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Par Malaura, le 20/12/2011
Les lois de la gravité
de
Jean Teulé
Une ville grise de Normandie…
Par une nuit pluvieuse, une femme quitte son HLM et pénètre dans un commissariat.
Gilles Pontoise, le flic de garde, la voit débarquer dans son bureau.
Elle vient se constituer prisonnière pour le meurtre de son mari, survenu dix ans plus tôt, alors que la police avait conclu à un suicide.
A minuit, son crime sera prescrit.
Rongée de remords la femme veut être arrêtée. Mais Pontoise s'y refuse catégoriquement car le mari était un salaud, un rustre de la pire espèce qui battait sa femme.
Toute la nuit, il tente de la dissuader…
Avec son style rentre dedans, Jean Teulé fait de cet épisode tiré d'une histoire vraie, un face-à-face intense et intrigant où s'affrontent deux solitudes, deux laissés pour-compte au bout du rouleau.
Entre le commissaire plus voyou que flic, drogué et las, et la femme pleine de remords, droite et vertueuse, plane une incompréhension qui, crescendo, se mue en violence.
Chacun campant sur ses positions, le huis clos au départ informel devient oppressant, enfle, déborde de brutalité jusqu’à ce que l'un des deux, au petit jour, baisse enfin les armes.
L’unité de lieu : le commissariat, la nuit ; l’unité de temps : la longue nuit de confrontation entre les deux personnages ; le côté exacerbé de ce duel éprouvant entre deux consciences qui ne cessent de récuser les arguments de l’autre en refusant de s’avouer vaincu…
D’emblée l’on pense au film de Claude Miller, « Garde à vue », magnifique face à face entre un Lino Ventura en flic intransigeant et un Michel Serreau en suspect ambigu.
Si le rapprochement s’arrête là, l’aspect cinématographique ou théâtral dans le roman de Jean Teulé est bien présent et l’on n’a aucun mal à imaginer ce huis-clos troublant interprété sur une scène de théâtre, devant un lecteur/spectateur se faisant le témoin d’un affrontement qui, au fil des heures, va passer de la civilité à la grossièreté, du conseil ami à l’avertissement menaçant, de la patience à la violence et de la révolte à la capitulation.
Excès, débordements, outrances…une situation qui devient paroxystique, quelquefois même hallucinée et que Teulé, avec sa faconde colorée et son verbe haut, apaise parfois d’un trait d’humour noir et cru, pour mieux nous replonger la tête sous l’eau à la scène suivante.
« Il est Monsieur, des amours sans douceur », dit la femme à Pontoise…l’auteur de « Darling » ou plus récemment de « Charly IX » le prouve encore une fois en malmenant un lecteur qui, même s’il se trouve quelquefois au bord de la nausée, même s’il se laisse aller parfois à des interjections exprimant dégoût, offuscation ou effarement, au final en redemande…
Champ gravitationnel où la misère sociale et la violence ordinaire soumettent les êtres à une irrémédiable chute comme les lois de la pesanteur régissant l’univers, ce bref roman qui se lit avec empressement ne possède toutefois pas la même force d’attraction qu’un « Je, François Villon » ou qu’un « Montespan ».
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Par Couperine, le 08/01/2012
Longues peines
de
Jean Teulé
Encore une belle réussite du Sieur Teulé qui met ici en scène tout l'univers carcéral. Rien ne lui échappe, pas le moindre petit détail, et peu importe si le lecteur a le sentiment d'étouffer. Bien au contraire.
Comme à son habitude, c'est avec un franc parler et un style cru que Teulé va passer à la moulinette tous ceux qui gravitent dans ou autour de cet univers. Les prisonniers sont regardés à la loupe : du voleur au pédophile chez les hommes, différentes catégories de meurtrières chez les femmes. Les surveillants pénitentiaires ne sont pas exclus de l'histoire, du novice au vieux de la vieille (non exempt de faute d'ailleurs). Quant au directeur de la prison et sa femme, ce sont deux personnages qui haut en couleurs.
Tout y est : le parloir, les promenades, les douches et le danger de s'y faire abuser sexuellement, les différents manques (de sexe notamment), le courrier et les différentes correspondances...
Teulé ne censure rien et le lecteur profitera de tout : les peines, les souffrances, la folie s'installant insidieusement... Bref, l'horreur humaine concentrée.
A lire absolument !
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Par Couperine, le 09/10/2011
Darling
de
Jean Teulé
Voici un roman de Jean Teulé un peu particulier. Entre biographie et interview fictive, il fait ici le récit de Catherine Nicolle, jeune femme qui a subi tout au long de sa vie les aléas vertigineux de l'existence. Rejetée par ses parents, des paysans se préoccupant plus de leurs deux garçons que de cette dernière bouche inutile à nourrir, la petite ne rêve que d'une chose : épouser un routier. Elle exècre l'agriculture, déteste le parfum des fleurs, au point d'en dessiner, telles des peintures rupestres, avec son sang menstruel sur les murs de sa chambre. Pourtant, Catherine aurait pu être heureuse : un couple sympathique, Chantal et Bernard Clément, tenant une boulangerie-pâtisserie, l'avait prise comme apprentie. Elle aurait pu avoir un bon métier. Le fils Blandamour, Vincent, en était raide dingue, prêt à l'épouser. Mais tel Perceval et le Graal, celle qui voulait qu'on l'appelle Darling n'a pas su saisir sa chance. L'appel des camions était plus fort que tout et lorsqu'elle trouva son Roméo, Joël Épine, elle s'empressa de le suivre. Éternel recommencement, elle eut à subir avec lui le pire : coups, viol, perversions sexuelles etc... La pauvre Catherine devint la victime quotidienne de ce routier qui, très vite, arrêta de travailler et sombra dans l'alcool et la violence en découlant. Et même lorsqu'elle le quitta, lorsqu'elle retrouva l'amour, la chance lui passa à côté...
Âmes sensibles s'abstenir ! Ce texte est non seulement poignant mais violent. Il vous remue jusqu'aux tripes, ne vous laissant aucun répit. La vie de Catherine vous impose la nausée. Entre cruauté et perversion, la pauvre avait peu de chance de s'en tirer. Un troublant hommage à toutes celles qui vivent l'enfer au quotidien.
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Par Lolokili, le 11/09/2011
Je, François Villon
de
Jean Teulé
Jovialement glauque et instructif !
Pourtant persuadée d’avoir depuis longtemps intégré le club des âmes sensibles, je ne parviens pas à être totalement dégoûtée par ces joyeusetés moyenâgeuses. La lecture de cette destinée à la fois sombre et cocasse reste très divertissante, sans doute grâce à l’humour imparable de Jean Teulé et au principe du "plus c'est gros, plus ça passe"...
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Par Cath36, le 17/01/2011
Mangez-le si vous voulez
de
Jean Teulé
C'est une histoire à vous couper l'appétit à défaut du souffle : celle d'un jeune aristocrate intelligent, bon, sensible qui se trouve au mauvais endroit au mauvais moment. Pris à partie par une foule en furie, il finira lynché et même dévoré par celle-ci. le préfet, sorte de Ponce Pilate du XIXe, qui était censé intervenir pour le sauver, aura ces mots funestes et prémonitoires qui condamneront à une mort certaine un innocent : mangez-le si vous voulez.
Le lecteur a l'impression d'une descente en enfer qui ne s'arrête que lorsque l'épouvantable est commis, et que la foule semble se réveiller de sa démence.Effroyable mais vrai.
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Par Couperine, le 26/08/2011
Mangez-le si vous voulez
de
Jean Teulé
Âmes sensibles s'abstenir ! Ce roman est d'une violence... il donne presque la nausée. Mais attention, ce n'est pas la faute de l'auteur. Non, c'est surtout de penser que cette histoire est réelle. Le village de Hautefaye a, en effet, été le lieu d'une innommable barbarie. A l'heure actuelle, il y a encore une certaine honte. Une stèle commémorative ne sera d'ailleurs installée qu'en 1977, soit plus de cent ans après les faits...
Mais revenons un peu sur le déroulement : Nous sommes le 16 août 1870, un mois après la déclaration de guerre de la France à la Prusse. Les villageois, en ce jour de foire annuelle, commencent à apprendre que des défaites françaises ont eu lieu. Un des leurs vient de perdre son fils, mort glorieusement pour la Patrie. Le jeune Alain de Monéys, aristocrate en charge d'un domaine, se rend à la foire. Il trouve son cousin, Camille de Maillard, résume et commente les nouvelles, allant jusqu'à lâcher : « L'empereur est foutu. Il n'a plus de cartouches. » Son ton arrogant ne plaît pas. Il effraie la population. Aussi, on l'accuse d'avoir crié « Vive la Prusse ! » Le voyant poursuivi, Alain demande ce qu'il se passe et veut le défendre. Mal lui en prend :
- Eh bien, mes amis, que se passe-t-il ?...
- C'est votre cousin, explique un colporteur. Il a crié : « Vive la Prusse ! »
- Quoi ? Mais non ! Allons donc, j'étais auprès et ce n'est pas du tout ce que j'ai entendu. Et puis je connais assez de Maillard pour être bien sûr qu'il est impossible qu'un tel cri sorte de sa bouche : « Vive la Prusse »... Pourquoi pas « À bas la France ! » ?
- Qu'est-ce que vous venez de dire, vous ?
- Quoi ?
- Vous avez dit « À bas la France »...
- Hein ? Mais non !
- Si, vous l'avez dit ! Vous avez dit « À bas la France ».
Voici donc le point de départ du calvaire que va endurer par la suite Alain. Les villageois, rendus fous furieux par une haine insatiable vont le pourchasser et lui faire subir les pires tortures. Seuls trois ou quatre amis vont essayer de faire entendre raison, en vain, à cette horde déchaînée. On ne le reconnaît plus, lui qui était pourtant membre du conseil municipal et premier adjoint. On ne voit en lui qu'un Prussien, LE Prussien, celui qui va devoir payer pour le sang versé par leurs fils ou leurs pères. Teulé prend la peine, à chaque début de chapitre, de faire un croquis afin de nous montrer, suivant le déroulement des actes, où se trouve Alain. Ceci ressemble presque aux stations du Christ. Mais le pauvre homme ne finira pas sur la croix mais sur le bûcher, jeté à demi-mort dessus pour une ultime épreuve. Comble de la barbarie, les villageois feront couler sa graisse sur des tartines de pain et vont s'en délecter sauvagement et avidement. La femme de l'instituteur ira jusqu'à manger les parties intimes du supplicié, ce qu'elle appellera « les bonbons du baptême ». Quant au titre, « mangez-le si vous voulez », il vient de la phrase qu'aurait prononcé le maire.
Bizarrement, tout retombe soudain comme un soufflé (si j'ose employer cette métaphore culinaire). Le corps carbonisé du pauvre homme est mis entre deux draps dans l’Église. Le lendemain, les villageois semblent sortir de leur torpeur, comme s'ils se réveillaient d'un mauvais rêve. Mais toute une journée d'inhumanité, de barbarie sans nom laisse des traces. Bien entendu, ils seront jugés. Mais il est difficile d'instruire l'affaire... comment condamner tout un village ? On prend alors les cas les plus importants, les meneurs. Quatre seront condamnés à mort, neuf aux travaux forcés (dont un à perpétuité), six à la prison et un, âgé de 14 ans, à la maison de correction jusqu'à ses 21 ans.
Les esprits chagrins et chafouins (cela va de pair en général) m'argueront qu'un tel sujet ne pouvait que plaire à Jean Teulé, qui se complait souvent, par son style cru et enlevé, dans les descriptions des pires abominations. Certes. Mais en attendant, j'ai appris ce fait réel grâce à son livre. On ne l'enseigne pas (ou plus ?) dans les manuels d'Histoire, et pour cause....
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Par Couperine, le 11/09/2011
Charly 9
de
Jean Teulé
Pauvre Charles IX ! Accéder au trône de France lorsque l'on est âgé de dix ans, voilà qui a de quoi traumatiser. Même si la régence est confiée à sa mère, Catherine de Médicis, celle-ci ne va pas le ménager. Charles devient l'héritier de la couronne dans une période troublée : les guerres entre protestants et catholiques font rage. Catherine tentera de signer une paix entre les deux partis en faisant épouser sa fille Marguerite, avec un protestant, le futur Henri IV. Cependant, les huguenots sont encore trop violents et trop importants à ses yeux. Après l'attentat de ces derniers contre Coligny, elle tente de convaincre Charles IX, âgé alors de 22 ans de les éradiquer. Teulé met en relief l'atmosphère tendue.
Catherine va pousser son fils dans ses retranchements jusqu'à temps qu'il accepte et ordonne le massacre, cette boucherie dont il ne se remettra jamais. On sent bien l'être fragile qui souffrira de la préférence de sa mère envers le futur Henri III qu'elle appelle « ses chers yeux ». Catherine apparaît ici comme une maîtresse-femme qui sait ce qu'elle veut. Puissant stratège, elle fait fi de tout lien maternel. La couronne avant tout. Peut-on / doit-on lui en vouloir ? Le fait est qu'elle détruira ce fils qui n'avait besoin que d'une chose : être considéré. On le voit bien d'ailleurs dans ses relations avec les femmes. Il sera à la recherche de cet amour maternel qui lui a tant fait défaut.
Avec brio, Jean Teulé va faire rentrer le lecteur dans ce siècle et, surtout, dans cette période où il ne fait pas bon vivre et lui faire partager les sentiments et ressentiments des personnages. La lecture est aisée et agréable. On apprend énormément. Et même si, quelquefois, le sourire l'emporte, notamment en imaginant ce pauvre Charles, devenu fou, faire sa chasse à courre dans le palais, on plaint le plus souvent ce pauvre être naît à une mauvaise période.
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Par michaels, le 23/05/2011
Le Montespan
de
Jean Teulé
C’est vrai, ce livre est un petit bijou. Une histoire cocasse qui ne m’a par contre pas toujours fait rire, mais au contraire souvent dégoûté et affligé. Les mœurs et l’hygiène de l’époque à la cour de Versailles sont les raisons de mon dégoût. L’attitude du marquis de Montespan et son amour déraisonnable pour une marquise qui n’en a que faire de lui, trop occupé à se faire salir par le roi pour acquérir du futile plaisir matériel est la raison de mon accablement et de mon dépit.
Jean Teulé a su dépeindre ici la totale absurdité de la situation. Autant, au début on ne peut que trouver beau l’attitude du Marquis lorsqu’il apprend son cocufiage, autant par la suite, son attitude nous insupporte. On n’a envie de lui mettre des claques, de lui ouvrir les yeux. Mais on le sait l’amour peut rendre aveugle et ici l’expression a tout son sens… Combinez l’amour à la passion et à un excès de possessivité et le tour est joué… De nos jours, il y a encore pleins de Marquis de Montespan. On peut cependant donner au mérite du Marquis un certain courage ou une certaine folie, ça dépend.
En définitif, « Le Montespan » est un excellent livre. L’écriture est d’autant plus très bonne et agréable, même si le contenu est très explicite. A ne pas mettre entre les mains d’innocents et d’innocentes !
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Par Couperine, le 05/12/2011
Les lois de la gravité
de
Jean Teulé
Tous ceux qui n'aiment pas cet auteur pour son langage cru ou la violence des images devraient, à mon avis, commencer par ce roman.
Celui-ci se déroule pratiquement à huis-clos. Jimmy, homme antipathique, violent, battant comme plâtre sa femme, de dix ans plus jeune que lui, et ses trois enfants, est sorti de l'hôpital, la veille, pour une tentative de suicide aux barbituriques. Loin d'être calmé, lorsqu'il réintègre son appartement, il insulte sa femme et lui demande de l'argent. Devant le refus de cette dernière qui ne peut pas répondre à son attente (simple factrice, elle se bat seule pour payer le loyer, nourrir ses enfants), celui-ci menace une nouvelle fois de se suicider en sautant par la fenêtre, l'appartement étant situé au onzième étage. Que se passe-t-il alors dans la tête de son épouse ? Elle lui dit de sauter et le pousse alors qu'il était en équilibre précaire sur le rebord de la baie vitrée. La police en arrive très rapidement à la thèse du suicide est l'affaire est close.
Oui mais voilà.... la veuve a sa conscience qui la travaille. Elle a même l'impression que ses enfants, Jennifer, Cédric et David se doutent de quelque chose et lui en veulent. N'en pouvant plus, elle décide d'aller se rendre. Au commissariat, on lui dit de revenir le lendemain. Elle aurait pu réfléchir encore un instant, mais son honnêteté reprend le dessus. Le lendemain, elle retourne donc se livrer. C'est le lieutenant Gilles Pontoise qui la reçoit. Elle n'a que jusqu'à minuit pour donner ses aveux. Tout aurait dû bien se passer mais c'était sans compter sur les sentiments éprouvés par l'officier...
Je le disais, ce roman est beaucoup plus en retenue que les autres. Bien entendu, il s'agit d'une fiction. On ne peut donc pas faire référence à un évènement précis. En revanche, le lecteur est torturé par les remords de cette bonne femme qui tente à corps et à cris de clamer sa faute.
Du Teulé d'un autre style !
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Par LiliGalipette, le 25/11/2011
Je, François Villon
de
Jean Teulé
En 1431, alors que Paris est encore aux Anglais et que la pucelle de France a brûlé sur le bûcher ennemi, celui qui allait devenir un grand poète voit le jour. François dit Villon ne connaît pas longtemps sa mère qui est suppliciée pour vol. Confié à la douce garde du chanoine Guillaume de Villon, François grandit comme une herbe folle. Destiné à la tonsure et à l’étude juridique, le jeune homme ne veut pas être clerc. Turbulent, impertinent et élève médiocre, il boit trop d’hypocras avec de joyeux compagnons de folies et préfère la compagnie des coquins et des ribaudes à celle des maîtres de l’université. Très tôt s’éveille en lui la passion du verbe et de la composition : « Je songe à d’autres vers, je ressens des rimes inconnues qui frissonnent. » (p. 67) C’est dit, François Villon sera poète. Mais il ne ravira pas les cours des puissants avec son talent : ce qu’il veut, c’est chanter la liberté et les forfaits de ses compagnons, quoi qu’il lui en coûte : « Je veux cette vie-là jusqu’à la corde. Ah, je me plais dans cette ordure. Ah, nom de dieu ! » (p. 80)
Alors que son bon tuteur se désespère de le voir mal tourner, François n’aspire qu’à vivre mille expériences criminelles. « Nous avons perdu en François un honnête homme mais nous avons gagné à jamais un grand poète. » (p. 91) Entouré de canailles et de putains, il passe sa jeunesse entre farces d’écolier et affronts aux puissants et aux riches. Quand les blagues de potache le lassent, il rejoint la Compagnons de la Coquille, célèbres écorcheurs sans foi ni loi, sans pitié ni tabou. Il apprend leur langue argotique et devient leur poète attitré, celui qui rime les pires forfaits et chante les crimes les plus hideux. « Voilà, c’est fait. Je vais pouvoir apprendre puis écrire dans votre langue. J’ai réalisé un vol scandaleux aux yeux de tous et commis un crime écœurant devant témoins. » (p. 194) François n’en était pas à son premier crime, mais après ce baptême d’infamie, il consomme définitivement la forfaiture en s’accoquinant avec cette sinistre troupe. Pour eux, il sacrifie même sa belle et tendre Isabelle.
Tant de vilenies lui forgent une réputation qui dépasse Paris et le précède. « Vous êtes le mauvais garçon du siècle ! » (p. 276) s’exclame un noble. Personne n’en doute et les forces de l’ordre courent après lui tant qu’elles le peuvent. Mais Villon est un grand chanceux : souvent capturé et dûment torturé, sans cesse promis au gibet ou à toute autre mort violente, il doit son salut à de bienveillants ou improbables intercesseurs. Le temps passant, Villon se lasse de cette vie de fuite et d’horreur. Toute la fragilité de son existence lui saute aux yeux : « Mon destin – la désespérance d’un poète en haillons qui laissera à toutes les broussailles d’ici à Roussillon les lambeaux de son méchant vêtement. » (p. 325) De retour à Paris, il désespère de trouver la paix. Là encore, sa réputation l’a précédé et s’est fabuleusement développée, à tel point que le poète ne s’y reconnaît pas : « Je constate que je suis débordé par le personnage légendaire que je deviens pour la jeunesse à Paris. » (p. 407) Sa fin, quelle est-elle ? Banni de la capitale, il disparaît derrière les remparts et ainsi commence à tout jamais la légende du premier poète maudit.
Le texte s’ouvre sur la description d’un bûcher et d’un corps consumé. Détails à l’appui, le lecteur comprend immédiatement qu’il ne sera pas pris avec des pincettes dans ce roman ! Il est plongé dans la crotte, le vice, l’ordure et la débauche de la tête au bout des chausses. Jean Teulé s’y entend pour étaler des chairs plus ou moins roses et des corps suppliciés, toujours avec truculence et humour. La machine humaine n’est pas grand-chose face à la machine de la douleur. L’époque dont traite le texte était propice aux supplices et à la fameuse question capable de faire avouer un saint. Avec la menace permanente du gibet de la torture, la cruauté devient un spectacle dont se régalent les puissants et les gueux. Et avec quel panache les mauvais garçons rendent leur dernier souffle : les truands vont à la mort en fanfarons !
Alors que passent les grands l’époque, le roi Charles VII et son fils Louis ou l’évêque Thibaut d’Aussigny célèbre pour son manteau cousu de langues humaines, François Villon semble un parmi d’autres. Jean Teulé écrit ici un roman biographique, mais c’est le roman qui prend toute la place. La vie du poète est tellement extraordinaire et ponctuée d’évènements improbables que nous n’aurions nulle difficulté à croire que cette histoire est sortie tout droit de l’imagination de l’auteur.
Dès la construction du titre, Jean Teulé nous immerge dans la langue médiévale. Il utilise des termes désuets et déploie un lexique d’une grande richesse. Parler des choses de l’époque avec les mots de l’époque, c’est encore ce qu’il y a de mieux pour apprécier toute la saveur d’un récit ! Et les illustrations et gravures renforcent encore l’impression que nous avons remonté le temps.
L’auteur a écrit des romans similaires sur Verlaine et Rimbaud, alors devinez donc qui il cite en exergue ! Sous ce haut patronage à rebours du temps, l’histoire et la poésie de François Villon peut s’écrire sans difficulté. Jean Teulé pousse l’audace jusqu’à trouver l’origine de la ballade des ‘Neiges d’antan’ et écrit un épisode d’enfance aussi touchant que probable sur la source d’inspiration du texte que Villon écrivit à 14 ans et qu’il clouât sur le gibet de Montfaucon. En reproduisant à l’identique les plus fameuses compositions du poète vagabond et en lui donnant la parole, Jean Teulé lui rend un hommage qui transcende les âges et qui fait rimer liberté avec majesté, même si elle ne règne que sur les bas-fonds.
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Par LiliGalipette, le 04/08/2011
Le Magasin des suicides
de
Jean Teulé
« Vous avez raté votre vie ? Avec nous, vous réussirez votre mort. »
Le monde est maussade, sombre, sinistré, triste et désespéré. Les humains ne pensent qu’à mourir et les morts volontaires se multiplient. Dans une rue de Paris, le Magasin des Suicides prospère : « c’est un petit magazin où n’entre jamais un rayon rose et gai. » (p. 7) Géré depuis des générations par les Tuvache, cette boutique est la fierté de la famille. Dans les rayonnages, on trouve tout ce qu’il faut pour passer ad patres : cordes, armes blanches, armes à feu, poisons et autres originalités macabres. « Nos suicides sont garantis. Mort ou remboursé ! » (p. 24) Pour Lucrèce et Mishima, les parents Tuvache, ce métier est presque un sacerdoce. C’est en tout cas une mission d’intérêt public : « On est là juste pour rendre service en vendant des produits de qualité. » (p. 24)
Les enfants Tuvache, Vincent et Marilyn, sont acquis à la morosité mondiale et au commerce de leurs parents. Si la vie les écœure, ils sont prêts à aider les autres à mourir. Et ils ne manquent pas d’inventivité. Mais voilà que le petit dernier, Alan, sourit, tout le temps, à tout le monde. Or, « personne n’a jamais souri dans la famille Tuvache. » (p. 8) Devant l’indéboulonnable optimisme du bambin, les parents Tuvache craignent pour leurs affaires. Que faire d’un enfant qui dit « au revoir » au lieu de « adieu » aux clients ? Lutter contre la joie de vivre semble la seule solution, mais insidieusement, un rayon rose et gai entre dans le Magasin des Suicides. Et c’est à mourir de rire…
Loufoque et bouffon, ce texte est un roman noir servi à la sauce guimauve. Ou le contraire. Alan qui est d’abord le vilain petit canard devient finalement le fils prodigue. L’enfant est définitivement installé du côté des verres à moitié pleins et des lendemains qui chantent. Alan, c’est la graine qui germe doucement avant d’imposer une ramure magnifique. Il faut longtemps aux Tuvache pour reconnaître l’importance du trésor que renferme Alan. Mais finalement… « Lucrèce, Marilyn, Mishima, Vincent… À tous, il leur manque Alan comme il manque un sens à l’existence. » (p. 105)
Humour noir et sarcasme sont au rendez-vous et les situations tragi-comiques s’accumulent. Faire de la mort un marché, c’est culotté. Capitaliser sur le malheur des autres, c’est carrément ignoble, mais quand c’est fait avec éthique… Férocement drôle, ce court roman se lit rapidement et avec jubilation. Voilà un texte qui ne laisse aucune prise à la morosité. Vous avez un coup de blues ? Lisez-le ! Vous ne verrez plus un nœud coulant de la même façon…
L’écriture et la narration de ce roman se prêtent à la mise en scène et à la représentation. Je suis curieuse de découvrir l’adaptation qu’en propose Patrice Leconte, sous la forme d’un film d’animation très prometteur. Sur les écrans au printemps 2012.
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Par carre, le 12/01/2012
Le Montespan
de
Jean Teulé
Teulé continue avec verve et talent de nous offrir des petits romans historiques, à la fois incroyablement vivant et constamment passionnant.
Il jongle avec un plaisir juvénile avec les mots pour notre plus grand plaisir. Il rend hommage à ce cocu magnifique qui brave l'autorité du roi avec une naiveté et un courage hors du commun.
Teulé plante sa plume comme un enfant son doigt dans un pot de confiture avec insolence et gourmandise, et nous lecteur, on ce prend d'affection pour ce Montespan pathétique.
Truffés d'anecdotes les réticents au roman historique se prendrons au jeu. Un Montespan certe cocu mais révolté et indomptable. Vive Teulé.
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Par coquelicot5602, le 16/12/2011
Charly 9
de
Jean Teulé
Merci Jean Teulé pour ce cours d'Histoire de France!
Charles IX, appelé ici Charly IX, a 10 ans lorsqu'il monte sur le trône de France! C'est sa mère, Catherine de Médicis qui assure la régence pendant les plus jeunes années de son fils. Néanmoins, elle gardera toujours sur lui une forte emprise, jusqu'à le convaincre de signer l'autorisation du massacre de la Saint-Barthélémy...
Le 24 août 1572, donc, le massacre des protestants s'étend dans la France entière. Charles IX, fragile aussi bien physiquement que psychologiquement, ne s'en remettra jamais, du haut de ses 22ans. Dès lors, commence pour ce malheureux jeune garçon une véritable descente dans les méandres de la folies. On le voit organiser des chasse à courre à l'intérieur du Louvre, essayer les selles des chevaux sur son dos, pleurer comme un enfant sur son trône.
Il est impossible de complètement rester insensible au sort de ce jeune homme qui n'était pas fait pour être roi, surtout à une époque où la France connaissait des années si sombres! Pour essayer de se faire aimer de son peuple, il décide d'offrir du muguet pour le 1er mai (Charles IX nous aura laissé cela!). Mais c'était sans prévoir que le peuple, affamé, le mangerait et mourrait empoisonné!
Quant à la tradition du poisson d'avril, il en est également (malgré lui!) à l'origine.
Charles IX est mort à 23ans, suant le sang par tous les pores...
L'écriture de Jean Teulé, moderne et très crue, confère au livre une dimension tantôt comique tantôt pathétique. Le cocasse côtoie l'horreur des massacres, de la violence. Teulé excelle dans le roman historique, il nous instruit en nous faisant rire!
On retrouve également Ronsard, complètement sourd, le futur Henri IV (époux de la soeur de Charles IX, Marguerite, dite Margot) qui incommode tout son entourage car il ne se lave jamais...
Pour terminer, je conseillerais ce livre à tous ceux qui veulent en apprendre davantage sur la France du XVIème siècle, mais aussi, pour faire simple, à tous ceux qui veulent passer un bon moment!
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Par sultanne, le 28/08/2011
Le Montespan
de
Jean Teulé
Jean Teulé est sans conteste le Stendhal de notre temps (la vulgarité en plus !).
Sa plume est digne des grands romanciers français du XIXème siècle et je l’inscris dans leur lignée. Un fond historique et deux-trois personnages, il en fait un chef d’œuvre…
J’ai retrouvé dans Le Montespan toute la verve que j’avais rencontrée dans Charly 9. Jean Teulé a l’art et la manière d’écrire des faux romans ; c’est-à-dire des romans où il ne se passe rien : pas de rebondissement, d’intrigue ou d’inattendu. Par ailleurs, ses héros, Le Montespan le premier, ne sont pas de vrais héros : ils ne font rien d’autre que d’être eux-mêmes, laissant couler leurs jours, jouissant simplement des faits historiques qui se sont greffés à eux (bien souvent de façon complètement involontaire), pour être « faits » héros par Teulé.
Son style est un vrai bonheur : tantôt maltraitant son lecteur en le plongeant dans un langage cru, vulgaire au plus haut point, choquant, même… tantôt se faisant pardonner par une description magnifique de poésie. Teulé utilise ici un présent de narration très efficace : le lecteur est dans l’action, il entre, témoin, par la lorgnette de l’auteur pour scruter un temps qui n’est plus le sien et qu’il va sans aucun doute ou détester ou juger, mais qu’il ne comprendra pas toujours. Il renouvelle le roman historique, le modernise : n’attendez pas des faits précis regardés à la loupe et datés indubitablement… non, prenez bien plutôt une époque et découvrez-en à travers des exemples plus ou moins fictifs, les mœurs, les manières, ce qui se faisait, ce qui ne se faisait pas… On apprend ainsi, mais de façon très détournée, comment un corps d’armée se formait et se finançait sous Louis XIV, comment la mode se diffusait, comment l’information circulait et à quel rythme, quelles étaient les lois qui régissaient le mariage… etc
Bref, un concentré d’informations précieuses que l’on ne décèle pas immédiatement, tant la plume de Teulé sait cacher ses talents. Ce dernier sait faire renaître toute une époque morte et enterrée depuis longtemps, sa plume est féroce, belle et profonde, changeante aussi. Voilà pourquoi on ne s’ennuie pas en le lisant. Il manie à ravir jeux sur les sonorités afin de nous plonger au cœur d’un combat ou en plein milieu d’une scène frivole…
Bref, un véritable feu d’artifice, ce Montespan, qui aurait, qui sait, été digne de ceux donnés à Versailles en l’honneur de la Montespan.
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Par Akajou, le 23/01/2012
Le Magasin des suicides
de
Jean Teulé
Je suis tombée, par le plus grand des hasards, sur ce petit livre à la couverture jaune, éclatante, dont le titre ne laissait présager rien de très amusant. L’auteur m’était familier, je l’avais vu passer, parfois, à la télévision et j’avais beaucoup aimé son ton humoristique et sarcastique. Donc, j’ai acheté le bouquin, pour voir ! Difficile à décrire cette tranche de vie où l’on parle principalement des différentes façons de se donner la mort ! L’histoire se passe dans le futur, dans une ville quelconque. On suit la vie d’une famille dont tous les membres (les 3 enfants en particulier) sont très originaux, chacun à leur manière. Tout est voué à la tristesse dans ce petit magasin familial où les clients ne reviennent jamais car ils y ont trouvé leur “bonheur” ou plutôt leur malheur !
J’ai lu cette fable en quelques heures, ne pouvant me détacher de cette histoire délirante à souhait : de l’humour noir, en veux-tu, en voilà, des répliques absolument décapantes…on est entrainé dans ce récit qui paraît tellement réel et où toutes les bonnes actions deviennent mauvaises et inversement. Le style est nerveux, délié et précis. Les personnages sont très bien décrits, avec beaucoup de détails. Ils voient la vie de la même façon, sauf le petit dernier de la famille qui est le “vilain petit canard” et qui n’a qu’un but : faire rire et rendre heureux les autres. Evidemment, ses parents ne vont pas être d’accord et c’est très amusant de voir l’affrontement entre les membres de cette famille et ceci jusqu’à la fin du livre que je ne vous dévoilerai pas : il faut la découvrir par vous-même ! Malgré cette ambiance tournant autour de la mort et des différents moyens d’y arriver, on rit constamment et c’est finalement un livre qui redonne de l’énergie pour la journée et que j’ai adoré.
Note : 18/20
Lien : http://akashew.wordpress.com/2011/12/31/le-magasin-des-suicides/
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Par litolff, le 23/05/2011
Charly 9
de
Jean Teulé
En s'emparant d'une des périodes les plus sanglantes de l'Histoire de France, Jean Teulé livre ici avec un humour cynique décalé une véritable allégorie de la folie et une libre interprétation de la vie de Charles IX et de la famille royale
Le roi Charles IX, pathétique pantin manipulé par sa mère, Catherine de Médicis, ressasse avec désespoir le massacre de la Saint-Barthélémy et en vient à sombrer dans une folie meurtrière et dévastatrice. Ce règne est décrit par Jean Teulé comme une incroyable tragédie dont Charles IX serait le bouffon, ponctuée par les vers de Ronsard, la truculence de l'époque et les jurons très blasphématoires du roi. Marguerite de Valois (la reine Margot) semble sortir tout droit de Sainte Anne, Catherine de Médicis est effroyable en mauvaise mère machiavélique, quant à Charles IX à qui Jean-Hugues Anglade avait prêté ses traits dans La Reine Margot, il apparaît ici comme un gentil garçon écrasé et pas aimé par sa mère, et qui, soucieux du bien-être de son peuple a aussi fait fabriquer de la fausse monnaie, avant de mourir d'une horrible maladie.
Seule la reine, épouse de Charles IX, semble avoir été épargnée par la folie ambiante...
Intéressant et très facile à lire mais on peut aussi être agacé par ce style délibérément grossier et théatral...
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Par Malaura, le 01/05/2011
Le Montespan
de
Jean Teulé
« Epoux séparé quoique inséparable…. »
Jamais amour ne fut plus absolu que celui du Marquis de Montespan pour sa femme Françoise. Quelques petites années de bonheur conjugal et tout s'effondre le jour où Louis XIV fait de la marquise sa favorite.
Là où les courtisans ne voient que privilèges, Montespan s'indigne, se révolte ; dans les rues de Paris et dans tout le royaume, chacun peut apercevoir son carrosse noir surmonté, tels les symboles de son cocufiage, de gigantesques ramures de cerf , signifiant à tous que le roi est un voleur d’épouses. A qui veut entendre il expose son désespoir, sa colère, son honneur bafoué.
Louis XIV, bienveillant pour qui sait se taire, se fend tout d’abord en privilèges, faveurs, largesses mais rien n’y fait, Montespan veut récupérer sa femme.
Les mises en garde, la ruine ou l’exil n’auront pas plus raison de ce fougueux gascon qui n’aura de cesse de s’opposer au monarque.
Pendant 24 ans, le plus célèbre cocu de France affronte publiquement le Roi-Soleil.
Ah quel livre! Un style alerte, une langue on ne peut plus expressive, une lucidité impitoyable, une drôlerie féroce, c'est avec ce paquetage plein de richesses linguistiques que le truculent Jean Teulé nous fait pénétrer dans le Grand-Siècle.
Après « Je, François Villon » ou « Le magasin des suicides » qui mieux que Teulé pouvait brosser avec autant de verve et de vie le portrait de cet oublié de l'histoire, doux naïf éperdu d'amour aussi vulnérable que déterminé, et nous immerger avec tant de gaieté paillarde dans l'époque turbulente du Roi-Soleil.
On rit, on s'apitoie, on grimace, on s'offusque, on est enchanté ! La palette est complète.
Moeurs dissolues, hygiène déplorable, absolutisme ou privilèges…cette peinture colorée du temps des Précieuses est un petit bijou d'audace et de saveur.
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Par Cath36, le 24/03/2011
Le Magasin des suicides
de
Jean Teulé
Et pan contre la morosité de notre siècle, elle en prend pour son grade dans cette satire de notre société de consommation ! La volonté de désespérer pour faire tourner la machine y est assez finement analysée sous de grosses ficelles rigolotes. Y'en a pour tout le monde ! Parents moroses, enfants dépressifs, infos démoralisantes, clients à bout du rouleau, tout est fait dans ce magasin des suicides pour encourager la vente... Il s'agit vraiment de geindre plus pour gagner plus, pour parodier une formule qui du reste n'a pas fait ses preuves... Et lorsqu'un gamin heureux de vivre (le raté de la famille) détraque la machine, c'est comme à la roulette (russe de préférence) : rien ne va plus ! : "regardez ça : nos nouveaux pistolets jetables tirent des balles à blanc, les bonbons de la mort ne niquent plus que les dents...Les sabres à seppuku servent de tapettes à mouches." Sans compter que "le gouvernement, reconnaissant son incompétence et sa culpabilité, a décidé de se suicider ce soir en direct à la télé." on n'en demande pas tant au nôtre, mais enfin... Bref j'ai lu ce petit livre très rapidement et j'ai passé un bon moment, à part la fin, que j'ai trouvé absurde et inopportune.
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Par Ellcrys, le 18/01/2012
Le Montespan
de
Jean Teulé
C'est le premier ouvrage de Jean Teulé que je lis et franchement je dois dire que c'est une réussite. Même si ce n'est pas un coup de coeur, c'est quand même LE livre qui a rompu ma période de panne de lecture !
J'aime beaucoup l'histoire et les romans historiques. J'apprécie énormément l'époque du roi Soleil. Ce roman ne pouvait donc que me plaire.
Dès le début, on se retrouve vraiment plongé à l'époque de Louis XIV. Le vocabulaire est là ; le décor, les costumes sont aussi vraiment riche de détails. Le style peut sembler cru et vulgaire pour certain mais en même temps je trouve que ça colle bien avec l'époque et ce genre de texte. Moi, en tous cas, ça ne m'a pas déranger.
Louis-Henri est franchement le cocu le plus connu ! Malheureusement pour lui, il est tellement amoureux de sa femme qu'il ne supporte pas qu'elle partage la couche du roi (alors qu'il parait que beaucoup d'hommes auraient été flatter à sa place). Du coup, ce fait là, me le rend tout de suite attachant. Ben oui, moi ce genre d'homme vraiment amoureux, ça me touche. Donc forcément, j'ai été vraiment emballée par sa soif de vengeance, sa haine pour le roi Soleil essayant envers et contre tous de récupérer sa femme qui franchement, à mon avis, ne le mérite pas (elle, elle m'a tout de suite été exécrable).
Jean Teulé maitrise, je pense, totalement son sujet. On le sent vraiment à l'aise et sa plume est franchement ensorcelante. Je dis ça car il m'a été difficile de lâcher le roman. Chaque fois que je devais le poser, je n'avais qu'une hâte le reprendre et m'y replonger, connaitre la suite. L'humour est là, on croirait que c'est le bouffon du roi qui nous raconte cette histoire, pour notre plus grand plaisir...
Certes certains peuvent lui reprocher d'avoir prit des liberté avec l'histoire, mais n'oublions pas qu'il s'agit d'un roman inspiré de l'Histoire... En tous cas, moi, j'ai énormément apprécié cette lecture d'une histoire d'amour, une belle et triste histoire d'amour. Le marquis de Montespan m'a touchée, son amour immodéré pour sa femme est poignant. C'est un personnage qui, à mon avis, mérite d'être connu et reconnu...
Maintenant, je dois vous dire que je n'ai qu'une envie, renouveler l'expérience et lire un autre roman de l'auteur. Je cherche également, sur le net, des interview de l'auteur, car son univers, son charisme me plaisent, m'interpèlent... trouvent écho en moi !
Lien : http://soifdeliredellcrys.blogspot.com/2012/01/le-montespan.html
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Par carre, le 09/01/2012
Je, François Villon
de
Jean Teulé
Le plus grand poête du moyen-age aura brulée sa vie à toute vitesse. Né en 1431, son père est pendu et sa suspiciée, il est alors recueilli par le chanoine Villon, qui lui permettra de connaitre l'université. Mais François Villon aime trop la liberté, et il fait les 400 coups avec ces amis des bas-fonds. La grande force du livre de Teulé est son incroyable talent à redonnez vie à cette période, la langue est impertinente, polissonne, irrévérencieuse, festive. On sent page après page le plaisir que Teulé prend à l'écriture, Il s'amuse avec les mots du vieux français, ajoute des croquis ou nous donne le plaisir de lire les poèmes de François. Et si Villon est mort trop tôt en 1463, Teulé en fait un personnage incroyablement vivant et rend un vibrant hommage au plus garnement des poêtes. Jubilatoire. Merci Jean Teulé.