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Par 270778, le 02/05/2010
La Somnolence de
Jean-Pierre Martinet
Que ta chaire est douce, petite fille...Aussi douce que les jeunes laitues du jardin de mon père, aussi tendre...Le rasoir y pénètre avec un plaisir de plus en plus grand. Tiens, reçois ce coup sur ta petite joue fraîche, et celui-là sur tes jolies lèvres, qui ne seront jamais souillées par aucun homme. Vide, le paradis ? Un désert ? Dieu, une langouste ? En tout cas, toi, ma chérie, tu vas te rendre compte qu'il y a du monde en Enfer. C'est surpeuplé, tu vas voir.
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Jérôme : (L'enfance de Jérôme Bauche) de
Jean-Pierre Martinet
"C'était elle, je commençais à le croire, qui ramenait l'hiver sur Paris. L'amour est glacial, comme l'enfer, à ce qu'on dit. Dur et inflexible. Surtout lorsqu'il n'est pas partagé (et l'amour, le vrai, n'est JAMAIS partagé). Il fallait continuer à avancer, dans ce désert, sans attendre le moindre encouragement, sans espérer le moindre répit. De toute manière, je n'étais nullement décidé à renoncer : on ne s'arrête pas en route pour un oui ou pour un non si l'on a décidé d'explorer vraiment la région des glaces, on ne revient pas en arrière."
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Jérôme : (L'enfance de Jérôme Bauche) de
Jean-Pierre Martinet
« Et puis, monsieur, je dois penser à Polly, je ne peux pas faire autrement, j’y pensais déjà dans le ventre de ma mère, quand j’étais bien au chaud, blotti dans ses entrailles, et j’y pensais après en avoir été expulsé, bien avant qu’elle soit née, et ce n’est pas rien, je vous prie de le croire, monsieur, de penser à Paulina Semilionova, c’est épuisant à force… »
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Par 270778, le 26/04/2010
Jérôme : (L'enfance de Jérôme Bauche) de
Jean-Pierre Martinet
Solange me répétait souvent, ces derniers temps, comme à peu près chaque année vers la mi-avril, qu'il allait falloir bientôt se méfier de la douceur de l'air. Surtout ne pas s'abandonner, ne pas se laisser aller à la nostalgie de l'amour et des caresses, car alors on est foutu. Foutu, tu comprends Jérôme? Sa voix ne me parvenait qu'assourdie, lointaine, comme celle d'une morte déjà, mais chaque mot se gravait dans ma mémoire. Oui, poursuivait-elle, mieux vaut respirer l'odeur infecte des canaux, eux au moins, avec leur eau croupie et toutes les saloperies qu'elle charrie, ne mentent pas. Que le printemps crève, qu'il ne revienne jamais.
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Par 270778, le 26/04/2010
L'ombre des forêts de
Jean-Pierre Martinet
Aucune douce lumière. Ni atroce blancheur de ciel. Se coudre les paupières, avec du fil de fer, comme l'on faisait autrefois avec les éperviers sauvages. Ne plus supporter cette saloperie qui me nargue, et continue à me cracher à la figure son immonde lumière jaunâtre, épaisse, gluante, du pus. Pas sommeil. Inutile d'insister. Heureusement qu'il me reste une bouteille de Saint-Emilion.
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Par 270778, le 10/04/2011
La grande vie de
Jean-Pierre Martinet
Ah, comme vos rues sont froides, messieurs, et comme on y meurt lentement, à petit feu, à petits pas, de chagrin et d'ennui ! Comme le coeur est lourd à porter en vos déserts ! On y chemine en exil toute sa vie. Etrange voyage d'hiver.
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Jérôme : (L'enfance de Jérôme Bauche) de
Jean-Pierre Martinet
"Vous me parlez de livres, monsieur, vous me parlez d'écrivains, mais je ne me souviens plus de tout ça. Je ne veux plus m'en souvenir. Que peuvent me faire à moi, toute la beauté du monde, toute l'intelligence du monde, si la souffrance est dans mon coeur, dans les moindres fibres de ma chair, dans mes couilles, partout, dans chaque visage entrevu, dans chaque parole prononcée, entre les cuisses de chaque femme croisée le matin, dans la rue ?"
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Par 270778, le 29/04/2010
Nuits bleues, calmes bières : Suivi de l'Orage de
Jean-Pierre Martinet
Ce soir-là, en rentrant chez lui, après avoir renversé une bonne dizaine de poubelles, égorgé trois chiens et giflé un aveugle saoûl qui l'avait pris pour Marylin Monroe (il avait essayé de l'enlacer au milieu de la rue, sous la pluie, mais il avait réussi à s'échapper. L'aveugle avait fini par glisser et gesticulait sur la chaussée en suppliant sa chère Marylin de revenir), il se dit que, décidément, il n'avait plus grand chose à voir avec le gentil petit garçon que sa grand-mère emmenait tous les soirs, en hiver, sous les flocons de neige en coton hydrophile, aux "Dames de France", place Abel-Surchamp, à Libourne, se gaver de pâtes de coing à cinq francs, au milieu des ampoules rouges et bleues clignotantes.
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Par 270778, le 03/05/2010
La Somnolence de
Jean-Pierre Martinet
Nous nous sommes aimés, nous avons dormi pendant des années ensemble, dans les mêmes draps, sous les mêmes couvertures, engourdis l'hiver, apathiques l'été, le plus souvent ivres morts, dans la même chaleur malsaine, mêlant nos deux odeurs nauséabondes en une seule odeur pestilentielle, regardant les mêmes maronniers désespérants, noirs l'hiver, vert sale l'été, jaune pourrissant l'automne, guettant les mêmes oiseaux morts, les mêmes printemps crasseux, les mêmes fantômes sournois.
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Par 270778, le 29/04/2010
Ceux qui n'en mènent pas large ; Au fond de la cour à droite de
Jean-Pierre Martinet
L'air devenait irrespirable. C'était à cause de Marie Beretta. Chaque fois qu'il pensait à elle, il étouffait. C'était une souffrance qu'il n'aurait pas su décrire. Même un génie de l'écriture, un Chandler, un Mac Coy, aurait baissé les bras. D'ailleurs qui lui demandait de décrire cette souffrance ? Juste le sommeil. Juste le sommeil consolait. Ou peut-être la mort, comment savoir ? Où était la ligne de partage des eaux ?