Critiques de Joyce Carol Oates


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    • Livres 0.00/5
    Par Aela, le 11/04/2012


    Sexy Sexy de Joyce Carol Oates

    Joyce Carol Oates, auteur américaine prolifique est l'une des grandes figures de la littérature américaine contemporaine. Elle est très appréciée en France où elle a reçu le prix Femina en 2005 pour son livre "Les chutes";
    Ici malgré la légèreté évoquée par le titre, il s'agit d'un sujet grave, une accusation de pédophilie, qui nous entraîne dans le monde universitaire américain, que Joyce Carol Oates connaît bien.
    Darren est un jeune homme de 16 ans, un des espoirs de l'équipe de natation.
    Il est très beau et attire les regards sur lui.
    Un jour son professeur de littérature anglaise le raccompagne chez ses parents et Darren a la sensation que ce professeur est attiré par lui, d'où son malaise, surtout quand ce professeur, Mr Tracy, lui demande de l'appeler par son prénom.
    Par la suite, le professeur Tracy est de plus en plus exigeant en ce qui concerne le travail de ses élèves et fait renvoyer un des copains de Darren de l'équipe de natation, sous prétexte qu'il a plagié Google pour rendre un travail sur un poète américain.
    Suite à ce renvoi, les camarades de Darren montent un plan diabolique pour faire accuser le professeur de pédophilie.
    C'est une lente descente aux enfers pour le professeur et pour le jeune Darren, ce sera un véritable cas de conscience qui va le déchirer!: défendre l'honneur de son professeur ou trahir les copains?
    Un sujet grave et difficile formidablement bien mené par cet écirvain de grand talent qui a l'art de décortiquer tous les travers de la société et de la mentalité américaines.

    Critique de qualité ? (19 votes positifs)


    • Livres 5.00/5
    Par Sharon, le 21/11/2011


    Petite soeur, mon amour Petite soeur, mon amour de Joyce Carol Oates

    Joyce Carol Oates ne montre pas l'envers du rêve américain, elle le fait littéralement voler en éclats. Pour atteindre son but, elle détourne une forme convenue : le livre-confession autobiographique. Ce genre littéraire commercial fleurit aux Etats-Unis mais aussi en France (je n'ai pas de titres en tête, je ne lis pas ce genre de prose, je sais simplement qu'elle existe. Joyce Carol Oates donne l'illusion du réel en concentrant tous les codes du genre sur sept cents pages, en écrivant avec une maestria, une ironie douloureuse, une lucidité sans faille ce récit sordide.
    Elle s'est inspirée d'un fait divers tristement célèbre : l'assassinat non résolu d'une mini-miss JonBennet Ramsey. Des reportages, et même un téléfilm ont été consacrés à ce meurtre, montrant la manière dont les parents exploitaient leur fille, mais aussi insufflant l'idée que le frère aîné n'était pas étranger à sa mort. Un pédophile est passé aux aveux en 2006, mais les enquêteurs ont montré les incohérences de son témoignage. Le dossier a été rouvert fin 2010. Voilà pour les faits "réels". Retournons maintenant au roman.
    Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes dans la famille Rampike. Le père a un excellent travail, qui lui a permis d'acheter une maison dans un quartier chic. Sa femme ne travaille pas, comme il se doit, elle se consacre à l'éducation de son fils, Skyler, le "petit homme" de maman, puis d'Edna Louise, sa fille, un bébé qui passe son temps à pleurer. Leur but ultime, déjà ? Paraître, à tout prix. Personne ne fait attention à madame Rampike, qui essaie d'initier son fils au patinage artistique. Elle peine à entrer en relation avec les familles en vue, celles qui habitent dans des quartiers encore plus chic que le sien. Le drame survient. Non, je ne parle pas du meurtre - pas déjà - je parle de la chute qui laissera Skyler handicapé, à la suite d'un accident à l'entraînement de gymnastique. Skyler perd dès lors presque tout intérêt aux yeux de son père, qui n'en fera jamais le grand champion dont il rêvait. Par contre, il pourra intenter un procès à son entraîneur et d'obtenir une somme d'argent substantielle - première dénonciation du système judiciaire américain - et reporter la responsabilité sur lui, et non sur sa volonté de paraître - déjà.
    L'image est ce qui compte plus que tout. Paraître, toujours. Le jugement moral n'est pas écrit noir sur blanc, non, il est là, dans le ton employé par Skyler, dans ses remarques persiflantes. Bientôt, Edna Louise ne sera plus, elle sera Bliss, et tant pis si ce choix déplaît à madame Rampike mère dont elle porte le prénom, ce choix ne l'avait pas amadoué, pourquoi le conserver ? Bliss entre sur cette scène qu'est la patinoire, et tous les regards convergent vers cette enfant de quatre ans qui patine si bien. Cette enfant aura très vite les mêmes costumes qu'une patineuse adulte (les descriptions, précises, sont autant d'invites pour un certain public masculin), elle sera maquillée, non pour aguicher, non parce qu'elle n'est pas très jolie mais parce que c'est nécessaire, ses cheveux seront teints, bref, Edna Louise est complètement dépossédée de son identité première, afin de plaire, pas seulement au jury, mais surtout à ses propres parents, passés maître, surtout la mère, dans le chantage affectif et religieux.
    Bigote, madame Rampike ? Sans doute, elle qui prie si souvent, et se reproche de ne pas avoir prié assez en cas de défaite. Elle s'est forgée une foi à son image, je l'imagine fort bien en championne de la casuistique, elle qui déforme chaque précepte pour l'utiliser à son avantage. Le pire, bien sûr, est qu'elle n'en a aucunement conscience, tout comme son mari n'a aucunement conscience que sa culture n'est que de la cuistrerie, qui en serait presque risible n'étaient son attachement viscérale à ses principes, aussi déformés qu'un reflet dans un palais des glaces.
    Risibles, oui, ils le seraient si la tragédie n'était au milieu du chemin. Ils le seraient par le décalage flagrant entre leurs paroles et leurs actes. Ils sont surtout abjects, et tout une industrie avec eux. Pas besoin de dénoncer, il suffit juste pour Skyler d'annoncer le nombre de maladies mentales qui lui ont été diagnostiquées, le nombre de médicaments que lui et sa soeur ont été contraints de prendre, pour soigner les sus-dites maladies ou pour augmenter les performances sportives, pour rendre plus dociles aussi. La moindre rébellion est aussitôt étiquetée et soignée, à la plus grande joie des industries pharmaceutiques. Il lui suffit aussi de révéler ce qui a été fait des images de sa soeur, et des batailles autour de ce "droit à l'image", chèrement remportée par la famille éplorée. Il suffit de montrer sa mère, devenue écrivain (!) afin de raconter la véritable histoire de sa fille puis de montrer comment elle avait surmonté sa douleur.
    Pour jouer le jeu de la vérité, Joyce Carol Oates montre Skyler en train de s'interroger. Sur la justesse de ses souvenirs ou de sa reconstitution. Sur son droit à raconter tel ou tel fait. Etre multiple, le Skyler lecteur sourit presque du Skyler écrivain, encore sous le coup de ses névroses, tout comme celui-ci se détache du Skyler souffrant qui est pourtant le personnage de base de ce récit - lui et Bliss, indéfectiblement liés. Paradoxe ultime ou pirouette finale, Skyler choisit de ne pas révéler la vérité sur le meurtre de sa soeur, tout en le montrant à lire dans le récit. Skyler ne peut pas dire quelque chose qu'il n'a pas fait.
    Tous les sujets peuvent être traités en littérature. Il faut juste avoir la puissante écriture de Joyce Carol Oates pour en tirer un ouvrage destabilisant, dérangeant, et parfaitement réussi.

    Critique de qualité ? (19 votes positifs)


    • Livres 5.00/5
    Par patouche, le 21/05/2012


    Les Chutes Les Chutes de Joyce Carol Oates

    Il entre dans les dix pour cent de mes livre auxquels j'ai attribué la note de cinq étoiles, c'est dire si j'ai apprécié cette lecture.Apparemment je ne suis pas le seul.Très bon livre de la littérature Américaine .
    Auteur à suivre ( même si j'ai moins apprécié Hudson river ).

    Critique de qualité ? (17 votes positifs)


    • Livres 5.00/5
    Par LiliGalipette, le 04/04/2012


    Premier amour Premier amour de Joyce Carol Oates

    Josie a onze ans quand sa mère l’entraîne loin de son père. Elles s’installent chez la grand-tante de l’enfant. C’est là que Josie rencontre Jared, lointain cousin bien plus âgé qu’elle, qui étudie au séminaire et se destine à la prêtrise. Entre l’enfant et le jeune homme se noue une relation trouble et inquiétante. « Désormais chacun portera l’autre en lui comme un secret. » (p. 44) Josie ne dit rien à sa mère de ce que Jared lui fait endurer : par amour pour ce cousin si étrange, elle se tait et porte dans sa chair les traces d’une immonde affection.
    Pour Josie, Jared est comme le serpent noir qui se faufile dans le marais derrière la maison, effrayant et fascinant. La fillette vit sous la menace insidieuse des représailles du jeune homme. Surtout ne pas lui déplaire, ne pas le trahir. « Équilibre précaire entre ce que Jared veut et ce que Jared ne veut pas. Tu vis dans la terreur de confondre l’un et l’autre, de provoquer son authentique colère. » (p. 64) De Josie ou de Jared, on ne sait qui est le plus perturbé, qui a le plus besoin de cette relation teintée d’horreur silencieuse. On sent en Jared une violence plus ou moins contenue : « Je n’ai pas fait ce qu’il était en mon pouvoir de faire. » (p. 67) Mais rien ne dit si Josie ne souhaite pas subir tout le pouvoir de son cousin.
    Le sous-titre du roman est un conte gothique. Les sombres images qui illustrent le texte le justifient pleinement. Et il y a cette ambiance diffuse de terreur, cette angoisse permanente. Jamais l’enfant n’est en repos, toujours tendue vers un mystère étrange et odieux. Le lecteur voit l’enfant pénétrer dans le marais, en dehors de toute surveillance ou amour maternel. La petite chose est en danger et personne ne la retient. La voix narrative qui s’adresse à l’enfant est à la fois la conscience de la fillette, mais aussi un avertissement venu d’ailleurs, une mise en garde aux allures malignes. « Il est bon d’avoir peur, il est normal d’avoir peur. La peur te sauvera la vie. » (p. 9) La peur peut aussi marquer pour toujours l’esprit encore fragile de l’enfant. Quelque chose dans le récit dit que Josie n’oubliera jamais. Et c’est bien le plus terrible.
    Joyce Carol Oates propose un court texte très oppressant et troublant. Le malaise s’épanouit dès les premières phrases : le lecteur assiste à la course désordonnée d’une enfant soumise aux yeux froids d’un prédateur pervers. Mais comme une souris prise au piège, il semble que Josie se délecte du danger et que sa course folle est un autre plaisir. Pour une fois, je suis ravie qu’un texte soit si bref, je n’en aurais pas supporté davantage. Mais je l’ai supporté avec un plaisir étrange, coupable, comme une autre fascination devant l’horreur et le danger.

    Critique de qualité ? (17 votes positifs)


    • Livres 0.00/5
    Par Aela, le 30/11/2011


    Délicieuses pourritures Délicieuses pourritures de Joyce Carol Oates

    Un sujet délicat, très délicat: les agissements pervers d'un couple "en vue" formé d'un intellectuel professeur d'Université aux Etats-Unis et de sa femme, sculpteur reconnue.. sujet délicat donc mais traité avec beaucoup de pudeur par cet écrivain américaine de grand talent qu'est Joyce Carol Oates.
    Un roman court, certains diront trop court... mais remarquablement maîtrisé où l'on voit Gillian Brauer, jeune étudiante de 20 ans, tomber progressivement sous la coupe de son professeur de littérature et de sa femme.
    A travers les activités de l'atelier d'écriture qu'il dirige, Andre Harrow va exercer des pressions répétées auprès de ses jeunes étudiantes pour qu'elles dévoilent les moindres faits de leur vie privée.. Une surenchère malsaine dans l'étalage de leur vécu va naître chez les étudiantes de même qu'une rivalité sans bornes pour obtenir les bonnes grâces du Professeur..
    C'est ce que va vivre la jeune héroïne jusqu'à ce qu'elle découvre...jusqu'à quel point va la perversité de ce couple "branché".. mais je vous laisse le soin de le découvrir!!
    Un roman brutal, court et incisif qui nous dépeint un monde cruel où des jeunes étudiantes sont abusées dans leur naïveté par des personnes abusant de leur situation d'autorité..
    Un sujet grave donc, mais remarquablement traité..

    Critique de qualité ? (14 votes positifs)


    • Livres 4.00/5
    Par LiliGalipette, le 09/01/2012


    Délicieuses pourritures Délicieuses pourritures de Joyce Carol Oates

    Gillian se remémore ses années étudiantes, au sein du Catamount College. « Ceci n’est pas une confession. Comme vous le verrez, je n’ai rien à confesser. » (p. 8) Est-elle innocente ou sans remords ? Que faut-il penser de la vague d’incendies criminels qui éclatent un peu partout à Catamount ?
    En 1975, Gillian a presque vingt ans et elle est furieusement éprise de son professeur, Andre Harrow. Mais « lorsqu’on aime un homme marié, on existe dans une relation non déclarée, secrète et singulière, avec son épouse. » (p. 13) Dorcas, la femme d’Andre, est une sculptrice au talent certain mais aux productions controversées. Le couple est superbe et fait l’objet de toutes les envies. Gillian et ses jeunes camarades espèrent toutes attirer son attention et partager son intimité. Prêtes à tout pour s’illustrer, les jeunes filles dévoilent leurs journaux intimes. « La tenue de notre journal se mit à nous obséder. » (p. 67) Ce qui n’était au début qu’un exercice universitaire devient une scène terrible où chacune exhibe ses blessures, quitte à en créer de nouvelles pour nourrir la curiosité vorace d’un professeur au comportement trouble.
    Si Gillian doute d’obtenir la faveur de son professeur, elle nourrit à l’envi des fantasmes plus ou moins chastes. « Je rêverais de l’homme au visage lumineux et bon, dont la caresse, quoique légère, quoique nullement sensuelle ni avide, me pénétrerait de joie. » (p. 43) Mais quand le fantasme s’incarne enfin, l’euphorie devient perverse et vénéneuse. Désir ou amour, la relation qui se noue entre Gillian, Andre et Dorcas n’est pas de celles qui s’achèvent en happy end.
    Il s’en passe de belles dans cette université pour filles ! Joyce Carol Oates nous montre un microcosme étouffant et écœurant et écrit avec brio la violation d’intimité et le dévoilement forcé. Bien que très court, ce roman n’est pas simple à lire : les mots prennent à la gorge et l’histoire met mal à l’aise. Poussant à l’extrême certaines légendes des collèges de jeunes filles, l’auteure nous fait pousser la porte d’un monde où la vilenie et la perversion sont proposées comme moteur de la création. À manipuler avec précaution !
    De la même auteure, je ne peux que vous conseiller l’imposant et superbe Mon cœur mis à nu.

    Critique de qualité ? (13 votes positifs)


    • Livres 5.00/5
    Par vlg0901, le 20/04/2012


    Les Chutes Les Chutes de Joyce Carol Oates

    On y suit pendant plusieurs décennies le parcours d’Ariah, qui est le personnage central du livre, si ce n’est son héroïne. Mariée “tardivement”, contre toute attente, à un jeune pasteur qui va se jeter dans les chutes du Niagara le lendemain de leur nuit de noce. Les raisons de son gestes sont inconnues d’Ariah (mais pas du lecteur), qui va dorénavant se croire “damnée”.

    Pourtant, elle se remarie, par amour cette fois-ci, avec un avocat brillant de Niagara Falls, où ils vivront heureux pendant dix ans, jusqu’à ce que le destin rattrape Ariah.

    C’est un roman très dense, très riche, il s’y passe beaucoup de choses; on suit tour à tour le chemin du premier mari, puis d’Ariah, puis de son second mari, et enfin de leurs enfants devenus adultes, qui cherchent à découvrir d’où ils viennent, à en savoir plus sur leur mère et surtout sur leur père.

    Beaucoup de thèmes sont abordés, c’est surtout une peinture très vivante de l’Amérique des années 50 à 80 : les premières années de mariage d’Ariah font écho à une série comme “Mad Men”, la consommation est reine, avec son corollaire dans cette région au nord des États-Unis : l’industrie chimique qui se développe, envers et contre tout, sans la moindre considération ni pour l’écologie ni pour la santé des gens qui travaillent dans ces usines et vivent dans leurs environs.

    Lorsque les enfants d’Ariah atteignent l’âge adulte, en 1978, le regard porté sur cette industrie chimique a bien changé, mais les dégâts qu’elle a provoqué sont-ils réversibles ?

    Le style de Joyce Carol Oates est très riche, rapide; on y passe sans cesse de la narration aux pensées des personnages qui surgissent, en caractères italiques, pour nous plonger au cœur de la psychologie de chacun des protagonistes.

    Bref, 500 pages (ou 1000, dans l’édition pointdeux) qu’on avale d’une traite, toujours avide de connaître la suite. Du coup, j’ai placé “Blonde” sur ma liste de livres à lire, après les vacances sans doute.

    Critique de qualité ? (12 votes positifs)


    • Livres 5.00/5
    Par Aline1102, le 14/03/2012


    Blonde Blonde de Joyce Carol Oates

    La petite Norma Jeane Baker vit avec sa grand-mère, Della Monroe, jusqu'au décès de cette dernière, après lequel elle est enfin prise en charge par sa mère, Gladys Mortensen.
    Gladys travaille comme monteuse au Studio de Hollywood, elle aime le cinéma, rêve devant les demeures des stars et parle à Norma Jeane de son père, que la petite fille ne connaît pas mais qui a promis de venir un jour les chercher elle et Gladys.

    Mais la belle et mystérieuse Gladys n'est pas aussi équilibrée qu'il n'y paraît. Refusant d'être touchée par Norma Jeane, prise de pensées obsessionnelles, victime de sautes d'humeurs, elle s'enfonce petit à petit dans un monde où Norma Jeane ne peut la suivre. Un jour, après une crise particulièrement violente, Gladys est internée et Norma Jeane est envoyée à l'orphelinat.

    Quelques années plus tard, la malheureuse orpheline deviendra Marilyn Monroe...


    "Blonde" a beau être une biographie fictive de Marilyn, le roman donne l'impression de réellement pénétrer dans l'intimité de la star.

    L'écriture de Joyce Carol Oates est intense et donne la sensation de vivre les événements "de l'intérieur", comme si l'on prenait part, en tant qu'observateur direct, à la vie des différents personnages et de Marilyn, en particulier.

    Etrange et très perturbante, la vie de la petite Norma Jeane ne laisse pas indifférent. Tout au long du roman, on sent le malheur qui la guette, comme si la maladie mentale de Gladys était une sorte de malédiction menaçant à tout moment de s'abattre sur sa fille. Et certains passages du texte donnent d'ailleurs à penser que Norma Jeane souffrait du même mal que sa mère. Plusieurs fois, en particulier lors des tournages de ses différents films, l'actrice donne l'impression de souffrir de personnalités multiples: elle passe avec une facilité déconcertante d'une personnalité à l'autre (talent ou maladie?) et considère toujours "Marilyn" comme une entité extérieure, une personne qui fait partie d'elle, mais pas tout à fait. On en arrive à se demander si le métier de cette femme n'a pas précipité sa fin: Marilyn serait-elle morte aussi jeune si elle était resté Norma Jeane, jolie mais anonyme?

    Car exposée à tous les regards, et en particulier aux regards masculins, Norma Jeane est devenue extrêmement vulnérable. Jouet des hommes et ne sachant rien leur refuser, elle semble n'avoir aucun amour-propre. Après quelques relations sentimentales catastrophiques, on pourrait s'attendre à ce que Norma Jeane soit plus raisonnable, et pourtant sa relation avec le Président, sa dernière conquête avant sa mort, montre à quel point cette femme est prête à supporter toutes les humiliations: du moment qu'elle a l'impression d'être aimée, elle est prête à tout.

    La vie de Norma Jeane est aussi, bien entendu, intimement liée à Hollywood. A tel point que la jeune femme aborde l'entièreté de sa vie comme un film. Plus d'une fois, alors qu'elle bavarde avec diverses personnes, Norma Jeane se retrouve prise de cours et ne sait plus quoi répondre parce que "le scénario" ne prévoit pas le genre de situation à laquelle elle est confrontée. Ce genre de réaction renforce encore le sentiment de malaise que l'on ressent à la lecture et fait comprendre qu'il arrivera bien un moment où la jeune femme plongera dans le même abîme que sa mère. Car Norma Jeane devenue Marilyn ne vit plus sa vie, elle la joue. Et le fait d'être en représentation permanente ajoute encore à sa tension, l'amène à abuser des médicaments et de l'alcool. A tel point que sa carrière, pourtant prometteuse, finit par en souffrir.

    La force de "Blonde", c'est que le roman ne se concentre pas uniquement sur le point de vue de Norma Jeane. Chaque personnage est mis en avant et, en quelque sorte, amené à donner son avis sur la personnalité de Marilyn. Cette technique renforce encore l'impression de lire un véritable documentaire, une biographie pour laquelle Joyce Carol Oates aurait rencontré des ex-collègues et anciens amis de Marilyn et les aurait interviewé. Le fait de devoir sans cesse se rappeler que l'on est en train de lire une fiction et non une biographie rend le récit encore plus intense, car cela force le lecteur à rester aux aguets, à se concentrer sur la moindre anecdote afin de se rappeler qu'elle est inventée de toute pièce par l'auteure.

    Magnifique et déconcertant à la fois, "Blonde" est à classer parmi les tous bons romans, de ceux auxquels on continue à penser des jours après l'avoir refermé.

    Critique de qualité ? (12 votes positifs)


    • Livres 4.00/5
    Par le_Bison, le 13/03/2012


    Johnny Blues Johnny Blues de Joyce Carol Oates

    Willowsville, belle bourgade blanche du Nord-Est de l’Amérique. Alors, lorsqu’un jour de 1960, John Reddy Heart, âgé de 11 ans, arrive au volant de la Cadillac rose de sa mère, tous les habitants de Willowsville vont voir leur vie basculée à tout jamais.

    L’icône de toute une ville de banlieue. Tous se disent proche de lui, tous espèrent et croient en lui. Alors le jour où il tua l’amant de sa mère pour la protéger, avec le Colt 11.43 de son grand-père, John Reddy Heart est sublimé par l’ensemble de ses camarades et élevé tout simplement au digne rang de héros de la nation, ou du moins de Willowsville.

    Mme Heart, surnommée le « Dahlia Blanc », hommage à une célèbre affaire policière le « Dahlia Noir », est une femme sublime, s’habillant toujours tout en blanc. Elle ne laisse pas indifférente la gente masculine de cette banlieue proprette. Elle est belle, et elle se montre aux bras des hommes, de nombreux hommes, même mariés. Les femmes de Willowsville sont sensibles à ses charmes mais également d’une jalousie extrême devant cette ravageuse d’hommes, peur de voir tomber leurs petits maris dans les griffes de cette mente religieuse.

    Ainsi, tout le petit village de Willowsville se trouve perturbé par la venue de cette famille venue perturbée leur train-train quotidien et par ce qui deviendra « l’affaire »... Ainsi naquit la légende de John Reddy Heart.

    J’ai souvent lu que, pour apprécier le talent, l’essence et l’écriture de Joyce Carol Oates, il fallait « oser s’attaquer » à ses gros pavés, des romans fleuves dépassant largement le demi millier de pages. Johnny Blues frôle les 700 pages (elle a fait encore beaucoup plus long) et se découpe en 3 parties inégales.

    Chapitre 1 : TUEUR

    Cette première partie du roman relate « l’affaire », celle du meurtre, celle des deux procès et la façon dont elle est perçue par cette petite ville proche de Buffalo. Si le valeureux John Reddy Heart a été disculpé, les autorités le condamnèrent quand même à un petit séjour au pénitencier du coin. Déjà adulé par la population, cet acte fit de lui une véritable légende. Ainsi, tous les ans, à chaque réunion d’anciens élèves, ses camarades ressassent les souvenirs du passé, à commencer par le premier jour où John Reddy Heart a foulé la ville de Willowsville, le premier jour où il a regardé untel, où il a embrassé unetelle... Toute la bourgade se sent proche de lui, se veut son ami avec des degrés d’intimité de plus en plus élevés au fil du temps. De longues soirées à se souvenir, à se remémorer et à lire... parce que c’est long, très long, trop long ?

    Chapitre 2 : M. REPARE-TOUT

    La partie la plus intéressante, à mon sens. On découvre le vrai John Reddy Heart, ce qu’il est devenu après « l’affaire », ses aspirations et sa vie. Un John Reddy Heart plus humain et plus simple que la vision de ses soi-disant camarades peut avoir de lui. Son image ne fait plus illusion pour le lecteur, le seul dans l’histoire à connaître la réalité, à ne pas tomber dans cette fantasmagorie populaire. John Reddy Heart, le solitaire. Devenu ermite, il se fout totalement de son passé. Des camarades de classes ? Quels camarades ?

    Chapitre 3 : TRENTIEME REUNION

    La partie la plus pathétique. Toutes ces têtes bien-pensantes de Willowsville se retrouvent une énième fois pour ressasser « l’affaire ». Orgie de bouffe, de bières, d’alcool et de pizza pour donner une représentation criarde de l’Amérique blanche. Le modèle américain WASP, à savoir blanc protestant anglo-saxon, dans toute sa splendeur. Elle est belle cette Amérique des banlieues chic, tout dans la propreté du paraître. Ils ont tous des hautes fonctions dans l’administration, le cinéma, la politico-justice ou la littérature, mais ils n’ont jamais réussi à se défaire de leur fantasme John Reddy Heart. Pauvres d’eux-mêmes, malgré l’embonpoint et la richesse dégoulinant de leur pseudo aura...


    Lien : http://leranchsansnom.free.fr/

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    • Livres 4.00/5
    Par PerdreUnePlume, le 04/01/2012


    Délicieuses pourritures Délicieuses pourritures de Joyce Carol Oates

    Un des romans les plus ambigus et à l'ambiance la plus lourde qu'il m'ait été donné de lire !
    Éminemment bien réussie que cette plongée dans l'univers universitaire féminin sous la coupe d'un professeur pervers et dominateur ; effrayant.

    L'ambiance "pensionnat de jeunes filles" parfaitement décrite en début de roman vire peu à peu et avec virtuosité vers celle plus étouffante du trio Gillian / Harrow / sa femme qui donne froid dans le dos jusqu'au coup d'éclat final.

    Une nouvelle fois Oates n'est pas là où on l'attend, son style comme son fond étonnent et surprennent. Je crois que le pire dans tout çà c'est qu'elle a véritablement l'art de décrire et d'imaginer le pire (délit, perversité, tension sexuelle ambigüe, fantasmes malsains...) sans jamais tomber dans l'obscénité ou le montage façon fait divers ; pourtant l'ensemble reste peu suggéré et assez explicite, Oates ne se cache pas derrière les mots !
    Ça reste juste, neutre, presque chirurgical. Définitivement une grande plume.


    Lien : http://www.perdreuneplume.com/index.php?post/2012/01/04/D%C3%A9licieuses-pour...

    Critique de qualité ? (12 votes positifs)


    • Livres 5.00/5
    Par iarsenea, le 08/01/2011


    Les Chutes Les Chutes de Joyce Carol Oates

    Première réflexion en fermant ce roman après l'avoir terminé : je ne verrai plus jamais les Chutes du Niagara du même oeil ! Ces chutes, si puissantes et si belles, admirées par des touristes du monde entier, sont aussi un endroit privilégié où des personnes désespérées mettent fin à leurs jours. Leurs corps sont emportés par le fleuve, et se prennent parfois dans les tourbillons au bas des chutes. Puis, le pourissement de leurs corps les fait ramener à la surface, défigurés et d'apparence presque inhumaine.
    Jamais en me rendant à Niagara Falls en 2009 je n'aurais cru que cet endroit si impressionnant était également si funeste. Mais c'est normal : on se garde bien de dévoiler ce côté sinistre aux touristes qui viennent en masse admirer les chutes.
    Les Chutes de Joyce Carol Oates a été si marquant pour moi que je ne doute pas un seul instant que désormais, lorsque je me rendrai à Niagara Falls, j'aurai une petite pensée pour ce roman.
    L'histoire, se déroulant sur près de trente ans, est si riche qu'il est inutile de vouloir en faire un résumé. Celui de la quatrième de couverture est amplement suffisant.
    L'écriture, elle, m'a hypnotisée, sans que je puisse dire pourquoi. D'habitude, les romans où les dialogues sont presque complètement absents m'agacent, et je les trouve plus que souvent pénibles. Cette fois-ci, c'est à peine si je me suis aperçu qu'il n'y avait pas de dialogues, tellement l'histoire coulait, me fascinait. C'est avec peine que je fermais la lumière, le soir, avant de me coucher. Et ce, sans que je me demande de quelle façon cela allait se terminer, ce qui est un exploit. Je tournais simplement les pages du livre une à une, captivée.
    Et que dire des personnages ! Je n'en ai rarement vus d'aussi travaillés, d'aussi complexes et d'aussi insaisissables ! Ariah a été pour moi un mystère du début à la fin. Je suis incapable de mettre des mots sur les sentiments qu'elle suscitait en moi. Je ne suis même pas capable de dire si, grosso modo, je l'ai aimée ou non.
    Les Chutes n'est certainement pas le dernier livre que je lirai de Joyce Carol Oates !


    Lien : http://lecturesdisabelle.blogspot.com/2011/01/les-chutes.html

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    • Livres 5.00/5
    Par le_Bison, le 05/03/2012


    Viol, une histoire d'amour Viol, une histoire d'amour de Joyce Carol Oates

    L’histoire débute un 4 juillet, jour de l’Independance Day, à Niagara Falls. L’instant doit être festif, joyeux et amical. Pétards, concerts de klaxons, matchs de base-ball et feux d’artifice. D’ailleurs Tina et sa fille sortent d’une petite fête pour cette occasion. Tina est fatiguée et veut simplement rentrer tranquillement chez elle. Quoi de plus naturel de prendre un raccourci à travers le parc… Cela lui fera gagner quelques minutes, l’air y est si pur et il y fait si bon pour s’y promener.

    Le hasard a voulu qu’elle emprunte donc la voie du parc, le hasard a également fait croiser son chemin avec une bande de jeunes défoncés et ivres ; et c’est ainsi que tout bascula. Les jeunes violèrent la mère, sous les yeux de sa fille également brutalisée, avant de les laisser pour morte dans un hangar à bateaux.

    Mais Tina doit être trop belle. Elle est un peu trop marginale pour cette société et au procès, toute la ville la condamne. « Cette femme l’a bien cherché » se murmure-t-on dans les salons de thé. Une mère qui s’habille encore comme une adolescente, qui porte des mini-jupes, cela ne peut-être qu’une garce, une pute qui ne mérite que ce qu’elle a eu. Il parait qu’elle était ivre et qu’elle avait fumé quelques substances illicites à la fête, elle a donc du provoquer ces jeunes. Au final, cette pauvre fille a eu juste ce qu’elle méritait et ce qu’elle voulait : se faire baiser par de beaux et jeunes mâles en rut, sinon pourquoi est-ce qu’elle serait passer par ce parc, désert, à minuit passé !

    Et si ça se trouve Tina a bu même quelques bières avec eux. Peut-être même qu’elle s’est droguée avec eux. On ne le saura jamais. Voilà ce qui arrive quand on écoute du rock’n roll ! Quand on aguiche les autres, ces jeunes enfants tout émoustillés de tripoter une mère de famille ! Franchement, ce sont eux les victimes qui risquent de voir leur vie basculer à tout jamais s’ils sont condamnés à faire de la prison…

    Viol, une histoire d’amour : un roman à classer dans mon Top Five des Joyce Carol Oates !


    Lien : http://leranchsansnom.free.fr/

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    • Livres 5.00/5
    Par vanuatu2000, le 29/01/2012


    Blonde Blonde de Joyce Carol Oates

    Encore Marilyn!
    Encore et toujours Marilyn.
    Qui ne connait pas sa vie? Combien de livres autobiographiques, témoignages pointus sur sa vie intime, et romans ont été publiés sur elle. Mais qu'à t-elle donc cette Marilyn de continuer de nous fasciner?
    Qu'à donc de si extraordinaire sa vie?
    Enfance cahotique, difficultés à percer à Hollywood, mariages catastrophiques et problèmes d'alcool. Quoi de plus banal pour une actrice à Los Angeles?
    Que peut bien donc nous apprendre de plus ce livre qui n'a déjà été dit mille fois sur cette icône?
    Et là surprise, le roman nous parle de... Norma Jean et non de la légende éternelle, la blonde Marilyn.
    Car le mythe Marilyn a étouffé la petite Norma Jean. On l'oublie souvent. Une Norma Jean écorchée par une vie sans affection, sans repères stables. Le récit de Joyce Carol Oates, mèlant fiction et réalité, nous fait suivre le parcours sensationnel et triste de celle qui reste à jamais la Blonde éternelle.
    Destin tragique qui ne peut que parler à tous." Maman, papa aimez moi, vous tous aimez moi "ne cesse de crier l'enfant Norma Jean à l'intérieur de Marilyn.
    Toute notre vie, anonymes comme stars ne chantonnant nous pas intérieurement "Amour y-es-tu? M'accepte-tu?".
    De la Norma Jean de ce roman poignant éclate une détresse universelle.

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    • Livres 4.00/5
    Par Melisende, le 03/12/2011


    Les Chutes Les Chutes de Joyce Carol Oates

    Il y a quelques semaines, Libfly appelait les lecteurs pour une opération autour de titres édités chez Points et Point2. Après un rapide coup d’œil, rien ne me tentait vraiment mais je me suis quand même laissée tenter par les deux livres de Joyce Carol Oates proposés. De cette auteure, je n’avais qu’une vague idée, me la représentant comme une de ces auteures contemporaines américaines qui ont du succès ici et outre-Atlantique mais qui restent très floues pour moi. Je n’avais jamais eu l’occasion de tester la plume de la Dame, c’était le moment où jamais de réduire mon inculture !
    En recevant Petite sœur, mon amour et Les Chutes, je me suis tout de suite tournée vers le premier titre, plus inspirée par le résumé. Malheureusement, après plus de 200 pages, la pause s’est révélée indispensable. J’ai donc commencé ce « petit » Point2 et, contre toute attente, contrairement à Petite sœur, mon amour, Les Chutes a eu l’effet escompté puisqu’il m’a mené au bout de ses 992 pages.
    Difficile de mettre des mots sur cette expérience de lecture. Ai-je aimé ? Sincèrement, je n’en sais rien. Je reconnais à Joyce Carol Oates un talent certain pour créer des atmosphères particulières et pour traiter ses personnages dans le détail mais finalement, après 992 pages, qu’ai-je retenu ?

    Ariah, vieille fille trentenaire (oui, dans les années 50, pas mariée à 30 ans c’était plutôt mauvais…), a enfin trouvé, à l’aube de la seconde moitié du XXème siècle, un homme qui veut d’elle et qui satisfait ses parents. Alors que les deux jeunes mariés ont échangé leurs vœux moins de 20 heures plus tôt, l’époux est porté disparu. La mariée passe les sept jours suivants de sa lune de miel, seule, dans un état second, refusant d’accepter l’inévitable : après sa nuit de noces, le mari dégoûté s’est jeté du haut des chutes du Niagara. Le corps repêché, Ariah capitule, elle est « la Veuve blanche des Chutes ».
    Quelques semaines plus tard, elle se lance corps et âme dans une relation avec Dirk Burnaby, avocat rencontré lors de la tragédie. Ce second mariage la transforme et l’épanouit, mais l’angoisse persiste : elle est damnée. Pour s’attacher cet époux qu’elle est persuadée perdre tôt ou tard, elle fait tout pour avoir des enfants…

    Avec Les Chutes, point d’intrigue policière, de suspense insoutenable, d’actions à toutes les pages,… non. Juste l’histoire d’une femme et de sa famille, étendue sur 28 années (1950 - 1978). Ce « manque » plapable de fil conducteur peut déstabiliser et je suis la première à m’être demandée en tournant la 992ème page : « Oui, et alors ? Tout ça pour ça ?! ». En prenant un peu de recul et en réfléchissant un peu à cette lecture, je me suis rendue compte que la force du texte de Joyce Carol Oates n’est pas dans l’intrigue mais dans sa façon de traiter ses personnages. C’est un texte très contemplatif, j’imagine qu’on pourrait le classer du côté des « romans psychologiques » (si une telle dénomination existe). On pourrait craindre l’ennui mais l’auteure amène si bien les choses que ce n’est pas le cas et on se surprend à atteindre la 992ème page sans vraiment s’en être rendu compte.

    La figure principale des Chutes est donc Ariah, cette « Veuve blanche » étrange, silencieuse, un peu comme une apparition fantomatique dont tout part. Sous ses airs de petite femme rousse fragile, elle cache une part d’ombre qui impressionne et effraie son entourage. Si je n’ai jamais compris sa façon d’être et d’agir, ce besoin de se complaire dans sa fatalité et donc, si je n’ai jamais réussi à m’attacher à elle, je félicite tout de même Joyce Carol Oates pour ce portrait marquant ; nul doute qu’Ariah la pianiste damnée restera dans mes pensées.
    Dirk Burnaby, le second époux, m’a fait l’effet d’un auto-stoppeur. Entrant dans l’histoire à un moment donné, faisant un bout de chemin avec l’héroïne - sans jamais vraiment être bien présent -, repartant dans le paysage quelques centaines de pages plus loin. Si son existence est indispensable pour le bien fondé de certains éléments (à commencer par les trois enfants et leur apprentissage de la vie), il m’a semblé n’être qu’un maillon de la chaîne : indispensable mais bien vite oublié.
    Les trois enfants que l’on apprend à connaître plus longuement dans le dernier tiers du texte, tentent tant bien que mal de se construire entre un père disparu et une mère distante. Chandler l’aîné mal-aimé, Royall le magnifique et Juliet la cadette sur laquelle reposait tous les espoirs d’Ariah. Trois enfants, trois destinées marquées par les Chutes du Niagara.

    Les chutes, parlons-en. Elles donnent son titre à ce livre et son atmosphère lourde, oppressante. Même si l’auteure ne rappelle pas constamment leur présence, elles sont bel et bien là, dans notre esprit, tourbillonnantes, impressionna antes, fascinantes, dérangeantes… Autant dire que si un jour, par le plus grand des hasards, je me retrouve près des Chutes du Niagara (pas à l’occasion de ma lune de miel, hors de question après cette lecture !), je ne manquerai pas de me souvenir de l’écrit de Joyce Carol Oates…

    Dernier point, positif qui plus est : la plume (ou la traduction, puisque je me base sur celle-ci). Difficile de décrire cet aspect du livre avec des mots simples. Le style de Joyce Carol Oates est particulier. Etouffant, oppressant, poignant. On s’imprègne facilement de l’atmosphère, des personnages et de leur destinée, d’autant plus que l’auteure décide de multiplier les points de vue et de les alterner. On glisse progressivement de la vision d’Ariah à celle de sa fille Juliet en passant par tous les protagonistes qui se sont trouvés entre elles : le premier époux suicidé, le second tué, les deux autres enfants,… L’histoire est la même mais grâce au changement de point de vue, certains éléments se trouvent éclairés d’un jour nouveau. Ainsi, pendant les 28 ans qui s’écoulent dans ces 992 pages, le lecteur est témoin de la vie de cette famille bien particulière, fondée sur un suicide au sommet des Chutes du Niagara…

    Je termine la rédaction de cet avis et la question persiste : ai-je aimé cette lecture oui ou non ? Et bien, je n’ai toujours pas la réponse mais suis persuadée que cette découverte de Joyce Carol Oates marquera ma vie de lectrice. Merci donc à Libfly et à Point2 pour cette expérience hors du commun !


    Lien : http://bazar-de-la-litterature.cowblog.fr/les-chutes-de-joyce-carol-oates-315...

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    • Livres 3.00/5
    Par mariech, le 24/10/2011


    Je vous emmène Je vous emmène de Joyce Carol Oates

    Roman ardu , qui demande un effort de lecture mais à la fin du livre , l'impression positive d'avoir passé un bon moment dans ma vie de lectrice .
    L'héroïne nous emmène dans l' Amérique du début des années 60 , au temps où on ne parlait pas encore de révolution sexuelle ( la pilule n'existait pas ) , où on appelait un noir un nègre ...
    On sent que ce roman est en grande partie autobiographique , l'auteur fait une critique au vitriol de la société de l'époque . La jeune fille est douée d'une intelligence exceptionnelle , ce qui ne l'empêche pas de faire parfois exactement le contraire de ce qu'elle doit faire , elle est pleine de paradoxes , de contradictions , elle se laisse accuser de choses qu'elle n'a pas faites puis finit par se rebeller , comme seules les timides en sont capables . Elle qui enfant à toujours pensé que son père ne l'aimait pas , sera étonnée de le voir arriver à la remise des diplômes où elle est première , pour la première fois , il va l'a comparer de façon positive à sa mère , décédée lorsqu'elle avait 18 mois ; il est fier d'elle ; elle retrouvera d'ailleurs son père à la fin de sa vie . Elle nous raconte sa passion sans avenir avec un étudiant noir beaucoup plus âgé qu'elle , qui se rend compte , lui aussi de son intelligence supérieure , mais qui aime plus que tout souligner ses failles .
    Cet auteur me fait penser à Philip Roth pour sa critique sans concession de l'époque et les différents thèmes abordés , ils sont d'ailleurs à quelques années près de la même génération.
    En résumé , je conseille ce roman aux fans de Joyce Carol Oates car malgré quelques digressions parfois difficiles à suivre , ce livre contient des pépites d'or qui font notre bonheur de lecteurs .

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    • Livres 5.00/5
    Par Sand94, le 02/03/2011


    Blonde Blonde de Joyce Carol Oates

    Avant d’être une biographie de Marilyn Monroe, il s’agit surtout d’un roman dans sa définition la plus classique : une belle héroïne quasi orpheline, des obstacles, des amoureux, des scènes comiques, d’autres tragiques, des rebondissements…. et c’est bien là tout l’art de Oates dans ce roman. Prendre pour sujet une femme célèbres et en faire une héroïne de roman, la montrer non pas comme tout le monde la voit de l’extérieur, mais comme elle devait être, certainement, dans son âme, dans sa tête.


    Lien : http://leslivresdegeorgesandetmoi.wordpress.com/2011/02/28/blonde-joyce-carol...

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    • Livres 4.00/5
    Par Marguerite87, le 11/07/2010


    Sexy Sexy de Joyce Carol Oates

    Ne vous fiez pas aux apparences car même avec ce titre Sexy, cette couverture turquoise ensoleillée et ces adolescents qui plongent, ce livre, c'est du lourd. C'est le premier titre de Joyce Carol Oates que je lis et elle m'a complètement subjuguée avec ce drame. Elle a créé une histoire très prenante et opressante qui donne, à certains moments, froid dans le dos.

    Fils d'une modeste famille vivant dans un petit comté du New Hampshire, Darren est un adolescent qui se cherche et qui ne semble avoir que peu de contrôle sur sa vie. Il vit dans une société américaine aux valeurs très judéo-chrétiennes qui a peur de l'étranger. Ce roman, c'est son histoire et un peu celle de Mr Tracy aussi qui voit sa réputation salie par quelques uns de ses élèves. La plus grande peur de tous les enseignants, sans doute ! L'auteur démontre à quel point une bonne réputation est dur à bâtir mais tellement facile à détruire.


    Les principaux sujets de ce livre sont difficiles à aborder et Mme Oates le fait vraiment bien. C'est parfois cru, parfois violent mais parfaitement réaliste. La particularité de ce roman réside dans les non-dits. L'atmosphère est chargée de peur et de regrets. Les personnages possèdent tous un petit morceau de l'immense puzzle mais le garde pour eux. Le lecteur n'en sait donc pas plus que Darren et cherche aussi des réponses dans tout ce brouillard. Je ne veux pas en dire plus pour ne pas vous gâcher la lecture si vous decidez de l'entreprendre. La fin, cependant, m'a quelque peu laissé sur ma faim sans quoi ce court roman aurait probablement figuré parmi mes coups de coeur.

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    • Livres 5.00/5
    Par Giwago, le 28/04/2008


    Blonde Blonde de Joyce Carol Oates

    Monumental !!! J’étais relativement sceptique en entamant la lecture de ce roman et sa taille – 1 100 pages – me faisait très peur. Je me suis très rapidement laissé prendre au piège. Si on ne connaît pas la vie de Marilyn – tel fut mon cas – on est totalement incapable de séparer fiction et réalité dans ce livre. On a affaire à un personnage d’une réelle sensibilité, torturé au plus haut point, influençable et fragile. Si l’on se fie au texte de Joyce Carol Oates, Marilyn n’était pas la « potiche » que l’on peut s’imaginer. Pour ne rien gâcher, le style est simple, fluide, beau. Au final, il s’agit d’une très belle rencontre, ou plutôt devrai-je dire de deux belles rencontres : Marilyn et Joyce Carol Oates. Un vrai coup de cœur.

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    • Livres 4.00/5
    Par le-mange-livres, le 05/04/2012


    Sexy Sexy de Joyce Carol Oates

    Lu en quelques heures de train ce vendredi alors que je faisais l'aller-retour à Lyon pour une réunion, et ce malgré le fait que j'étais à l'envers et sacrément malade dans le train (oui, c'est possible). Mais, étrangement, il s'est avéré que la lecture était plus attrayante que la perspective de corriger les copies dont je m'étais pourtant soigneusement munie.

    Mais quid de Sexy ?

    Cela commence comme ça : "Dès qu'il eut seize ans, qu'il s'étoffa et commença à attirer les regards, les choses prirent une drôle de tournure". Darren Flynn est un adolescent du New Hampshire. Lycéen, il est l'une des étoiles montantes de l'équipe de natation et de plongeon ; très beau, séduisant en diable, il suscite la fascination autour de lui, chez les femmes, les hommes ou les garçons et les filles de son âge. Pour autant, Darren est loin d'être sûr de lui, et on découvre un tempérament profondément angoissé.

    Darren est un jour confronté à un comportement ambigu de la part de son brillant professeur d'anglais, un épisode qu'il préfère oublier, mais qui ressurgit lorsque ses amis décident d'organiser une vengeance contre ce même professeur.

    Un peu dans la même veine que d'autres romans américains, tels que Rêves de garçons de Laura Kasischke (mais en moins angoissant) ou Paranoid Park de Blake Nelson, sur la manière dont un évènement plus ou moins traumatique construit un jeune homme ou une jeune fille. Un roman court et rapidement lu - dont j'ai vu qu'il avait été d'abord publié dans une collection jeunesse (ce que je trouve tout de même un peu dur !).

    J'aime énormément Joyce Carol Oates (si ce n'est pas encore fait, précipitez-vous sur Nous étions les Mulvaney). Ici, il ne s'agit certes pas de l'un de ses grands romans, mais il se lit sans déplaisir - et qui devrait plaire à Madle.

    C'est un roman psychologique, comme toujours servi par une analyse très fine, qui propose une plongée troublante dans l'univers adolescent (qui paraît toujours si étranger une fois qu'on l'a quitté !), ses préjugés, ses contradictions. Darren est un garçon finalement très attachant et très touchant.


    Lien : http://le-mange-livres.blogspot.fr/2010/11/sexy-joyce-carol-oates.html

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    • Livres 5.00/5
    Par soukee, le 22/09/2011


    Blonde Blonde de Joyce Carol Oates

    Blonde est un roman de l'auteure américaine Joyce Carol Oates publié en 2000.

    Tout en se fondant sur des éléments de la vie de Marilyn, Joyce Carol Oates a pris le parti, avec Blonde, d'en faire un roman. Elle l'annonce dès le prologue : « Blonde est une "vie" radicalement distillée sous forme de fiction et, en dépit de sa longueur, la synecdoque en est le principe. » (p.9)

    Tout au long de ces 1100 pages, la vie de la belle actrice se déploie sous les yeux du lecteur, non pas comme une biographie, mais comme un mythe. Et c'est ce qui est intéressant. Loin de vouloir savoir à tout prix ce qui s'est passé durant les trente-six années de l'Actrice Blonde, comme elle la surnomme souvent, Joyce Carol Oates présente une femme, dans toute la complexité de ses doutes et de ses failles.

    Si j'ai eu un peu de mal à rentrer dans ce roman - la partie consacrée à l'enfance de Marilyn est souvent pesante - je me suis par la suite complètement immergée dans cette fiction, ne sachant pas réellement ce qui était de l'ordre de la biographie et ce qui était du fantasme. L'alternance de narrateurs brouille les pistes et participe de cette impression de flou quant à la vie de Marilyn tout en faisant écho à ses tumultes intérieurs.
    Blonde s'adresse, selon moi, à un lecteur qui connaît déjà en détail la vie de Marilyn, ses films, ses mariages, ses coups d'éclat comme ses passages à vide. Car Joyce Carol Oates refuse de se faire biographe et de s'attarder sur toute la vie de la belle. Elle picore ça et là des épisodes qu'elle a estimé importants dans son parcours personnel et professionnel et nous les distille de façon parfois codée. Joe Dimmagio devient ainsi l'Ex-Sportif, Arthur Miller, le Dramaturge, et tous les réalisateurs ne sont évoqués que par l'initiale de leur nom de famille. Autant donc savoir ce qu'il en est avant d'ouvrir ce roman.
    Blonde est une lecture très forte, qui m'a émue et conquise. Quatrième livre que je lisais consacré au parcours de celle qui fut, un temps, la blonde d'Hollywood, Blonde a su me séduire par sa longueur (j'étais pendant de longues heures au plus près de sa vie), son originalité de traitement - loin des biographies plus ou moins élogieuses consacrée à Marilyn - et son ton. Joyce Carol Oates, par sa plume poétique, plonge dans cette vie parfois minuscule pour en faire émerger la quintessence et casser l'image publique rêvée de Norma Jeane. Où s'arrêtent les souvenirs ? Où commence le mythe ? Et dans quelle mesure cette vie connue de tous est fictionnalisée ici ? Je reste sans réponse, mais là n'est pas l'essentiel.


    Lien : http://bouquinbourg.canalblog.com/archives/2011/09/22/22108449.html

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