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Par zazimuth, le 04/09/2010
Des bibliothèques pleines de fantômes de
Jacques Bonnet
Même lorsque le livre a vraiment été lu, et assez bien pour qu'il ait pris une place spécifique dans notre esprit, il ne reste parfois que le souvenir de l'émotion ressentie à la lecture et plus rien de précis de son contenu (on offre le livre des années après parce qu'on se rappelle l'avoir beaucoup aimé et l'on est incapable d'en parler avec le récipiendaire parce que les détails s'en sont totalement effacés). (p.58)
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Par zazimuth, le 04/09/2010
Des bibliothèques pleines de fantômes de
Jacques Bonnet
La lecture démultiplie notre réalité forcément limitée, et nous permet de pénétrer les époques éloignées, les coutumes étrangères, les coeurs, les esprits, les motivations humaines, etc. (p.35)
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Des bibliothèques pleines de fantômes de
Jacques Bonnet
L'important n'est pas de lire vite mais de lire chaque livre concerné à la vitesse qu'il mérite.
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Des bibliothèques pleines de fantômes de
Jacques Bonnet
« Dans chaque livre ouvert pour la première fois, il y a un aspect « coffre-fort forcé ». Oui c’est exactement cela, le liseur frénétique est comme un casseur ayant passé des heures et des heures à creuser un souterrain pour parvenir à la salle des coffres d’une banque ».
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Des bibliothèques pleines de fantômes de
Jacques Bonnet
« Mais revenons-en à la bibliothèque. Une fois constituée, elle a tendance à devenir un passage obligé de la réalité, une sorte de vortex qui aspire tout ce qui nous arrive. Le catalogue à y classer devient partie intégrante de l’exposition ou du musée visité, de même la documentation sur la ville – et ses monuments jusque-là inconnus – découverte au fin fond du Portugal, de l’Italie ou de la France. […] L’impression de sauvegarder quelques morceaux de temps envolés, alors que le reste, émotions et sensations de voyage, restera souvenirs volatils. » (p.113)
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Par zerby, le 02/01/2009
Des bibliothèques pleines de fantômes de
Jacques Bonnet
Sans préparation, sans apprentissage, sans lecture, en art "on n'y voit rien". (...) Il fallait simplement apprendre à lire les images - comme j'avais appris à lire les mots - pour pouvoir en profiter ("Des centaines de personnes peuvent parler, mais une seule est capable de penser. Des milliers de personnes peuvent penser, mais une seule est capable de voir", John Ruskin). Le reste fut question de voyages, de compagnonnages, de conversations et de lectures. (p.83-84)
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Par zerby, le 02/01/2009
Des bibliothèques pleines de fantômes de
Jacques Bonnet
Auris-je constitué la même bibliothèque si j'avais été de la génération Internet ? Sans doute pas. Si l'on en croit les études statistiques sur le temps libre passé en moyenne devant un écran d'ordinateur ou de télévision, où trouver le temps de lire ? Internet et la télévision généralisée ont chassé l'ennui qui a toujours été l'aiguillon le plus sûr de la lecture, mais peut-on le regretter ? Ensuite, la facilité à se procurer les livres à distance - qu'ils soient neufs ou d'occasion -, la mise à disposition de textes fondamentaux, la consultation de textes numérisés dans lesquels il est, par exemple, tellement plus facile de retrouver un passage précis, transforment inéluctablement le statut de la bibliothèque qui n'est plus qu'un moyen parmi d'autres d'accéder au savoir. Et du livre qui n'est plus qu'un moyen parmi d'autres, et pas le plus accessible, de se "divertir". Mais le livre d'art, par exemple, ne sera pas touché par le phénomène. (...) Quant à lire Guerre et paix (...) sur un écran, le support papier, comme disent les spécialistes, a encore tout un avenir. (p.120-121)
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Par zerby, le 02/01/2009
Des bibliothèques pleines de fantômes de
Jacques Bonnet
Les livres de ma bibliothèque sont comme les maisons anciennes, lourdes de la présence des hommes et des femmes y ayant vécu dans le passé, avec leur lot de joies et de souffrances, d'amours et de détestations, de surprises et de déceptions, d'espoirs et de résignations. A la réflexion, je n'ai jamais habité que de vieilles maisons... (p.139)
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Des bibliothèques pleines de fantômes de
Jacques Bonnet
Qui s'intéresse à l'art, et rassemble la bibliothèque s'y rapportant, se heurte immédiatement à deux problèmes. Le premier est financier : les livres d'art valent, en moyenne, trois ou quatre fois plus cher qu'un livre de texte - et parfois beaucoup plus -, ils ne sont jamais publiés en poche et, une fois épuisés, sont rarement réédités. Leur prix sur le marché de l'occasion peut alors monter très haut. D'où le regret de ne pas les avoir acquis sur le moment, ce qui incite à ne pas commettre la même erreur et donc à multiplier les achats pour ne pas avoir à le regretter plus tard. C'est sans fin. Quant aux catalogues d'expositions, ils ne sont par définition jamais réimprimés une fois l'événement passé. (...) Comment ensuite, à la sortie d'une exposition intéressante, hésiter à acquérir le catalogue ? Cela pourrait même être considéré comme un acte d'économie !
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Par zerby, le 02/01/2009
Des bibliothèques pleines de fantômes de
Jacques Bonnet
Une métaphore de la bibliomanie : l'homme qui commence par lutter contre la mélancolie et le mal de vivre par la lecture (...). La bibliothèque protège de l'hostilité extérieure, filtre les bruits du monde, atténue le froid régnant aux alentours, mais donne, aussi, un sentiment de toute-puissance. Car la bibliothèque fait reculer les pauvres capacités humaines : elle est un concentré de temps et d'espace. Elle rassemble sur ses rayonnages toutes les strates du passé. S'y retrouvent les siècles nous ayant précédés. (...) Le passé hante les bibliothèques, non seulement dans les témoignages d'époque, mais aussi par les études savantes, les restitutions littéraires et les images de toutes sortes. Mais ma bibliothèque est aussi un concentré d'espaces. Toutes les régions de la terre y sont réunies, les cinq continents avec leurs paysages, leurs climats, leurs façons de vivre. Et même les lieux imaginaires comme Lilliput, la Cacanie, le désert des Tartares ou le Yoknapatawpha County, ou ceux à peine connus des humains et depuis longtemps explorés par les écrivains (...). Je peux m'y rendre en un instant, en changer sur-le-champ et même me trouver à deux endroits à la fois. Tout cela n'est pas sans rapport avec le divin, et voilà sans doute pourquoi, lorsqu'il s'agit de bibliothèque, il est si facilement fait appel au langage religieux. (...) Et Umberto Eco d'énoncer cette chose étrange : "Si Dieu existait, il serait une bibliothèque." Cela a sans doute à voir avec la capacité à maîtriser, dans une certaine mesure, temps et espace. (p.110-111)
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