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Par Sesheta, le 28/06/2009
Octaèdre de
Julio Cortázar
Trois ou quatre jours, sans qu'il me dise jamais qu'il veillera à ce qu'il n'y ait pas ce qu'on appelle une agonie, laisser le chien crever lentement, à quoi bon ; je peux lui faire confiance, les drenières pilules seront toujours vertes ou rouges mais dedans il y aura autre chose, le grand sommeil dont je lui suis déjà reconnaissant tandis qu'il reste là au pied du lit à me regarder, l'air un peu perdu parce que la vérité l'a vidé, pauvre vieux.
(Liliana pleurant)
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Par Sly, le 04/10/2011
Façons de perdre de
Julio Cortázar
La lâcheté tend à projeter sur les autres la responsabilité qu'on refuse.
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Par Rogojine, le 25/04/2011
Cronopes et Fameux de
Julio Cortázar
Instructions pour remonter une montre.
Là-bas au fond il y a la mort, mais n'ayez pas peur. Tenez la montre d'une main, prenez le remontoir entre deux doigts, tournez-le doucement. Alors s'ouvre un nouveau sursis, les arbres déplient leurs feuilles, les voiliers courent des régates, le temps comme un éventail s'emplit de lui-même et il en jaillit l'air, les brises de la terre, l'ombre d'une femme, le parfum du pain.
Que voulez-vous de plus? Attachez-la vite à votre poignet, laissez-la battre en liberté, imitez-la avec ardeur. La peur rouille l'ancre, toute chose qui eût pu s'accomplir et fut oubliée ronge les veines de la montre, gangrène le sang glacé de ses rubis. Et là-bas dans le fond, il y a la mort si nous ne courons pas et n'arrivons avant et ne comprenons pas que cela n'a plus d'importance.
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Par 270778, le 26/04/2010
Nouvelles, histoires et autres contes de
Julio Cortázar
On mène le monde avec un cylindre da caoutchouc qui tient dans la main ; si on tourne un peu vers la gauche,tous les arbres ne sont plus qu'un seul arbre tendu au long du chemin; et si on tourne un peu à droite, alors le géant vert se défait en centaines de peupliers qui courent à votre rencontre, les pylônes de haute tension avancent lentement un à un, la course est une cadence heureuse où pruvent enfin entrer les mots, des lambeaux d'images qui ne sont pas celles de la route, le cylindre de caoutchouc tourne à gauche, le bruit monte, et monte, la corde du bruit se tend insupportablement, mais onne pense plus, tout n'est que machine, corps collé à la machine et vent sur le visage comme un oubli, Corbeil, Arpajon, Linas, Montlhéry, les peupliers à nouveau, la guérite de l'agent, la lumière de plus en plus violette, un air frais qui remplit la bouche entrouverte, ralentir, ralentir, à ce carrefour prendre à droite, Paris à dix-huit kilomètres, Cinzano, Paris à dix-sept kilomètres. "Et je ne me suis pas tué" pense Pierre en prenant lentement la route à gauche. "C'est incroyable que je ne me sois pas tué". La fatigue pése comme un passager derrière lui, une chose de plus en plus douce et nécessaire.
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Par 270778, le 30/06/2010
Les gagnants de
Julio Cortázar
J'ai des hommes, en général, une idée tératologique. Indispensables mais lamentables, comme les serviettes hygiéniques et les pastilles Valda.
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Par 270778, le 21/06/2010
Marelle de
Julio Cortázar
Enlacé à la Sybille, cette concrétion de nébuleuse, je pense que cela revient au même de faire une boulette de mie de pain, ou d'écrire le roman que je n'écrirai jamais, ou de donner sa vie pour défendre les idées qui rachètent les peuples.
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Par 270778, le 22/06/2010
Les gagnants de
Julio Cortázar
Va-t-on se laisser guider par les étoiles, la boussole, la cybernétique, le hasard, les principes logiques, les raisons occultes, les lames du parquet, l'état de la vésicule biliaire, le sexe, le tempérament, les pressentiments, la théologie chrétienne, le Zen Avesta, la gelée royale, le guide des chemins de fer portugais, un sonnet, ou bien tout simplement en ajustant les procédés maritimes aux prédictions optimistes que contient tout paquet de pastilles Valda ?
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Par 270778, le 21/06/2010
Marelle de
Julio Cortázar
Il faisait presque nuit et Pola, étendue sur le lit, ressemblait à un personnage de Bonnard, enveloppée d'un vert doré par la dernière lumière venue de la fenêtre.
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Par line70, le 19/03/2011
Les Armes secrètes de
Julio Cortázar
Il n'y a rien de tel que de partager un oreiller. Ça vous éclaircit les idées. Parfois même ça les supprime carrément, comme ça on est tranquille.
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Par Altona, le 08/01/2012
Cronopes et Fameux de
Julio Cortázar
Instructions pour chanter
Commencer par casser tous les miroirs de la maison, laissez pendre vos bras, regardez vaguement le mur, oubliez-vous. Chantez une seule note, écoutez à l'intérieur. Si vous entendez (mais cela ne se produira que plus tard) quelque chose comme un paysage plongé dans la peur, avec des feux entre les pierres, avec des silhouettes à demi nues et accroupies, je crois que vous serez sur la bonne voie, de même si vous entendez un fleuve où descendent des barques peintes de jaune et de noir, si vous entendez une saveur de pain, un toucher de doigt, une ombre de cheval.
Après quoi, achetez des partitions, un habit et, de grâce, ne chantez pas du nez et laissez Schumann en paix.
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