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Par paulotlet, le 10/05/2013
Le voyage de Luca de
Jean-Luc Outers
Je pris Luca dans mes bras et marchai jusqu'au bord de l'océan. Il faisait nuit à présent. Un cargo croisait au large et on apercevait au loin les lumières de la ville qui scintillaient dans l'eau. Luca s'était endormi, la tête posée sur mon épaule, bercé par le fracas des lames qui s'écrasaient face à nous. Je sentais contre moi sa mémoire minuscule qui se reposait enfin après cette rude épreuve. Comment faisait-elle pour emmagasiner tant d'immensité? Les déserts et les océans réussiraient-ils à y trouver place à l'abri de l'oubli et des plis du temps?
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Par paulotlet, le 28/03/2011
Corps de métier de
Jean-Luc Outers
La découverte que le fonctionnaire n'est rien d'autre qu'une espèce, résume essentiellement l'expérience professionnelle de Carl. De manière plus ou moins accentuée, chaque métier moule le corps de celui qui l'exerce. Le fonctionnaire n'échappe pas à la gueule de l'emploi. Bien sûr, pas de façon aussi éclatante que le boucher, par exemple, dont le sang est à fleur de peau au point que l'on ne sait plus très bien de quel sang il s'agit: le sien ou celui de l'animal qu'il découpe. Pas question non plus de rivaliser avec la croque-mort dont le visage - qui sait, le corps tout entier - a pris le teint des cadavres qu'il embaume. A une échelle moindre, certes, le corps du fonctionnaire a pris la forme de son environnement. A force de vivre en symbiose avec son milieu, il s'est transformé lentement au fil des âges. C'est pourquoi - Carl en est convaincu - le fonctionnaire constitue une façon élémentaire d'être, une possibilité naturelle, une espèce particulière. L'infinie lassitude, le regard absent, le désir secret d'en finir sont peut-être communs au fonctionnaire et au chou-fleur. De même que ce brunissement qui, avec le temps, colore l'un et l'autre, maladie de l'épiderme qui n'est que le symptôme d'une désagrégation intérieure. Il faut revoir de fond en comble la taxinomie des espèces. Voilà l'oeuvre immense à laquelle Carl veut contribuer. Commencer par réduire à néant les lieux communs, les idées reçues. Bien sûr, un chou-fleur ne fait pas de jogging, ne construit pas d'autoroutes, ne regarde pas la télévision, ne se balade pas dans les supermarchés. Bien sûr - Carl entend déjà ses détracteurs - il ne pleure, ni ne rit, ni ne parle. Et encore quelqu'un s'est-il jamais penché sur le langage des chou-fleurs? Leur mutisme affiché n'en dit-il pas autant que tous les solliloques?
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Par paulotlet, le 28/11/2012
L'ordre du jour de
Jean-Luc Outers
Cette note avait un ton pathétique inhabituel. M. Stark avait l'air désemparé et plus seul que jamais devant l'ampleur de sa tâche. Une chose me laissait perplexe: pourquoi l'angoisse du pouvoir s'exprime-t-elle à travers l'ordonnancement du temps? Que nous arrivions et partions à l'heure était le principal motif d'inquiétude de M. Starck. Ce à quoi nous passions nos journées n'avait finalement pour lui qu'une importance mineure. Notre présence, de la première à la dernière minute, suffisait à le rassurer. Cette peur était peut-être une peur de soi-même, la peur de se retrouver seul, abandonné comme un général en pleine bataille qui n'aurait plus de troupes à qui adresser ses ordres.
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Par paulotlet, le 21/04/2013
De jour comme de nuit de
Jean-Luc Outers
Un monde, en effet , séparait Bruxelles et La Louvière qu'un cataclysme semblait avoir détachée de la terre ferme pour l'envoyer à la dérive, créant une fracture entre les deux villes espacées de soixante kilomètres à peine.Même les bourgeois, pensait César, avaient largué le luxe de leurs villas, fuyant cette terre hostile. Et lui et ses camarades, le plus sérieusement de monde, par un mouvement de balancier, rêvaient de réinvestir les lieux pour quelque cause humanitaire, allumant une bougie dans la nuit.
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Par paulotlet, le 04/05/2011
La Place du mort de
Jean-Luc Outers
Depuis le départ, mon père occupait sans sourciller la place du mort. Je l'y avais installé sans lui laisser d'autre choix comme si ce voyage devait être l'ultime anticipation de la fin. Les habitants de l'autoroute nous percevaient peut être comme les passagers d'un étrange convoi où les places étaient fixées une fois pour toutes. Pour moi, ils n'étaient que des corps suspendus à leur volant, vidés des gestes qui les animent, le regard perdu dans le lointain, entre ciel et terre, des étoiles filantes.
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Par paulotlet, le 04/05/2011
La Place du mort de
Jean-Luc Outers
Peut-être me suis-je lancé dans ce voyage pour ébranler ce mur. A présent que les mots n'ont plus cours. Parfois je pense à eux, à tous ces mots que nous ne nous sommes pas dits et qui sont là quelque part, à jamais inutiles, je les imagine comme des castors rongeant l'inébranlable mur de l'incompréhension. Ce voyage est une expédition à la recherche de ce trésor enfoui. Mais pour arriver au but, nous devons inventer une autre langue, une langue qui ne serait pas fondée sur la parole.
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