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Par nadejda, le 15/06/2011
Sans un regard de
José Luís Peixoto
Toute cette plaine plus forte que le temps, cette plaine ensevelie dans son éternité. Des charrettes me croisent, ramenant des champs les journaliers. Ils rentrent, fatigués, avec un peu de plaine sur le visage. Ils me regardent, dérobent à leur corps un effort pour me saluer au passage. Reconnaissant je leur réponds. Demain, de bonne heure, ils referont cette même route, la feront tant de fois, qu'un jour ils ne sauront plus si rentrer veut dire retourner chez eux au soir tombant, ou bien au champ quand le jour se lève. Où que j'aille, où qu'elle aille, la plaine m'accompagne.
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Par nadejda, le 31/05/2011
Une maison dans les ténèbres de
José Luís Peixoto
Je fermais les yeux et voyais, voyais ce qu'on voit les yeux fermés. Je voyais le noir au-dedans de moi et les points de lumière qui le brisent, les vagues de lumière, les figures abstraites de lumière, les silhouettes de lumière, les ombres de lumière dans la lumière du noir en moi. C'est ce que nous voyons quand nous fermons les yeux et continuons de voir : la couleur noir et les petits êtres de lumière qui l'habitent. Et l'on ne parvient à fixer son regard ni sur le noir, ni sur la lumière.
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Par nadejda, le 02/06/2011
Le cimetière de pianos de
José Luís Peixoto
Les premiers temps, j'avais treize ans et je courais en quête d'un silence et d'une paix dont j'estimais qu'ils ne m'appartenaient pas. Je ne savais pas encore qu' ils n'étaient que le reflet de la paix que j'avais en moi. Plus tard, la vie s'est compliquée, mais il était déjà trop tard pour que je pusse m'arrêter. Courir faisait partie de moi, comme mon nom. Ce fut alors que j'appris à courir contre les mots à l'intérieur de moi, de même que j'appris à courir contre le vent.
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Par Exupere, le 11/12/2008
Une maison dans les ténèbres de
José Luís Peixoto
-"Et je pensais enfin connaître la vraie signification de l'amour. L'amour est le sang du soleil dans le soleil. L'innocence mille fois répétée dans le désir sincère de la compréhension du ciel. Des tempêtes se lèvent, fragicles et délicates, dans la respiration végétale de l'amour-telle une plante croissant de la terre. L'amour est lumière du soleil buvant la douce voix de la plante: quelque chose au tréfond d'une chose très profonde. L'amour est le sens de tous les mots impossibles. Il est traverser l'intérieur d'une montagne, courir par les heures originelles du monde. L'amour est la paix fraîche et la combustion d'un incendie; à l'intérieur du dedans des jours..En chaque moment du matin, le ciel glissant telle une rivière. L'après-midi, le ciel telle une certitude. Et l'amour est fait de clarté, et de la sève forte des rochers. L'amour est fait de mer, de vagues, au lointain de l'océan et du sable éternel. L'amour est fait de tant de choses contraires et vraies! Pour l'amour naissent des lieux neufs; et dans ces jardins éthérés, le salut est une brise tombant avec douceur sur un visage"
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Par nadejda, le 31/05/2011
Une maison dans les ténèbres de
José Luís Peixoto
Le mystère le plus impossible est la révélation la plus claire. Des couleurs : blanc, bleu, vert, blanc, lumière, noir, bleu, ciel, blanc. Aucune couleur. L'eau. Le silence, parlant la langue de la transparence avec la voix des matins. Un son ou quelque chose comme un son, une chose vraie. Tout cela, et rien de tout cela, c'était la musique.
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Par nadejda, le 02/06/2011
Le cimetière de pianos de
José Luís Peixoto
Je savais que dans le salon, cette musique était comme un cyclone. Mais où je me trouvais, c'était comme une brise, un voile porté par la brise, quelque chose qui flottait et se mêlait aux voix des passants, aux sonnailles des chevaux qui traînaient des fiacres, au moteur d'une automobile qui roulait parfois dans la rue.
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Par nadejda, le 14/06/2011
Sans un regard de
José Luís Peixoto
C'était l'été, l'heure la plus chaude de cette journée d'été ; mais en ce coin assombri du pressoir, l'été ne brûlait qu'à peine dans la pensée douce des trois vieux. Sous les tuiles et à l'abri de l'épaisse froidure de chaux et de briques anciennes, leurs corps oubliés se rappelaient le frais.
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Par nadejda, le 14/06/2011
Sans un regard de
José Luís Peixoto
Incipit
Aujourd'hui le temps ne m'a pas trompé. On ne sent pas la moindre brise dans l'après-midi. L'air brûle, non comme un air simple qu'on respire, mais comme une haleine chaude de lumière, comme si l'après-midi ne voulait pas mourir encore et que l'heure de la chaleur commençait.
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Par nadejda, le 02/06/2011
Sans un regard de
José Luís Peixoto
Alors que j'écrivais "Sans un regard", j'ai assisté à la naissance de mon premier enfant et accepté la mort de mon père. J'ai appris lentement, il n'y a pas d'autre façon, que la vie et la mort sont la terre et le ciel, qu'elles sont le sang et la lumière, le temps et l'obscurité, la joie et la déroute, la peur et l'amour. Alors que j'écrivais Sans un regard, j'ai appris à croire que seuls les miracles sont dignes d'être déposés dans le creux de la main de ceux que nous aimons, j'ai appris que c'est seulement pour eux que nous pouvons écrire et que les mots vrais sont des miracles qui se donnent dans le creux de la main.
Relevé cet extrait d'entretien sur le site de l'auteur qui peut s'appliquer à tous les livres de José Luis Peixoto qui ont suivi celui-là.
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Par nadejda, le 01/06/2011
Le cimetière de pianos de
José Luís Peixoto
Le cimetière de pianos était immense. Les après-midi y avaient la taille de générations enchaînées. Je choisissais un piano, je l'ouvrais et je regardais son mécanisme immobile. Et toutes les fois, je ne pouvais m'empêcher de penser que ma vie, diluée dans l'immensité des après-midi, était exactement comme le mécanisme immobile d'un piano : le silence de ses cordes alignées, la perfection géométrique de sa presque mort, sa possible résurrection à un moment qui n'arrivait jamais, un moment simple comme tant d'autres aurait été suffisant, un moment qui pouvait arriver mais qui n'arrivait jamais.
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