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Par lecassin, le 13/01/2012
femmes de
Jacques Chardonne
La solitude chez soi, c'est le drame de la vie, pour beaucoup ; pourtant les êtres les plus heureux que j'ai vus, c'était des solitaires.
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Par Trissotin, le 30/05/2011
Le Ciel dans la fenêtre de
Jacques Chardonne
Je n'y retournerai plus. Je ne désire pas revoir des paysages connus, de vieilles figures, et même je veux oublier ce qui déjà m'abandonne, hâter le dépérissement autour de moi, déchirer la page que je ne relirai pas, briser la branche à demi-morte, déblayer un espace qui se dépouille, non pour me déployer dans un désert, mais afin de me resserrer et de mieux adhérer au plus vivace, choix suprême; fait de quoi ?
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Par Trissotin, le 30/05/2011
Le Ciel dans la fenêtre de
Jacques Chardonne
C'est une forêt de pins, pleine d'aromes; les branchages un peu convulsés sous une aigrette font une voûte ajourée et l'on voit au travers, dans les beaux jours, les nuages pareils à des amas de neige glisser sur un ciel d'azur frais; il y a des éclats dorés comme des taches de miel dans les sous-bois et ses feuillages légers, acacias, genêts qui recouvrent les dunes durcies sous les aiguilles de pin.
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Par lecassin, le 08/01/2012
Romanesques de
Jacques Chardonne
C'est vrai, on n'aime qu'une fois. Il y a un sentiment qui épuise à jamais, qui brûle tout. On en sort avec l'épouvante de l'amour.
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Par lecassin, le 30/01/2012
Claire de
Jacques Chardonne
On ne peut justifier la déception que nous causent ceux qu'on aime ; on peut à peine l'expliquer.
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Par stcyr04, le 21/04/2012
Les Destinées sentimentales de
Jacques Chardonne
C'est en variant sans cesse les formes et les décors qu'il suscita une mode en Amérique, le besoin contagieux de changer l'ornement du repas comme une femme change de robe, le désire d'acheter le dernier service Barnery, parce qu'il est joli, nouveau et qu'il vient de France. Alors, la porcelaine allemande fut évincée, et quinze mille ouvriers limousins retrouvèrent du travail.
Ils étaient réduits désormais à des gestes précis et rapides associés à la machine, mais la Fabrique produisait de plus beaux objets qu'autrefois, et ces hommes un peu dépossédés sentaient autour d'eux comme la présence d'un grand artisan, dont ils étaient solidaires : Barnery, qui percevait d'instinct l'action éparse des machines et des fours, l'unifiait, la concentrait en sa personne, si bien que la porcelaine semblait toute entière sortir de ses mains, quand il composait un nouveau service avec son modeleur. On était fier de travailler chez Barnery, parce qu'il possédait les plus grands bâtiments, employait beaucoup de monde et fabriquait la plus belle porcelaine. L'homme en blouse noire qui, d'une preste caresse circulaire, avec une chiquenaude qui tinte, trie les assiettes sans défaut; l'homme en blouse blanche, debout devant une motte de pâte tourbillonnant sur un tour, qui élève entre ses mains une pyramide fluide et fait éclore sous la pression des doigts l'ébauche d'une tasse; la femme qui imprime un décor sur la porcelaine et le moufletier qui le fixe au feu, surveillant par une petite ouverture la gueule rose du four; le peintre qui trace un cercle sur une coupe tournante, la main rigide cramponnée au pinceau; la brunisseuse qui polit un filet d'or avec une agate; le batteur de pâte, l'useur de grain, l'émailleur, le manœuvre, tous, dans les longs ateliers silencieux, participaient à une grande aventure.
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Par stcyr04, le 24/04/2012
Les Destinées sentimentales de
Jacques Chardonne
"Le solitaire est un dieu", se dit Jean qui tâtait ses poches, craignant d'avoir laissé comme la veille un de ses paquets chez Ségur.
Par sa nature l'homme est abstrait. Il est à son aise dans la métaphysique et dans l'absolu. Il est fait pour produire des lois, annoncer l'avenir, créer des paradis; mais il n'a pas conscience de ses propres gestes, il ne voit pas les formes et les couleurs, l'endroit où il se trouve, les gens qu'il rencontre; il vit parmi de fantômes et ses sensations mêmes sont incertaines, car la plupart viennent de la mode.
Ces réflexions voulaient dire : "une femme que l'on aime et qui partage votre maison introduit le réel dans l'existence. Pauline s'impose à moi comme une individualité indépendante que je ne puis ignorer. Elle m'a révélé la complexité du vivant".
Il voit toujours en Pauline, comme par transparence, la jeune fille de Barbazac, qu'il repoussait de son cœur et n'osait pas regarder, l'image proscrite, à jamais insérée en lui, émouvante et gracieuse. Cependant, celle qu'il nomme Pauline lui paraît aujourd'hui bien différente de cette première vision qui reste à la fois trompeuse et vraie, vague, démentie, persistante. Il n'a pas prévu cette Pauline actuelle, un peu silencieuse, parfois inquiète. Mais les traits nouveaux ne forment pas un être précis, ils changent suivant l'éclairage intérieur et composent la réalité indéterminée, la perpétuelle création de la vie et de l'amour.
Et, sur la route, tandis qu'il se hâte vers la maison, vers l'instant prochain si nécessaire, vers la femme qu'il veut toujours revoir, il s'aperçoit de cette presse et il admire le but limité, fragile, jamais atteint, l'audace de l'homme qui a fait son idole d'une créature imparfaite.
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Par stcyr04, le 25/04/2012
Les Destinées sentimentales de
Jacques Chardonne
- Je connais le rôle des syndicats. Il est nécessaire. Je reproche seulement à leurs dirigeants d'avoir dégoûté l'ouvrier de son travail. C'est très facile de faire croire à des malheureux qu'il existe un monde meilleur. Ce n'est pas vrai. Il n'y a pas de monde meilleur. Vous ne changerez rien que des apparences. Pendant des siècles encore, il n'y aura sur terre que des misérables qui travailleront pour d'autres. Ce seront toujours les mêmes qui commanderont, en leur nom ou pour le compte de la collectivité. Seulement les pauvres peuvent devenir plus pauvres. Cela dépend de leur maîtres.
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Par stcyr04, le 24/04/2012
Les Destinées sentimentales de
Jacques Chardonne
"Je suis voué à la contemplation, et les plus misérables tourments m'accaparent. Sans attache au sol, sans base naturelle, sans futilité, l'âme est trop exposée aux oscillations et au désordre. Une femme détestée peut me hanter, me jeter au plus haut, au plus bas de moi-même , m'inspirer l'enthousiasme du sacrifice, et puis me remplir de haine. Quand je veux la sauver, elle me perd..."
Si l'homme emmêlé aux créatures est si faible qu'il tombe quand il veut progresser, ne doit-il pas se détourner de la terre et se réserver à l'amour surhumain, à une communion purement spirituelle, qui englobe l'humanité inoffensive? Jean rejetait ce recours comme égoïste, impie et trop facile. On ne s'élève pas vers dieu d'un cœur rebuté, en déserteur qui fuit les créatures par un raccourci dans le vide; on le trouve par l'attachement aux êtres, dans les relations avec les choses, au bout des chemins de la terre et de l'apprentissage humain.
Jean inventait une religion pour compenser les croyances dont il se détachait. Il sentait sa faute très ancienne, pareille à un péché contre la vie, une erreur de direction.
Terrassé par des forces physiques, il ne pourrait plus jamais monter en chaire et parler en présence de Nathalie. Il aimerait mieux fuir sur cette route... Mais il rentrera chez lui. Dans le silence, on peut continuer froidement une vie de mensonge. Cela n'est pas difficile.
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Par nadejda, le 27/05/2011
Lettres à Roger Nimier de
Jacques Chardonne
Les optimistes sont redoutables ; ils entreprennent des guerres qui ne finissent pas ou s'achèvent par des victoires désastreuses ; ils prônent de gigantesques oeuvres de bienfaisance qui ruinent tout le monde ; ils ont un langage fier. Les pessimistes ne peuvent jamais dire ce qu'ils pensent : ils feraient moins de mal mais ils sont tristes ; c'est leur seul défaut. Je recommande un pessimisme gaillard, plein d'allant. Le principal est de voir au bon moment ce qui est possible et ce qui ne l'est pas.