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Par Pasdel, le 20/03/2012
Seventeen de
Kenzaburo Oé
J’ai envie de les tuer tous à la mitraillette ; j’ai envie de les massacrer tous ! J’ai essayé de dire à voix haute : « J’ai envie de les tuer tous à la mitraillette, j’ai envie de les massacrer tous ! Ah, si j’avais une mitraillette ! » Ma voix était si basse que le souffle qui ne s’est pas transformé en timbre a embué la glace, en voilant aussitôt mon visage brûlant de colère, derrière un brouillard opaque et sale.
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Par Pasdel, le 22/03/2012
Seventeen de
Kenzaburo Oé
Et puis dis-toi bien ça, qu’il s’agisse de la guerre de Corée ou d’un conflit dans un coin perdu d’Afrique, les forces des Nations unies n’interviennent qu’une fois la guerre déclarée. Si la guerre dure ne serait-ce que trois jours sur le territoire japonais, elle fera beaucoup de victimes parmi les Japonais.
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Par le_Bison, le 16/03/2012
Dites-nous comment survivreà notre folie de
Kenzaburo Oé
A l’approche de la naissance de son fils, tout son corps avait été parcouru d’étranges spasmes dus à l’attente et à l’anxiété, au point qu’il ne pouvait rester une minute tranquille. A y repenser depuis, il avait le sentiment d’avoir compté sur la venue eu monde de se fils pour commencer une nouvelle vie, soustraite à l’influence de l’ombre de son père mort. Mais quand, très amaigri alors, il avait questionné fébrilement le docteur à sa sortie de la salle d’accouchement, l’autre lui avait répondu d’une voix neutre :
« Ton petit présente une grave anomalie. Même si on l’opère, je crains qu’il ne meure ou qu’il ne reste idiot - l’un ou l’autre. »
A cet instant, quelque chose en lui s’était brisée, irréparablement. Puis la présence de ce bébé voué à mourir ou à rester idiot avait très vite colmaté la fracture, comme le cancer s’installe à la place des cellules détruites et continue à proliférer.
[...]
Au jour limite pour déclarer le nouveau-né, il s’était rendu à la mairie de son quartier, où l’employée lui avait demandé quel prénom il voulait donner à l’enfant ; mais il n’avait encore aucunement réfléchi à la question. A ce moment l’opération était en cours, et l’enfant allait être sommé de choisir entre la mort et l’imbécillité : une telle existence mériterait-elle de recevoir un prénom ?
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Par le_Bison, le 18/03/2012
Dites-nous comment survivreà notre folie de
Kenzaburo Oé
Quand il avait commencé à s’apercevoir que le cancer se développant dans la cavité de son corps avec l’exubérance du malt en fermentation, il avait pris conscience qu’il se libérait peu à peu de toutes ses entraves, par le seul jeu de la nature et de son pouvoir. Et pour cela il n’avait nul besoin de se forcer à accumuler refus sur refus ; il lui suffisait de rester tranquillement allongé : même pendant son sommeil, le cancer qui l’habitait et lui ouvrait la voie de la liberté poursuivait imperturbablement sa croissance. Souvent, lorsque sa tête était brûlante de fièvre, non seulement ce qui, de la réalité, entrait dans le champ de son regard, mais aussi les formes créées par son imagination, lui apparaissaient comme voilés de brume, dans un espace au sein duquel son cancer prenait l’aspect d’hyacinthes ou de chrysanthèmes jaunes dont une faible lueur violette baignait les corolles épanouies. Dans ces moments-là et jusqu’à ce que la fatigue atteignît le centre de son cerveau, il respirait avec une concentration particulière et, rassemblant dans ses narines toutes ses puissances de sensation, il s’efforçait de percevoir l’odeur d’hyacinthe ou de chrysanthème de son cancer.
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Par amartia, le 08/04/2012
Gibiers d'élevage de
Kenzaburo Oé
Un gamin du village voulut me contourner pour aller regarder par le soupirail : un coup de pied dans les reins décoché par Bec-de-Lièvre lui arracha des cris de douleur. Bec-de-Lièvre s'était d'ores et déjà arrogé le pouvoir d'accorder ou non le droit de regarder par le soupirail : et il montait une garde jalouse pur interdire à quiconque de porter atteinte à cette prérogative.
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Par le_Bison, le 15/03/2012
Gibiers d'élevage de
Kenzaburo Oé
Allongé sur le sol transpirant de la cave, le noir était en train de chanter à mi-voix, de sa voix grave, un chant qui nous prenait étrangement aux entrailles, un chant plein de sanglots et de cris étouffés qu’on sentait prêts à fondre sur nous.
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Par le_Bison, le 15/03/2012
Gibiers d'élevage de
Kenzaburo Oé
- On ne pourrait pas continuer à le garder comme ça au village ? dis-je. Est-ce que tu le crois dangereux.
Ma question se heurta à un mutisme délibéré. Je revécus intérieurement ma surprise et mon effroi de la veille au soir, quand on avait ramené le nègre au village. Que pouvait-il faire, à cette heure, dans sa cave ? S’il s’échappait de son trou, massacrait tous les habitants et les chiens du village, et mettait le feu aux maisons ? Un frisson de terreur parcourut tout mon corps, et je m’efforçai de ne plus penser à cela.
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Par crapette, le 19/02/2012
Seventeen de
Kenzaburo Oé
...mon père avait une voix exagérément calme, posée et sermonneuse, lui qui n'avait rien de serein. Il croyait prendre le ton d'un individualiste à l'américaine. P.43
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Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants de
Kenzaburo Oé
Pour réprimer mes sanglots, j'ai frotté ma gorge contre l'écorce mouillée d'un arbuste froid. Mais des sanglots jaillissaient sans fin de mes lèvres couvertes de boue et se répercutaient dans l'air sombre et humide, révélant ma cachette au forgeron et à son acolyte qui se démenaient bien plus bas, à ma recherche, avec des cris, ainsi qu'aux villageois excités par un désir de meurtre.
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Dites-nous comment survivreà notre folie de
Kenzaburo Oé
Actuellement, je ne vis plus dans la sphère du "présent" ; du moins pas consciemment. Tu connais la règle du jeu impliquée par un voyage dans le passé en machine à remonter le temps ? Non ? Eh bien! Suppose un homme parti en voyage dans le monde d'il y a dix mille ans. Dans ce monde-là, il ne peut rien faire, rien du tout, qui soit de nature à laisser des traces. Parce que d'une part il n'existe pas dans le vrai "temps" d'il y a dix mille ans ; et que d'autre part, s'il y faisait quoi que ce soit qui laisse des traces, toute l'histoire des dix mille dernières années en serait, d'une façon infime, certes, mais néanmoins indubitablement, gauchie. Pour moi, étant donné que je ne vis pas dans le "temps" actuel, je n'ai pas le droit d'y laisser derrière moi la moindre trace.
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Par brigetoun, le 06/11/2011
Seventeen de
Kenzaburo Oé
En cet instant, j’ai retenu mon souffle pour contempler mon père. Loin de me gronder vertement, il ne détacha pas les yeux du journal, en affichant un sourire glacé et dédaigneux.
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Par nikiteam, le 15/10/2011
Seventeen de
Kenzaburo Oé
La compagnie d'un ami pour lequel on a que du mépris est plus rassurant que la sollitude, dans la mesure où l'orgueil n'est pas blessé.
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Seventeen de
Kenzaburo Oé
Maintenant je me rendais compte que ma nature faible et vile avait été enfermée dans une armure hermétique pour être éloignée à jamais des regards d’autrui. C’était une armure de droite ! A peine avais-je fait un premier pas que les filles poussèrent un cri, mais elles ne pouvaient pas s’enfuir, comme si leurs pieds étaient cloués au sol. La peur qui faisait battre un sang brûlant dans leur poitrine provoqua en moi une joie spirituelle aussi violente qu’une pulsion sexuelle. J’ai hurlé :
« Où est le problème avec la droite ? Hé ! Ca vous dérange peut-être qu’on soit de droite ? Espèces de putes !
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Seventeen de
Kenzaburo Oé
Je suis un seventeen solitaire. A cet âge-là, je devrais mûrir et m'épanouir sous l'oeil bienveillant de tous. Mais personne n'était là pour me comprendre alors que j'étais au bord de la crise... (...) ma tête contenait une cervelle débile faite de sperme de cochon et la conscience qui s’ensuit. Dès que je prenais conscience de moi, j’avais la sensation que tous les regards du monde se portaient sur moi avec malveillance, mes mouvements devenaient maladroits comme si toutes les parties de mon corps se mutinaient et se désolidarisaient entre elles. J’en serais mort de honte. À la seule idée qu’existât en ce monde une conjonction de corps et d’esprit, appelée moi, j’en serais mort de honte. J’aurais préféré opter pour une existence solitaire de troglodyte, comme un homme de Cro-Magnon devenu fou dans sa grotte. J’avais envie de supprimer le regard des autres. Ou carrément me supprimer moi-même.
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Par brigetoun, le 15/06/2011
Seventeen de
Kenzaburo Oé
Je me suis dit, avec une passion ardente : c'est ça, dans la loyauté, il ne peut pas y avoir d'esprit individuel ! Si je tremblais d'angoisse, craignais la mort et étais saisi d'inertie sans pouvoir appréhender ce monde réel, c'était parce que j'étais captif de mon esprit individuel. Tant que j'avais un esprit individuel, je me trouvais bizarre, plein de contradictions, anarchique, alambiqué, confus et décalé, ce qui redoublait mon angoisse.... Or, dans la loyauté, il ne peut y avoir d'esprit individuel. C'est cela, il faut, en abandonnant tout esprit individuel, de dévouer, corps et âme, à sa Majesté Impériale.
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Par brigetoun, le 15/06/2011
Seventeen de
Kenzaburo Oé
J'en serais mort de honte. À la seule idée qu'existât en ce monde une conjonction de corps et d'esprit, appelée moi, j'en serais mort de honte. J'aurais préféré opter pour une existence solitaire de troglodyte, comme un homme de Cro-Magnon devenu fou dans sa grotte. J'avais envie de supprimer le regard des autres.
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Par brigetoun, le 15/06/2011
Seventeen de
Kenzaburo Oé
Ça m’a mis hors de moi. En hurlant, je lui ai donné un coup de pied en plein dans le front. Elle est tombée à la renverse, les bras tendus vers la table. J’ai vu qu’un des verres de ses lunettes s’était brisée et qu’une de ses paupières saignait. Son visage aux traits ingrats a blêmi de manière effrayante ; de coin de ses yeux étroitement fermés un filet de sang épais coulait vers ses pommettes curieusement saillantes. Ma mère s’est précipitée hors de la cuisine pour lui venir en aide. Hébété d’avoir ainsi agi, je fus pris de tremblements. Le sang de ma soeur avait giclé sur mon orteil : à force de le regarder, je sentis une sorte de brûlure et de démangeaison qui montait le long de ma jambe
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Gibiers d'élevage de
Kenzaburo Oé
« C’est une bête, rien qu’une bête, dit mon père avec gravité. Il pue comme un bœuf »
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Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants de
Kenzaburo Oé
Pendant ces jeux inertes, nous avons examiné une horloge démodée qu'un camarade avait apportée et, levant les yeux, nous avons évalué la position du soleil. Mais le temps était si lent, il n'avançait guère. Le temps ne bouge pas du tout, me dis-je exaspéré. Tout comme le bétail, le temps ne veut pas avancer sans la surveillance sévère des hommes. Comme les chevaux et les moutons, le temps ne fait pas un pas sans l'ordre d'un être humain. Nous sommes englués dans la flaque du temps. ON ne peut rien faire. Mais rien n'est plus difficile et exaspérant, fatiguant et vénéneux pour le corps que d'être emprisonné sans rien pouvoir faire.
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Arrachez les bourgeons, tirez sur les enfants de
Kenzaburo Oé
Tel un interminable déluge, la guerre inondait les plis des sentiments humains, les moindres recoins des corps, les forêts, les rues, le ciel, d'une folie collective.