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Par horline, le 02/01/2008
Les bienveillantes de
Jonathan Littell
Je ne tirais pas, mais j'étudiais les hommes qui tiraient, les officiers surtout comme Häfner ou Janssen, qui étaient là depuis le début et semblaient maintenant devenus parfaitement insensibles à leur travail de bourreau. Je devais être comme eux. En m'infligeant ce lamentable spectacle, pressentai-je, je ne visai pas à en user le scandale, le sentiment insurmontable d'une transgression, d'une violation monstrueuse du Bien et du Beau, mais il advenait plûtot que l'habitude, on ne sentait, à la longue, plus grand chose ; ainsi, ce que je cherchais, désespérément mais en vain, à recouvrer, c'était bien ce choc initial, cette sensation d'une rupture, d'un ébranlement infini de tout mon être ; à la place je ne ressentais plus qu'une excitation morne et angoissante, toujours plus brève, acide, confondue à la fièvre et à mes symptômes physiques, et ainsi, lentement, sans bien m'en rendre compte, je m'enfonçais dans la boue tandis que je cherchais la lumière.
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Par horline, le 02/01/2008
Les bienveillantes de
Jonathan Littell
Dans beaucoup de cas, en venais-je à me dire, ce que j'avais pris pour du sadisme gratuit, la brutalité inouïe avec laquelle certains hommes traitaient les condamnés avant de les exécuter, n'était qu'une conséquence de la pitié monstrueuse qu'ils ressentaient et qui, incapable de s'exprimer autrement se muait en rage, mais une rage impuissante. [] Leurs réactions, leur violence, leur alcoolisme, les dépressions nerveuses, les suicides, ma propre tristesse, tout cela démontrait que l'autre existe, existe en tant qu'autre, en tant qu'humain, et qu'aucune volonté, aucune idéologie, aucune quantité de bêtise et d'alcool ne peut rompre ce lien, ténu mais indestructible.
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Les bienveillantes de
Jonathan Littell
Cette tendance s’étendait à tout notre langage bureaucratique (…) : dans les correspondances, dans les discours aussi, les tournures passives dominaient, « il a été décidé que… », « les Juifs ont été convoyés aux mesures spéciales », « cette tâche difficile a été accomplie », et ainsi les choses se faisaient toutes seules, personne ne faisait jamais rien, personne n’agissait, c’étaient des actes sans acteurs, ce qui est toujours rassurant, et d’une certaine façon ce n’étaient même pas des actes, car par l’usage particulier que notre langue nationale-socialiste faisait de certains noms, on parvenait, sinon à entièrement éliminer les verbes, du moins à les réduire à l’état d’appendices inutiles (mais néanmoins décoratifs), et ainsi, on se passait même de l’action, il y avait seulement des faits, des réalités brutes soit déjà présentes, soit attendant leur accomplissement inévitable (…).
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Par mojobzh, le 23/08/2011
Les bienveillantes de
Jonathan Littell
Or si l'on suspend le travail, les activités banales, l'agitation de tous les jours, pour se donner avec sérieux à une pensée, il en va tout autrement. Bientôt les choses remontent, en vagues lourdes et noires. La nuit; les rêves se désarticulent, se déploient, prolifèrent, et au réveil laissent une fine couche âcre et humide dans la tête, qui met longtemps à se dissoudre. Pas de malentendu : ce n'est pas de culpabilité, de remords qu'il s’agit ici. Cela aussi existe, sans doute, je ne veux pas le nier, mais je pense que les choses sont autrement complexes. Même un homme qui n'a pas fait la guerre, qui n'a pas eu à tuer, subira ce dont je parle. Reviennent les petites méchancetés, la lâcheté, la fausseté, les mesquineries dont tout homme est affligé. Peu étonnant alors que les hommes aient inventé le travail, l'alcool, les bavardages stériles. Peu étonnants que la télévision ait tant de succès.
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Par horline, le 02/01/2008
Les bienveillantes de
Jonathan Littell
nous ne servons pas le Fürer en tant que tel mais en tant que représentant du Volk, nous servons le Volk et devons le servir comme le sert le Führer, avec une abnégation totale. C'et pourquoi, confronté à des tâche douloureuses, il faut s'incliner, maîtriser ses sentiments, et les accomplir avec fermeté.
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Les bienveillantes de
Jonathan Littell
Comme plusieurs d'entre vous, j'ai été véritablement soulagée d'arriver à la fin de ce livre. Non pas à cause du nombre de pages, qui était une des raisons de mon achat (j'adore relever des défis "pavés"), mais surtout à cause des sentiments tantôt mitigés, tantôt dégoutés, tantôt plats que cette histoire m'a inspirés. Je ne sais pas trop quoi penser de cet ouvrage. Je reconnais que l'auteur, né dans les années 60 et qui n'a donc pas connu la guerre, a du fournir un travail de titan pour réussir à écrire une si longue histoire avec autant de détails, de précision. Il a accompli un travail de recherches qui force le respect, et je lui tire mon chapeau. Mais ce sont justement tous ces détails, ces pléthores de titres officiels, et d'emploi de termes très nébuleux et mal expliqués qui ont entre autre rendus ma lecture pénible. Le lexique en fin de livre était très incomplet et certains termes expliqués tellement longs que je m'y perdais. De plus, même si je pense que le ton du livre était volontairement froid et distant, il rendait presque impossible une totale immersion dans l'histoire, il rendait le personnage principal presque inintéressant. Les allusions systématiques au pénis de Max, et à ses problèmes d'estomac étaient tellement présents que ça en frôlait le ridicule, j'ai failli stopper ma lecture quand je suis arrivée au chapitre interminable sur sa visite au manoir de sa soeur et ou il part dans un délire total de relations incestueuses avec sa soeur? c'était écœurant, ridicule, et je n'ai pas du tout compris le but et l’intérêt de ce chapitre. Ce qui a sauvé ce livre à mes yeux, c'est sa facilité de lecture, le style est fluide, et parvient par moments à nous plonger dans cette triste page de notre histoire. Mais je ne le recommanderai sans doute pas!
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Par DocSeb, le 07/12/2011
Les bienveillantes de
Jonathan Littell
Mais les balais et les bouteilles, cela pouvait faire mal : je cherchai quelque chose de plus adéquat. Moreau adorait les grosses saucisses allemandes ; la nuit, j'en prenais un dans le réfrigérateur, la rouler entre mes mains pour la réchauffer, la lubrifiais avec de l'huile d'olive ; après, je la lavais avec soin, la séchais et la remettais là où je l'avais trouvée. Le lendemain je regardais Moreau et ma mère la découper et la manger avec délice, et je refusais ma part avec un sourire
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Par horline, le 02/01/2008
Les bienveillantes de
Jonathan Littell
plus que jamais, je voulais être tranquille, mais il semblait que ce fût impossible : je m'écorchais la peau sur le monde comme sur du verre brisé ; je ne cessais d'avaler délibérement des hameçons, puis d'être étonné lorsque je m'arrachais les entrailles de la bouche.
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Les bienveillantes de
Jonathan Littell
Voyez-vous, il y a à mon sens trois attitudes possibles devant cette vie absurde. D’abord l’attitude de masse, hoï polloï, qui refuse simplement de voir que la vie est une blague. Ceux-là n’en rient pas, mais travaillent, accumulent, mastiquent défèquent, forniquent, se reproduisent, vieillissent et meurent comme de bœufs attelés à la charrue, idiots comme ils ont vécu. C’est la grande majorité. Ensuite, il y a ceux, comme moi, qui savent que la vie est une blague et qui ont le courage d’en rire, à la manière des taoïstes ou de votre Juif. Enfin, il y a ceux, et c’est si mon diagnostic est exact votre cas, qui savent que la vie est une blague, mais qui en souffrent. (…) ceux qui ont cette attitude savent pourtant que la précédente existe. (…) Oui, mais ils ne parviennent pas à l’assumer.
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Par mojobzh, le 28/08/2011
Les bienveillantes de
Jonathan Littell
En feuilletant mon Platon, j'avais retrouvé le passage de La République auquel m'avait fait songer ma réaction devant les cadavres de la forteresse de Lutsk : Léonte, fils d'Aglaion, remontait du Pirée par le côté extérieur du mur Nord, lorsqu'il vit des corps morts couchés près du bourreau ; et il conçut un désir de les regarder, et en même temps ressentit du dégoût à cette pensée, et voulut se détourner. Il lutta ainsi avec lui-même et plaça sa main sur les yeux, mais à la fin il succomba à son désir, et s'écarquillant les yeux avec les doigts, il courut vers les corps, disant : " Voilà, soyez maudits, repaissez-vous de ce joli spectacle ! " A vrai dire les soldats semblaient rarement éprouver l'angoisse de Léonte, seulement son désir, et ce devait être cela qui dérangeait la hiérarchie, l'idée que les hommes pussent prendre du plaisir à ces actions. Pourtant, tous ceux qui y participaient y prenaient un plaisir, cela me paraissait évident.
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