Joanne et Gerry Dryansky et leurs lectures
Quel est le livre qui vous a donné envie d`écrire ?
Très honnêtement, nous pensons que l’impulsion d’écrire est une manifestation de quelque chose comme une anormalité physique-- plutôt, mais pas toujours, bénigne. C’est plus près d’une nécessité que d’une envie que l’on écrit, au moins pour ce qui nous concerne.
Quel est l`auteur qui vous a donné envie d`arrêter d`écrire (par ses qualités exceptionnelles...) ?
Seul le désespoir de n’être jamais compris nous arrêterait d’écrire.
Quelle est votre première grande découverte littéraire ?
Probablement
Fédor Mikhaïlovitch Dostoïevski.
Quel est le livre que vous avez relu le plus souvent ?
Great Expectations de
Charles Dickens.
Quel est le livre que vous avez honte de ne pas avoir lu ?
Nous avons un peu honte quand les gens parlent des livres que nous n’avons pas lus, mais notre honte encore plus grande c’est de ne jamais assez lire. Il y a trop de livres que nous n’avons pas lus pour en citer un seule. Ceci dit, nous constatons que notre écriture est assez éloignée de la continuation du naturalisme qui marque la plupart des romans d’aujourd’hui.
Quelle est la perle méconnue que vous souhaiteriez faire découvrir à nos lecteurs ?
La poésie de
Weldon Kees. Est-ce traduit en français ? [ndlr : pas à notre connaissance !]
Quel est le classique de la littérature dont vous trouvez la réputation surfaite ?
A la recherche du temps perdu
Avez-vous une citation fétiche issue de la littérature ?
C’est peut-être ce mot de Bobby Saint Croix dans notre
La Deuxième Vie de Fatima :
«Dieu fait ses miracles quand ils sont absolument nécessaire. »
Et en ce moment que lisez-vous ?
La première ébauche de notre prochain roman « Fatima en Amérique» !
L`entretien de Joanne et Gerry Dryansky avec Babelio à propos de Satan Lake.
De Fatima à Satan Lake, on passe d’un conte de fée à une histoire de tueur en série, de la gaité à une certaine noirceur… Aviez-vous des motivations particulières pour changer de registre ?
Vivre c’est connaître beaucoup de « registres ».
On passe également d’un regard sur un Paris un peu décontextualisé, hors du temps et insouciant, à des évènements qui nous semblent typiquement américains et contemporains. Ce « retour aux sources » est pourtant marqué d’une vision assez noire de l’Amérique… On ne vous sent pas très nostalgique des États-Unis...
Nous sommes très attachés aux Etats-Unis, mais if faut dire que nous vivons mieux en France. Vous êtes un peuple très autocritique, mais, somme faite de tout, très intelligent et sensible, et la vie ici est plus suave sur beaucoup de plans. En même temps, on ne peut facilement se séparer de l’endroit qui a formé sa vie, tout en se rendant compte de ses problèmes.
Sur les bases d’un polar, Satan Lake est l’occasion de revenir sur les tourments d’une jeunesse laissée à elle-même. Le choix du polar pour parlez de cette jeunesse s’est-il tout de suite imposé ?
Bonne question. Ce que nous faisons c’est n’est pas de vouloir photographier la vie, pour que les gens aient plaisir de se reconnaître dans leur vie quotidien, mais de lui donner une réplique forte comme l’image d’un miroir qui déforme sans dénaturer. La littérature américaine est pleine de polars, car c’est une réflexion des pulsions très forte dans cette société.
Le roman pointe l’échec de la transmission de valeurs des ainés à leurs enfants mais montre que cette génération sait traverser les épreuves. Dans la société actuelle, la faillite du rôle des ainés dans cette transmission est-elle totale ?
Il y a de tout. Il faut dire quand même que dans l’Occident, au moins une génération obnubilée par la « réalisation de soi » a donné au monde des enfants déboussolés.
Vous vivez depuis longtemps en France, est-ce que vivre dans ce pays a-t-il eu une influence sur votre écriture ?
Être dépaysé nous a peut-être donné un recul envers tout, ce qui peut aider à voir mieux, sans y prendre parti. À être, comme on dit en anglais, la mouche sur le mur. Ceci est important quand on veut créer des histoires qui font des révélations plutôt que d’envoyer des opinions et des messages.
D’ailleurs en tant qu’écrivains américains, comment analysez-vous la réception de la littérature américaine et des auteurs américains contemporains en France ?
Les français sont très friands de la
littérature américaine. Dans cela, il y a un élément de l’attrait de l’exotisme, mais sur un plan plus profond, force est de constater que les choix dans la vie aux Etats-Unis sont plus conséquents, si l’on ose se servir de cette qualification, qu’ici. Et sa littérature quand elle est bonne est plus conséquente. Au moins de nos jours.
Qu`est-ce que cela implique de travailler et d’écrire à deux : Est-ce que vous écrivez dans une symbiose parfaite ou est-ce que cela demande une certaine dose de sacrifice et de consensus ?
Nous avons commencé à écrire à deux en créant des scénarios, qui sont souvent faits par deux personnes. Ce qui compte, c’est la chose en elle-même, et non pas le travail derrière. D’ailleurs c’est une bêtise de la part des professeurs de la littérature de vouloir décrypter le travail d’un auteur pour donner aux élèves une appréciation d’un roman. Et il n’est pas une exagération à dire qu’à un moment donné les personnages d’un roman assument une forme de vie qui leur permet à tracer leurs propres histoires.
Nous deux, nous sommes un couple depuis l’adolescence. Donc nos pensées sont fort semblables, aussi ennuyeux que ça pourrait paraître. Gerry est plutôt styliste, Joanne possède une plus intense appréciation de la nature humaine. Joanne parle, Gerry tape, et nous reparlons ….
Découvrez l`œuvre de Joanne et Gerry Dryansky :

Satan Lake

L`extraordinaire Histoire de Fatima Monsour

La deuxième vie de Fatima