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Par chartel, le 31/08/2007
Au coeur des ténèbres de
Joseph Conrad
Je reverrai ce spectre éloquent aussi longtemps que je vivrai, et je la reverrai, elle aussi, une Ombre tragique et familière, ressemblant dans ce geste à une autre, tragique aussi, et ornée d'amulettes impuissantes, tendant la nudité de ses bras bruns par-dessus le scintillement du fleuve infernal, le fleuve des ténèbres. Elle dit soudain très bas, "Il est mort comme il a vécu".
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Lord Jim de
Joseph Conrad
“Le Patna franchit les Détroits, traversa le golfe, suivit le passage du premier degré. Il piqua droit vers la mer rouge, sous un ciel serein, sous un ciel torride et sans nuage, sous un éclaboussement de soleil qui tuait toute pensée, serrait le cœur, desséchait toute impulsion de force et d’énergie. Et sous la splendeur sinistre de ce ciel, la mer bleue et profonde restait impassible, sans un mouvement, sans un pli, sans une ride, visqueuse, stagnante, mort. Avec un léger sifflement, le Patna coupait cette plaine unie et lumineuse, déroulait dans le ciel son noir ruban de fumée, laissait derrière lui sur l’eau un ruban blanc d’écume, tout de suite effacé, comme un fantôme de piste tracée sur une mer morte par un fantôme de navire.” chapitre II
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Par BMR, le 07/06/2010
Jeunesse de
Joseph Conrad
[...] - Oui, j'ai bourlingué pas mal dans les mers d'Extrême-Orient : mais le souvenir le plus clair que j'en ai conservé, c'est celui de mon premier voyage. Il y a de ces voyages, vous le savez vous autres, qu'on dirait faits pour illustrer la vie même, et qui peuvent servir de symbole à l'existence. On se démène, on trime, on sue sang et eau, on se tue presque, on se tue même vraiment parfois à essayer d'accomplir quelque chose, - et on n'y parvient pas. Ce n'est pas de votre faute. On ne peut tout simplement rien faire, rien de grand ni de petit, - rien au monde, - pas même épouser une vieille fille, ni conduire à son port de destination une malheureuse cargaison de six cent tonnes de charbon.
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Par wictoria, le 13/12/2008
Jeunesse de
Joseph Conrad
Bon Dieu ! C'est une sacrée aventure,- comme on en voit dans les livres ; et c'est ma première traversée comme lieutenant - et je n'ai que vingt ans - et voilà que je tiens le coup aussi bien que n'importe lequel de ces hommes, et mes gars sont à la hauteur de leur tâche grâce à moi. J'étais content. Je n'aurais renoncé à cette expérience pour rien au monde. Je connaissais des instants d'exultation. Chaque fois que le vieux rafiot démantibulé se plantait dans un creux, avec sa voûte d'arcasse dressée en l'air, il me semblait qu'il lançait comme un appel, comme un défi, comme un cri, aux nuages impitoyables, les mots écrits sur sa poupe : "Judée, Londres. Vaincre ou périr.
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L'Agent secret de
Joseph Conrad
le cocher contempla les pièces d'argent qui, paraissant toutes menues sur sa grosse paume crasseuse, symboilisaient les résultats insignifiants qui récompense le courage et les labeurs ambitieux d'une humanité dont les jours sont courts sur notre terre de malheur.
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Lord Jim de
Joseph Conrad
“Mon Dieu comme le temps passe. Rien ne pouvait être plus banal que cette remarque, mais elle coïncidait pour moi avec une vision soudaine. C’est extraordinaire, comme nous marchons dans la vie avec des yeux à demi clos, des oreilles bouchées et à moitié assoupis. Cela vaut mieux, peut-être, et c’est sans doute cet engourdissement qui rend à une incalculable proportion d’êtres l’existence si tolérable et si douce. Rare pourtant doivent être ceux qui n’ont jamais connu un de ces brefs moments de réveil où, en un clin d’œil, nous voyons, nous entendons, nous comprenons un monde de choses, où nous sentons tout, avant de retomber à notre aimable somnolence.”
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Par zorazur, le 13/12/2011
Lord Jim de
Joseph Conrad
C'est lorsque nous essayons de nous colleter avec la nécessité intime d'un autre humain que nous nous rendons compte combien sont incompréhensibles, vacillants et nébuleux les êtres qui partagent avec nous la vision des étoiles et la chaleur du soleil. Tout se passe comme si la solitude était une condition absolue et pénible de l'existence ; devant la main que l'on tend on voit se dissoudre l'enveloppe de chair et de sang sur laquelle est fixé le regard, et il n'y a plus que l'âme, capricieuse, inconsolable et inssaisissable, que nul regard ne peut suivre, qu'aucune main ne peut retenir.
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Au coeur des ténèbres de
Joseph Conrad
J’essayais de briser le charme – le charme lourd, silencieux de la brousse, - qui semblait l’attirer contre son impitoyable poitrine en éveillant les instincts oubliés de la brute, le souvenir de passions monstrueuses à satisfaire. Cela seul, j’en étais sûr, l’avait attiré jusqu’au fond de la forêt, jusqu’à la brousse, vers l’éclat des feux, la pulsation des tamtams, le bourdonnement d’étranges incantations. Cela seul avait séduit son âme maudite hors des limites des aspirations permises.
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Par steppe, le 06/08/2011
Lord Jim de
Joseph Conrad
La forme la plus banale du courage nous empêche de devenir des criminels au sens légal du mot, mais il y a la faiblesse inconnue de nous, ou soupçonnée peut-être ; comme, dans certaines parties du monde, on s'attend à ce qu'un serpent mortel surgisse de chaque buisson, la faiblesse, qui peut ne jamais se manifester, observée ou non, redoutée ou virilement méprisée, réprimée ou peut-être ignorée, pendant plus de la moitié de l'existence, celle-là, nul d'entre nous n'en est à l'abri.
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Par gaillard1, le 19/09/2010
Au coeur des ténèbres de
Joseph Conrad
Et la jeune femme parlait, soulageant sa peine dans la certitude de ma sympathie : elle parlait comme on boit quand on a soif.