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Par ster, le 20/05/2011
Mon maître, mon amour de
Hudá Barakat
Il m'arrive de songer que je suis pour Samia un objet cabossé, ou un papier froissé, qu'il suffirait de lisser. Ou bien un ballon flasque, et il suffirait d'un peu d'air pour le regonfler, pour qu'il retrouve sa rondeur et ses couleurs. Ou une plante d'appartement que ses propriétaires ont oubliée, et un peu d'eau ou d'attention suffirait pour qu'elle retrouve son éclat, sa verdeur, qu'elle reprenne vie, splendeur, et même félicité.
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Par ster, le 20/05/2011
Mon maître, mon amour de
Hudá Barakat
J'arrose l'espace de coups de feu. Je m'enorgueillis de ma force, de la splendeur de mon corps. J'éprouve une immense gratitude tandis que mon regard erre parmi les cadavres. Je ne ressens aucune fatigue; ni lassitude, ni abattement. La route s'étire toujours jusqu'à l'horizon. Les gens ne cessent de sortir des petites maisons et des immeubles bas, bien qu'ils sachent ce qui les attend et me craignent. Ils sortent comme s'ils me demandaient la grâce de les tuer. Juste un instant d'épouvante dans leurs yeux, comme un éclair furtif avant que je tire.
Une musique divine, énorme, remplit l'espace. Une musique descendue de la coupole céleste se répand sur moi comme pour me bénir tandis que je les abats un à un. Le chant des bourreaux entre dans le corps des tués par leur tête éclatée, par les orifices rouge et noir... Le chant des bourreaux ? Je ne suis pas un bourreau. Dieu n'est pas un bourreau quand il anéantit les hommes, purifie la création. Dieu n'est pas un bourreau lorsqu'il envoie les déluges, fait entrer en irruption les volcans, secoue la terre comme un arbre dont les fruits ont mûri jusqu'à la pourriture ultime. La pourriture ultime.
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Par ster, le 20/05/2011
Mon maître, mon amour de
Hudá Barakat
Je ne comprends pas la mer. Ni rien d'autre. Je n'avais jamais voyagé. Ni sur mer ni dans les airs. Je n'avais jamais quitté mon pays, ma vie petite, réduite. Qui a enflé comme une tumeur maligne. Comme le ballon des cauchemars qui m'effrayaient.
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Mon maître, mon amour de
Hudá Barakat
C'était un homme de courte taille au visage poupin. Le jeune patron n'était pas de ceux qui en imposent. Il avait, comme moi, deux petits seins. Et, comme moi également, un petit ventre qui semblait l'embarrasser : il le rentrait quand il marchait ou le dissimulait sous d'amples vêtements de sport. Non, il n'était pas de ceux qui en imposent et qui portent la cravate, comme il aimait à le répéter lui-même. Au début, cependant, je restais sur la défensive : cette modestie était peut-être feinte (...).
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Mon maître, mon amour de
Hudá Barakat
"Les jours et les mois ont passé, et Samia ne m’a pas quitté. Elle n’est pas allée en Australie rejoindre les siens. Les jours, les mois ont passé et lorsque je me réveille le matin, elle est toujours là, près de moi. Avec moi. Je me dis qu’elle vit encore de souvenirs – des souvenirs de ce que j’étais. Qu’elle espère que va passer ce qui ne peut être que passager, que je vais redevenir l’homme qu’elle a aimé. Je me dis que c’est le dernier jour et, le jour suivant, je me réveille et la trouve là, près de moi. Comme la vielle. Du côté du lit qu’elle occupe habituellement. »
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