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Par brigetoun, le 21/02/2011
Manuel anti-onirique de
Isabelle Pariente-Butterlin
À croire qu’il n’est besoin de personnage que pour accorder les verbes, seulement pour accorder les verbes… aimer, pleurer, perdre, tendre, attendre, perdre, s’en aller… à croire que l’unique fonction qui leur revient est de permettre d’accorder les verbes, de les rapporter à des sujets qui dessineront leurs silhouettes en ombres chinoises sur les phrases… il n’est besoin que des verbes, seulement eux, pour avancer dans le monde, et les verbes se retiennent à des personnes, qu’ils absorbent, qu’ils font leurs,..
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Par brigetoun, le 21/02/2011
Manuel anti-onirique de
Isabelle Pariente-Butterlin
Tout est parfaitement réglé. Tout geste sera maladroit, toute protestation inutile. Elle est éclaboussée de leurs rires, tout le monde rit, autour d’elle, elle les regarde, cherche un appui, un visage qui simplement resterait étranger à la scène, tout le monde rit, le cercle s’est refermé autour d’elle, elle ne sait plus comment leur échapper.
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Par brigetoun, le 21/02/2011
Manuel anti-onirique de
Isabelle Pariente-Butterlin
Le reste du temps, il parle. Les paroles instaureraient presque une distance entre elle et lui. Une zone de turbulences dans laquelle elle ne passe pas. Elles sont là pour les relier l’un à l’autre, et c’est tout le contraire qui se passe. Il parle. Elle écoute. Et il y a une distance dissymétrique qui s’instaure entre elle et lui.
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Par brigetoun, le 14/05/2011
Carnets Lointains de
Isabelle Pariente-Butterlin
Chaque matin est un recommencement de cette chute vertigineuse, chaque réveil, chaque arrachement cruel à la douceur des lits, à la chaleur de la nuit, chaque retour dans le jour, tout commence toujours par cette chute brusque dans le monde, joue tendue, écrasement promis dans les déséquilibres du jour, tous les matins nous recommençons la chute vertigineuse d’Icare, nous sommes arrachés à nos rêves, aux mots qui nous bercent, qui hantent nos sourires dans le sommeil mystérieux, on nous extirpe de nos rêves, de nos joies, et nous nous écrasons sur le sol dans le désordre de nos pensées, dans le vertige de nos espoirs sectionnés, et la douleur invisible de nos ailes brisés nous laisse muets.
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Par brigetoun, le 21/02/2011
Manuel anti-onirique de
Isabelle Pariente-Butterlin
La solitude condamne à l’obstination. Traverser la ville inconnue au matin, comprendre les cheminements possibles, dessiner les traits possibles de son inscription dans le monde et alors, affronter la suite de la journée, jusqu’au soir, d’un seul trait de plume, parfaitement rectiligne., que seule une main parfaitement maîtrisée peut dessiner. Un trait de plume, à l’encre noire, celui qui a tracé cette rue, quand elle n’était qu’un faubourg, il y a de cela plusieurs siècles, celui qu’elle tracera à main levée.
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Par brigetoun, le 14/05/2011
Carnets Lointains de
Isabelle Pariente-Butterlin
Crissement des fibres qui se froissent quand on tente un mouvement. Frôlement de l’étoffe et de la chair, de l’étoffe contre l’étoffe, les fibres de lin se froissent et se chiffonnent contre la peau de l’insomniaque, glissent sur sa jambe, découvrent son épaule, mouvement, il tente un geste pour se remettre, frôlement, froissement de l’étoffe qui se replace et se dépose sur le corps même dont les pensées échappent. Il n’y a pas un moment de silence.
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Par brigetoun, le 14/05/2011
Carnets Lointains de
Isabelle Pariente-Butterlin
L’écriture suit une ligne musicale dont il est presque possible de percevoir les sonorités. Le tracé même des mots commence à fascine le regard, leur mouvement dans l’espace de la page dessine des traces de notre présence, plus fiables que l’ombre portée de notre corps, plus précises que l’empreinte de nos pas dans la neige. Plus sûres, même, que notre chaleur contre la tiédeur d’un autre dans le silence de la nuit, et l’accord des souffles.
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Par brigetoun, le 14/05/2011
Carnets Lointains de
Isabelle Pariente-Butterlin
Ma voix ne portait pas. J’avais beau faire effort, les sons sortaient, étrangement déformés. Ils sonnaient à travers une distance que je ne reconnaissais pas, mes tympans bourdonnaient comme si nous avions été en altitude, je les regardais, il semblait difficile de retenir leurs regards, ils fuyaient, baissaient la tête, me regardaient à la dérobée, et ma voix décidément ne portait pas. Je n’avais pas d’accroche sur ce réel.
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Par brigetoun, le 14/05/2011
Carnets Lointains de
Isabelle Pariente-Butterlin
Bonheur effiloché, dans lequel chercher, dessiner, retrouver cette texture mousseuse tant et si bien que la puissance du verbe fait se représenter, dans les vestiges de ses sensations, ce par quoi en effet, il y a bien quelque texture mousseuse dans tel de mes souvenirs. À condition de retisser patiemment les fils de ses émotions, oui, se retrouvent les déplacements des lignes par lesquels Kafka a ainsi qualifié le bonheur
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Par brigetoun, le 21/02/2011
Manuel anti-onirique de
Isabelle Pariente-Butterlin
Dans un labyrinthe coloré, des éclaboussures immobiles de lumière explosent silencieusement. En suite de quoi, elles restent en suspens, mouvement arrêté, dans le rayon de soleil qui les traverse et les rabat sur le sol et en même temps les tient dans l’air chaud de l’après-midi d’été. Vibrations sonores du jaune, dans toutes les nuances possibles du paradoxe de Zénon, que personne n’aurait pu imaginer.