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Par patrick75, le 21/02/2013
Liquidation de
Imre Kertész
Mais je n'aurais pas cru que ce livre m'entraînerait dans ma funeste carrière.Quand je l'eus terminé, il s'endormit en moi comme tous les autres, enfoui sous les couches douces et épaisses de mes lectures successives.
Des quantités de livres dorment ainsi en moi, des bons et des mauvais, de tout genre. Des phrases, des mots, des alinéas et des vers qui, pareils à des locataires remuants, reviennent brusquement à la vie, errent solitaires ou entament dans ma tête de bruyants bavardages que je suis incapable de faire taire.
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Par chartel, le 17/11/2008
Roman policier de
Imre Kertész
Vivre est aussi une façon de se suicider : l’inconvénient, c’est que cela prend énormément de temps.
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Par latina, le 13/08/2012
Roman policier de
Imre Kertész
Enrique a entamé ce journal après la fermeture de l’université. C’est-à-dire après le jour de la Victoire.
Je l’ouvre au hasard :
« Rendre compte de mes journées : impossible. Rendre compte de mes projets : néant. Rendre compte de ma vie : je ne vis pas.
Ils ont détruit mes espoirs, détruit mon avenir, ils ont tout détruit. Les salauds. »
Je feuillette.
« J’existe. Est-ce une vie ? Non, je végète. Après la philosophie de l’existentialisme il ne peut visiblement y avoir qu’une seule philosophie : le non-existentialisme. C’est-à-dire la philosophie de l’existence inexistante. »
(…)
Je feuillette.
« Inexistence. Une société d’inexistants. Hier dans la rue, un homme inexistant m’a écrasé le pied avec son pied inexistant.
Je flânais en ville. Il faisait terriblement chaud. C’était l’habituel tapage du soir. La rue était pleine de couples d’amoureux, de gens qui se pressaient vers les cinémas et les bars. Comme s’il ne s’était rien passé, rien. Ils vivaient leur vie inexistante. Ou bien ce sont eux qui existent et pas moi ?
Dans la rue, un type sur deux semblait avoir perdu quelque chose. A chaque pas, des flics étaient là à écouter, à flairer, en croyant que personne ne s’occupait d’eux. Et ils avaient raison : les gens ne s’occupent pas d’eux. Il a suffi de ces quelques mois, et les gens se sont déjà habitués à leur présence. »
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Par latina, le 13/08/2012
Roman policier de
Imre Kertész
(à propos de la torture)
- Il suffit d'appuyer sur un bouton pour brancher le courant. De nos jours, on emploie cette méthode dans le monde entier. C'est propre et commode. Ca ne te suffit pas?
Non, ça ne lui suffisait pas. Rodriguez n'était pas un adepte de l'automatisation.
- On perd le contact immédiat.
- Pourquoi tu as besoin de ça?
Il disait qu'il y avait trop d'emmerdements avec les machines. Que ce n'étaient que de simples mécaniques. Qu'on pourrait tout aussi bien mettre une blouse blanche pour s'en servir, comme un ingénieur ou un docteur.
Il y a tellement de rouages qu'on a l'impression de ne pas régler l'affaire personnellement mais par téléphone.
L'intéressé ne voit pas qu'on est de bonne humeur pendant le travail. Pourtant, affirmait Rodriguez, c'est le secret de la réussite.
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Par sylvie, le 09/03/2010
Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas de
Imre Kertész
et je suis toujours là, bien que je ne sache pas pourquoi, par hasard, de la même façon que je suis né, je ne suis pas plus complice de ma survie que de ma venue au monde, bon d'accord, la survie recèle un tout petit peu plus de honte, surtout si on a fait tout son possible pour survivre : mais c'est tout, rien de plus, je n'ai pas pu donner dans l'apitoiement général de la survie et la démagogie bravache, mon dieu ! on est de toute façon un peu coupable, c'est tout, j'ai survécu donc je suis, pensais-je, non, je ne pensais rien, simplement j'étais, tout simplement comme un survivant...
...qui ne sent pas la nécessité de justifier sa survie, d'assigner un but à sa survie, oui, de transformer sa survie en un triomphe...
...réel, le seul possible qui serait -aurait été-, la survie prolongée et multipliée de cette existence, et donc de la mienne dans mes descendants, de mon descendant, en toi, non, je n'y pensais pas, je ne pensais pas devoir y penser, jusqu'à ce que cela me tombe dessus, une nuit,
et que la question se dresse devant moi...
...La question, oui, aurais-tu été une petite fille aux yeux sombres ? le nez couvert de pâles taches de rousseur ? ou bien un garçon têtu ? avec des yeux joyeux et durs comme des cailloux gris-bleu ? oui, ma vie considérée comme possibilité de ton existence, ou tout simplement considérée, sévèrement, tristement, sans colère ni espoir, comme on considère un objet."
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Par latina, le 14/08/2012
Roman policier de
Imre Kertész
- Quand on se décide à entamer le combat, il faut savoir pourquoi on lutte. Sinon, ça n'a pas de sens. En général, on lutte contre le pouvoir en place pour prendre soi-même le pouvoir. Ou bien parce que le pouvoir en place représente une menace de mort. Mais reconnais que dans notre cas aucune de ces deux causes n'entre en ligne de compte.
(...)
Est-ce que tu sais que tout groupement conscient a besoin d'instruments inconscients? Oui, d'instruments, même si on dit que ce sont des héros et qu'on leur érige parfois des statues dans les parcs, du moins à un petit nombre d'entre eux, toujours un très petit nombre.
(...)
Est-ce que tu sais, Enrique, est-ce que tu sais vraiment ce que tu risques?
- Ma vie.
- Ta vie ! s'écrie-t-il. Tu parles comme un gosse qui jette une poupée de chiffon qu'il a trop vue ! (...) Ta vie, c'est toi-même qui es assis ici, avec ton passé réel, ton avenir possible et tout ce que tu représentes pour ta mère.
Regarde le soir qui tombe, regarde dans la rue, regarde le monde autour de toi, et imagine que cela n'existe plus. Peux-tu te l'imaginer? Sais-tu ce que vivre signifie? Comment le saurais-tu? Tu es encore trop jeune et bien portant pour cela...
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Par sylvie, le 09/03/2010
Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas de
Imre Kertész
Il m'a fallu cette nuit pour voir enfin dans le noir, pour voir entre autres la nature de mon travail, qui, au fond, ne consiste qu'à creuser, à continuer de creuser la tombe que d'autres ont commencé à creuser pour moi dans l'air, puis, tout simplement parce qu'il n'ont pas eu le temps de terminer, dans leur hâte et même sans ironie diabolique d'aucune sorte, non, juste comme ça, sans bruit, sans regarder autour d'eux, ils m'ont fourré l'outil dans les mains et ils m'ont planté là pour que je finisse moi même le travail qu'ils avaient commencé.
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Par Chouchane, le 20/01/2012
Etre sans destin de
Imre Kertész
Et alors commencèrent les au revoir définitifs (...). Et ce qui m'a le plus marqué durant cette soirée, c'est le seul geste par lequel mon grand père s'est fait remarquer : il a collé sa toute petite tête anguleuse d'oiseau sur la poitrine de mon père, pour un seul instant, mais d'une façon sauvage, presque éperdue. Puis il est sorti très vite, tenant ma grand-mère par le coude. Tous s'écartaient sur leur chemin.(...) Et soudain ce fut le silence, parce que tout le monde était parti. Alors j'ai à mon tour dit adieu à mon père.
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Par chartel, le 28/07/2008
Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas de
Imre Kertész
"Non !"- cria, hurla en moi quelque chose, immédiatement, tout de suite, lorsque ma femme (qui ne l’est d’ailleurs plus depuis longtemps) orienta la conversation vers lui – vers toi – et mon cri a mis de longues années à s’apaiser, oui, pour ne laisser qu’un mal de vivre mélancolique, comme la furie d’Odin au cours du fameux adieu, jusqu’à ce que, émergeant des brumes du son mourant des instruments à cordes, lentement et malicieusement, comme une maladie latente, une question se dessine en moi, et cette question, c’est toi, ou pour être plus précis, c’est moi remis en question à travers toi, ou pour être encore plus précis […] : mon existence considérée comme la possibilité de ton être, c’est-à-dire que je suis un assassin, si on veut pousser la précision jusqu’au bout, jusqu’à l’absurde, et c’est possible avec un minimum de masochisme, puisque, Dieu merci, il est trop tard, il sera toujours trop tard, tu n’es pas là, alors que moi, je me sens en parfaite sécurité, puisqu’en disant non, j’ai tout détruit, tout réduit en poussière, surtout mon mariage éphémère et malheureux.
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Par sylvie, le 09/03/2010
Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas de
Imre Kertész
Ce qui est réellement irrationnel et qui n'a vraiment pas d'explication, ce n'est pas le mal, au contraire : c'est le bien.