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La Vie d'Arseniev de
Ivan Bounin
« A commencer par cette campagne perdue au fond de laquelle s’est déroulée ma petite enfance. Des champs déserts, un manoir solitaire au milieu...L’hiver, un océan de neige à l’infini, l’été, un océan de blé, d’herbes et de fleurs...Et le perpétuel silence de ces champs, leur étrange mutisme..Mais une marmotte ou une hirondelle sont-elles tristes dans un trou perdu plein de silence? Non elles ne demandent rien, ne s’étonnent de rien, elle ne sentent pas cette présence secrète que l’âme humaine perçoit dans le monde qui l’entoure, elles ne connaissent ni l’appel des espaces ni la course du temps. »
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Par stcyr04, le 09/05/2012
Le village de
Ivan Bounin
Vers le soir, Ivanouchka se leva et partit, sans se préoccuper du temps qu'il faisait, sans céder aux instantes prières qu'on lui adressait d'attendre jusqu'au matin... Et il prit un rhume qui lui coûta la vie, -- et, vers l'Epiphanie, trépassa dans la cabane de son fils. Celui-ci l'engageait à recevoir le viatique. Ivanouchka n'accepta point : il déclara que, quand on avait communié, on en mourrait, et il était décidé "à n' pas s' laisser faire". Durant des journées entières, il resta étendu sans connaissance; mais, même en son délire, il priait sa bru de répondre qu'il était sorti si la Mort venait frapper à la porte. Une fois, la nuit, il reprit ses sens, rassembla ses forces, descendit du poêle et s'agenouilla devant l'icone qu'éclairait une veilleuse. Il poussait de profonds soupirs, marmonnait de longues oraisons, répétant : "Seigneur, Petit-Père, pardonne moi mes péchés...". Puis, se mit à réfléchir, se tut longtemps, prosterné, la tête appuyée sur le plancher. Et tout à coup se redressa et dit fortement : "Non point, je n'cède point!" Mais au matin il vit que sa bru roulait de la pâte de farine et allumait un grand feu, dans le four...
- Ca s'rait-i' pour m'enterrer? -- demanda-t-il d'une voix qui trembla.
La bru se taisait. De nouveau il rassembla ses forces, de nouveau descendit du poêle, passa dans l'entrée : c'était bien ça, -- contre le mur se dressait un immense cercueil peint en violet avec des croix blanches à huit pointes. Alors il se rappela ce qui était arrivé, trente ans auparavant, à un voisin, le vieux Loukiane : Loukiane était tombé malade; on avait acheté le cercueil, -- c'était aussi un beau cercueil, qui avait couté cher, -- on avait rapporté de la ville de la farine, de l'eau-de-vie, du poisson salé; et Loukiane, va-t'en voir, avait guéri. Que faire du cercueil? Comment justifier la dépense? Loukiane, après cela, pensant cinq ans, entendit les malédictions des siens, subit leur reproches qui finirent par l'envoyer dans l'autre monde, mourant de faim, mangé de vermine et de crasse... Ivanouchka, s'étant rappelé ces choses, baissa la tête et rentra soumis dans l'isba. Et, la nuit, allongé sur le dos, sans connaissance, il se mit, d'une voix tremblotante, plaintive, à chantonner, de plus en plus bas, et tout à coup agita les genoux, fit un hoquet, gonfla sa poitrine d'un large soupir et, avec de l'écume sur ses lèvres entr'ouvertes, se figea...
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Printemps éternel de
Ivan Bounin
Les forêts de conifères dominent, sombres et sonores.(..) les aiguilles chauffées à blanc durant le jour mêlent leurs essences balsamiques aux moiteurs épicées qui montent des bas-fonds marécageux et de la rivière encaissée dont les méandres secrets se recouvrent le soir de vapeur froide
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Par Aela, le 29/01/2011
Printemps éternel de
Ivan Bounin
_ Qui ose maintenant s'aventurer sur les routes! Il n'y a plus de chevaux, plus d'équipages.. Rien que les roues, ça coûte une fortune, c'est affreux..
Je lui ai demandé:
- Et si j'y allais à pied?
- Vous allez loin?
Je lui donnai le nom de la localité.
- D'icin reprit-il, il faut compter une vingtaine de verstes, pas plus. C'est faisable.
несрочная весна
- кто теперь поедет! лошадь редкость, всяя снасть сбита.. стан колес
-два миллиарда, выговорить страшно " Я спросил:
" - А если пешком?"
" - А вам далеко?"
- " Туда-то."
- ну, это верст двадцать, не более. Дойдете."
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Par stcyr04, le 07/05/2012
Le village de
Ivan Bounin
INCIPIT
Le bisaïeul des Krassov, surnommé le Tsigane parmi la domesticité, avait été traqué en chasse à courre, avec des lévriers, par le capitaine de cavalerie Dournovo. Le Tsigane avait enlevé la maîtresse de cet homme, son seigneur. Dournovo ordonna de conduire le Tsigane dans un champ, hors le village, et de le faire assoir sur un tertre. Puis, en personne, le propriétaire sortit avec sa meute et cria : " Taïaut!" Le Tsigane, qui était resté jusque-là immobile, hébété, se mit à fuir. Or, il est mauvais de fuir devant des lévriers.
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Par stcyr04, le 07/05/2012
Le village de
Ivan Bounin
Sur le pacage dépouillé, se carrait brutalement une église grossièrement peinturlurée. Derrière cet édifice, brillait au soleil une petite mare glaiseuse, dominée par une digue de fumier; l'eau était opaque, jaune; là se tenait un troupeau de vaches qui, à tout instant, lâchaient leur bouse dans ce bain; et un moujik nu s'y savonnait la tête. Lui aussi s'était avancé dans l'eau jusqu'à la ceinture; sur sa poitrine étincelait une petite croix de cuivre, son cou et son visage étaient noir de hâle, et son corps d'une blancheur, d'une pâleur frappantes.
- Débride-le voir un peu, dit Tikhon Illiitch, poussant on cheval dans la mare, d'où montait l'odeur du troupeau.
Le moujik jeta son savon marbré de bleu sur le bord de l'eau, où les tas de bouse faisaient des taches noires, et, la tête toute grise de mousse, se couvrant par un geste de pudeur, s'empressa d'obéir. Le cheval tendit avidement le cou vers la mare, mais le liquide était si chaud et si repoussant que l'animal releva aussitôt la tête et se détourna. Tikhon Illiitch sifflait pour l'engager à boire, et cependant, dodelinant de la casquette :
- Eh ben, elle est jolie, votre eau! Vous buvez ça?
- Ah! mais, chez vous, est-ce qu'é' s'rait sucrée, par hasard? -- répliqua aimablement et gaiement le moujik - Ca fait mille ans qu'on en boit! Et p'is, l'eau, c'est rien, -- c'est plutôt l'pain qui manque...
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Par stcyr04, le 09/05/2012
Le village de
Ivan Bounin
Il se leva vivement, prit, derrière la glace, un gros livre à reliure de missel, de ses mains tremblantes mit ses lunettes et, avec des larmes dans la voix, hâtivement, comme s'il craignait d'être interrompu, il se mit à lire :
- Je pleure et sanglote quand je songe à la mort et que je vois, dans le cercueil étendue, notre beauté creée à l'image de dieu, défigurée, muette, sans apparence...
En vérité l'homme est vanité, la vie n'est qu'une ombre et un songe. Car c'est en vain que s'agite toute créature de la terre, comme le dit l'Ecriture : quand nous aurons conquis le monde, nous descendrons dans le cercueil où se trouvent assemblés les rois et les mendiants...
- Les rois et les mendiants! -- redit avec une ferveur désolée Tikhon Iliich et il hocha la tête.
- Notre vie est manquée, frérot! J'ai eu chez moi, tu comprends, une cuisinière, elle était muette, je lui avait fait cadeau, à c'te bête, d'un beau fichu : et elle le portait, elle l'usait, mais à revers... Tu comprends? Par bêtise et par avarice. Ca lui aurait fait gros cœur de l' porter du bon côté tout les jours; elle attendait un jour de fête; et quand l'jour de fête est venu,elle n'avait plus qu'une loque dans les mains... Eh ben, c'est comme moi... c'est ma vie, ça... Vrai de vrai!
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Par Aela, le 23/01/2011
Les Allées sombres de
Ivan Bounin
Une soirée de la fin de juin. Sur la terrasse on n'a pas encore desservi la table après le thé. La maîtresse de maison nettoie des baies pour faire des confitures. Un ami du mari, venu passer quelques jours à la villa, fume en regardant ses bras ronds et soignés, découverts jusqu'au coude. Expert en vieilles icônes qu'il collectionne, c'est un homme sec, plein de grâce, à l'oeil vif.
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Par stcyr04, le 09/05/2012
Le village de
Ivan Bounin
Et Kouzma attendit devant la fenêtre ouverte de l'isba. Il jeta un regard à l'intérieur, aperçut, dans la pénombre, le poêle, les planches qui servaient de lits, une sorte d'auge sur un banc près de la croisée : cette auge était un cercueil dans lequel gisait le petit mort, pauvre créature à grosse tête presque chauve, un minois bleuâtre... Devant la table était assise une corpulente jeune fille, aveugle, qui, munie d'une grande cuiller en bois, pêchait dans un bol de lait des morceaux de pain. Des mouches, comme des abeilles dans une ruche, bourdonnaient au-dessus d'elle, rampaient sur le visage du cadavre, puis revenaient s'abattre dans le lait; mais l'aveugle, assise toute droite, comme une idole, et fixant les ténèbres de ses yeux blancs, mangeait et mangeait. Kouzma frissonna et se détourna.
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Par stcyr04, le 07/05/2012
Le village de
Ivan Bounin
Les inscriptions, touchantes et résignées, parlaient toujours de calme et de repos, de tendresse pour les pères, les mères, les époux et les épouses, de cet amour qui, semblerait-il, n'existe pas et n'existera jamais sur la terre, de dévouement mutuel et de soumission à Dieu, d'ardente confiance en une vie future et de rendez-vous dans une contrée plus heureuse, toutes choses auxquelles on ne croit qu'ici, sur le champ des morts, et de l'égalité que, seul, peut donner le trépas, l'instant où l'on met un dernier baiser sur les lèvres d'un mendiant, le considérant, en son sommeil, comme un frère, le comparant aux rois et aux princes de ce monde : instant où l'on prononce, sur lui, les paroles les plus sages, les plus grandes, les plus solennelles...
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