Par de, le 14/05/2012
A la Recherche de la Palestine : au-delà du Mirage d'Oslo de
Julien Salingue
Combien de temps es-tu resté là-bas et dans quelles conditions étais-tu détenu ?
J’ai passé trois mois et demi dans cette prison. J’ai été détenu, seul, pendant quatre semaines, dans une cellule minuscule, dans laquelle je ne pouvais même pas m’allonger, ou alors en pliant les jambes. Puis j’ai passé trois semaines, toujours seul, dans une cellule de la même taille, mais avec des murs moins épais, ce qui me permettait d’entendre les détenus des cellules d’à côté et de communiquer avec eux. Enfin je suis resté près de deux mois dans une cellule d’environ 9 m2, dans laquelle nous étions en général 5 ou 6 prisonniers. Dans les cellules il n’y avait rien. Les toilettes, c’était un trou dans le sol avec une arrivée d’eau au-dessus pour nettoyer. C’est tout. Et ce sont des cellules hermétiquement fermées. Il n’y a pas de barreaux, juste une porte avec deux trappes, une pour observer à l'intérieur et l’autre pour faire passer la nourriture.
Durant ces trois mois et demi je ne suis pas sorti une seule fois, même pour une « promenade ». Et comme il n’y avait pas de fenêtre aux cellules, je n’ai pas vu la lumière du soleil pendant toute cette longue période. Je n’ai en fait rien vu d’autre que les cellules, la douche et la salle d’interrogatoire. En effet à chaque fois qu’ils me déplaçaient j’étais menotté et il me bandaient les yeux. En revanche j’ai vu beaucoup de lumière artificielle ! Les lampes sont en effet allumées 24/24h. Parfois j’en avais tellement marre que je mettais du papier toilette imbibé d’eau sur l’ampoule afin de réduire l’intensité de l’éclairage… Mais à chaque fois, très vite, ils me disaient de l’enlever.
Quand je suis arrivé ils m’ont laissé plus d’une semaine sans prendre de douche. Après j’avais le droit à une douche chaque jour, mais en général vers 1 ou 2 heures du matin, quand je dormais. Et pas plus de 5 minutes ! Ils ne m’ont pas donné de vêtements de rechange pendant 3 semaines. Et lorsqu’ils m’en ont apporté, je me suis vite aperçu qu’ils n’étaient pas propres et qu’ils avaient été portés par quelqu’un d’autre : ils sentaient mauvais ! Les serviettes, pour la douche, sentaient très mauvais elles aussi : il y en avait trois ou quatre, par terre, à côté de la douche, qui servaient à tous les détenus de la prison, soit près d’une centaine. Et le savon, lui aussi, sentait horriblement mauvais… Alors je préférais garder les morceaux de savon qu’ils nous distribuaient pour sculpter des petits objets, comme des dominos ou des pièces de jeu d’échecs, et me laver à l’eau.
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