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Le sel de
Jean-Baptiste Del Amo
Les cloches de l’église Saint-Louis éparpillaient midi sur les hauteurs de Sète. Leur rondeur de métal vibrait dans la moiteur du port et sur les plages où les vagues s’ourlaient et chuintaient, drapaient les cris des enfants.
(C'est mauvais, hein ? Ma critique sur bibliolingus.over-blog.fr)
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Par liliba, le 02/06/2010
Une éducation libertine de
Jean-Baptiste Del Amo
C'est un homme sans vertu, sans conscience. Un libertin, un impie. Il se moque de tout, n'a que faire des conventions, rit de la morale. Ses mœurs sont, dit-on, tout à fait inconvenantes, ses habitudes frivoles, ses inclinations pour les plaisirs n'ont pas de limites. Il convoite les deux sexes. On ne compte plus les mariages détruits par sa faute, pour le simple jeu de la séduction, l'excitation de la victoire. Il est impudique et grivois, vagabond et paillard. Sa réputation le précède. Les mères mettent en garde leurs filles, de peur qu'il ne les dévoie. Il est arrivé, on le soupçonne, que des dames se tuent pour lui. Après les avoir menées aux extases de l'amour, il les méprise soudain car seule la volupté l'attise. On chuchote qu'il aurait perverti des religieuses et précipité bien d'autres dames dans les ordres. Il détournerait les hommes de leurs épouses, même ceux qui jurent de n'être pas sensibles à ces plaisirs-là. Oh, je vous le dis, il faut s'en méfier comme du vice.»
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Par Nanne, le 31/08/2010
Une éducation libertine de
Jean-Baptiste Del Amo
Tant d'autres défilaient à l'atelier et Gaspard les découvrit peu à peu. Chacun portait jusque-là ses histoires, ses non-dits, des secrets bien gardés que l'on s'empressait de répéter après s'être fait désirer un peu. Billod se régalait de la confidence, jurait à longueur de temps de ne rien dire mais cédait au moindre assaut d'une cliente, puis faisait promettre le silence, ce qu'elle jurait à son tour avant de s'offusquer que l'on pût douter de sa parole. Ils apprenaient ensuite que l'un et l'autre n'avaient pas tenu promesse, se grondaient gentiment, souvent ne disaient rien.
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Par Aela, le 29/01/2012
Le sel de
Jean-Baptiste Del Amo
Ce pourraient être des îlots de lumière, des îles dans le courant que j'essaie de représenter; la vie elle-même qui s'écoule.
Virginia Woolf Journal
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Par Nibelheim, le 11/01/2009
Une éducation libertine de
Jean-Baptiste Del Amo
"Dans l'état où sont désormais les choses, un homme abandonné dès sa naissance à lui-même parmi les autres serait le plus défiguré de tous. Les préjugés, l'autorité, la nécessité, l'exemple, toutes les institutions sociales, dans lesquelles nous nous trouvons submergés, étoufferaient en lui la nature, et ne mettraient rien à la place. Elle y serait comme un arbrisseau que le hasard fait naître au milieu d'un chemin, et que les passants font bientôt périr, en le heurtant de toutes parts et le pliant de toutes parts."
Citation de Rousseau, à la fin d'Une éducation libertine.
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Une éducation libertine de
Jean-Baptiste Del Amo
Il sourit puis, contre toute attente, leva une main, la posa sur la joue de Gaspard. Les doigts parcoururent l’arête de la mâchoire, du lobe de l’oreille au menton, et le tissu du gant crissa sur la barbe naissante. « Alors, dans ce cas, que désirez-vous ? demanda-t-il avec une sollicitude retrouvée. – Devenir comme vous, monsieur », répondit aussitôt Gaspard. Il se reprocha son empressement. Étienne l’avait poussé dans ses derniers retranchements, et il le suppliait. L’index s’arrêta sur son menton, y imprima une pression. La rue autour d’eux avait disparu. Le halo de la bougie frémit sur leurs visages. « Oh, constata Étienne après un silence, devenir moi. » Gaspard était suspendu à ces paroles, relié par ce doigt sur son visage, à quelques centimètres de ses lèvres.
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Une éducation libertine de
Jean-Baptiste Del Amo
Il sourit puis, contre toute attente, leva une main, la posa sur la joue de Gaspard. Les doigts parcoururent l’arête de la mâchoire, du lobe de l’oreille au menton, et le tissu du gant crissa sur la barbe naissante. « Alors, dans ce cas, que désirez-vous ? demanda-t-il avec une sollicitude retrouvée. – Devenir comme vous, monsieur », répondit aussitôt Gaspard. Il se reprocha son empressement. Étienne l’avait poussé dans ses derniers retranchements, et il le suppliait. L’index s’arrêta sur son menton, y imprima une pression. La rue autour d’eux avait disparu. Le halo de la bougie frémit sur leurs visages. « Oh, constata Étienne après un silence, devenir moi. » Gaspard était suspendu à ces paroles, relié par ce doigt sur son visage, à quelques centimètres de ses lèvres. »
L’homme, libertin notoire, va initier le jeune garçon aux plaisirs décadents de la noblesse, de la crasse des bordels les plus sordides aux ors des dîners les plus prisés de la capitale. Mais bientôt, le comte de V. se lasse.
« Allons, n’as-tu pas eu ce que tu voulais ? dit-il. Ne m’en veut pas. J’ai grandi dans ces campagnes froides et ces maisons austères, dans une succession de salons et de parties de cartes. Je n’ai jamais rien désiré. Je n’ai jamais eu le temps de désirer. Chacune de mes attentes est comblée avant même que je ne l’éprouve. Tu souhaitais connaître la noblesse ? La voici. La noblesse, c’est l’ennui et tan de fantômes naissent de l’ennui. Des envies, il faut m’en créer pour me sentir vivant. Mais sitôt consommées, elles m’ennuient à nouveau. De tout temps c’est l’ennui qui me ronge, un profond, un sempiternel ennui me dévore comme une gangrène. Et déjà je m’ennuie de toi. » Gaspard éprouva l’abysse qu’il couvait de son ventre. Il ne parvint pas à prononcer un mot pour retenir le comte qui se dirigeait vers l’escalier, cet air d’affliction toujours peint sur ses traits. Puis alors qu’il posait un pied sur la première marche, Étienne se tourna : « Tu sais désormais ce en quoi tu excelles. »
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Une éducation libertine de
Jean-Baptiste Del Amo
De la même manière, songeait Gaspard, nous portons l'instrument de nos morts prochaines, caché en notre sein, quelque part, attendant en silence, d'une patience infinie.
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Une éducation libertine de
Jean-Baptiste Del Amo
Paris, nombril crasseux et puant de France. Le soleil, suspendu au ciel comme un œil de cyclope, jetait sur la ville une chaleur incorruptible, une sécheresse suffocante. Cette fièvre fondait sur Paris, cire épaisse, brûlante, transformait les taudis des soupentes en enfers, coulait dans l’étroitesse des ruelles, saturait de son suc chaque veine et chaque artère, asséchait les fontaines, stagnait dans l’air tremblotant des cours nauséabondes, la désertion des places.
Dans cette géhenne, la chaleur de l’été collait aux visages comme un masque, drapait les corps de feu, tuait les bêtes qui tentaient de survivre en quelque coin d’ombre, suffoquait les femmes aux poitrines poisseuses. Les glandes sudorales déversaient par flots leurs humeurs. Jaillies d’aisselles velues, elles s’écoulaient des fesses aux flancs puis sur les jambes. Fondue comme du beurre sur les fronts, la sueur piquait aux yeux, répandait son sel aux bouches haletantes. La crasse s’écoulait comme un sédiment, marquait les plis aux articulations de traces noires. On s’éventait avec un rien, un vieux chiffon, une gazette, une main. On soulevait, ce faisant, le remugle aigrelet des corps transpirants. La puanteur de l’un se mêlait à la puanteur de l’autre quand déjà les corps ne se frottaient pas, mélangeant leurs sueurs respectives. Cette pestilence gonflait les haillons, les vêtements de peu couvrant un reste de pudeur, montait paresseusement dans l’air stagnant, fleurissait, envahissait la ville entière.
Cette odeur d’homme flottait et rendait l’horizon incertain, c’était l’odeur même de Paris, son parfum estival. Paris suait, ses aisselles abondaient, coulaient dans les rues, dans la Seine. Paris, hébétée par cette incandescence, offrait ses chairs grasses à la liquéfaction. Dans l’imbroglio de ses entrailles, la foule haletait, avalait par goulées l’air corrompu, se traînait sans conviction le long des avenues, s’adossait contre la pierre tiède des ruelles, s’engouffrait dans l’orifice des culs-de-sac. Les étals eux-mêmes étaient ébahis de chaleur : les fruits flétris, les viandes et les poissons verdâtres, les légumes rabougris. Sur les amoncellements épars, le bruissement des mouches ignorait le geste las d’une marchande qui claquait un chiffon avant d’éponger son front, puis soulevait ses jupes pour aérer son entrecuisse moite. Une main se glissait dans la superposition des tissus pour gratter l’irritation de la peau. Elle ressortait brillante, musquée, se levait sans conviction pour interpeller un passant, tâtait les fruits, s’essuyait en remuant un sac de blé, déplaçait l’air chaud d’un geste de mépris quand l’autre continuait son chemin sans même un regard.
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Par alexmac, le 07/12/2010
Le sel de
Jean-Baptiste Del Amo
Albin songea que l’histoire de leur famille, commune et si particulière, pouvait être, en définitive, l’histoire de tous.