente, vous l'imaginez, les deux amis : l'un, David Séchard, fils d'un imprimeur d'Angoulême, économe, la tête sur les épaules, qui a fait des études à Paris et qui a surtout compris qu'il ne pourrait jamais compter sur son père, aussi avare dans son genre que le père Grandet (voir Eugénie Grandet) ce qui n'est pas peu dire. L'autre, Lucien Chardon, fils d'un apothicaire, issu d'une branche noble par sa mère, les " de Rubempré ", possède un talent littéraire indéniable et semble attiré par le grand monde et les lumières de la grande ville comme les papillons sur les lampes à incandescence.
    La question étant de savoir s'il se brûlera les ailes auprès de Madame de Bargeton, une célébrité aristocratique locale. Le titre du roman pourrait presque, à l'extrême limite, vous donner un tout petit indice, mais je n'en suis pas bien sûre...

    La deuxième partie, Un Grand Homme De Province À Paris, comme son nom l'indique, déplace l'un des personnages principaux, Lucien Chardon (ou de Rubempré selon qu'on considère ou non son ascendance noble du côté maternel), d'Angoulême à Paris.
    Lucien quitte tout pour les beaux yeux de Madame de Bargeton, une aristocrate provinciale qui s'est éprise de lui. Très vite, le grand monde va se charger d'exclure ce rejeton illégitime de la noblesse et donc, de faire cesser l'admiration de Mme de Bargeton pour son petit protégé de poète.
    En moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, seul et avec le coût exorbitant de la vie parisienne, Lucien se retrouve dans l'indigence la plus noire, avec pour seul espoir, sa jeunesse et son talent de plume. Il a le bonheur de faire la connaissance de Daniel d'Arthez, jeune écrivain incorruptible, initiateur du Cénacle, cercle d'amoureux des arts, prêts à tout pour aller jusqu'au bout de leur art sans tremper jamais dans aucune compromission, d'aucune sorte.
    Lucien sera très vite fasciné par cet droiture morale, cet ascétisme de pensée et de travail, dont les résultats commencent à porter leurs fruits dans son esprit critique et dans son maniement de la plume.
    Cependant, Lucien, pauvre comme les pierres, va lorgner abondamment vers les lumières du journalisme et ses succès faciles, richement rétribués. L'ascension de Lucien va être fulgurante, lui permettant au passage de tailler des costards à ses vieilles connaissances angoumoisines qui l'ont si lâchement laissé tomber à son arrivée dans la capitale.
    Néanmoins, être talentueux n'est pas sans risque, comme vous le découvrirez à la lecture de cette partie.
    Balzac nous offre des pages sublimes et dresse un portrait corrosif et peu flatteur tant du journalisme que du monde de l'édition. Un portrait qui sent éminemment le vécu et qui ne semble pas avoir pris une ride.
    Les requins et les fourbes d'aujourd'hui ne sont guère différents de ceux d'hier. C'est en cela que l'universalité et le talent de visionnaire de Balzac était (Baudelaire s'en émerveillait), est et demeurera impressionnant.

    Dans la troisième et dernière partie baptisée Les Souffrances De L'Inventeur, après ce long épisode parisien ayant Lucien pour protagoniste principal, Balzac poursuit en synchronique avec la destinée de sa sœur Ève et de David Séchard, restés à Angoulême dans le même temps.
    L'auteur y développe, avec un luxe qui sent trop le vécu pour ne pas avoir son origine dans ses propres mésaventures personnelles, la savante machinerie de l'extorsion de l'invention d'un concurrent par le biais des lois, le concours des créanciers et l'entremise des hommes sensés être les garants de l'équité sociale. Ainsi, David Séchard, mis dans de cruels draps par les trois faux billets de mille francs signés à son insu par Lucien, se retrouve entre les griffes voraces des frères Cointet, imprimeurs, usuriers et banquiers d'Angoulême.
    Malgré la défense héroïque du secret de fabrication de David par les deux infortunés époux Séchard, le destin s'acharne à leur vider les poches (enfin, le destin, c'est surtout les frères Cointet, Petit-Claud, l'avoué véreux, le fourbe Cérizet, l'avare père Séchard et Lucien involontairement par-dessus le marché).
    Lucien, voyant dans quelle déroute il a mis sa sœur et son beau-frère est prêt au sacrifice suprême, mais il rencontre un bien singulier prêtre, qui ressemble comme deux gouttes d'eau à un ancien bagnard qu'on a bien connu dans Le Père Goriot...
    Balzac règle ses comptes avec les usuriers, banquiers, notaires, avocats et autres juges. Bref, une fin sublime pour ce roman qui ne l'est pas moins, et de bout en bout, mais tout ceci, vous l'aurez compris, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose, le mieux, et de loin, que vous ayez à faire, c'est de le lire. Je vous rembourse la différence si vous n'y trouvez pas votre compte et n'êtes pas satisfaits.

    P. S. : c'est dans ce roman que Balzac invente un néologisme qui fera long feu, notamment via Jacques Brel, à savoir la " soulographie ".

    Critique de qualité ? (63 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par Under_The_Moon, le 21/01/2013


    Le Père Goriot Le Père Goriot de Honoré de Balzac

    C'est toujours avec émotion que je regarde mon exemplaire du Père Goriot sur mes étagères.

    Ce roman a été mon premier vrai coup de coeur pour un classique. Non pas que je n'en avais pas lu avant, c'est juste que celui là a été une révélation !
    C'était à la fin de ma 4ème (ok ça date!), j'étais l'une des seules à avoir lu et apprécié Eugénie Grandet et quelques mois après j'ai vu ce livre du même auteur et je me suis dit "pourquoi pas!".

    Et là, dès que j'ai ouvert le livre... Je ne voulais plus le lâcher ! A tel point que je l'ai dévoré en 2 jours ! Le sort de ce père si gentil et si dévoué à ses 2 filles qui se révèleront êtres ingrates, des vraies pestes ! Et qui, pire encore, abandonneront leur pauvre père à son sort alors que lui ne cessera jamais de les aimer.

    Maintenant que je suis devenue adulte, quand j'ouvre des pages au hasard, l'histoire prend encore une autre dimension. Je ne suis plus une adolescente dans le délire "les adultes sont tous nuls et personne ne me comprend", et ce personnage de père me touche encore plus qu'il y a 14 ou 15 ans maintenant.

    Libre à chacun d'en penser ce qu'il voudra, mais il me semble que c'est à ce genre de "détails" qu'on reconnaît un grand livre !

    Critique de qualité ? (60 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 18/11/2013


    Le message Le message de Honoré de Balzac

    AVEC TOUTES MES CONDOLÉANCES...
    Eh oui, en effet, Le Message est une courte nouvelle qui relate la tâche, ô combien ingrate, d'annoncer à une femme de l'aristocratie de province, la mort de son amant dont elle est follement éprise, alors qu'elle se trouve précisément dans le château séculaire de son mari légitime.
    Honoré de Balzac s'en tire assez bien et nous fait toucher du doigt certaines sensations, sans toutefois qu'on puisse catégoriser cette nouvelle parmi les chefs-d'œuvre de l'auteur.
    Il y dépeint un aspect de la fibre romantique si présente dans la jeunesse.
    En somme, une petite nouvelle sans prétention, sans déplaisir non plus, mais ceci, n'est bien sûr que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.

    Critique de qualité ? (59 l'ont appréciée)


    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 01/09/2014


    Sarrasine, Gambara, Massimilla Doni Sarrasine, Gambara, Massimilla Doni de Honoré de Balzac

    En avant la musique ! En avant l'Italie ! Voici trois nouvelles judicieusement regroupées par l'éditeur Gallimard pour sa collection Folio autour de certains dénominateurs communs :

    La passion, tout d'abord, amoureuse certes, mais aussi la passion pour la musique ou le chant. L'Italie ensuite, où Honoré de Balzac laisse sourdre sa propre passion pour ce pays, summum selon lui du raffinement de l'art sous toutes ses formes.

    L'auteur est également un féru de musique et d'opéra — qu'on dit aujourd'hui classiques mais qui à l'époque était contemporains — et il nous le fait bien sentir, parfois même un peu trop.

    Selon moi, avec ces trois nouvelles, l'intérêt va decrescendo, partant d'un bon niveau de Balzac avec Sarrasine pour finir dans le quasi pire de ce que l'auteur a produit avec Massimilla Doni en passant par du très moyen avec Gambara.

    1) SARRASINE : ne vous fiez pas aux apparences...

    2) GAMBARA : Quelle est la forme ultime de l'art ?

    3) MASSIMILLA DONI : Attention, écartez-vous, je vais cracher sur Balzac !

    Mais bien évidemment, ceci n’est que mon avis, c’est-à-dire, pas grand-chose.

    Critique de qualité ? (57 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par Nastasia-B, le 02/05/2013


    La grande Bretèche La grande Bretèche de Honoré de Balzac

    Qu'y a-t-il derrière un mur abandonné ? Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qu'il pouvait bien y avoir derrière ce que l'on prend du soin à dissimuler ?
    Combien de fantasmes, d'histoires rocambolesques ne nous sommes-nous pas déjà construits, échafaudé sur rien de tangible, juste une impression qu'on nous cachait quelque chose.
    Balzac titille cette fibre en nous grâce à La Grande Bretèche, une très belle nouvelle ayant à nouveau pour narrateur le médecin Horace Bianchon, tout comme la non moins réussie Messe de l'Athée.
    Notre Honoré national nous emmène cette fois dans le Vendômois, où Bianchon s'est pris d'une passion pour un lieu insolite : La Grande Bretèche.
    Il s'agit d'un magnifique domaine en bordure du Loir, parc à la française et manoir de caractère, le tout complètement laissé à l'abandon depuis au bas mot une dizaine d'années. Le médecin y goûte quelques temps le bonheur d'un lieu de recueillement propice à la création poétique. Jusqu'au jour où un vieux notaire de sinistre physionomie, maître Regnault, vient lui signifier qu'il n'est pas permis à qui que ce soit de pénétrer sur ce domaine et ce, par volonté testamentaire.
    Quel mystère baigne cette incompréhensible décision d'un mourant ? c'est ce que vous découvrirez en même temps que Bianchon qui, émoustillé par le piment de l'intrigue décide d'en connaître le fin mot, quitte à tirer les vers du nez de Madame Lepas, l'aubergiste ou à faire les yeux doux à Rosalie, l'ancienne femme de chambre du domaine.
    Par ce bref récit, Honoré de Balzac nous livre une nouvelle fois toute l'étendue de son talent de conteur ; si doué à susciter les merveilleux parfums de l'évocation et si prompt à faire palpiter les ressorts du suspense. Mais tout ceci, bien sûr, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.

    Critique de qualité ? (56 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par Nastasia-B, le 25/05/2013


    L'Interdiction L'Interdiction de Honoré de Balzac

    L'Interdiction est un titre qui peut porter à confusion quand on ne sait à quoi cette interdiction se réfère.
    De nos jours, la formule consacrée pour désigner cette forme d'interdiction serait très certainement " la mise sous tutelle ".
    Ici, il sera bien sûr question d'argent, de jugement, et, accessoirement, de noblesse.
    En effet, la très noble, très en vue et très soucieuse de son apparence, Madame la Marquise d'Espard, qui vit séparée de son légitime époux et de ses deux enfants depuis douze ans, réclame cette susnommée interdiction à l'encontre de son mari, estimé fou et non responsable de ses actes, notamment en qualité de spoliateur et de dissipateur d'une fortune appréciable.
    La marquise, qui tient un salon très couru fréquenté par nombre de (très) grosses légumes (il s'agit de cette même personne qui sera la protectrice de Madame de Bargeton dans les Illusions Perdues), essaie de jouer de toutes ses influences pour piper les dés de l'arbitrage judiciaire.
    Or, le juge d'instruction mandaté pour faire toute la lumière sur cette requête en interdiction n'est autre que l'humble, discret et fort honnête juge Popinot, positivement connu des pauvres et des nécessiteux, oncle du non moins philanthrope médecin Horace Bianchon, vieille connaissance des habitués de la Comédie Humaine.
    Après un démarrage assez poussif, Honoré de Balzac relance l'intérêt de ce petit roman et nous ravit en faisant de son juge Popinot un avatar avant l'heure du célèbre lieutenant Colombo.
    Jean-Jules Popinot, homme d'allure minable, qui joue les niais mais qui sait mieux que personne percer à jour les plus habiles plaideurs et les plus retorses intentions et qui laisse stupéfaits (j'allais écrire " interdits ", mais ce ne me semble pas judicieux) ceux qui l'ont sous-estimé de prime abord.
    Qu'en est-il de la folie du Marquis d'Espard ? Qu'obtiendra la ravissante fourberie de la Marquise ? Voilà bien deux questions pour lesquelles je m'en voudrais de vendre la mèche.
    En somme, un bon petit roman (peut-être même qualifiable de nouvelle) qui une nouvelle fois met à mal tant la Vertu humaine (avec un grand V comme Vérole) que le crédit qu'on peut escompter de notre sacro-sainte Justice (avec un grand J comme Judas).
    Oui, une fois encore, n'hésitez pas à venir gratter un petit peu le vernis de l'humanité avec notre vieil ami Balzac, afin de voir ce qu'il y a en-dessous, vous ne serez pas déçus, à tout le moins, c'est mon misérable avis, qui ne vaudrait pas grand-chose en justice.

    Critique de qualité ? (55 l'ont appréciée)


    • Livres 3.00/5
    Par Nastasia-B, le 02/03/2014


    Gambara Gambara de Honoré de Balzac

    Quelle est la forme ultime de l'art ?

    Honoré de Balzac nous interpelle sur cette question dans Gambara, comme il l'avait fait dans Le Chef-D'Œuvre Inconnu. Si le thème est le même, la facture est différente. Ici, il n'est pas question de peinture mais de musique.

    Ce thème, donc, c'est celui de la quête de l'art absolu pour les artistes. Dans le chef d'œuvre inconnu, le vieux maître Frenhofer, cherche à toujours s'approcher de la perfection en peinture, quête perdue d'avance et qui, malgré le talent indéniable du peintre, ne lui permet pas de produire quoi que ce soit de tangible.

    Dans cette nouvelle, Paolo Gambara est un musicien italien qui souffre du même trouble. Tellement prodige, tellement en symbiose avec la musique qu'il va au delà de ce qui est compréhensible musicalement par le commun des mortels. Si bien que son opéra Mahomet est tout simplement inaudible.

    À telle enseigne que tout le monde croit Gambara être un fort piètre musicien. Le message de Balzac semble être que pour les artistes, il ne convient pas de s'éloigner trop des formes d'art que l'intelligence commune est capable de déchiffrer, sous peine d'immobilisme et d'incompréhension généralisée.

    En ce sens, l'auteur se rapprocherait de la définition que Kant donne en substance du beau dans Critique de la Faculté de Juger (citation de mémoire ne respectant pas la lettre) : est beau ce qui plait et ce qui donne une satisfaction sans qu'il soit besoin de posséder au préalable aucun concept.

    Ceci nous entraine sur un sentier de réflexion passionnant, à savoir, le fait que l'art doit rester accessible au novice et donc, une affaire de " non-initiés ". Vaste question pouvant susciter de vastes débats... Voilà pourquoi cette nouvelle fut catégorisée par l'auteur comme une étude philosophique dans La Comédie Humaine.

    Balzac greffe sur ce message une histoire d'amour, pas franchement nécessaire entre un riche comte milanais, Andrea Marcosini et l'épouse de Gambara, Marianna. Il dédouble le génie incompris de Gambara avec le personnage du cuisinier Giardini, également génial et incompris, qui sert d'entremetteur à Andrea pour la conquête de Marianna.

    Mais surtout, cette nouvelle pèche, à mon sens, par le côté indigeste des explications musicales auxquelles se livre Gambara, tout d'abord sur son propre opéra Mahomet, puis, sur l'opéra (qui existe vraiment) Robert le diable de Giacomo Meyerbeer. Sur un texte aussi court, ces descriptions longues et fastidieuses sont préjudiciables.

    C'est la raison pour laquelle je considère cette nouvelle comme un peu moins " al dente " que d'autres du si génial et prolifique Honoré de Balzac. Mais vous connaissez la musique, ceci n'est que mon avis cacophonique, c'est-à-dire, pas grand-chose.

    Critique de qualité ? (53 l'ont appréciée)




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