Rejoignez Babelio pour découvrir vos prochaines lectures Inscription classique

Critiques de Horace Mc Coy


Classer par:       Titrecroissant     Datecroissant     Les plus appréciéescroissant
    • Livres 5.00/5
    Par NastasiaBuergo, le 11/03/2013


    On achève bien les chevaux On achève bien les chevaux de Horace Mc Coy

    Je tiens à réagir à une critique récente qui, je pense, donne une idée assez piètre de ce livre que je tiens en très, très, TRÈS haute estime. Je tiens également à apporter quelques précisions eu égard au film de 1967 réalisé par Sydney Pollack et qui se prétend issu du livre.
    Ce film fut pour moi une cruelle déception ! Moi qui apprécie pourtant les talents de réalisateur de Pollack (notamment dans l'adaptation fameuse de La Ferme Africaine de Karen Blixen), je ne puis que vous inciter à 563000% à vous fier au livre de Mc Coy pour vous faire une idée véritable de l’œuvre.
    Le film me semble aussi lent et ennuyeux que le livre m'apparaît tonique et captivant. Sans être un navet, c'est tellement moins subtil, tellement modifié que ça ne ressemble plus beaucoup à l'original. Je pense notamment au rôle de Gloria interprété par Jane Fonda qui n'a pas grand-chose à voir avec la Gloria du livre. Personnellement, je trouve Jane Fonda imbuvable et caricaturale dans ce rôle.
    Qu'en est-il du livre alors ? me direz-vous. Là, c'est une autre paire de manches et je pense qu'il serait très réducteur de s'arrêter au seul scénario. Voici mes raisons :
    Au travers de ce petit roman, Horace McCoy a, à la fois le talent de choisir un élément anecdotique du fonctionnement d'une société (l'organisation des marathons de danse sur plusieurs semaines dans les années 1930 sur la côte ouest des USA) qui en illustre le principal dysfonctionnement (voyeurisme, cupidité, mercantilisme sur la vie des gens, etc.) et qui a donc une valeur de généralisation, mais également un talent de narration d'une redoutable efficacité.
    Deux personnages, deux paumés, un homme et une femme, deux oubliés du rêve américain, qui cherchent désespérément une place de figurant à Hollywood se rencontrent par hasard.
    Gloria décide Robert à participer à un marathon de danse dont la prime semble bien dérisoire, à savoir 1000 dollars, mais 1000 dollars, au milieu des années 30, en Californie, quand on vient d'un trou perdu, c'est presque la fortune !
    La grande force de cette exemple réside dans le principe même de l'épreuve, vu qu'au moment où tous sont épuisés et auraient envie de jeter l'éponge, ils ont déjà tellement souffert qu'ils trouvent dommage d'arrêter si prêt du but, et du coup, tous re-signent pour un tour de plus de ce manège abject et sans fin, attraction sur la fêlure des gens, télé-réalité avant l'heure ou gladiateurs modernes, où l'on attend que l'un des concurrents s'écroule en refourguant au passage tout un monceau de pacotilles publicitaires. C'est donc bien une vision qui de nos jours est et demeure pénétrante d'acuité, une réflexion qui n'a pas pris une ride sur notre système actuel (j'écris en cette première moitié de la décennie 2010) alors que le livre date de 1935, sur l'enfer du quotidien, sur la déprime que crée le système (Robert est pris d'extase à un moment, simplement à pouvoir contempler un coucher de soleil pendant quelques minutes) dont Gloria est le symbole.
    Pour continuer le parallèle avec le cinéma entamé plus haut, c'est une dénonciation au moins aussi forte que celle de Chaplin dans Les Temps Modernes. Gloria dit à un moment qu'elle se sent trop fatiguée pour vivre et pas assez courageuse pour mourir.
    Du coup elle va implorer le coup de grâce à l'infortuné Robert, pauvre bougre et compagnon de descente aux enfers... Robert et Gloria, d'une certaine manière vont sortir de la route toute tracée, et cela, l'Amérique ne peut le supporter, et elle les broiera pour en faire des exemples.
    Les organisateurs du concours, tout cyniques qu'ils sont, représentent la force et la faiblesse de l'Amérique, à la fois douée d'une énergie folle pour s'en sortir et mais parallèlement peu regardante sur les moyens à utiliser pour atteindre cet objectif.
    Bref, un chef-d'œuvre absolu, fort, tonique et qui imprime l'inconscient, bien plus qu'un simple roman noir, une analyse et une critique sociale pertinentes, il y a de la philosophie là-dessous, il y a de l'analyse sociale fine, il y a un tas de qualités que certains n'ont peut-être pas vu, ou pas suffisamment, mais cela, bien sûr, n'est que mon avis, c'est-à-dire, pas grand chose.

    Critique de qualité ? (62 l'ont appréciée)


    • Livres 3.00/5
    Par jeranjou, le 08/03/2013


    On achève bien les chevaux On achève bien les chevaux de Horace Mc Coy

    En attendant godot...

    Ecrit en 1935 par l'auteur américain Horace McCoy, « On achève bien les chevaux » est resté très longtemps méconnu, comme l'étaient également les romans de l’illustre Jim Thompson. Voulant lire au départ « Un linceul n’a pas de poche » de Mc Coy, je me suis lancé dans son autre roman phare puisqu'il figurait déjà dans notre bibliothèque. Allons-y pour un tour de piste alors !

    Lors des années 30 en Californie, Robert Syberten et Gloria Bettie se rencontrent un peu par hasard et ne sont alors que de simples figurants au cinéma, sans illusion sur leur véritable talent. Tous les deux dans la panade, ils décident de participer à un marathon de la danse pour tenter de décrocher la timbale : 1 000 dollars de récompense. Et en prime, pourquoi pas se faire remarquer d’un spectateur d’un soir du show business et rêver d'une vie meilleure ?
    Robert et Gloria, embarqués dans cette galère sous le numéro 22, vont devoir déjouer les mauvais tours (sans jeu de mot) dictés par le spectacle de danse pendant des semaines et des semaines. Les organisateurs Rocky et Socks Donald imaginent toutes sortes de stratagèmes pour attirer les foules et les stars de l’époque : sprints dévastateurs pour les organismes, derbys consistant à éliminer les couples qui réalisent le moins de tours de piste, un mariage en public lucratif pour un des couples participant, etc… La comparaison avec la courses cycliste sur piste à élimination (omnium) ayant eu lieu aux derniers jeux olympiques est saisissante, la différence de taille étant que les cyclistes luttent pendant deux jours seulement sur leurs montures modernes.
    Et puis, j’allais oublier l’essentiel. Dès la première page du roman, l’auteur nous apprend que Gloria souhaite en finir avec la vie et qu’elle réclame le coup de grâce. Si vous faites le rapprochement avec le titre, vous aurez vite compris où veut en venir Mc Coy. En cette période où on confond trop facilement le bœuf et le cheval, Mc Coy avait déjà fait le rapprochement entre danseurs et chevaux. Bref, le lecteur en sait beaucoup en quelques pages, peut-être trop à mon gout.

    J’ai donc lu ce roman quasiment d’une traite à la vitesse d’un cheval au galop, passant d’une épreuve à une autre sans avoir le temps de me retourner. Je termine la dernière page et je cherche la suite. Mais plus rien. Je reviens donc au début pour relire les dix premières pages qui constituent la véritable fin au tribunal. Vous suivez toujours, j’espère.

    J’avoue que la lecture est agréable, fluide avec des phrases courtes et des dialogues percutants. Mais je suis resté largement sur ma faim. Toute cette attente durant des semaines pour cette fin en queue de poisson. J’ai bien compris que l’auteur voulait dresser un tableau sévère du rêve américain mais la construction du roman reste beaucoup trop simpliste à mon goût pour en faire un très bon roman. Pour continuer la comparaison avec le bœuf, c’est un peu comme si on s’attend à manger une fondue bourguignonne, tendre et savoureuse à souhait, et que l’on vous apporte un bon steak que vous dévorez d'une traite !

    Je pense que j’avais mis la barre trop haute et que le roman a trébuché sur l’obstacle. Comme la pièce de théâtre de Samuel Becket, j'ai attendu, attendu, attendu et je n'ai rien vu venir. Si je compare ce roman noir à celui de Jim Thompson « Le démon dans ma peau » par exemple, il n’y a véritablement pas photo à l’arrivée. Néanmoins, j’invite tout le monde à se faire sa propre opinion, à découvrir cet ouvrage de référence qui se lit à la vitesse de l'éclair. Comme j’ai donné une deuxième chance à Thompson, j’en donnerai évidemment une autre à Horace Mc Coy en lisant prochainement « Un linceul n’a pas de poche ».

    PS : Je me permets d'être relativement dur avec ce roman car j'ai eu la chance de gouter à d'excellents romans noirs dernièrement d’un calibre bien supérieur et d’une cruauté au moins égale. Sinon, bonne fête à toutes les femmes, différentes heureusement de la chère Gloria, en cette journée de haute lutte face à la gente masculine !

    Critique de qualité ? (36 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par lehane-fan, le 08/04/2012


    On achève bien les chevaux On achève bien les chevaux de Horace Mc Coy

    Horace McCoy ( 1897 – 1955 ) , comme tant d'autres au pays de l'Oncle Sam , n'obtint jamais la reconnaissance eu égard à son rang . Témoin et acteur de la grande dépréssion des années 30 , il sortira un premier roman ( They shoot horses , don't they ? En 1935 ) corrosif et acerbe qui ne trouvera jamais son public . Atteint d'une crise cardiaque , il disparaitra à l'age de 58 ans dans l'indifférence la plus totale...
    L'Aaaaamériiiiqueeee , l'Aaaaamériiiiqueeee , je veux l'avoir...Joe ? Non rien...

    On acheve bien les chevaux , c'est avant tout une rencontre...Pas une belle rencontre mais de celles qui vous font longtemps regretter le jour pas béni de son avènement...Robert , figurant désoeuvré courant le cacheton dans un Hollywood moribond , et Gloria , pseudo actrice au chomage surnommée Patte de Lapin , Bout en train , Bleu Bonheur...La joie de vivre désincarnée...
    C'est avec un entrain limité qu'ils décideront de s'inscrire au marathon de la danse , pitance et dodo assurés avec à la clé , 1000 $ aux vainqueurs ! Et pourquoi pas , peut-etre , l'occasion de se faire remarquer par un producteur pour ces Ginger et Fred désenchantés...

    Par le biais de ce court récit , McCoy tire à boulets rouges sur ce pays des possibles et dégomme le reve Américain en un peu plus de 200 pages ! A chaque époque ses jeux du cirque . Les gladiateurs sont morts , place à ces forçats de la danse qui ne sont pas sans rappeler nos délicieux programmes de télé-pseudo-réalité , odes à la vacuité et la bétise la plus débilitante . Lelay , il y a peu , vendait du temps de cerveau humain disponible...A défaut de vendre du reve...Qui a dit cynique ? Mais revenons à nos moutons...chevaux...
    Robert est jugé pour meurtre . A l'énoncé de la sentence , il se souvient de Gloria et de tous les évenements l'ayant conduit à comparaitre . Il se rappelle le marathon , il se remémore l'enfer...
    A ma droite , les nantis , odieux spectateurs voyeurs d'une misere qui s'expose .
    A ma gauche , les forçats de la vie prets à tout pour s'en sortir ou tout du moins , prolonger un peu plus leur agonie...
    McCoy a su trouver le juste équilibre sans en faire de trop . Il nous immerge dans ces concours d'un autre temps , sans susciter le moindre ennui , et ce par le biais d'idées novatrices à meme de relancer continuellement l'interet du public et par ricochet , celui du lecteur ! Aucun temps mort...Organisation d'un pseudo mariage , instauration de derbys éliminatoires , tout est bon pour attirer et fideliser le chaland . Le sponsoring est également de la partie , on a rien inventé...
    L'on suit ces amitiés qui se font et se défont , ces rivalités qui explosent au rythme infernal d'une musique qui ne s'arrete jamais pour le plus grand plaisir de l'assistance qui ne vibre , elle , que pour la mise à mort annoncée de ces galériens du dancefloor...Au fur et à mesure , Robert se prend au jeu quand Gloria n'aspire plus qu'à lacher prise et souhaiter disparaître définitivement .
    Une écriture envoutante . McCoy , astucieusement , joue avec le lecteur en alternant les évenements dramatiques inhérents à une telle compétition et le délibéré du proces . Malin . Les corps souffrent , les ames pas moins . 144 couples au départ , il ne doit en rester qu'un ! Ça vous rappelle quelque chose ?
    Boudé à sa sortie pour cause d'attentat patriotique ( faut pas casser les reves , le ricain est susceptible...) , ce magistral récit retranscrit admirablement les affres d'une génération prete à tout pour s'en sortir , meme au pire...Il pose également la question du suicide assisté , frein supplémentaire au succés éditorial dans une Amérique dévote en diable . Si , si , c'est possible ;)

    On Acheve Bien les Chevaux  , c'est comme le tres bon café : noir et intense ! Tu danses ?

    Critique de qualité ? (22 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par jadzia, le 23/01/2013


    On achève bien les chevaux On achève bien les chevaux de Horace Mc Coy

    Commencé ce matin, terminé il y a quelques minutes…
    Je ne connaissais pas Horace McCoy que j’ai découvert au détour d’un autre titre, Une linceul n’a pas de poches, pas encore lu, mais ce ne serait plus tarder maintenant. Je me suis donc replier sur On achève bien les chevaux, titre aussi énigmatique que celui qui avait retenu mon attention.
    Et bien, je ne boude pas mon plaisir, devant ce roman noir mené de main de maitre. On n’en connaît certes déjà la fin mais le voyage vaut son pesant d’or. J’ai même entendue le bruit de l’océan par-dessus ceux de mon très cher RER, si ça ce n’est pas voyager alors c’est que j’en perds mon latin.
    A lire absolument…

    Critique de qualité ? (20 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par Luniver, le 31/10/2012


    On achève bien les chevaux On achève bien les chevaux de Horace Mc Coy

    Robert et Gloria sont des oubliés du rêve américain, errant sans travail à Hollywood. Lui rêve de devenir metteur en scène, elle actrice. Gloria va convaincre Robert de participer à un marathon de danse, pour gagner la récompense de mille dollars, et peut-être d'être aperçus par un producteur qui passe par là. Plutôt dérisoire, mais c'est tout ce à quoi ils peuvent se raccrocher.

    Le concours est cruel : les couples sont obligés de danser encore et encore. Une pause de dix minutes leur est généreusement accordée toutes les deux heures. Le public se presse dans l'espoir d'assister à un drame : une chute, un évanouissement, … Tout est bon pour assurer le spectacle : faux mariages, épreuves éliminatoires qui poussent les candidats à puiser encore un peu plus loin dans leurs forces, et sponsoring de couple par des généreux donateurs de la ville qui leur fournissent de nouveaux vêtements et de nouvelles chaussures qui tombent en lambeaux.

    L'histoire s'ouvre en fait sur le procès de Robert, pour l'assassinat de Gloria. Le récit du marathon est un flash-back, entrecoupé régulièrement par le verdict du tribunal. L'ambiance est déjà lourde, l'histoire des deux jeunes gens sans avenir et un peu paumés n'est pas des plus réjouissante, mais cette attente du drame qui ne peut manquer de se produire l'accentue encore. Le récit est court, mais s'attaque de front au rêve américain, à l'inanité des vies qu'il peut proposer, et au voyeurisme malsain.

    Critique de qualité ? (20 l'ont appréciée)


    • Livres 0.00/5
    Par InColdBlog, le 01/08/2012


    On achève bien les chevaux On achève bien les chevaux de Horace Mc Coy

    Los Angeles, 1935.
    Alors qu’il quitte la Paramount, Robert Syberten, aspirant metteur-en-scène, croise accidentellement le chemin de Gloria Bettie.
    Faisant route avec elle jusqu’aux studios Western, il apprend que la jeune fille est une obscure figurante qui court le cachet et ambitionne, comme lui, de devenir une star de cinéma.

    Sous le charme de Gloria, Robert va se laisser convaincre de participer à ses côtés à un marathon de danse.
    Non seulement il y a 1000 dollars à la clé s’ils décrochent le premier prix, une petite fortune en cette période de Grande Dépression pour quiconque est issu de leur milieu social, mais il n’est pas question de laisser passer l’occasion de se faire remarquer d’un des producteurs qui se trouvent toujours dans l’assistance de ces manifestations.
    Une chance unique pour ces deux apprenties vedettes sans grand avenir de se faire un nom à Hollywood.



    Contrairement à ce qu’on pourrait croire, il n’est pas nécessaire d’être un danseur chevronné pour remporter un marathon de danse ; l’endurance prime sur la technique. Pour les couples en lice, il suffit d’être suffisamment résistant pour enchaîner, des semaines durant, des sessions d’une heure cinquante sans jamais cesser de remuer.
    À la fin de chaque période, les candidats disposent d’une pause de dix minutes pour récupérer, boire, manger, soigner leurs blessures, dormir… avant de retrouver l’arène et rejoindre la ronde infernale.
    Jusqu’à épuisement total.
    « Gloria et moi avions été prévenus par de vieux routiers que la seule façon de tenir le coup jusqu’au bout dans un marathon de danse, c’était d’utiliser au mieux ces pauses de dix minutes grâce à une méthode précise : apprendre à manger son sandwich tout en se rasant et en se faisant soigner les pieds, apprendre à lire les journaux en dansant, apprendre à dormir sur l’épaule de son ou de sa partenaire ; mais tout cela, c’étaient des trucs de métier qui demandaient de l’entraînement. »

    Sur la piste, la compétition est rude pour Robert et Gloria. Certains concurrents sont de véritables professionnels qui ne vivent que de ces marathons de danse.
    Le manque de sommeil, les courbatures, les douleurs finissent par jouer sur le moral des couples exténués. Dans la salle, le public se repaît avec un plaisir pervers du spectacle dégradant de ces jeunes qui s’effondrent comme des mouches, disqualifiés les uns après les autres. Robert et Gloria, eux, peuvent compter sur le soutien sans faille de la vieille Madame Layden qui, depuis les gradins, encourage avec passion son couple chouchou.

    Au fil des jours et des semaines d’une compétition éprouvante tant pour les corps que pour les esprits, Robert va apprendre à connaître un peu mieux sa partenaire et les autres concurrents.
    Jusqu’au dénouement que l’on sait tragique dès les premiers mots du livre.



    En effet, le roman s’ouvre sur la lecture du verdict qui condamne Robert pour le meurtre de Gloria : « Accusé, levez-vous. » Verdict interrompu à treize reprises par des flashbacks qui retracent le parcours commun de Robert et Gloria.
    Cette condamnation à mort, mise en suspens tout au long du récit, à la fois compte-à-rebours et épée de Damoclès, crée une tension chez le lecteur qui sait que tout sera joué dès que la sentence sera entièrement formulée.
    Un malaise que renforce tout au long du récit l’ambiance oppressante et frénétique du marathon de danse. Comme les participants, le lecteur est aspiré par le rythme infernal de la compétition ; comme eux, il est coincé des jours entiers dans l’ancien dancing de la jetée-promenade, sans jamais voir la lumière du jour, tandis qu’au-dehors, tout proche, le Pacifique résonne comme la promesse d’un avenir inaccessible, indifférent au destin tragique de ces nouveaux gladiateurs qui luttent à l’intérieur du bâtiment.

    Pas besoin d’avoir fait Saint-Cyr pour voir dans la compétition de danse une dénonciation de l’impitoyable machine à rêve hollywoodienne qui se joue avec cynisme de la naïveté des candidats à la gloire en leur faisant miroiter argent et célébrité.
    Pour satisfaire un public voyeur, avide de spectacle sordide, les organisateurs du marathon ne vont pas s’embarrasser de scrupules. Pour gagner de l’audience, ils vont multiplier effets d’annonce et coups tordus, dans un scénario avilissant pour les participants. En cela, le roman paru en 1935 annonçait de façon prémonitoire la téléréalité de ces dernières décennies et ses dérives.

    À ce jeu cruel, Robert, l’idéaliste embringué malgré lui dans la ronde infernale, et Gloria, toujours plus lasse et amère, vont laisser des plumes. Le jeune homme va devoir composer avec les accès dépressifs de plus en plus fréquents de sa cavalière qui ne cesse de ressasser son envie morbide d’en finir avec la vie.
    « Voulez-vous me dire pourquoi tous ces savants à grosse tête n’arrêtent pas de se décarcasser pour essayer de prolonger la vie au lieu de chercher des moyens agréables pour la finir ? Il doit y avoir dans le monde une tripotée de gens comme moi, qui ont envie de mourir, mais qui n’en ont pas le courage. »

    Est-on coupable de meurtre quand on supprime quelqu’un à sa demande, pour lui rendre service, en quelque sorte ? Robert ne le pense pas. On achève bien les chevaux, non ?
    « Je me rappelle combien j’étais surpris quand on arrêta Mario pour meurtre. Je ne pouvais pas le croire. C’était un des plus gentils garçons que j’eusse jamais connus. Mais c’était alors que je ne pouvais pas le croire. Maintenant je sais qu’on peut être gentil et être en même temps un assassin. Personne n’a jamais été plus gentil avec une femme que je l’étais avec Gloria. Ce qui vous prouve que ça ne veut rien dire, d’être gentil… »
    Mais les jurés qui l’ont condamné à mort ne sont pas du même avis.

    Sombre et désenchanté, On achève bien les chevaux, d’Horace Mc Coy est un récit court mais saisissant sur l’absurdité de la condition humaine, un texte à charge contre le rêve américain. Un classique.


    Lien : http://www.incoldblog.fr/?post/2012/07/04/%C2%AB-Elle-me-l%E2%80%99a-demand%C...

    Critique de qualité ? (11 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 24/02/2011


    On achève bien les chevaux On achève bien les chevaux de Horace Mc Coy

    Roman d'Horace Mac Coy.

    1935, à Hollywood. Gloria Bettie et Robert Syberten sont deux acteurs sans avenir. La Grande Dépression bat son plein. Pour gagner quelques centaines de dollars ou se faire repérer par un producteur de cinéma, des couples s'engagent dans des marathons de danse qui durent des semaines. Gloria et Robert sont le couple n°22. De derby en derby, ils poursuivent le marathon. Le principe est simple mais infernal : les danseurs doivent bouger pendant 1h50, disposent de 10 minutes pour se reposer, dormir, manger et se changer et remontent sur la piste pour un nouveau tour de danse. "Durant la première semaine, il fallait danser, mais après c'était inutile. On nous demandait seulement de rester continuellement en mouvement."(p. 47 et 48) La compétition est rude et chaque couple fait de son mieux. Certains ont la chance d'être patronnés par des sponsors. Mais la fatigue la plus terrible ne vient pas du corps, elle déborde de l'âme. Gloria est lasse de vivre et est obsédée par la mort. "Il doit y avoir dans le monde une tripotée de gens comme moi, qui ont envie de mourir, mais qui n'en ont pas le courage." (p. 27) Robert, son ami depuis quelques semaines à peine, accède à sa demande la plus démesurée.

    "They shoot horses, don't they ?" C'est la phrase qui clôt le roman. Le récit est mené par Robert qui répond en fait aux questions du tribunal. Dès la première page, on sait qu'il a assassiné Gloria mais sa défense est singulière : "Ce garçon avoue avoir tué la jeune fille, mais c'était pour lui rendre service." (p. 13) Les titres de chapitre ne sont que la conséquence de cet acte charitable. La sentence, inéluctable, est morcelée et tombe par à-coups : Robert se sait condamné et il attend avec résignation l'issue du procès.

    Le Pacifique, figure du dehors, de l'absence et de l'inaccessible, est obsédant. Enfermés pendant des semaines entières dans le bâtiment où se déroule le marathon, les participants ne voient jamais le jour. Et pourtant, le Pacifique est là, au bout de la jetée-promenade et sous leurs pieds. Inlassables et immuables, ses vagues poursuivent leur ballet éternel et se moquent bien des quelques humains qui s'épuisent dans un mouvement qu'ils voudraient incessant.

    Il faut lire cet épatant roman en écoutant Old Man River pour ressentir toute la lassitude de vivre d'une femme perdue."I'm tired of living and 'fraid of dying." (p. 136) Le texte est court mais percutant. Pas de fioriture, pas d'introspection. Le lecteur est happé par le rythme infernal du mouvement. Les faits s'enchaînent, se télescopent jusqu'à l'issue finale, doublement tragique.

    Le film éponyme de Sydney Pollack avec Jane Fonda et Michael Sarrazin est épatant. La réalisation est époustouflante : la caméra bouge au rythme des danseurs : frénétique lors des derbys, elle est presque immobile lorsque les couples tentent de ne pas cesser de bouger. L'objectif rend à merveille la fatigue et la douleur qui s'accumulent au fil de jour : les danseurs sont hagards, sales, dépenaillés. L'interprétation rend hommage aux personnages d'Horace Mac Coy : Michel Sarrazin déborde de gentillesse et de compassion, Jane Fonda est amère et lasse. Le film insiste sur la concurrence entre les participants et sur le côté show du marathon : si les danseurs viennent pour gagner le prix de 1000 dollars, le public veut du spectacle et l'animateur du marathon sait quoi faire pour satisfaire l'assistance, à grand renfort de bassesses et de coups montés. L'anecdote qui explique le titre clôt le livre mais elle ouvre le film. Elle remplace l'aveu initial de Robert. L'insertion du procès, par touche, dans le film m'a semblé moins habile que dans le livre. Mais dans l'ensemble le film de Sydney Pollack est une excellente adaptation du livre en dépit des quelques libertés qu'il prend avec le texte. L'image est fidèle à la lettre et la misère humaine gagne en force sous les projecteurs d'Hollywood.

    Critique de qualité ? (8 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 18/09/2011


    Un linceul n'a pas de poches Un linceul n'a pas de poches de Horace Mc Coy

    Mike Dolan est journaliste à Colton, petite ville des États-Unis. Révolté par les crimes et malversations qui se multiplient, il veut faire justice de sa plume même si la tâche est énorme. « Ce qui se passe à Colton a cours également dans toutes les villes des États-Unis. Corruption, bigoterie, faux patriotisme – tout ça se retrouve partout. Colton peut être pris comme exemple-type, comme symbole de tout ce gâchis. » (p. 220) Lassé de travailler dans un journal frileux qui refuse tous ses papiers, Dolan fonde Le Cosmopolite, revue qui traque et affiche la vérité. Après avoir écrit sur une affaire de triche sportive et d’avortements illégaux, il s’attaque à une entité fasciste, rémanence du Ku Klux Klan.
    Mais, bien qu’avide de justice et de vérité, Dolan cherche à se faire accepter dans la société huppée de la ville. Bête noire de tous les pères ayant des jeunes filles à marier, il est pire que le loup blanc. « Vous êtes à la fois célèbre et très mal côté. Vous êtes l’enfant terrible. Vous avez la manie de vous mettre dans de sales draps. Vous êtes perpétuellement en état de rébellion, et cela parce que vous êtes ambitieux, parce que vous essayez toujours de sortir de votre milieu. » (p. 28) Dévoré par le besoin de reconnaissance et de faire la nique à un passé sordide, Mike Dolan est l’incarnation du type qui veut arriver et se faire accepter par les plus grands : « Ils représentent pour moi quelque chose que je n’ai jamais eu et que j’ai très envie d’avoir. » (p. 80)
    Et il y a Myra et « ses lèvres rouges, si rouges », qui sont entrées sans ambages dans sa vie. Entre cynisme et goujaterie, l’attachement de Dolan pour cette beauté fatale est fait de heurts et d’incompréhensions. Mike Dolan ne peut être l’homme que d’une femme et il a choisi l’aveugle justice. Noble comme pouvaient l’être les chevaliers et enragé comme seuls le sont les désespérés, il rejette toute complaisance et toute demi mesure. Peu importe les pots cassés et les bombes qu’il fait exploser, Mike Dolan ouvre et trace la voie de la vérité à coup de bulldozer. « Je m’en fous, je ne regrette rien, je ne veux pas être hypocrite. C’était mon ennemi de toujours, je le vomissais et il me le rendait bien. En plus, c’était un danger public. La ville va pouvoir respirer un peu mieux. D’ailleurs, tout ça ce n’est pas mes affaires, je me demande seulement quelles répercussions ça va avoir sur Le Cosmopolite. » (p. 201)
    La corruption, le racisme et l’hypocrisie composent le tableau dans lequel Dolan refuse d’être figurant. Alors que les États-Unis font leurs premiers cauchemars sur la terreur rouge, le journaliste s’emploie à rédiger une critique de la société qui n’épargne personne. Don Quichotte moderne, il rêve de « nettoyer le monde en une nuit. » (p. 219) Aussi désenchanté que le légendaire sire à la triste figure, Dolan pose sur le monde un regard acerbe et désabusé. « Qu’est-ce qui ce pays a de valable à offrir à n’importe quel enfant d’homme ? Une place dans une file de chômeurs et un éclat d’obus dans le ventre ? » (p. 208)
    Un linceul n’a pas de poches est paru dans la collection Folio Policier. Étrange quand on voit que les victimes, les coupables et les mobiles sont connus dès le début. Évident quand on comprend que Mike Dolan est de la race des enquêteurs et des justiciers légendaires. Finalement, il est la victime de son engagement. On sait dès le début que tout finira mal pour lui. À fouiller la boue et les ordures, il ne peut pas en tirer autre chose. Si Un linceul n’a pas de poches, c’est parce que rien ne s’emporte outre-tombe, ni l’argent, ni la santé, ni la renommée, ni le pouvoir. Un cadavre n’emporte rien de plus que sa carcasse et parfois un peu moins. J’avais beaucoup aimé On achève bien les chevaux du même auteur, roman sur une Amérique désespérée. Un linceul n’a pas de poche est un roman très noir, violent et percutant. Ici, l’Amérique est désespérée mais elle se débat encore dans ses propres filets, ignorante du fait qu’elle signe son propre arrêt de mort. Si Horace McCoy est un auteur tourmenté ? Sans aucun doute ! Mais aussi bougrement talentueux. Je vous le recommande !

    Critique de qualité ? (5 l'ont appréciée)


    • Livres 0.00/5
    Par libris, le 31/01/2012


    On achève bien les chevaux On achève bien les chevaux de Horace Mc Coy

    Robert Syberten et Gloria Bettie, décident de participer à un marathon de danse pour glaner les 1000 dollars de récompense leur permettant d'entrevoir un avenir meilleur. Ils se soumettent aux conditions séveres imposées par le réglement sous risque d'être éliminer. Après un peu plus d'un mois de participation jonché d'embûches: arrestation d'un évadé de prison, agressions multiples et assassinat, Robert découvre le caractère fragile de Bettie et l'appréhension de l' avenir. Celle-ci sort de son sac un pistolet , le remet à Robert en lui demandant de loger une balle dans sa tête. Un récit qui dépeint les conditions sociales américaines après la grande dépression financière des années 30.

    Critique de qualité ? (2 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par antihuman, le 16/12/2012


    On achève bien les chevaux On achève bien les chevaux de Horace Mc Coy

    Grand polar classique avec des losers trop avides qui pensent qu'ils réussiront mieux en couple, ainsi qu'en entretenant les clichés... Mais non.

    Si la vie est un jeu ce livre très noir reste à lire parmi d'autres en tout cas; son drame est simplement confondant.


    [Je viens d'apprécier également l'excellente critique de NastasiaBuergo sur le même propos.]

    Critique de qualité ? (1 l'ont appréciée)


    • Livres 0.00/5
    Par libris, le 28/01/2012


    On achève bien les chevaux On achève bien les chevaux de Horace Mc Coy

    [Et quand Mario apprendre ce qui m'arrive, s'il l' apprend jamais, il pensera: "Pauvre type! Lui qui perdait son temps à me plaindre et le voilà qui va se balancer au bout d'une corde....}

    Critique de qualité ? (1 l'ont appréciée)


    • Livres 0.00/5
    Par tojadi, le 18/03/2011


    On achève bien les chevaux On achève bien les chevaux de Horace Mc Coy

    Atmosphère lourde ,on ressent la misère ,la désespérance des danseurs , le cynisme des organisateurs et l'égoïsme des spectateurs qui en veulent pour leur argent.

    Critique de qualité ? (1 l'ont appréciée)


    • Livres 5.00/5
    Par DanielGauthier, le 10/03/2010


    Adieu la vie, adieu l'amour Adieu la vie, adieu l'amour de Horace Mc Coy

    Scandaleusement méconnu de son vivant aux USA, scandaleusement méconnu en France aujourd'hui, Horace Mac Coy est pourtant l'égal des plus grands.
    Il le démontre dans ce roman plus que noir : le "héros" a fait Princeton et se sert de son intelligence pour manipuler flics et truands - et en dézinguer pas mal au passage.
    Psychopathe meurtrier (on saura pourquoi à la fin de l'ouvrage), le jeune chien enragé se sert de la corruption et des failles du système pour asseoir son pouvoir.
    Doté d'une écriture aussi vertigineusement rapide que James Cain ou James Hadley Chase, écrivain engagé, Mac Coy a publié également d'autres bijoux : le très pessimiste "On achève bien les chevaux", l'anticapitaliste " Un linceul n'a pas de poches" ou le monumental "Scalpel" qui, malgré ses longueurs, est une analyse très fouillée de psychologie sociale et personnelle.

    Critique de qualité ? (1 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par annie, le 21/04/2009


    On achève bien les chevaux On achève bien les chevaux de Horace Mc Coy

    L’action se situe au début des années 1930, en Californie. Au cœur de la grande dépression, on se presse pour participer à l’un des nombreux marathons de danse organisés à travers le pays pour gagner les primes importantes qui y sont mises en jeu. Robert et Gloria font partie de ces candidats...

    Au-delà de l'anecdote, c’est à une lecture de notre propre société qu’invite ce film, par opposition entre l'enfer que vivent les participants de ce marathon - privés de sommeil et de temps de réfléchir, et soumis à des épreuves cruelles (où mourra l'un d'entre eux) - et la beauté du paysage et du soleil levant entrevus de façon fugitive à l'extérieur.

    Sydney Pollack indiqua avoir attaché une grande importance au personnage de l'animateur, « symbole de tout ce que l'Amérique avait de pire et de meilleur ».

    Mais on peut aussi y voir une réflexion sur l'absurdité de la condition humaine.



    Lien : http://mazel-livres.blogspot.com/

    Critique de qualité ? (1 l'ont appréciée)


    • Livres 2.00/5
    Par VivianeB, le 16/12/2008


    On achève bien les chevaux On achève bien les chevaux de Horace Mc Coy

    Métaphore de la misère sociale américaine des années 30, ce livre décrit une réalité terrifiante que celle de la misère, du désoeuvrement social et psychologique et des marathons de danse où des jeunes désoeuvrés dansaient pour espérer gagner un peu d’argent, tout cela au détriment de leur santé. Un classique du genre qui a inspiré le cinéma.

    Critique de qualité ? (1 l'ont appréciée)


    • Livres 4.00/5
    Par zembla, le 25/04/2011


    Adieu la vie, adieu l'amour - Demain  il fera nuit Adieu la vie, adieu l'amour - Demain il fera nuit de Horace Mc Coy

    Polar sur cette Amérique des années 30 où la corruption est monnaie courante. Le "héros" est un taulard évadé de prison qui atterrit dans une ville et où a peine arrivé, il n'a qu'une obsession : se procurer de l'argent et grâce a lui prendre possession de cette ville. Il a pour lui une intelligence , une éducation supérieur et il ne recule devant rien pour arriver a ses fins. C'est un criminel féroce mais qui souffre d'un complexe obscur et d'un traumatisme de l'enfance.

    Ce livre, écrit en 1949, est dans la grande tradition des polars noirs américain. Son intérêt principal est sa galerie de personnage haut en couleur avec ce truand prêt a tout pour réussir, ses policiers corrompus jusqu'à la moelle, son avocat marron, la vamp chaude comme la braise et j'en passe et des meilleurs. L'histoire est assez simple sans tombé dans la simplicité et nous réserve une fin surprenante .Très plaisant a lire avec ses dialogues dans un parlé des bas fonds et une construction littéraire intelligente. On ne s'ennuie pas un seul instant.

    De cet auteur j'avais beaucoup aimé "On achève bien les chevaux" (dont Sydney Pollack a tiré le célèbre film), "un linceul n'a pas de poche"(dont Mocky a tiré aussi un film) et par dessus tout "le scalpel".


    Lien : http://desgoutsetdeslivres.over-blog.com/

    Critique de qualité ? (0 l'ont appréciée)




Faire découvrir Horace Mc Coy par :

  • Mail
  • Blog

> voir plus

Quiz