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Par kathel, le 13/05/2012
Stoner de
John Williams
Parfois ses pas le menaient dans la cour d'honneur. Il se postait là, en son centre, et admirait les cinq gigantesques colonnes qui se dressaient devant Jesse Hall. Elles semblaient sortir de terre pour s'élancer dans la nuit. Ces colonnes, avait-il appris, étaient les vestiges de l'ancien bâtiment principal qu'un incendie avait détruit bien des années auparavant. Gris argent sous la lune, pures et dépouillées, elles lui paraissaient être le symbole de la vie qu'il s'était choisie comme un temple est l'incarnation d'un dieu qu'il honore.
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Par EMOTION, le 04/02/2012
Stoner de
John Williams
Quand son esprit embrassait un sujet, quand il etait aux prises avec le pouvoir de la litterature en s'efforçant de comprendre son essence même, il ressentait, physiquement,une mue intérieure constante et très profonde. Il se désincarcérait de son pauvre corps pour pénétrer le seul monde auquel il appartenait.
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Par kathel, le 13/05/2012
Stoner de
John Williams
Il avait ressenti entre les murs de Columbia le même sentiment de chaleur et de sécurité qu'il aurait dû éprouver enfant dans la maison de ses parents et qu'il n'avait justement jamais connu.
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Par Theoma, le 22/02/2012
Stoner de
John Williams
Quand il était très jeune, William Stoner pensait que l'amour était une sorte d'absolu auquel on avait accès si l'on avait de la chance. En vieillissant, il avait décidé que c'était plutôt la terre promise d'une fausse religion qu'il était de bon ton de considérer avec un scepticisme amusé ou un mépris indulgent, voire une mélancolie un peu douloureuse. Mais maintenant qu'il était arrivé à mi-parcours, il commençait à comprendre que ce n'était ni une chimère ni un état de grâce, mais un acte humain, humblement humain, par lequel on devenait ce que l'on était. Une disposition de l'esprit, une manière d'être que l'intelligence, le cœur et la volonté ne cessaient de nuancer et de réinventer jour après jour.
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Stoner de
John Williams
Bien qu'il fût censé apprendre des bases de grammaire et de composition écrite à un groupe de jeunes étudiants des plus hétérogènes qui soit, il était impatient et enthousiaste de s'atteler à cette mission qu'il abordait avec le plus grand sérieux. Il prépara ses cours pendant la semaine qui précédait la rentrée et ce premier travail de déchiffrage entrabâilla la porte du monde infini qui s'offrait à lui. Il comprenant le rôle de la grammaire et percevait comment, par sa logique même, elle permettait, en structurant un langage, de servir la pensée humaine. De même, en préparant de simples exercices de rédaction, il était frappé par le pouvoir des mots, par leur beauté, et avait hâte de se lancer enfin pour pouvoir partager toutes ces découvertes avec ses étudiants.
[...]
Mais pendant ces semaines loin d'Edith, il lui arrivait, lors de ses cours, de se laisser emporter par son sujet et de s'y perdre si intensément qu'il en oubliait ses doutes, ses faiblesses, qui il était et même les jeunes gens assis devant lui. Oui, il lui arrivait d'être tellement pris par son enthousiasme qu'il en bégayait. Il se mettait à gesticuler et finissait par délaisser complètement ses notes. Au début, il fut décontenancé par ces emportements comme s'il craignait de s'être montré trop familier avec les auteurs ou les textes qu'il vénérait et finissait toujours par s'excuser auprès de ses élèves, mais quand ils commencèrent à venir le voir à la fin des cours et que leurs devoirs manifestèrent enfin quelques lueurs d'imagination ou la révélation d'un amour encore hésitant, cela l'encouragea à continuer de faire ce que personne ne lui avait jamais appris.
Cet amour de la littérature, de la langue, du verbe, tous ces grands mystères de l'esprit et du coeur qui jaillissaient soudain au détour d'une page, ces combinaisons mystérieuses et toujours surprenantes de lettres et de mots enchâssés là, dans la plus froide et la plus noire des encres, et pourtant si vivants, cette passion dont il s'était toujours défendu comme si elle était illicite et dangereuse, il commença à l'afficher, prudemment d'abord, ensuite avec un peu plus d'audace et enfin... fièrement.
[...]
Quand il était très jeune, William Stoner pensait que l'amour était une sorte d'absolu auquel on avait accès si l'on avait de la chance. En vieillissant, il avait décidé que c'était plutôt la terre promise d'une fausse religion qu'il était de bon ton de considérer avec un septicisme amusé ou un mépris indulgent, voire une mélancolie un peu douloureuse. Mais maintenant qu'il était arrivé à mi-parcours, il commençait à comprendre que ce n'était ni une chimère ni un état de grâce, mais un acte humain, humblement humain, par lequel on devenait ce que l'on était. Une disposition de l'esprit, une manière d'être que l'intelligence, le coeur et la volonté ne cessaient de nuancer et de réinventer jour après jour.
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Par MClo85, le 19/12/2011
Stoner de
John Williams
Cette année là, et surtout pendant les mois d'hiver, il se surprit à retourner se perdre de plus en plus souvent dans cet étrange état d'apesanteur. Sitôt qu'il en ressentait l'envie ou le besoin, il pouvait dessertir sa conscience du corps qui l'enchâssait et il observait alors, d'assez loin, cet homme, cet étranger curieusement familier en train de vaquer à des activités étranges et familières. C'était un dissociation qu'il n'avait jamais connue auparavant et il savait qu'il devait s'en inquiéter. Seulement, il était trop engourdi et ne parvenait plus à se convaincre que cela pouvait avoir la moindre importance.
Il avait quarante-deux ans. Il n'y avait rien devant qui le motivât encore et si peu derrière dont il aimait se souvenir......
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Par katioucha, le 12/11/2011
Stoner de
John Williams
Il prenait une sorte de plaisir amer et jouissif à ressasser que le peu de connaissances qu'il avait réussi à acquérir jusque-là l'avait mené à cette seule et unique certitude : en définitive, tout, toute chose, et même ce magnifique savoir qui lui permettait de cogiter ainsi, était futile et vain et finirait par se dissoudre dans un néant qu'il avait été incapable ne serait-ce que d'égratigner.
p. 245
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Par MClo85, le 19/12/2011
Stoner de
John Williams
Son long visage s'était adoucit avec les années. Sa peau avait toujours cet aspect de cuir tanné, mais elle n'était plus si douloureusement tendue à la saillie des pommettes. Les milliers de virgules, de guillemets et de parenthèses que le temps avait imprimé autour de ses yeux et de sa bouche avait fini par l'assouplir... Ses yeux gris toujours aussi vifs et lumineux s'étaient enfoncés dans leur orbite de sorte que leur diligence, sans avoir rien perdu de sa perspicacité, était devenue plus discrète. Ses cheveux autrefois châtains avaient foncés avec l'âge, même si les tempes commençaient à grisonner un peu. Le sablier du temps lui était indifférent et il ne lui serait pas venu à l'idée de s'en plaindre, mais quand il se croisait dans un miroir ou qu'il apercevait son reflet sur les portes vitrées devant Jesse Hall, il ne pouvait s'empêcher de ressentir un léger choc.
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Par Theoma, le 22/02/2012
Stoner de
John Williams
- Monsieur Stoner, monsieur Shakespeare s'adresse à vous à travers trois siècles. L'entendez-vous ?
William Stoner réalisa qu'il avait cessé de respirer. Il expira lentement et sentit, à mesure que ses poumons se vidaient, le frôlement de ses vêtements sur sa peau. Il quitta Sloane des yeux et se mit à regarder tout autour de lui. Depuis les fenêtres, des rais de lumière descendaient en biais sur les visages de ses camarades et cette clarté semblait émaner d'eux pour s'en aller contrer les ténèbres. Un étudiant clignait des yeux... Une ombre légère s'était posé sur la joue d'un autre dont le duvet était encore tout emmiellé de soleil... Il prit conscience que ses mains, toujours cramponnées à son bureau, étaient en train de relâcher leur étau. Il les tourna, les observa, s'émerveilla de les découvrir si hâlée et admira la façon parfaite qu'avaient les ongles de s'ajuster au bout de ses doigts pourtant si grossier. Enfin, il réalisa qu'il pouvait sentir, sans jamais le voir, son sang irriguer ses milliers de veines et infimes vaisseaux avant de s'élancer – course incertaine, délicate – du bout de ses phalange à l'ensemble de son corps.
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Par pile, le 11/10/2011
Stoner de
John Williams
Mais William Stoner connaissait la vie. Et d’une façon que bien peu de ces jeunes freluquets auraient été en peine de comprendre. Quelque chose de très profond demeurait tapi en lui, presque en deçà de sa mémoire : l’adversité, l’endurance, la douleur et la faim. Même s’il ne repensait pratiquement jamais à son enfance, la ferme de Booneville ne l’avait jamais quitté. Elle coulait dans son sang et la misère de ses ancêtres était son héritage. Ces vies obscures, dures, stoïques dont le seul credo avait été de présenter au monde qui les opprimait des visages également durs, inexpressifs et butés.
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