Par Woland, le 24/01/2011
Guimauve et Fleur d Oranger de
Julia Bettinotti
[...] ... Raymond de Faligny se souvient : quelques mois plus tôt, lui-même et la jeune Elfrida Norsten, que séparent la haine ancestrale de leurs familles et un crime récent, se sont trouvés seuls dans la jungle. Tremblement de terre, ouragan et tonnerre : la jeune fille s'évanouit dans les bras de Raymond et l'amour éclate dans ce coeur fier qui croyait haïr et être haï. Cri du coeur, cri du corps, du désir, dont les traces sont désormais inscrites dans un souvenir obsédant.
On dit les romans de Delly chastes et puritains ; seuls y dialogueraient des coeurs et des âmes qu'un "amour permis" ( 1 ) unira au dénouement par le lien d'un mariage chrétien. Ces oeuvres se réclament d'une morale catholique, selon laquelle l'amour ne peut devenir une valeur positive que s'il repose sur la reconnaissance mutuelle de la qualité de deux âmes ; ce sont des romans d'amour chrétiens.
Pourtant, leur sens n'est peut-être pas aussi limpide ni aussi univoque qu'il y paraît de prime abord. Henry de Gesvres, le héros de "La Chatte Blanche", jeune, beau, d'excellente famille et d'une valeur morale si haute qu'il en impose à tous, déclare à son père, qui fut un viveur et le pousse à un mariage d'argent, qu'il aspire à "une complète union d'âmes ( 2 ), à l'ombre du foyer." (Delly - 1928 : 59). Mais, au même moment :
"[...] il revit en esprit le délicieux visage de Yolaine de Rambuges et ses yeux, où il avait cru saisir le reflet d'une âme très pure. Il pensa, avec un petit frisson d'émoi : "Oui, c'est mon rêve, physiquement. Mais sais-je ce qu'elle est au fond ? ( 2 )" (P. 60)
L'amour est bien aussi désir du corps féminin, au moins trouble, émoi devant la beauté, même s'il est postulé qu'elle est le reflet de l'âme ; l'attirance physique précède la reconnaissance morale. ...
( 1 ) : c'est le héros de "La Chatte Blanche" (Delly - 1928 : 125) qui oppose l'"amour permis" aux liaisons irrégulières et passagères qui n'engagent que les sens et qu'il condamne au nom de la morale.
( 2 ) : c'est nous qui soulignons.
( 3 ) : c'est nous qui soulignons. ...[...]
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Par Woland, le 24/01/2011
Guimauve et Fleur d Oranger de
Julia Bettinotti
[...] ... Les histoires de Delly se déroulent presque toujours dans la "bonne société", comme on disait au XIXème siècle ; le B.C.-B.G. des protagonistes est donc d'abord décliné par leur nom : patronyme aristocratique, souvent précédé d'un titre de noblesse. Sur les 20 histoires des 20 romans qui constituent notre corpus ( 1 ), 13 ont des héros au nom aristocratique. Sur les 7 noms plébéiens, un pseudonyme cache un lord anglais de vieille souche ( 2 ) et trois patronymes commencent significativement par un "D", ce qui veut donner à croire que les ancêtres de ces héros appartenaient à la noblesse.
Les jeunes premières appartiennent plus souvent à la noblesse que leurs futurs époux ; 10 portent un patronyme noble : le récit révèlera que 2, d'abord crues plébéiennes, sont en fait des aristocrates ; 3 autres, en dépit de leur nom, sont d'une race aristocratique , 1 encore a pour mère une aristocrate hongroise et un père grec qui fut un peintre de génie ; 4 appartiennent à des familles bourgeoises et, dans ce cas, le narrateur prend toujours soin de souligner qu'elles-mêmes et leurs familles pratiquent les vertus chrétiennes qui valent bien un patronyme noble. A notre avis, cette supériorité numérique a un sens idéologique clair : la femme doit compenser son infériorité d'individu par son inclusion dans une race supérieure ; son ascendance et son appartenance aristocratiques se manifesteront toujours, d'ailleurs, par sa "distinction" et son "instinct patricien." Ainsi, le choix du héros et le mariage seront justifiés : point de mésalliance mais une égalité des rangs sociaux fondée sur des apports différents selon les sexes. On reste entre B.C.-B.G.
La désignation récurrente des héros par leurs titres (princes, comtes ou ... rois et rajahs de pays lointains) accentue leur noblesse. Ici apparaît une nouvelle dissymétrie sexuelle : les héroïnes sont rarement désignées par ce titre qui, pour l'homme, représente à la fois une position sociale et une fonction ; les jeunes filles et les jeunes femmes obtiennent un rang, par mâle interposé, lors du mariage seulement.
( 1 ) : des 23 volumes que nous avons lus, 6 comportent des histoires en deux parties dont la deuxième est bien la suite, même si elle porte un titre propre. Ces 23 romans constituent environ 25% de la production de Delly.
( 2 ) : Dans "Le Feu sous la Glace", le Dr Alwyn Clenmare est en réalité lord Rusfolk, qui recouvrera sa position sociale dans la gentry au cours du roman.
( 3 ) : Norbert Defrennes ("Cité des Anges"), Régis Dorians ("Rue des Trois Grâces") et Lorenzo Damplesmes ("Un Marquis de Carabas"). Le procédé apparaît de façon récurrente dans les romans de Paul de Kock et chez bien d'autres romanciers français du XIXème siècle. ... [...]
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