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Par Lali, le 20/04/2012
Anthologie de la poésie russe de
Katia Granoff
Ne vois-tu pas, ô mon Amie,
Que ce qui nous est accessible
N’est qu’un pâle reflet émis
Par ce qui demeure invisible.
N’entends-tu pas, ô bien-aimée,
Que le bruit vain de l’existence
N’est qu’une rumeur déformée,
Un faible écho d’accords intenses.
Ne sens-tu pas, mon ange aimé,
Que seul importe sur la terre
Ce que, dans un salut muet,
Se confient deux âmes sincères.
(Vladimir Soloviov)
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Une Voix, un regard de
Katia Granoff
Voici la main encor qui va tracer des lignes,
Voici la bouche encor qui va dire des vers,
Et la bouche et la main malgré moi se résignent
A dévoiler mon âme et ses secrets amers.
p. 13
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Mémoires Chemin de ronde de
Katia Granoff
Paris était devenu le foyer de la peinture mondiale. Venant de tous les coins de la terre, les jeunes peintres, pour la plupart pauvres et isolés, préféraient vivre misérablement mais se repaître d'une nourriture spirituelle que, seule, cette ville pouvait leur dispenser.
Plusieurs de ces jeunes peintres, n'étant que des hôtes de passage, rentrèrent dans leur pays et y portèrent les enseignements plastiques religieusement recueillis et transmis. D'autres, au contraire, se détachèrent de leur lieu d'origine et plantèrent définitivement leur chevalet sur cette terre d'élection.
La culture française, supérieure à celle de leurs patries respectives, les influença profondément sans pour autant les absorber, et peut-être est-ce là sa plus belle qualité, car axée sur la liberté et l'épnouissement individuel, elle guide et enrichit sans soumettre ni absorber et, à son tour, reçoit avec enthousiasme, l'apport d'un sang neuf et de messages lointains.
10/18 p. 32-33
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Par Lali, le 20/04/2012
Anthologie de la poésie russe de
Katia Granoff
J’ai survécu à mes désirs
Et quitté mes rêves. Lucide,
Il ne me reste qu’à souffrir
Devant les fruits de mon cœur vide.
Couronne effeuillée au matin
Sous l’orge d’un soir contraire…
Déjà je vis en solitaire,
Et tristement j’attends la fin.
L’orage siffle sur la terre.
Frappée par la rigueur du sort,
Tremble sur l’arbre, seule encor,
Une feuille retardataire.
(Alexandre Pouchkine)
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Mémoires Chemin de ronde de
Katia Granoff
Tu me chargeais les bras de roses
Que tu coupais en ce jardin
Où tu gardais mon âme enclose
Quand je partais dans le matin
L’âme, je ne l’ai pas reprise…
Les fleurs n’ont plus de jardinier.
Seule, je prends la route grise
Où tu venais m’accompagner.
Mémoire Chemin de ronde, 10/18 p. 41
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Mémoires Chemin de ronde de
Katia Granoff
Si j'ai parlé ici de plusieurs membres de ma nombreuse famille, c'était, je le comprends après coup pour les faire revivre en les évoquant sur ces pages. Ces chers morts que mes amis français ne connaissent pas traverseront le temps et l'espace écartant les voiles épais de l'oubli. Ils survivront ainsi dans mon pays d'adoption.
10/18 p. 22
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Par Lali, le 20/04/2012
Anthologie de la poésie russe de
Katia Granoff
Élégie
Il est des voluptés dans les forêts sauvages,
Et des plaisirs naissant sur de vides rivages,
Il est une harmonie en ce langage fier
Des vagues se brisant sur les grèves des mers.
Oui, j’aime mon prochain, mais toi, mère Nature,
je te préfère à tout, souveraine, oubliant
Près de toi ce que fut naguère mon printemps,
Et ce que fit de moi la froide flétrissure
Des ans. Ainsi mon cœur, se animant encor,
Plein de sentiments neufs et d’ardeur salutaire,
Cherche à les exprimer en des paroles d’or,
Mais ne les trouvant pas, pourtant, ne peut se taire.
(Constantin Batiouchkov)
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Par Lali, le 20/04/2012
Anthologie de la poésie russe de
Katia Granoff
Ô jour merveilleux, jour limpide
De soleil et d’amour!
L’ombre s’enfuit par les champs vides,
L’âme s’ouvre en ce jour.
Réveillez-vous, plaines et bois,
La vie brille partout!
« Elle est à moi, elle est à moi! »,
Me dit mon sang qui bout.
Hirondelle, tu viens chanter,
Tu voles vers mon toit,
Appelant l’amour, la beauté,
Le printemps, mais pourquoi?
Même sans toi, vibrant d’émoi,
Mon cœur chante en ce jour,
« Elle est à moi, elle est à moi!
Elle est tout mon amour! »
(Antoine Delwig)
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Par Lali, le 20/04/2012
Anthologie de la poésie russe de
Katia Granoff
Je me souviens… je me rappelle
Ces temps, ces lieux chers à mon cœur…
Le jour baissait… J’étais près d’elle
Au bord du Danube en rumeur.
Sur la hauteur, majestueuses,
Les ruines d’un noble nid…
Appuyée à leur dur granit,
Tu semblais une fée heureuse
Et ton pied d’enfant effleurait,
Léger, la pierre séculaire;
Le soleil quittait à regret
Ta silhouette jeune et claire.
Très doucement jouait le vent
Avec ta robe, à son passage
Sur tes épaules répandant
Quelques fleurs d’un pommier sauvage.
Tu voyais s’assombrir au ciel
Des nuages multicolores;
Le fleuve en ses bords irréels
Chantait d’une voix plus sonore.
Insouciant, battait ton cœur;
L’ombre de la vie éphémère,
Parmi ces dernières lueurs,
Passait sur nous, tendre et légère.
(Théodore Tutchev)
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Par Lali, le 20/04/2012
Anthologie de la poésie russe de
Katia Granoff
Ô nuits sans sommeil, ô nuits folles!
Nuits où brûlent les deniers feux,
Yeux éteints, confuses paroles,
L’automne, ses fleurs, ses aveux…
Si le temps, de sa main cruelle,
Montre leur charme mensonger,
Mon erreur en vain se révèle,
Car je ne fais plus qu’y songer.
Leur doux murmure qui m’enjôle
Des jours étouffe les vains bruits;
Mon âme aspire à vous, ô nuits!
Ô nuits sans sommeil, ô nuits folles!
(Alexis Apoukhtine)
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Par Lali, le 20/04/2012
Anthologie de la poésie russe de
Katia Granoff
La coupe est pleine à déborder
Nous étouffons sans liberté,
Sans joie… La nuit n’a pas de fin…
Ah! Que l’orage éclate enfin!
Qu’il soulève les mers profondes!
Sur les champs, qu’il siffle, qu’il gronde!
Et cette coupe trop amère,
Ah! qu’il la vide tout entière!
Nicolas Nekrassov)
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Par Lali, le 20/04/2012
Anthologie de la poésie russe de
Katia Granoff
La poésie
En toi, péniblement s’unissent
Le hasard, l’esprit créateur :
La beauté n’a point de couleurs
Plus fuyantes et plus factices.
Dans l’ardent et houleux désert
Du monde, n’aimant qu’un mirage,
Chercher en d’ineffables vers
La magique fleur du langage…
Tu nous troubles, irrésistible,
Impalpables, à peine visible,
De pâle et fuyante lueur.
Au point qu’à jamais tu nous lies
Par la pensée et par le cœur;
Et que l’on t’aime à la folie!
(Innocent Annenski)
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Par Lali, le 20/04/2012
Anthologie de la poésie russe de
Katia Granoff
Doux murmures, soupirs timides,
Trilles de rossignols,
Et ce ruisseau d’argent liquide
Serpentant sur le sol.
La clarté nocturne et les ombres
Se succèdent sans fin,
Illuminent ou bien estompent
Ton visage divin…
La pourpre des roses, le charme
Des nuages mouvants,
Et nos baisers mêlés de larmes
Dans le soleil levant…
(Athanase Feth-Chinchine)
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Par Lali, le 20/04/2012
Anthologie de la poésie russe de
Katia Granoff
Élégie
J’ai bien changé depuis que j’aime…
À présent triste, seul, rêveur,
Je m’attache aux étoiles blêmes,
À la nuit d’ombre et de langueur.
Lorsque la vespérale aurore
Apparaît derrière les monts,
Que l’eau dans les airs s’évapore
Et que se taisent les chansons,
Devant le fleuve aux yeux d’opale
Je guette, en mon rêve plongé,
Ce signe désiré, ton voile,
Là-bas sur le point d’émerger,
Ou bien dans la secrète sente
Les bruissement des pas légers.
Soleil, prolonge ta durée,
Sur l’eau laisse un rayon du jour!
Elle va venir, l’adorée,
Elle va venir, mon amour.
(Nicolas Yazikov)
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Par Lali, le 20/04/2012
Anthologie de la poésie russe de
Katia Granoff
Le verbe
Sur l’univers à son réveil
Dieu veillait en sa majesté!
Un mot arrêtait le soleil,
Un mot effaçait les cités!
L’aigle arrêtait son vol superbe,
Les étoiles tremblaient de peur,
Quand la flamme rose du verbe
Traversait parfois les hauteurs.
(Nicolas Goumilev)
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Par Lali, le 20/04/2012
Anthologie de la poésie russe de
Katia Granoff
Celle qu’on appelle Tristesse…
Comme une femme ayant beaucoup vécu,
Dans sa langueur et sa tendresse,
Offre sa couche à notre cœur vaincu,
Celle qu’on appelle Tristesse…
Elle s’étend, capricieuse, illusoire,
À la fois fatale et frivole;
Mon âme a soif, autant que de la gloire,
De la courbe de son épaule.
Avec les arts, pensifs baissant la tête,
Au gai printemps, à ses couleurs,
Nous préférons l’automne insatisfaite
Dont la tristesse a pris nos cœurs.
(Igor Sévérianine)
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Par Lali, le 20/04/2012
Anthologie de la poésie russe de
Katia Granoff
La nuit d’hiver
La neige volait, inlassable,
Partout volait.
La chandelle sur notre table
Brûlait, brûlait…
Comme en été les éphémères,
Les flocons blancs
À la fenêtre de lumière
Venaient volant.
Ils la dévoraient d’innombrables
Traits étoilés;
La chandelle sur notre table
Brûlait, brûlait…
Sur le plafond couraient des ombres
De pieds, de mains,
Qui se croisaient dans la pénombre,
Tels nos destins.
Puis, de petits souliers tombaient
Sur le plancher;
Un pleur de cire sur ta robe
Qui s’épanchait…
Dans la rafale impénétrable
Tout basculait;
La chandelle sur notre table
Brûlait, brûlait…
Sur sa flamme soufflait un vent
D,ardeur étrange.
De grandes ailes se croisant,
Comme un ange.
En février d’interminables
Flocons volaient,
La chandelle sur notre table
Brûlait, brûlait…
(Boris Pasternak)
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Mémoires Chemin de ronde de
Katia Granoff
A la maison, lorsque nous fûmes admises à la table des grands, parmi d'autres bonnes manières, toute allusion à la fortune des gens était exclue de la conversation comme une inconvenance. J'étais choquée plus tard d'entendre avec quel sans-gêne ces sortes de sujets alimentaient la conversation générale.
10/18 p. 17