Par Boudune, le 14/02/2011
La belle ogresse de
Joëlle Petillot
« Il y a des chagrins qui durent. Celui-ci n’en finit pas. Je n’arrive pas à me remettre de cette absence. De tous les aléas du deuil, ce qui me touche le plus est l’ingratitude. Comment a-t-il pu partir ainsi, après tout ce temps, toutes ces attentions, toutes ces stations sur mes genoux ? Je sais à quel point c’est ridicule, vraiment... Un chat, le plus vulgaire qui soit, un gouttière à la con, même ses rayures n’étaient pas conformes, un de ses flans était totalement beige, il ne rayait que d’un côté... Chaton, il ne jouait pas. J’avais suspendu un bouchon de liège au bout d’une ficelle à une poignée de porte : croyez-le ou non, quand je faisais balancer le bouchon, au lieu de chercher à l’attraper, il s’asseyait et suivait le mouvement avec sa tête. Un contemplatif à deux balles, voilà ce qu’il était. Je l’appelais Machin, à cause de son inconsistance, au début. Comment nommer quelque chose qui existe à peine ? Il dormait sur le couvercle de la poubelle à pédale, dans la salle de bains. Une fois ou deux, par réflexe, pas fait gaffe, j’ai appuyé sur la pédale pour jeter un truc. Il décollait de dix centimètres sous la poussée, dégringolait, miaulait à peine, s’asseyait. Dès que j’avais fini, il reprenait sa place et se remettait à roupiller...
> lire la suite
Par Boudune, le 14/02/2011
La belle ogresse de
Joëlle Petillot
– Je voulais vous dire merci pour lui. Et pour moi.
– Mais... De quoi ?
– Vos muffins aux myrtilles. Votre moelleux au chocolat. Vos mains sur son front quand il dort. Le jaune que vous mettez dans sa vie, dans la nôtre. Quand j’ai goûté de vos gâteaux, je veux dire de ceux qu’il ne mange pas en route, moi aussi j’ai deviné qui vous étiez.
– Oh, je vous dois aussi des choses... Vous faites des rêves magnifiques, j’ai beaucoup aimé les transcrire.
L’image de son fils racontant tout cela le traversa, et une vague de tendresse visible fit briller son regard.
– Je crois qu’il souhaiterait que je vous épouse. J’aime ailleurs, et vous aussi, à son grand regret. Tout est bien. Mais je suis rudement content que vous soyez là.
Incapable de parler, Louise finit d’ouvrir la porte et le laissa franchir le seuil. L’ascenseur se trouvait fort opportunément sur le palier. Il s’y engouffra d’un jeu de roues aérien, et eut juste le temps de crier avant la fermeture des portes :
– Mon nom, c’est François. François Tanavelle.
> lire la suite