-
Par ralbol, le 28/10/2010
L'Instituteur Impertinent de
José Herbert
Presque cinq ans après le dernier jour de classe en juin 2001, l’école et son environnement hantent encore de façon récurrente certaines phases de ma vie nocturne.
Instit je fus, instit je resterai jusqu’à mon dernier souffle. Si dans la journée je suis à peu près tranquille de ce côté-là, les souvenirs s’emparent de mes nuits, qui devraient pourtant être paisibles étant donné ma situation de retraité coulant des jours heureux après une vie bien remplie. Au contraire, au milieu des brumes et du silence nocturnes, je me revois souvent dans les situations qui furent les miennes pendant presque quarante ans : la classe, les élèves, les difficultés à se faire entendre et pire encore, à se faire comprendre... Curieusement les scènes qui peuplent mes nuits ne sont pas celles qui furent les plus faciles. Mesdames et Messieurs, les psys pourraient assurément expliquer tout cela… Moi pas !
Pourquoi ce désir soudain de retour en arrière ? Pour faire comme tout le monde : raconter ma vie ? C’est tellement tendance, selon l’expression consacrée ! L’inconvénient est que ma vie est très ordinaire : pas de problèmes familiaux, pas de déviations sexuelles, à ma connaissance, pas d’aventures loufoques, pas de mariages multiples, rien qui puisse intéresser notre sphère… disons…médiatique.
> lire la suite
-
Par ralbol, le 28/10/2010
Signe la Grande Faucheuse de
José Herbert
Il pénétra donc dans le bureau de l’Eternel, observa et tout d’abord admit qu’il ne s’était point trompé : la voix fluette rappelant sans cesse aux gens l’inexistence du temps dans l’éternité était celle d’un corps plutôt commun : âge indéfinissable, chauve, petit, gras, négligé, jean et chemise sans caractère, tongs usagés, ongles des pieds et des mains souillés par la crasse. La pièce dans laquelle il se trouvait était nue, si ce n’est le bureau du maître, ainsi qu’une chaise pour le visiteur. Le Juge éternel affichait par ailleurs sa lubricité. En effet, sans pudeur et sans honte, il se présenta, au pêcheur qui entrait, en train d’assouvir un plaisir non dissimulé qui abasourdit Viktor. La Mort, la grande faucheuse, celle que Viktor avait jadis appelée Samantha, était assise de façon coquine sur ses genoux. Elle souriait, comme d’habitude, à la manière de la Joconde, avec un soupçon de rictus indéfinissable qui rendait ce sourire vulgaire, bête. Elle avait repoussé son capuchon, style banlieue, vers l’arrière et sa faux reposait négligemment contre le bar situé sur l’un des murs de la pièce. Le divin avait écarté le grand manteau noir de la dame et lui caressait le fémur droit en un aller retour lascif, s’attardant longuement sur la rotule, qu’il semblait trouver à son goût.
> lire la suite
-
Par ralbol, le 28/10/2010
La messe bleue : Témoignage de
José Herbert
14 mars. Il n’y a pas de samedi sans soleil, disaient les anciens. Pourtant l’astre grâce auquel nous sommes là, à respirer, à vivoter, ne se montre guère aujourd’hui. Tout juste quelques brèves apparitions, courtes trouées lumineuses dans cette épaisse grisaille. Il y a deux jours, donc jeudi, j’ai vu Lola bien agitée. J’étais seul avec elle dans sa chambre et la mission que m’avait fixée ma fille, partie livrer son lait au lactarium, était de surveiller la petiote et de lui remettre en bouche le doigt de gant qui lui servait de tétine, au cas où celui-ci aurait la malencontreuse idée de s’échapper. Lola aime son doigt de gant. Avec voracité, elle s’accapare l’index, le suce avec la puissance de ses petites lèvres, emplit sa cavité buccale à tel point que l’on se demande si cet appendice ne va pas jusqu’à lui gratouiller les amygdales, avertit par quelques grognements ou pleurs dès qu’elle le perd, et salive tant elle se régale.
> lire la suite
-
Par ralbol, le 03/11/2010
La messe bleue : Témoignage de
José Herbert
penser qu’une douleur vient titiller ses sens, ce qui n’est point souhaitable, le papa ou la maman introduit dans sa bouche une tétine improvisée. Il s’agit d’un gant en plastique, utilisé habituellement pour Quand elle grogne ou gémit ou s’agite, laissant assurer une hygiène parfaite à qui veut manipuler l’ange, avec ses tuyauteries, ses cathéters, ses aiguilles diverses. N’est conservé que l’index, que l’on bourre de papier ; les autres doigts sont noués ensemble. Lola suce avec vigueur ce téton au goût de plastique, en produisant des litres de salive (j’exagère, me direz-vous !) qui seront aspirés de l’estomac et rejetés dans le récipient en forme de pluviomètre, avec les productions des glandes digestives. Impossible pour Lola de se satisfaire de la tétine classique, appelée couramment tutute, car le drain qui lui passe entre les lèvres gêne la partie plate de la dite tutute.
> lire la suite
-
Par ralbol, le 03/11/2010
Signe la Grande Faucheuse de
José Herbert
La solitude amène le solitaire à penser, c’est naturel. Il faut que l’esprit travaille pour que soient oubliés, malgré l’euphorie, la monotonie de l’effort et les paysages plats qu’offre ce coin de Picardie. Kilomètre après kilomètre, Viktor pensait à l’absurdité qui règne en ce monde de fous et observait, tout en cogitant, les rangs de peupliers, les gras pâturages, bordés par des fossés rectilignes, trop secs en ces temps de forte chaleur, sillons béants laissant apparaître par endroits les déchets sordides de la civilisation : cannettes vides, bouteilles de soda, emballages divers. « Saleté de monde civilisé, se disait-il, comment faire pour éviter ces déchets sordides dans un si joli écrin de verdure ? »
> lire la suite