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Par Malaura, le 13/04/2012
Diamants et silex de
José María Arguedas
La nuit du 23 juin, les musiciens descendaient le long des ruisseaux torrentiels qui se jettent dans le fleuve principal, ce grand fleuve profond dont les eaux rejoignent la côte.
Là, sous les grandes cataractes que les torrents façonnent dans la roche noire, les harpistes « écoutaient ».
C’est la seule nuit de l’année où l’eau, en tombant sur la pierre et en roulant ses éclats brillants, crée des mélodies nouvelles !...
Le lendemain et pendant toutes les fêtes de l’année qui suit, chaque harpiste joue des mélodies inédites.
Le fleuve leur a dicté une harmonie nouvelle, droit au cœur.
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El Sexto de
José María Arguedas
Il ne parvenait pas à obtenir que les clochards fassent la queue. Bon nombre d’entre eux étaient demeurés et presque fous. Ils se précipitaient en désordre sur le cantinier, leur petit ustensile à la main. Quelques-uns avaient des gamelles bosselées, d’autres seulement des cartons, des bouts de journaux, d’autres riens du tout. Pendant que l’un d’eux recevait l’espèce de bouillie noirâtre qui leur était réservée, le noir faisait reculer les autres avec son bâton. Tous s’enfuyaient ensuite avec leur gamelle ou leur récipient rempli ; et en un instant ils dévoraient le mélange de riz, de vermicelles et de haricots véreux. Ils portaient la bouillie à la bouche avec leurs mains. Et ils revenaient aussitôt, essayant d’en obtenir davantage. Ils tournaient autour des marmites et du noir. Les plus faibles restaient fréquemment les mains vides et même lorsqu’ils parvenaient jusqu’au noir et obtenaient une louche de bouillie dans les mains ou un papier sale, ils n’arrivaient pas à courir assez vite pour échapper aux plus forts. Ils avalaient leur ration en courant. Ils enfournaient les haricots avec le carton, le papier, n’importe quoi, ou ils se mordaient les doigts. Ils n’avaient pratiquement pas le temps de mâcher. Les plus forts les suivaient ; ils leur ouvraient les mains pour prendre les restes ; ils les léchaient ; et si, dans sa fuite, le clochard poursuivi laissait échapper tout ou partie de sa ration, lui et son poursuivant se mettaient à lécher le sol.
Il y avait une grande différence entre le Japonais et le Pianiste, à l’heure de la soupe. Tous deux occupaient le dernier rang parmi les clochards. Mais le Japonais se battait audacieusement pour sa nourriture. Il sautait, il entrait dans la bagarre ; il ne faisait pas attention aux coups de pied de ceux qui étaient derrière ni aux coups de coude de ceux qui étaient sur les côtés. Parfois, quand il touchait au but, on le poussait, on le tirait par les pieds, on déchirait ses haillons. Alors lui aussi donnait des coups de pied en arrière ; il s’accrochait obstinément aux costauds qui étaient arrivés auprès du noir ; ou bien il revenait, si on avait réussi à le tirer plus loin. Il refaisait son trajet, à quatre pattes, entre les jambes des autres et il se retrouvait devant le cantinier. L’obstination et le courage de ce Japonais à la longue barbe clairsemée amusaient beaucoup le noir. Il le défendait avec son bâton et il lui permettait de dévorer sa ration sur place, près des marmites. Il n’avait ni carton ni papier et le noir lui servait la bouillie chaude dans les mains. Le Japonais l’avalait vite fait ; on lui en redonnait et il dévorait la deuxième portion en un instant, la tête levée. Le ciel se reflétait sur son visage ; la lumière opaque d’un ciel sale jouait sur sa barbe éparse, sur ses yeux fermés ; et lui, pendant ce temps, ingurgitait à grand-peine la bouillie noire. Puis il s’en allait, courbé, léchant ses mains et sa bouche. Plus tard, quelqu’un qui n’avait pas réussi à obtenir sa ration allait le trouver directement et le bourrait de coups de pied et de coups de poing. Souriant, le Japonais se pliait en deux pour protéger son estomac.
- Tu vas vomir, merdeux ! lui criait-on souvent.
- Vomis, Hirohito !
Jusqu’à ce qu’Estafilade fasse claquer le fouet au sol ou que Maraví lance un juron obscène depuis le fond de la prison.
Enfin libre, le Japonais faisait face à un souci plus grave : déféquer sans qu’Estafilade s’en aperçoive.
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Par Iluze, le 06/10/2011
El Sexto de
José María Arguedas
Je me suis étonné de la liberté avec laquelle il parlait à voix haute d'un sujet aussi brûlant. Même en prison, ces propos me semblaient téméraires. Nous autres, en ville, nous étions habitués à faire attention, à regarder autour de nous avant d'en parler. Càmac avait perdu cette habitude. Il avait derrière lui, vingt-trois mois d'internement ; en prison, il avait retrouvé l'usage de la liberté.
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Par litolff, le 06/02/2012
Diamants et silex de
José María Arguedas
Irma n'avait pas une vraie maison ; ce n'était qu'une "boutique". Les boutiques n'ont pas de vestibule ni de grand patio ; elles n'ont qu'une porte, que les chevaux ne franchissent pas. Le cavalier qui entre dans une boutique laisse son cheval dans la rue, devant la porte.
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Par litolff, le 06/02/2012
Diamants et silex de
José María Arguedas
L'Apurimac est sillonné par les fleuves les plus profonds et les plus mélodieux du Pérou ; des fleuves anciens, puissants, aux flots d'acier, qui ont découpé les Andes dans leur partie la plus haute -silex et diamants- et ont forgé des abîmes aux rives desquels l'homme tremble, ivre de vertige, en contemplant les eaux argentées qui s'écoulent sous les arbres suspendus.
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Par ballad, le 08/10/2011
El Sexto de
José María Arguedas
« Ici, à El Sexto, la crasse est dans l’air, elle vient de la faim et de la pestilence. Dans les palais de ces messieurs, la crasse vient de loin,, elle se cache à l’intérieur. Elle doit venir de l’oisiveté, de l’argent mis à l’abri, celui qu’on a gagné sur les souffrances de la moitié des gens, sur la pestilence qu’on nous inflige. »
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Par litolff, le 06/02/2012
Diamants et silex de
José María Arguedas
Et c'était bien le monde qui le faisait pleurer, le monde entier, la demeure magnifique, éprise de l'homme, de sa créature.
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Par ballad, le 08/10/2011
El Sexto de
José María Arguedas
« Quand les oiseaux chantaient, nous ne pouvions pas les voir, pas plus que les arbres où ils avaient l’habitude de dormir ou de se percher à la mi-journée. Leur chant donnait vie au monde ainsi caché ; il nous le rendait plus proche que ne l’eût fait la lumière, qui souligne tant nos différences. »
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Par ballad, le 08/10/2011
El Sexto de
José María Arguedas
« - Pedro, lui dis-je. Vous ne connaissez pas la sierra. C’est un autre monde. Dans ces immenses montagnes, le long des fleuves qui côtoient les abîmes, l’homme grandit dans la profondeur des sentiments ; c’est en cela que réside sa force. »
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Par Aela, le 27/02/2011
Les fleuves profonds de
José María Arguedas
De Cangallo, nous nous dirigeâmes vers Huamanga, à travers la pampa des Indiens morochucos. Cavaliers à visages d'Européens; voleurs de bestiaux légendaires, les Morochucos descendent des soldats excommuniés d'Almagro qui se réfugièrent dans cette pampa froide, apparemment inhospitalière et stérile. Ils jouent du charango et du wak'rapucu, enlèvent leurs femmes et parcourent la steppe sur des petits chavaux qui courent comme des vigognes.