-
Par NastasiaBuergo, le 21/04/2013
Le message
de
Honoré de Balzac
Avec toutes mes condoléances, Madame...
Vous l'aurez compris, Le Message est une courte nouvelle qui relate la tâche, ô combien ingrate, d'annoncer à une femme de l'aristocratie de province, la mort de son amant dont elle est follement éprise, alors qu'elle se trouve précisément dans le château séculaire de son mari légitime, et bien sûr, en présence de celui-ci, ce qui est plus drôle...
Balzac s'en tire assez bien et nous fait toucher du doigt certaines sensations, sans toutefois qu'on puisse catégoriser cette nouvelle parmi les chefs-d'œuvre de l'auteur.
Il y dépeint un aspect de la fibre romantique si présente dans la jeunesse.
Une nouvelle vraiment pas essentielle dans le gros œuvre de la Comédie Humaine, mais assez plaisante tout de même, du moins c'est mon avis, c'est-à-dire, bien peu de chose.
-
Par NastasiaBuergo, le 05/11/2012
Eugénie Grandet
de
Honoré de Balzac
" - Dis, Maman. Raconte-moi ton premier Balzac.
- Eh bien, vois-tu, ma fille, mon premier Balzac n'avait rien de très poétique ni de très motivant.
C'était par un temps gris d'automne, de la pluie et du vent à ne plus savoir qu'en faire. De plus, comme pour bon nombre d'entre nous, c'était une lecture imposée à l'école. Si tu savais comme je détestais ces lectures imposées. Bien souvent, je m'arrangeais pour ne pas les lire, pour faire illusion. Bref, cela m'est tombé dessus.
Bien sûr, Balzac, je connaissais de nom, mais n'avais jamais rien lu de lui. On ne m'en avait dit que du mal, que c'était ennuyeux, pénible à lire, très démodé, une vraie corvée. Certains titres de ses romans m'étaient connus, mais pas celui-là. Non, ça ne me disait vraiment rien ce nom, Eugénie Grandet, je n'en avais jamais entendu parler.
Ma mère était allée me l'acheter à l'une des mauvaises librairies de la ville, car, comme tu peux te l'imaginer, il n'y avait pas beaucoup de livres chez mes parents. Quand j'ai vu le livre que me rapportait ma mère, j'eus encore plus le bourdon. La couverture était moche comme il n'y a pas.
Un samedi après-midi, il n'y avait vraiment rien à faire dehors, il pleuvait sans discontinuer. Notre chienne était sur le point de mettre bas et comme elle n'avait pas l'air très en forme, mon père m'avait demandé de la surveiller afin de pouvoir appeler le vétérinaire au bon moment si le besoin s'en faisait sentir.
Alors je pris Eugénie Grandet avec moi et commençai à lire pour tromper l'attente. Je n'ai plus une conception précise du temps à partir de ce moment-là. Je sais juste qu'assez rapidement il m'a fallu allumer la lumière, soit que le ciel était trop gris, soit que la nuit commençait à tomber.
Je sais aussi que je n'ai pas vu naître le premier petit chiot et que je me suis couchée tard ce soir-là. Il n'y avait pourtant rien à faire me semblait-il. Je ne me souviens pas avoir vraiment dîné, par contre, je me souviens parfaitement que ce jour-là, outre les six petits chiots, un grand amour pour Balzac est né... "
Voilà un bien trop long préambule mais cela s'est réellement passé comme ça. Et ce n'est pourtant pas mon Balzac préféré ni même celui que je conseillerais à un jeune désireux de découvrir cet auteur. Mais celui-ci garde pour moi une saveur assez spéciale...
Quoi vous dire que vous ne sachiez déjà sur cet ultra classique de chez classique ?
Peut-être que, comme parfois chez Honoré de Balzac, le personnage qui donne son nom au roman ne semble pas être le personnage principal, du moins le plus marquant. Ici, la figure du père Grandet, ancien tonnelier avare ayant fait fortune à Saumur, trône au cœur du roman, lui dont l'ombre et la férule continueront de planer au-dessus de la tête de sa fille même bien après son décès.
Quant au destin de sa fille Eugénie, il paraît n'être qu'un simple dommage collatéral de l'avarice maladive du vieux.
Molière nous avait peint un avare pathétique jusqu'au rire, Balzac nous en sert un pathétique tout court, qui crève avec son magot, le cœur dur comme un granit et les paupières plus sèches que le désert.
Eugénie et sa mère sont les pauvres témoins, voire, de vulgaires expédients du vieux radin. Elles n'ont nul droit à la chaleur humaine et surtout pas à l'amour. Le vieux non plus d'ailleurs, mais il s'en fiche comme d'une guigne tant qu'il a de l'or.
À la mort du vieillard, Eugénie demeure richissime, mais effroyablement seule dans la froide maison de Saumur. Les oiseaux de proie tournent autour de ce jeune petit cœur naïf, petit cœur de femme qui a éclos coupée du monde et qui n'en connaît pas les dangers, petit cœur qui s'émeut et qui croit à l'éternité d'un premier amour né d'une rencontre fortuite, petit cœur qui croit en la pureté des hommes aimés et de leurs sentiments, petit cœur qui croit en l'inaltérabilité de la parole donnée, petit cœur qui croit qu'on l'aime pour ce qu'elle est non pour ce qu'elle possède... Aura-t-elle droit à sa parcelle de bonheur ? Ceux qui l'ont déjà lu le savent et pour les autres, je me dépêche de me taire et de vous laisser lire la fin...
Ce monument de Balzac vaut principalement pour la dentelle dans laquelle l'auteur cisèle la sensibilité d'Eugénie, ses frêles attentes, ses désirs accessibles, son âme neuve, éprise de romantisme et si éloignée de la cruelle réalité de son père, de la rudesse confinant à la goujaterie de son cousin qu'elle aime, la dentelle encore avec laquelle Honoré de Balzac sait si bien nous faire sentir les attentes cupides des deux clans ennemis cherchant à tout prix à faire un beau mariage rentable avec Eugénie, la considérant, elle, comme une quantité négligeable.
Sublime œuvre psychologique et sociale, écrite tout en finesse, en sensibilité, en amertume aussi, c'est à juste titre que ce roman figure parmi les plus célèbres de son auteur. Mais ceci, bien sûr, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
-
Par NastasiaBuergo, le 02/05/2013
La grande Bretèche
de
Honoré de Balzac
Qu'y a-t-il derrière un mur abandonné ? Ne vous êtes-vous jamais demandé ce qu'il pouvait bien y avoir derrière ce que l'on prend du soin à dissimuler ?
Combien de fantasmes, d'histoires rocambolesques ne nous sommes-nous pas déjà construits, échafaudé sur rien de tangible, juste une impression qu'on nous cachait quelque chose.
Balzac titille cette fibre en nous grâce à La Grande Bretèche, une très belle nouvelle ayant à nouveau pour narrateur le médecin Horace Bianchon, tout comme la non moins réussie Messe de l'Athée.
Notre Honoré national nous emmène cette fois dans le Vendômois, où Bianchon s'est pris d'une passion pour un lieu insolite : La Grande Bretèche.
Il s'agit d'un magnifique domaine en bordure du Loir, parc à la française et manoir de caractère, le tout complètement laissé à l'abandon depuis au bas mot une dizaine d'années. Le médecin y goûte quelques temps le bonheur d'un lieu de recueillement propice à la création poétique. Jusqu'au jour où un vieux notaire de sinistre physionomie, maître Regnault, vient lui signifier qu'il n'est pas permis à qui que ce soit de pénétrer sur ce domaine et ce, par volonté testamentaire.
Quel mystère baigne cette incompréhensible décision d'un mourant ? c'est ce que vous découvrirez en même temps que Bianchon qui, émoustillé par le piment de l'intrigue décide d'en connaître le fin mot, quitte à tirer les vers du nez de Madame Lepas, l'aubergiste ou à faire les yeux doux à Rosalie, l'ancienne femme de chambre du domaine.
Par ce bref récit, Honoré de Balzac nous livre une nouvelle fois toute l'étendue de son talent de conteur ; si doué à susciter les merveilleux parfums de l'évocation et si prompt à faire palpiter les ressorts du suspense. Mais tout ceci, bien sûr, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
-
Par NastasiaBuergo, le 22/04/2013
Gaudissart II
de
Honoré de Balzac
Comme il vous plaira, Madame...
Honoré de Balzac avait brossé le portrait type du Vendeur Représentant de Commerce dans L'Illustre Gaudissart. Ici, dans cette mince nouvelle, contrairement à ce que le titre pourrait laisser à penser, il ne fait pas reprendre du service à son personnage de Félix Gaudissart, plus particulièrement spécialiste en vente d'articles de chapellerie, mais s'adresse à nous en nous désignant cette " caste " de vendeurs-beaux parleurs-arnaqueurs-souriants comme étant tous, chacun à sa façon, des Gaudissart.
Ce n'est pas tant le commis qui est le fer de lance de la nouvelle, ni même la femme bourgeoise de Paris, qu'il prend un si malin plaisir à écorner, elle aussi, mais c'est plutôt l'interaction vendeur/acheteuse qui est mise en avant ici, avec délectation.
Du coup, l'auteur nous livre une petite nouvelle assez désincarnée, par rapport à d'habitude, se voulant plus une analyse extérieure à caractère général d'un fait de société, qu'une histoire à proprement parler et dont le ton rappelle beaucoup celui de Petites Misères De La Vie Conjugale.
C'est toujours assez caustique et mordant, tant pour les combines des vendeurs que pour les manières des acheteuses, mais pas plus que d'ordinaire chez cet auteur.
Encore un fameux exemple d'éthologie humaine signé Balzac, cet œil d'observation toujours si aiguisé, pas non plus du MAGIC-BALZAC, mais un bon moment à passer lorsque vous êtes dans les transports en commun ou que vous projetez un achat de châle, du moins c'est mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
-
Par NastasiaBuergo, le 18/04/2013
Illusions perdues
de
Honoré de Balzac
Une grande inspiration, un œil décidé et c'est parti pour cette critique qui me tient tant à cœur. C'est que j'ai peine à vous dire tout l'amour que j'ai pour Balzac en général et pour les Illusions Perdues en particulier.
Il est tellement malmené au lycée, on lui fait porter un tel chapeau à mon pauvre petit Honoré, on nous donne souvent tellement peu envie de s'aller essayer à la Comédie Humaine que s'en est presque consternant. Ce n'est pourtant pas faute d'avoir varier tant la taille que le type de ses écrits, mais tout tourne autour de 4 ou 5 titres qu'on se refile d'année scolaire en année scolaire, comme un vilain rhume.
Ici, vous êtes au centre de l'édifice énorme, labyrinthique, monumental que constitue la Comédie Humaine, au cœur du donjon, pilier porteur essentiel.
Quand bien même n'aurait-il écrit que cet unique roman que Balzac eût été, sans nul doute, l'un de nos plus grands écrivains de langue française.
L'auteur déploie dans ce livre sa quintessence, celle qui en fait un géant de la littérature française et mondiale. Pas UN Balzac, mais LE Balzac, le MAGIC-BALZAC comme on le rêve : riche, tonique, corrosif, lucide, drôle et tout, vraiment tout, ce qu'on peut attendre d'un roman du XIXème siècle.
Chapeau bas Monsieur Balzac ; on a beau dire, on a beau faire, ils ne sont pas si nombreux ceux qui vous arrivent à la cheville et, s'il fait moins vibrer les trémolos du pathos que ne le fait Victor Hugo, ne nous y trompons pas, cette œuvre est du calibre des Misérables, aussi franche et savoureuse que Le Comte De Monte-Cristo, les deux seuls romans francophones de ce siècle à pouvoir faire moindrement le poids face à ce monstre sublime que nous a légué Honoré de Balzac.
La première partie intitulée Les Deux Poètes nous présente, vous l'imaginez, les deux amis : l'un, David Séchard, fils d'un imprimeur d'Angoulême, économe, la tête sur les épaules, qui a fait des études à Paris et qui a surtout compris qu'il ne pourrait jamais compter sur son père, aussi avare dans son genre que le père Grandet (voir Eugénie Grandet) ce qui n'est pas peu dire. L'autre, Lucien Chardon, fils d'un apothicaire, issu d'une branche noble par sa mère, les " de Rubempré ", possède un talent littéraire indéniable et semble attiré par le grand monde et les lumières de la grande ville comme les papillons sur les lampes à incandescence.
La question étant de savoir s'il se brûlera les ailes auprès de Madame de Bargeton, une célébrité aristocratique locale. Le titre du roman pourrait presque, à l'extrême limite, vous donner un tout petit indice, mais je n'en suis pas bien sûre...
La deuxième partie, Un Grand Homme De Province À Paris, comme son nom l'indique, déplace l'un des personnages principaux, Lucien Chardon (ou de Rubempré selon qu'on considère ou non son ascendance noble du côté maternel), d'Angoulême à Paris.
Lucien quitte tout pour les beaux yeux de Madame de Bargeton, une aristocrate provinciale qui s'est éprise de lui. Très vite, le grand monde va se charger d'exclure ce rejeton illégitime de la noblesse et donc, de faire cesser l'admiration de Mme de Bargeton pour son petit protégé de poète.
En moins de temps qu'il n'en faut pour l'écrire, seul et avec le coût exorbitant de la vie parisienne, Lucien se retrouve dans l'indigence la plus noire, avec pour seul espoir, sa jeunesse et son talent de plume. Il a le bonheur de faire la connaissance de Daniel d'Arthez, jeune écrivain incorruptible, initiateur du Cénacle, cercle d'amoureux des arts, prêts à tout pour aller jusqu'au bout de leur art sans tremper jamais dans aucune compromission, d'aucune sorte.
Lucien sera très vite fasciné par cet droiture morale, cet ascétisme de pensée et de travail, dont les résultats commencent à porter leurs fruits dans son esprit critique et dans son maniement de la plume.
Cependant, Lucien, pauvre comme les pierres, va lorgner abondamment vers les lumières du journalisme et ses succès faciles, richement rétribués. L'ascension de Lucien va être fulgurante, lui permettant au passage de tailler des costards à ses vieilles connaissances angoumoisines qui l'ont si lâchement laissé tomber à son arrivée dans la capitale.
Néanmoins, être talentueux n'est pas sans risque, comme vous le découvrirez à la lecture de cette partie.
Balzac nous offre des pages sublimes et dresse un portrait corrosif et peu flatteur tant du journalisme que du monde de l'édition. Un portrait qui sent éminemment le vécu et qui ne semble pas avoir pris une ride.
Les requins et les fourbes d'aujourd'hui ne sont guère différents de ceux d'hier. C'est en cela que l'universalité et le talent de visionnaire de Balzac était (Baudelaire s'en émerveillait), est et demeurera impressionnant.
Dans la troisième et dernière partie baptisée Les Souffrances De L'Inventeur, après ce long épisode parisien ayant Lucien pour protagoniste principal, Balzac poursuit en synchronique avec la destinée de sa sœur Ève et de David Séchard, restés à Angoulême dans le même temps.
L'auteur y développe, avec un luxe qui sent trop le vécu pour ne pas avoir son origine dans ses propres mésaventures personnelles, la savante machinerie de l'extorsion de l'invention d'un concurrent par le biais des lois, le concours des créanciers et l'entremise des hommes sensés être les garants de l'équité sociale. Ainsi, David Séchard, mis dans de cruels draps par les trois faux billets de mille francs signés à son insu par Lucien, se retrouve entre les griffes voraces des frères Cointet, imprimeurs, usuriers et banquiers d'Angoulême.
Malgré la défense héroïque du secret de fabrication de David par les deux infortunés époux Séchard, le destin s'acharne à leur vider les poches (enfin, le destin, c'est surtout les frères Cointet, Petit-Claud, l'avoué véreux, le fourbe Cérizet, l'avare père Séchard et Lucien involontairement par-dessus le marché).
Lucien, voyant dans quelle déroute il a mis sa sœur et son beau-frère est prêt au sacrifice suprême, mais il rencontre un bien singulier prêtre, qui ressemble comme deux gouttes d'eau à un ancien bagnard qu'on a bien connu dans Le Père Goriot...
Balzac règle ses comptes avec les usuriers, banquiers, notaires, avocats et autres juges. Bref, une fin sublime pour ce roman qui ne l'est pas moins, et de bout en bout, mais tout ceci, vous l'aurez compris, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose, le mieux, et de loin, que vous ayez à faire, c'est de le lire. Je vous rembourse la différence si vous n'y trouvez pas votre compte et n'êtes pas satisfaits.
P. S. : c'est dans ce roman que Balzac invente un néologisme qui fera long feu, notamment via Jacques Brel, à savoir la " soulographie ".
-
Par NastasiaBuergo, le 12/09/2012
Le Père Goriot
de
Honoré de Balzac
Qu'est-ce qui n'a pas été dit, écrit, filmé, dessiné, radiodiffusé sur Le Père Goriot, en particulier, et sur Balzac, en général ?
Réponse : à peu près rien. Mais s'il est vrai que parmi cet amas épais et hétérogène tout a probablement été dit et bien dit, tout le monde, moi la première, moi surtout, n'a probablement pas lu le monceau impressionnant d'avis ou de critiques littéraires qui ont été laissés à son sujet.
Alors je ne ferai très certainement que répéter ce que d'autres auront dit bien avant moi et de bien meilleure façon que je ne saurais le faire. Excusez-moi pour cette somme de mauvaises redites.
En premier lieu, première redite, qu'il s'agit d'un très bon roman et que c'est une bonne porte d'entrée pour s'en aller frétiller dans l'immense testament littéraire que nous a laissé le bon Honoré et qui se nomme La Comédie Humaine. Néanmoins, je tiens à souligner que manifestement trop de lycéens ont eu à "subir" ce roman à un âge où, selon toute vraisemblance, ils n'étaient pas prêts à goûter toute la saveur du vécu et le cruel réalisme qui émane de cette pièce maîtresse lorsqu'on le lit quelques années plus tard. Je vais donc clairement vous dire que si j'avais à faire découvrir Balzac à quelques jeunes personnes, je ne choisirais sans doute pas ce roman comme première approche. Passé la trentaine, pourquoi pas, même s'il va sans dire qu'on est apte à jouir de toute la saveur de cette œuvre bien avant trente ans, je suis fermement convaincue qu'il réclame à la fois vécu et investissement dans sa lecture, deux choses qui ne sont pas monnaie courante à un âge précoce.
Ensuite, deuxième redite, que toutes les clefs d'écriture qui sont propres à Honoré de Balzac se retrouvent ici : la description première (celle qui rebute souvent les néophytes) un peu comme le ferait un peintre qui soignerait particulièrement son décor avant d'entamer la figure centrale de sa toile, ensuite, la mesquinerie ou la loupe focalisée sur les défauts de ses personnages souvent très haut ou très bas en couleur, puis le ton ironique, sarcastique, cynique, caustique, désabusé avec lequel l'auteur nous raconte ses histoires, viennent ensuite les accélérations, les montées en puissance de l'intrigue, les coups de projecteur sur le passé d'un personnage que l'on croit bien connaître (les fameux éclairages rétrospectifs dont parle Proust), puis les sortes de tonnerres ou de descentes aux enfers du final.
Enfin, vous étonnerais-je en prétextant que le père Goriot n'est probablement pas le personnage principal de ce roman même s'il en est la morale de la fable ? Vous recommanderais-je le savoureux verbe du truculent Vautrin alias..., vous découvrirez qui, et de sa vision du monde ? Oui, "le monde selon Vautrin" vaut vraiment le détour. Alors, bon séjour en immersion dans le noir Paris du début XIXème siècle.
Juste pour la route et pour parfaire mon content de redites, quelques mots de l'intrigue au cas où vous ne la connaîtriez pas.
Eugène de Rastignac, jeune étudiant débarque de sa province à Paris dans le but de s'y faire un nom et une situation. Malheureusement pour lui, même si la famille possède le lustre de la particule, si utile dans le grand monde, elle ne lui procure pas de rentrées d'argent suffisantes au train qu'il convient d'afficher à Paris lorsqu'on aspire à devenir un dandy.
Le père Goriot, quant à lui, pour son plus grand malheur a deux filles. Deux filles qu'il aime mieux que lui-même, deux filles pour lesquelles il sacrifierait sa vie, deux filles belles comme l'aurore... et ingrates comme le sont les belles filles roturières qui se veulent du grand monde.
Notre brave père Goriot, commerçant prospère, ne recule donc devant aucun sacrifice financier susceptible de lui attirer "l'affection" de ses deux vénales progénitures...
Voici Honoré de Balzac dans tout sa splendeur et sa misère, lui le courtisan désabusé et parfois vindicatif, lui le magicien, l'inventeur du roman moderne, lui le génial observateur de cet étrange animal qu'on nomme "l'humain", lui, l'un de mes auteurs fétiches, mais ce n'est là qu'un fort misérable avis, un parmi pléthore d'autres et d'autre carrure et d'autre facture, autant dire, pas grand-chose.
-
Par LydiaB, le 20/04/2013
L'Enfant maudit
de
Honoré de Balzac
Les Nouvelles, genre que j'apprécie particulièrement, permettent de me réconcilier avec Balzac. Vous le savez, j'aime beaucoup moins cet auteur dans ses romans, je n'y reviens pas.
L'Enfant maudit appartient à la série des Études Philosophiques. Ce texte m'a fait sourire. En effet, il débute par la présentation de la comtesse Jeanne d’Hérouville, sur le point d'accoucher. Celle-ci ne veut pas réveiller son mari. Malgré les douleurs, elle essaie de changer de position dans le lit et est toute contente quand elle y parvient sans que son époux ne bouge un sourcil, perdu dans les bras de Morphée. Voui, voui, voui... même si je n'ai jamais accouché, si ce n'est d'un pauvre petit livre, j'ai de gros doutes tout de même sur le fait que l'on puisse réagir ainsi (mais on ne hurle pas chez les nobles ?) ! Bon, alors que faire lorsqu'on a changé de position et que le petit être ne demande qu'à sortir ? Eh bien, regarder en détail la chambre bien sûr ! Et voilà notre Honoré parti dans des considérations philosophiques qui nous font oublier (il est filou !) la parturiente. Telle une caméra, la vision de l'auteur balaie le lieu et les personnages. Ah ! Voici que l'on s'arrête sur le dormeur : un être apparemment proche de Quasimodo, royaliste de surcroît et assassin... Que du bonheur !
Je continue ? Que nenni ! Lisez plutôt cette nouvelle car elle vaut le détour. Et même si j'ai pris tout cela avec humour, je peux vous assurer que c'est du grand Balzac, vraiment. Car vous imaginez bien que ce dernier n'étant pas un comique, il y a quelque chose de bien plus profond derrière. Si Jeanne adopte cette attitude, c'est parce que sa vie en dépend. Pourquoi ? Eh bien, à vous de le découvrir !
Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-du-xixe-si%C3%A8cle/balzac-...
-
Par Under_The_Moon, le 21/01/2013
Le Père Goriot
de
Honoré de Balzac
C'est toujours avec émotion que je regarde mon exemplaire du Père Goriot sur mes étagères.
Ce roman a été mon premier vrai coup de coeur pour un classique. Non pas que je n'en avais pas lu avant, c'est juste que celui là a été une révélation !
C'était à la fin de ma 4ème (ok ça date!), j'étais l'une des seules à avoir lu et apprécié Eugénie Grandet et quelques mois après j'ai vu ce livre du même auteur et je me suis dit "pourquoi pas!".
Et là, dès que j'ai ouvert le livre... Je ne voulais plus le lâcher ! A tel point que je l'ai dévoré en 2 jours ! Le sort de ce père si gentil et si dévoué à ses 2 filles qui se révèleront êtres ingrats, des vrais pestes ! Et qui, pire encore, abandonneront leur pauvre père à son sort alors que lu ne cessera jamais de les aimer.
Maintenant que je suis devenue adulte, quand j'ouvre des pages au hasard, l'histoire prend encore une autre dimension. Je ne suis plus une adolescente dans le délire "les adultes sont tous nuls et personne ne me comprend", et ce personnage de père me touche encore plus qu'il y a 14 ou 15 ans maintenant.
Libre à chacun d'en penser ce qu'il voudra, mais il me semble que c'est à ce genre de "détails" qu'on reconnaît un grand livre !
-
Par LydiaB, le 04/12/2012
La Maison du chat-qui-pelote
de
Honoré de Balzac
Si j'ai toujours un peu de mal avec les romans de Balzac, j'avoue préférer de loin ses nouvelles. Il faut dire aussi que j'apprécie tout particulièrement ce genre qui oblige les auteurs à ne pas s’appesantir lourdement sur des descriptions. Car je ne supporte pas que l'on écrive 160 000 pages pour nous décrire une feuille tombant d'un arbre (j'me comprends, comme dirait l'autre...). Alors bien sûr, Balzac ne peut pas s'en empêcher, même ici. Il laisse courir sa plume mais de façon plus retenue. Et dans cette courte narration, cela peut avoir du charme.
Drôle de titre n'est-ce-pas ? Un titre qui va nous plonger dans les méandres d'un univers clos, ce que Balzac sait si bien faire. Une vision de la bourgeoisie par le petit trou de la lorgnette... Il s'agit ici d'une famille de commerçants, des drapiers pour être plus précise. M. Guillaume a deux filles (non, je ne joue pas au jeu des M. et Mme ont un fils !!!), Virginie et Augustine. Il s'avère que la première a épousé le premier commis de la boutique. Non pas par amour mais par devoir. Sa cadette, quant à elle, a écouté son coeur en épousant un peintre. Mais bien évidemment, rien ne se passe comme prévu. Le destin des deux jeunes femmes est passé à la loupe. Je n'en raconte pas plus par peur de déflorer les soixante-deux pages. Le mieux est de le lire !
Quid du fameux chat alors, pour revenir au titre ? Il s'agit de la devanture de la boutique du sieur Guillaume. Et c'est d'ailleurs avec cette dernière que Balzac commencera son récit en insistant d'abord sur le côté vétuste avant de la faire s'animer et de faire rentrer le lecteur dans ce microcosme intimiste.
Comme il est plaisant de relire ainsi des classiques ! Allez, je vous laisse entre de bonnes mains...
Lien : http://www.lydiabonnaventure.com/litt%C3%A9rature-du-xixe-si%C3%A8cle/balzac-...
-
Par NastasiaBuergo, le 09/11/2012
El verdugo
de
Honoré de Balzac
El verdugo, (le bourreau) est une courte nouvelle ayant pour cadre l'occupation de l'Espagne par la Grande Armée de Napoléon en 1809.
Personnellement, je m'interroge sur le classement qu'effectua Balzac de cette nouvelle dans les "études philosophiques" alors qu'elle semble plus naturellement trouver sa place dans les "scènes de la vie militaire". Bien évidemment, le "dilemme à perdre la tête" dont je dirai deux mots plus loin est une vraie question, mais je n'irai peut-être pas jusqu'à la qualifier "d'étude philosophique".
L'histoire, très succinctement, est celle d'un jeune officier français, Victor Marchand, en place dans la ville fictive de Menda (probablement Santander dans la réalité), dont la mission est d'occuper la place et de surveiller la population pour prévenir toute velléité de rébellion.
Ses yeux s'attardent sur une belle espagnole, Clara de Léganès, fille de la famille aristocratique la plus en vue de la ville. Jusqu'au moment où, PAF !, gros problème, des bateaux anglais arrivent et semblent vouloir amorcer un débarquement.
Il ne manquait que ce signal pour donner le signal à une offensive des espagnols contre l'occupant français. Tous les soldats sous les ordres de Marchand sont tués. Lui seul en réchappe car la belle Clara l'avertit in extremis.
La vengeance de l'armée française sera terrible, à n'en pas douter. Le général ordonne, pour sauver la ville, que cette riche famille, passablement mouillée dans la tentative de rébellion, se sacrifie et qu'elle désigne elle-même l'un des membres devant survivre. Lequel survivant devra trancher de ses mains la tête de tous les autres membres de sa propre famille.
Je ne vous en dis pas plus. Je regrette seulement que Balzac n'ait pas exploité davantage cette trame qui avait tout pour être un drame à la hauteur du peintre Goya qui immortalisa des scènes de cet épisode sanglant de la guérilla contre les envahisseurs français.
J'ai cru y lire une forte source d'inspiration pour la magnifique et terrifiante pièce d'Emmanuel Roblès, Montserrat. Cependant, en l'état, cette petite nouvelle n'est guère qu'un amuse-bouche et demeure loin des meilleures performances d'Honoré de Balzac, même en qualité de nouvelliste. Mais, bien sûr, tout ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
-
Par NastasiaBuergo, le 20/04/2013
La maison Nucingen
de
Honoré de Balzac
La Maison Nucingen est un court roman où Honoré de Balzac invite son lecteur à être une oreille indiscrète, qui écoute aux portes des confidences de quatre larrons, journalistes ou apparentés journalistes, bien connus de la comédie humaine : Bixiou, Blondet, Couture et Finot.
Lesquels amis commentent la réussite financière aussi subite qu'étonnante d'Eugène de Rastignac (héros du père Goriot) sous l'impulsion du Baron de Nucingen.
Balzac y dresse un bref portrait du financier en général, dont Nucingen est selon lui l'archétype, ainsi que de la mécanique d'auto dévaluation ou réévaluation de ses propres valeurs. Le tout visant à faire exploser ou imploser temporairement la masse d'un portefeuille d'actions en vue soit de sa cession au-dessus de sa valeur réelle ou réciproquement de son rachat bien en-dessous.
Évidemment, beaucoup sont les dupes de ces transactions, et d'autant plus que l'on est un proche de Nucingen, que l'auteur compare à un loup-cervier et qui, s'il est la cause de la fortune de Rastignac, ne lui procure pas cet avantage par sympathie ou amitié, mais juste parce qu'il a besoin d'un porte-parole crédible pour ébruiter des " fuites " volontaires dans le dessein d'affoler les places financières à son profit.
Cette mécanique boursière est reprise, complétée et développée dans l'excellent roman de Zola, L'argent. On peut en effet reprocher à Balzac, une fois n'est pas coutume, le côté succinct de la façon dont il traite un sujet aussi vaste, et aussi important de sa comédie humaine, car, peu ou prou, l'argent est cause de tous les maux de son œuvre.
Mais, bien sûr, tout ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.
-
Par Under_The_Moon, le 14/02/2013
Eugénie Grandet
de
Honoré de Balzac
C'est le premier Balzac que j'ai lu. C'était il y a .... un certains temps à dire vrai ! Mais ce livre m'a quand même marquée.
Il m'a fallu du temps pour comprendre qu'avec cet écrivain il faut prendre sur soi car on a vite fait de bouillir d'impatience lorsque nous, pauvres lecteurs du 21ème siècle, nous retrouvons au milieu de digressions qui s'étalent sur des pages et des pages .... et encore d'autres pages !!
D'accord, en ce temps les écrivains étaient payés à la quantité, et tout flambeur qu'était le grand Honoré de Balzac, on imagine très aisément qu'il est ressenti le besoin d'étaler ses récits sur le plus de pages possibles.
C'est vrai aussi que ces descriptions nous laissent une peintures des moeurs de l'époque - dans son milieu social s'entend - des plus riches. Mais, difficile de ne pas se laisser tenter par l'abandon dans des moments pareils !
Enfin, une fois tout cela mis de côté, j'ai été touchée par Eugénie Grandet. Une jeune fille pleine de candeur, généreuse... et bien trop crédule !
Alors pourquoi ne pas m'être agacée ? Sans doute parce que je me suis un peu identifiée à cette époque (j'avais 13 ou 14ans), et découvrais que "donner" n'est pas gage de recevoir encore moins de gratitude.
C'est donc comme cela que Balzac est resté dans ma mémoire : comme un peintre des tempéraments humains. En montrant aussi que tous ne sont pas blancs ou noirs, et que les préceptes enseignées à la messe ... restent à la messe ! car la vie a d'autres obligations : celles du "soi".
Une révélation pour moi à l'époque !
-
Par NastasiaBuergo, le 18/10/2012
Gobseck, une double famille
de
Honoré de Balzac
J’ai souvent pris le temps ici de dire combien j’aimais Balzac. Et bien le voici, tel qu’en lui-même, percutant, corrosif, ultra-lucide, sachant mener la barque de sa narration impeccablement en nous faisant débuter par un moment médian de son histoire, et déroulant peu à peu le tapis de ses histoires en y glissant au passage des éclairages rétrospectifs qui nous renseignent sur les moments premiers des événements ou le passé de ses personnages.
De nombreuses personnes m’écrivent en me disant : « Mais comment faites-vous pour parler de Balzac avec autant d’emphase, d’amour, comme ceci ou comme cela, moi, on me l’a imposé au collège ou au lycée et j’en garde un souvenir lamentable, ma pire expérience de littérature, une du genre à vous faire exécrer les classiques, etc., etc. »
Deux raisons à cela, parce que je suis effectivement amoureuse de Balzac et ensuite parce que les titres généralement proposés au lycée du genre Le Père Goriot ou Le Lys Dans La Vallée ne sont absolument pas ceux que je proposerais, en première approximation, à un novice découvrant Balzac. J’aurais bien encore une troisième, une neuvième, et une vingt et unième raison à invoquer, aux rangs desquelles il y aurait probablement l’âge des lecteurs, mais que je n’invoquerai pas puisque j’ai écrit plus haut DEUX raisons.
Il existe un adage de jardiniers qui dit que l’on juge de la qualité d’une pelouse à ses bordures. L’envie m’envahit de reprendre à mon compte cette maxime et de l’appliquer à mon petit Honoré chéri : c’est probablement en allant voir du côté de ses œuvres moins connues que l’on peut juger du talent de Balzac.
Et pourquoi, puisque nous sommes ici, ne commenceriez-vous pas, en première approche, par ces deux courts romans pour vous faire une idée du talent de l’artiste ou pour changer votre œil à son sujet ? Je trouve les deux histoires parfaites pour cela. C’est du bon Balzac, très bon même, peut-être pas le meilleur, mais du Balzac mâture, désillusionné, du Balzac juste, d’une justesse admirable dans ses descriptions et observations millimétriques du comportement et du caractère humain. C’est aussi du Balzac qui vous prend un peu aux tripes et qui peut, au coin d’une ou deux pages, vous arracher une petite larme, pudique, sans exagération de pathos, tout simplement parce qu’il nous touche, de sa fine lame, droit au cœur, l’animal.
GOBSECK
Voici l'un de ces romans-portraits aux petits oignons auxquels l'auteur nous a parfois habitué. Celui-ci, il "gobe sec" et ce n'est pas pour nous déplaire car il est particulièrement réussi et haut en couleur (ou plus exactement, bas en couleur pour être plus conforme au personnage).
Honoré de Balzac fait reprendre du service à l'avoué Derville (voir Le Colonel Chabert) pour nous narrer le caractère, plus que l'histoire, de l'étrange Gobseck.
Celui-ci, hollandais de naissance usurier d'adoption, ne reconnais en effet que le pouvoir et les sortilèges de l'or. C'est le prêteur sur gage le plus rapace et le plus efficace de la capitale où l'on ne sait qu'une chose en entrant chez lui, c'est qu'on ressortira probablement avec de l'argent mais qu'il va nous coûter cher.
Balzac le dépeint comme un cynique de la dernière catégorie, tellement au fait des usages et des déviances des hommes qu'il en possède presque un don de divination.
Pourtant, et c'est là tout le génie de l'auteur, il arrive à faire poindre des nuances de hautes valeurs morales derrière cette façade inaltérable et impitoyable.
Le roman est court mais absolument truffé de phrases dignes de figurer dans nos pages roses de proverbes tellement elles semblent recéler une vérité générale. Un chef-d'œuvre très largement sous estimé et sous connu.
UNE DOUBLE FAMILLE
Vous vous imaginez bien que qui dit « double » dit deux moments dans le déroulement du récit.
Honoré de Balzac se charge de nous faire naître une petite histoire de séduction entre une petite brodeuse jeune, pauvre et courageuse et un inconnu, un passant habitué à passer deux fois par jour sous la croisée de la charmante brodeuse et de sa vieille mère.
De fil en aiguille (je ne pouvais pas m’empêcher de la caser celle-là), la brodeuse va peu à peu sentir monter, en son petit cœur de rabouilleuse, un sentiment qu’elle ne connaissait point et que l’on nomme ici-bas, l’amour.
Quelle douleur, quelle tristesse sans nom l’inconnu traîne-t-il après lui ? Les conjectures vont bon train sur l’identité et le statut de ce bel inconnu, qui semble réticent à faire aller les choses plus loin, bien que la jeune femme sente poindre en lui un sentiment analogue au sien.
Mais, les humains étant ce qu’ils sont et l’amour étant ce qu’il est, fatalement, il y eut un premier pas, puis un autre, puis quelques autres encore jusqu’à ce que Caroline puisse s’adonner pleinement à l’amour de Roger.
Balzac sait nous dépeindre, par touches, par nuances successives, l’éveil puis l’épanouissement de cet amour simple entre deux êtres qui ne recherchent rien de mieux qu’un petit bonheur simple, naturel, évident. Les années passent et rien de vient troubler la félicité du couple.
C’est le moment précis que choisit l’auteur pour nous éclairer de son fameux discours rétrospectif, cette deuxième vie, cette deuxième famille et c’est l’occasion pour lui de nous montrer son vrai visage d’auteur parfois cru, parfois atroce, mais toujours d’une incroyable honnêteté littéraire dans son vaste projet de la Comédie Humaine.
Balzac trouve au passage le moyen de sonner une charge de toute beauté contre la religion, dans ce qu’elle a de plus nul et dévastateur, à savoir, l’étroitesse de vue et d’esprit. Il lamine les excès de la dévotion — la dévotion devenue carcan — et contraire à l’idée même de vie que promeut pourtant cette même religion. Selon lui (et je partage cet avis) la bigoterie n’a rien à voir avec la piété véritable et ne sert qu’à pourrir la vie de ceux qui fréquentent, de gré ou de force (lorsqu’il s’agit d’un membre de sa famille, par exemple), ces bigots-là, esclaves de leur aveuglement et de leur petit jugement.
Ce qui est intéressant aussi dans ce roman c'est le choix des individualités opéré par l'auteur. Tous les personnages sont, à leur façon, honnêtes et désireux d'arriver à une forme de bonheur conjugal. Aucun n'est particulièrement mauvais ni retors ni frivole ni quoi que ce soit que l'on peut généralement accuser de faire capoter une histoire d'amour, et pourtant...
Je vous laisse le plaisir de découvrir la chute de cette odyssée dans les arcanes de la vie de couple sans toutefois vous faire accroire à un quelconque espoir ou une once d’illusion de la part de l’écrivain des mœurs sociales.
Encore deux beaux petits bijoux signés Balzac, à déguster sans modération, mais ce n’est là qu’un avis, bien peu de chose en vérité. Le meilleur avis, celui auquel vous devrez toujours vous fier, ce sera toujours le vôtre, alors, en piste…
-
Par NastasiaBuergo, le 19/09/2012
Le Chef-d'oeuvre inconnu
de
Honoré de Balzac
Voici une brève nouvelle, au sens strict, de par sa construction, mais que Balzac lui-même a placé dans la section "études philosophiques" de sa comédie humaine, et l'on comprend pourquoi.
En réalité il s'agit d'une parabole, sur la forme ultime de l'art, sur la quête évanescente et infinie des artistes. Balzac pose (ou repose car elles ont été formalisées bien avant lui) les fameuses et protéiformes questions : Qu'est-ce que l'art ? Qu'est-ce que le beau ? Qu'est-ce qu'une œuvre d'art ? Que recherche l'artiste ? Où se situent les limites ?
Balzac avec la lucidité prophétique qu'on lui connaît évoque ici, dès les années 1830, les brûlantes controverses qui agiteront la peinture au tournant du XXème siècle et jusqu'à nos jours avec l'abstraction, la subjectivité et l'incompréhension du spectateur ainsi que la notion même d'œuvre d'art.
En somme, pas le meilleur Balzac qu'on puisse rêver, mais pas inintéressant, loin s'en faut. Néanmoins, tout ceci n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.
P. S. 1 : Il fut tiré de cette nouvelle le film de Jacques Rivette intitulé La Belle Noiseuse (nom du tableau controversé dans la nouvelle) avec Michel Piccoli dans le rôle du vieux peintre Frenhofer et Emmanuelle Béart dans celui de Gilette.
P. S. 2 : J'en termine en vous offrant ces deux extraits, le premier reprenant un thème fort chez l'auteur, notamment dans son sublime Illusions perdues :
"Enfin, il y a quelque chose de plus vrai que tout ceci, c'est que la pratique et l'observation sont tout chez un peintre, et que si le raisonnement et la poésie se querellent avec les brosses, on arrive au doute comme le bonhomme, qui est aussi fou que peintre. Peintre sublime, il a eu le malheur de naître riche, ce qui lui a permis de divaguer, ne l'imitez pas ! Travaillez ! Les peintres ne doivent méditer que les brosses à la main."
"- Le jeune Poussin est aimé par un femme dont l'incomparable beauté se trouve sans imperfection aucune. Mais, mon cher maître, s'il consent à vous la prêter, au moins faudra-t-il nous laisser voir votre toile. (...)
- Comment ! s'écria-t-il douloureusement, montrer ma créature, mon épouse ? Déchirer le voile sous lequel j'ai chastement couvert mon bonheur ? Mais ce serait une horrible prostitution ! Voilà dix ans que je vis avec cette femme, elle est à moi, à moi seul, elle m'aime. Ne m'a-t-elle pas souri à chaque coup de pinceau que je lui ai donné ? Elle a une âme, l'âme dont je l'ai douée. Elle rougirait si d'autres yeux que les miens s'arrêtaient sur elle. La faire voir ! Mais quel est le mari, l'amant assez vil pour conduire sa femme au déshonneur ? Quand tu fais un tableau pour la cour, tu n'y mets pas toute ton âme, tu ne vends aux courtisans que des mannequins coloriés ! Ma peinture n'est pas une peinture, c'est un sentiment, une passion !"
-
Par NastasiaBuergo, le 06/09/2012
Le Curé de Tours
de
Honoré de Balzac
J'adore ce petit roman de La comédie humaine où l'on découvre le bon abbé Birotteau, celui-là même qui, dans l'esprit de son auteur, accouchera quelques années plus tard d'un frère, le célébrissime César Birotteau, autre opus génialissime de notre Honoré de Balzac fétiche. (Je le dis sans honte, je suis fan de Balzac, je jubile de sa verve, de son œil aiguisé, sarcastique mais toujours extraordinairement lucide sur le genre humain. Il est donc plus que probable que cette critique ne soit pas objective. Mais bon, vous en connaissez, vous, des critiques objectives ?)
L'abbé Birotteau, c'est donc un homme rondouillard, un peu simple d'esprit, qui ne voit de mal nulle part et qui s'imagine naïvement que les gens qui lui veulent du bien le font pour ses beaux yeux. Ainsi, à la mort de l'abbé Chapeloud, chanoine de la cathédrale Saint-Gatien de Tours, lui, son protégé, croit qu'il va hériter sans coup férir, "naturellement" des prérogatives de son prédécesseur...
Une fois encore, Balzac saura faire surgir devant lui la plus grande mesquinerie humaine, l'envie, la basse vengeance, l'orgueil, le calcul politique, bref, tout ce qui fait, pour notre plus grand plaisir, que Balzac est Balzac.
Contrairement à certains autres romans de l'auteur qui lassent parfois les lecteurs non avertis par des descriptions fouillées, nous avons ici affaire à un bref roman, à la limite de la nouvelle longue, où les descriptions ne sont point trop invasives et où le plaisir est prompt à s'emparer de nous.
Encore une fois, le personnage qui donne son nom à l'œuvre ne semble pas être le personnage principal, puisqu'à la fin on assise encore à son échouage, victime des vicissitudes de la cruelle vie et des calculs des gens peu enclin à la noblesse d'âme, en l'espèce, le retors et machiavélique abbé Troubert.
L'autre grande figure de l'histoire est la logeuse de Birotteau, Mlle Gamard, grenouille de bénitier pingre, ambitieuse et malfaisante à souhait dont Honoré nous dresse un portrait aux petits oignons, qui à lui seul vaut le détour.
À lire sans modération pour ce délecter des bas calculs, jalousies, orgueils et autres naïvetés. À mon sens, l'un des bons crus acides, corrosifs à souhait de notre fantastique Honoré de Balzac, mais je le répète, suis-je bien objective avec ce géant parmi les géants ? D'ailleurs, ce menu bavardage n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose. Le mieux que vous ayez à faire est encore de vous plonger dedans et de le lire.
-
Par NastasiaBuergo, le 04/10/2012
La messe de l'athée
de
Honoré de Balzac
Balzac nous offre une somptueuse petite nouvelle, qui balbutie quelque peu au démarrage, mais qui explose par la suite pour devenir un vrai petit bijou, fort et poignant, comme Balzac sait les faire.
Elle met en scène un chirurgien célèbre, Desplein (alias Guillaume Dupuytren dans la réalité, contemporain de Balzac) mentor du médecin Bianchon, que les adeptes de la Comédie Humaine connaissent comme membre du Cénacle (voir Le père Goriot pour la constitution de la maison Vauquer ou Illusions perdues pour plus de détails sur le Cénacle).
Cet illustre et fantasque chirurgien, connu pour ses positions résolument athées est une fois surpris par Horace Bianchon se rendant à une messe à Saint-Sulpice.
Stupeur de Bianchon qui s'interroge sur la signification de cette mascarade. Le manège se reproduit périodiquement et Bianchon, trop admiratif de ce maître, n'ose aborder clairement la question.
Je vous laisse découvrir la chute, si vous ne la connaissez, mais sachez simplement que cette nouvelle est très vraisemblablement à l'origine d'une des plus célèbre, voire, LA plus célèbre chanson de Georges Brassens : Chanson Pour L'Auvergnat.
Ceci dit, ce n'est là que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
-
Par NastasiaBuergo, le 13/09/2012
Une passion dans le désert
de
Honoré de Balzac
La belle EST la bête !
Voici une petite nouvelle gentillette, pas la meilleure, assurément, de la Comédie Humaine, mais qui se laisse lire sans déplaisir.
Du quasi Maupassant, avec pour scène le désert d'Égypte pendant la campagne de Napoléon, qui s'appelait encore Bonaparte.
Un grognard, fait prisonnier par les indigènes, arrive à prendre la poudre d'escampette mais se fait vite arrêter par le plus grand, par l'unique en son genre, par le magistral désert du Sahara.
Notre infortuné soldat, vagabondant de dune en dune, trouvera donc un refuge inespéré dans une éminence de roches, creusée d'une accueillante grotte et environnée de palmiers dattiers.
Mais à qui appartient ce repaire ?
C'est ce que je vous veux laisser découvrir... Il ne me reste plus qu'à vous conseiller un ou deux passages que je crois très beaux ou bien sentis, mais bien sûr, tout cela est affaire de goût, ce n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand-chose.
-
Par NastasiaBuergo, le 28/10/2012
Une double famille
de
Honoré de Balzac
Une Double Famille est un joli petit roman, très plaisant, très émouvant, qui sonde les mystères de la réussite ou de l'échec de la vie conjugale. Vous vous imaginez bien que qui dit « double » dit deux moments dans le déroulement du récit.
Honoré de Balzac se charge de nous faire naître une petite histoire de séduction entre une petite brodeuse jeune, pauvre et courageuse et un inconnu, un passant habitué à passer deux fois par jour sous la croisée de la charmante brodeuse et de sa vieille mère.
De fil en aiguille (je ne pouvais pas m'empêcher de la caser celle-là), la brodeuse va peu à peu sentir monter, en son petit cœur de rabouilleuse, un sentiment qu'elle ne connaissait point et que l'on nomme ici-bas, l'amour.
Quelle douleur, quelle tristesse sans nom l'inconnu traîne-t-il après lui ? Les conjectures vont bon train sur l'identité et le statut de ce bel inconnu, qui semble réticent à faire aller les choses plus loin, bien que la jeune femme sente poindre en lui un sentiment analogue au sien.
Mais, les humains étant ce qu'ils sont et l'amour étant ce qu'il est, fatalement, il y eut un premier pas, puis un autre, puis quelques autres encore jusqu'à ce que Caroline puisse s'adonner pleinement à l'amour de Roger.
Balzac sait nous dépeindre, par touches, par nuances successives, l'éveil puis l'épanouissement de cet amour simple entre deux êtres qui ne recherchent rien de mieux qu'un petit bonheur simple, naturel, évident. Les années passent et rien de vient troubler la félicité du couple.
C'est le moment précis que choisit l'auteur pour nous éclairer de son fameux discours rétrospectif, cette deuxième vie, cette deuxième famille et c'est l'occasion pour lui de nous montrer son vrai visage d'auteur parfois cru, parfois atroce, mais toujours d'une incroyable honnêteté littéraire dans son vaste projet de La Comédie humaine.
Balzac trouve au passage le moyen de sonner une charge de toute beauté contre la religion, dans ce qu'elle a de plus nul et dévastateur, à savoir, l'étroitesse de vue et d'esprit. Il lamine les excès de la dévotion — la dévotion devenue carcan — et contraire à l'idée même de vie que promeut pourtant cette même religion. Selon lui (et je partage cet avis) la bigoterie n'a rien à voir avec la piété véritable et ne sert qu'à pourrir la vie de ceux qui fréquentent, de gré ou de force (lorsqu'il s'agit d'un membre de sa famille, par exemple), ces bigots-là, esclaves de leur aveuglement et de leur petit jugement.
Ce qui est intéressant aussi dans ce roman c'est le choix des individualités opéré par l'auteur. Tous les personnages sont, à leur façon, honnêtes et désireux d'arriver à une forme de bonheur conjugal. Aucun n'est particulièrement mauvais ni retors ni frivole ni quoi que ce soit que l'on peut généralement accuser de faire capoter une histoire d'amour, et pourtant...
Je vous laisse le plaisir de découvrir la chute de cette odyssée dans les arcanes de la vie de couple sans toutefois vous faire accroire à un quelconque espoir ou une once d'illusion de la part de l'écrivain des mœurs sociales.
Vous avez affaire à du bon Balzac, très bon même, peut-être pas le meilleur, mais du Balzac mâture, désillusionné, du Balzac juste, d'une justesse admirable dans ses descriptions et observations millimétriques du comportement et du caractère humain. C'est aussi du Balzac qui vous prend un peu aux tripes et qui peut, au coin d'une ou deux pages, vous arracher une petite larme, pudique, sans exagération de pathos, tout simplement parce qu'il nous touche droit au cœur, du moins c'est mon avis, mon ressenti fortement partial, c'est-à-dire, pas grand-chose.
-
Par cicou45, le 15/04/2013
Eugénie Grandet
de
Honoré de Balzac
J'ai lu mon premier roman d'Honoré de Balzac à l'âge de 14 ans, et pour être tout à fait franche avec vous, je n'avais pas du tout aimé, trouvant que l'auteur s'éternisait dans des descriptions d'objets ou de lieux beaucoup trop longues, et y préférant de loin, à l'époque, Emile Zola. Je m'étais un peu réconcilié avec Balzac quelques années plus tard avec sa nouvelle "Le chef-d'oeuvre inconnu"' mais maintenant que d'autres années ont passé, je me suis décidée à me replonger dans l'univers de ce que tous considèrent comme un grand auteur du XIXe siècle. Alors qu'à l'age de 14 ans, je ne comprenais pas pourquoi tant déloges, aujourd'hui, alors que je suis âge de 29 ans et est dons beaucoup mûri, je commence à comprendre !
Je ne vais pas vous refaire un résumé complet de toute l'histoire que, la plupart d'entre vous, j'en suis certaine, connaissent déjà, ou, du moins en ont entendu parler, mais simplement vous donner mes impressions sur cette lecture. Celle-ci m'a procuré beaucoup de plaisir en y découvrant le père Grandet, riche et avare homme de Saumur, de sa femme et de leur fille Eugénie, que les gens intéressés se disputent afin de faire un beau mariage pour leur propre progéniture. Pour le plus grand malheur d'Eugénie, celle-ci vivait dans un monde, celui du début des années 1800 où les femmes, et encore plus les filles de famille, n'avaient que très peu le droit à la parole et ne devaient pas se permettre le luxe de tomber amoureuse et de choisir elles-mêmes leur mari. Aussi, est-ce une malédiction lorsque celle-ci s'éprendra de son jeune et beau cousin de Paris, Charles. Mariage qui n'est pas envisageable pour le père de la jeune demoiselle étant donné que son frère, le père de Charles, a fait faillite et est, par conséquent, déshonoré.
Quel avenir envisager alors pour ces deux âmes égarées ? La richesse, voilà le thème principal de cet ouvrage car sans fortune, pour Grandet père et, en se replaçant dans le contexte de l'époque, l'on n'est rien !
Un livre aussi sur les sentiments que l'on doit souvent enfouir pour faire plaisir à son père, qui à créer son propre malheur !
Une lecture qui m'a ravie, même si elle n 'est pas des plus joyeuses, mais qui m'aura au moins permis de me réconcilier définitivement avec l'auteur en me donnant cette fois envie de ma plonger dans l'intégralité de "La comédie humaine" afin de combler mes lacunes dans le domaine balzacien ! A lire !
-
Par Ellen-R, le 08/02/2013
Eugénie Grandet
de
Honoré de Balzac
S'il est moins connu que Harpagon, Félix Grandet est quand même un des meilleurs exemples d'avares dans la littérature, sa femme, sa bonne et sa fille, Eugénie, lui sont entièrement dévouées et lui obéissent aveuglément, jusqu'à l'arrivée de Charles, le cousin. Et par amour pour ce dernier, Eugénie va défier son père, la scène du sucrier : acte de rébellion très grave au prix que coûte le sucre !
Marcel Aymé avait trouvé la phrase: "Simenon c'est Balzac sans les longueurs." Sans à tout prix rapprocher les deux auteurs, cette phrase n'est pas totalement fausse, car Simenon, à mon avis, aurait pu aussi écrire Eugénie Grandet, car Balzac et Simenon, dans leurs romans, donnent une description de la société et du mode de vie de leur siècle.
Eugénie Grandet décrit avec pertinence la période de la Restauration (1816-1826), les personnages des Grassins et des Cruchot se livrant à une guerre sans merci pour devenir la belle-famille de la riche héritière. Si Balzac ridiculise ses personnages c'est pour mieux dénoncer. Le livre se lit bien et il est plutôt court. Sans m'avoir fait crier encore au génie pour Balzac, le Colonel Chabert et Eugénie Grandet me donnent envie de poursuivre mes lectures de cet auteur.