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Le rapport Stein de
José Carlos Llop
Guillermo Stein est arrivé au collège au beau milieu de l’année scolaire, à bicyclette. Aucun d’entre nous n’allait au collège à bicyclette.
La bicyclette de Guillermo Stein était une bicyclette italienne, noire, très grande. On ne le voyait presque pas, le nouveau, Stein, sur sa bicyclette, n’eût été cet imperméable rouge qu’il portait sur les épaules, une pèlerine en plastique nouée autour du cou, sur laquelle la pluie dégoulinait jusqu’au sol. Parce que cette année, ce fut l’année de la pluie : il n’a pas cessé de pleuvoir de la rentrée à la sortie des classes. C’est pourquoi aucun d’entre nous n’allait au collège à bicyclette.
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La ville d’ambre de
José Carlos Llop
Collectionner, c'est une façon de faire son autobiographie et cette maison,maintenant est un livre sans pages:une reliure qui contient du vide.
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Le rapport Stein de
José Carlos Llop
Quand, vous sortirez d'ici, on vous parlera de Hegel, un casse-pieds, ce Hegel, de la camelote fumeuse et de mauvais goût.Rappelez-vous que c'est à partir de Hegel qu'on prétend nier l'existence de Dieu. Eh bien, vous savez ce que j'en fais, moi de toute cette camelote hégélienne? Je fais un tas de ses bouquins, j'allume une allumette et j'y mets le feu...Et alors, il en reste quoi de Hégel? Il en reste rien:rien que des cendres, et les cendres sont incapables de prouver l'existence ou la non-existence de quoi que ce soit.
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La ville d’ambre de
José Carlos Llop
J'ai toujours aimé les femmes élégantes,au long cou et aux mouvements lents et précis,comme ceux d'un animal aux aguets.Ces femmes qui,au début,passent inaperçues en raison,précisément,de l'harmonie et de la discrétion de leurs postures et de leurs gestes,mais qui ensuite,peu à peu, s'approprient l'espace qu'elles occuppent, avec une sérénité particulière,qui embellit tous leurs traits,même si ces traits ne répondent pas aux canons classiques-ou à la mode-de la beauté.
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Le rapport Stein de
José Carlos Llop
Francisco portait un uniforme de chauffeur, un uniforme gris perle avec une casquette et des boutons argentés.Il mangeait des graines de lapin et se mouchait avec les doigts.Je lui demandais toujours pourquoi il se mouchait avec les doigts et il me répondait toujours la même chose:
-Vous les maîtres vous êtes bien plus cochons vous gardez vos saletés dans votre poche.
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La ville d’ambre de
José Carlos Llop
Un écrivain est un homme qui se retire de la vie.Un écrivain est un homme sans vie.Un écrivain est un homme dont la seule vie est celle qu'il imagine à travers les vies écrites sur le papier;ou dont il se souvient sur le papier,ce qui revient au même parce que le souvenir n'est rien qu'une autre forme de la fiction.
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La ville d’ambre de
José Carlos Llop
Il n'est pas vrai que les fantômes peuplent les maisons vides:on devient son propre fantôme quand on y pénètre.
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Le rapport Stein de
José Carlos Llop
Mon garçon, le monde des adultes est dégoûtant.Pourquoi penses-tu que je vis ici, sans voir personne, parce que mon père est un végétal avec des yeux, une paire de jumelles et les danseuses de Berlin, mais un végétal tout de même? Parce que le monde des adultes est dégoûtant.
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Le rapport Stein de
José Carlos Llop
Le piano facilite la digestion, disait mon grand-père,et il épure les sentiments.L'homme doit toujours faire attention à sa digestion et avoir les sentiments bien épurés; sinon il risque de se transformer en bête.
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Le rapport Stein de
José Carlos Llop
J'ai lu la devise en latin:Respicere aliena ducet secum desgratia. J'ai pris mon dictionnaire dans mon cartable et j'ai traduit, sur mon lit: "Convoiter le bien d'autrui est source de malheur".