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Par sylvie, le 09/03/2010
Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas de
Imre Kertész
et je suis toujours là, bien que je ne sache pas pourquoi, par hasard, de la même façon que je suis né, je ne suis pas plus complice de ma survie que de ma venue au monde, bon d'accord, la survie recèle un tout petit peu plus de honte, surtout si on a fait tout son possible pour survivre : mais c'est tout, rien de plus, je n'ai pas pu donner dans l'apitoiement général de la survie et la démagogie bravache, mon dieu ! on est de toute façon un peu coupable, c'est tout, j'ai survécu donc je suis, pensais-je, non, je ne pensais rien, simplement j'étais, tout simplement comme un survivant...
...qui ne sent pas la nécessité de justifier sa survie, d'assigner un but à sa survie, oui, de transformer sa survie en un triomphe...
...réel, le seul possible qui serait -aurait été-, la survie prolongée et multipliée de cette existence, et donc de la mienne dans mes descendants, de mon descendant, en toi, non, je n'y pensais pas, je ne pensais pas devoir y penser, jusqu'à ce que cela me tombe dessus, une nuit,
et que la question se dresse devant moi...
...La question, oui, aurais-tu été une petite fille aux yeux sombres ? le nez couvert de pâles taches de rousseur ? ou bien un garçon têtu ? avec des yeux joyeux et durs comme des cailloux gris-bleu ? oui, ma vie considérée comme possibilité de ton existence, ou tout simplement considérée, sévèrement, tristement, sans colère ni espoir, comme on considère un objet."
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Par sylvie, le 09/03/2010
Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas de
Imre Kertész
Il m'a fallu cette nuit pour voir enfin dans le noir, pour voir entre autres la nature de mon travail, qui, au fond, ne consiste qu'à creuser, à continuer de creuser la tombe que d'autres ont commencé à creuser pour moi dans l'air, puis, tout simplement parce qu'il n'ont pas eu le temps de terminer, dans leur hâte et même sans ironie diabolique d'aucune sorte, non, juste comme ça, sans bruit, sans regarder autour d'eux, ils m'ont fourré l'outil dans les mains et ils m'ont planté là pour que je finisse moi même le travail qu'ils avaient commencé.
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Par Chouchane, le 20/01/2012
Etre sans destin de
Imre Kertész
Et alors commencèrent les au revoir définitifs (...). Et ce qui m'a le plus marqué durant cette soirée, c'est le seul geste par lequel mon grand père s'est fait remarquer : il a collé sa toute petite tête anguleuse d'oiseau sur la poitrine de mon père, pour un seul instant, mais d'une façon sauvage, presque éperdue. Puis il est sorti très vite, tenant ma grand-mère par le coude. Tous s'écartaient sur leur chemin.(...) Et soudain ce fut le silence, parce que tout le monde était parti. Alors j'ai à mon tour dit adieu à mon père.
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Par sylvie, le 09/03/2010
Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas de
Imre Kertész
Ce qui est réellement irrationnel et qui n'a vraiment pas d'explication, ce n'est pas le mal, au contraire : c'est le bien.
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Par ostinato, le 02/12/2009
Etre sans destin de
Imre Kertész
pourtant c'est de ce moment-là que datent mes connaissances les plus précises. A cet instant-là , là-bas, en face, brûlaient nos compagnons de voyage, tous ceux qui avaient voulu monter dans les camions , qui s'étaient avérées inaptes aux yeux du médecin à cause de leur âge ou pour tout autre raison , de même que les petits enfants, leurs mères et les futures mères pour lesquelles ça se voyait déjà, comme ils disaient. Eux aussi étaient allés de la gare aux douches. Eux aussi avaient eu des explications concernant les crochets, les numéros, les modalités de la douche, exactement comme nous. Il y avait eu des coiffeurs, assurait-on, et ils avaient reçu un morceau de savon. Ensuite, eux aussi étaient entrés dans le local des douches où, à ce qu'on me dit, il y avait aussi des tuyaux et des pommes: sauf qu'on ne leur a pas envoyé de l'eau mais du gaz . Je n'ai pas appris tout cela d'un coup, plutôt petit à petit, complétant sans cesse mes connaissances avec de nouveaux détails , en ôtant quelques-uns, en laissant d'autres et en en rajoutant de nouveaux. Cependant,disait -on, ils sont très gentils avec eux, ils les entourent de soins et d'affection, les enfants chantent et jouent au ballon et l'endroit où on les asphyxie est très beau, il se trouve au milieu d'une très belle pelouse, d'un bosquet et de plates bandes-bandes: voilà pourquoi cela éveillait en moi une impression de plaisanterie, d'une espèce de blague de potache.
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Par wombat, le 07/02/2011
Etre sans destin de
Imre Kertész
Ce récit (est-ce vraiment un "roman", au sens où nous l'entendons communément?) dont le narrateur est un adolescent de 15 ans embarqué pour les camps de la mort prend le parti de révéler l'horreur à partir de ce qui est vu, enduré, comme si nous étions dans la conscience du héros qui ne cherche pas à justifier ni à philosopher, sinon pour refuser tout explication "ontologique" au destin de ceux qui sont destinés à une mort immédiate et atroce, ou bien à une mort lente. Ce procédé est d'une efficacité redoutable pour montrer la logique interne d'un système, la manière dont il fabrique des forçats de la mort. ce roman rend "palpable" les camps, autant qu'il est possible de le faire. C'est une tentative exigeante qui va au delà de l'apitoiement, souvent sentiment des consciences repues qui refusent de comprendre. Bien sûr, proche de Primo Levi. Levi est porte un regard de scientifique, Kertesz celui d'une conscience qui n'est pas moins exigeante.
Les trente première pages sur le départ du père pour un camps de "travail" et les adieux de la famille sont sublimes et vers la fin du roman, le lent retour à la "vraie" vie est aussi exceptionnel.
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Par chartel, le 28/07/2008
Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas de
Imre Kertész
"Non !"- cria, hurla en moi quelque chose, immédiatement, tout de suite, lorsque ma femme (qui ne l’est d’ailleurs plus depuis longtemps) orienta la conversation vers lui – vers toi – et mon cri a mis de longues années à s’apaiser, oui, pour ne laisser qu’un mal de vivre mélancolique, comme la furie d’Odin au cours du fameux adieu, jusqu’à ce que, émergeant des brumes du son mourant des instruments à cordes, lentement et malicieusement, comme une maladie latente, une question se dessine en moi, et cette question, c’est toi, ou pour être plus précis, c’est moi remis en question à travers toi, ou pour être encore plus précis […] : mon existence considérée comme la possibilité de ton être, c’est-à-dire que je suis un assassin, si on veut pousser la précision jusqu’au bout, jusqu’à l’absurde, et c’est possible avec un minimum de masochisme, puisque, Dieu merci, il est trop tard, il sera toujours trop tard, tu n’es pas là, alors que moi, je me sens en parfaite sécurité, puisqu’en disant non, j’ai tout détruit, tout réduit en poussière, surtout mon mariage éphémère et malheureux.
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Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas de
Imre Kertész
s'il m'arrivait une fois, une seule fois dans ma vie, de vivre durant un instant au rythme des fonctions detoxatives de mes reins et de mon foie, des fonctions péristaltiques de mon estomac et de mes intestins, aspiratoires et expiratoires de mes poumons, systoliques et diastoliques de mon coeur, ainsi que des échanges constants d emon cerveau avec l'extérieur, de la figuration des pensées abstraites de mon esprit, et aussi de la conscience pure de ma conscience de tout et d emoi-même, et la présence obligatoire et néanmoins clémente de mon âme transcendante : si pendant un seul instant je me voyais, connaisais, possédais ainsi moi-même, tandis qu'il ne saurait être bien sûr être question ni d epropriétaire ni de propriété, alors peut-être se réaliserait tout simplement mon identité qui ne s'est jamais, jamais réalisée ; si donc un seul de ces instants irréalisables se réalisait, cela ferait peut-être disparaître mon "sentiment d'altérité", cela m'apprendrait à savoir, et je saurais seulement alors ce qu'être signifie.
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Le refus de
Imre Kertész
"Encore quelques petites années, et il atteindrait la limite d'âge : il pourrait alors devenir une écrivain retraité (à savoir un écrivain qui par ses livres a mérité de ne plus en écrire) (bien qu'il puisse continuer à la faire s'il en a envie, bien sûr)."
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Par Chouchane, le 20/01/2012
Etre sans destin de
Imre Kertész
A la maison, j'avais déjà eu - c'est du moins ce que je croyais - faim, naturellement ; j'avais eu faim à la briqueterie, dans le train, à Auschwitz et aussi à Buchenwald - mais je n'avais pas encore connu cette sensation de cette façon, constamment, à long terme, pour ainsi dire. Je m'étais transformé en une sorte de trou, de gouffre sans fond de plus en plus exigeant. Je n'avais d'yeux que pour cela, cela seulement guidait tous mes actes, et si je ne mangeais pas du bois ou des cailloux, c'était uniquement parce que ce sont des choses qu'on ne peut ni mâcher ni digérer. Mais j'ai essayé le sable, par exemple, et et quand il m'arrivait de voir de l'herbe je n'hésitais pas.
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