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Cochon d'Allemand de
Knud Romer
L’île de Falster était située si haut dans le nord qu’il n’y avait jamais de vrai été, et si bas dans le sud qu’il n’y avait jamais de vrai hiver. Pas de neige, pas de soleil non plus, rien que pluie, grisaille, froid et brouillard. C’était désespérant, et quand venait le mois de décembre, le sapin de Noël en haut de la cheminée de la sucrerie de Nykobing avait l’air de vouloir se suicider en se précipitant vers le bas.
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Cochon d'Allemand de
Knud Romer
J’ai toujours eu peur de mon grand-père. Pour moi, il était « Papa Schneider ». J’ignorais aussi bien son vrai nom que son prénom, ce qui, du reste, n’avait aucune importance, car il ne me serait jamais venu à l’esprit de l’appeler par son prénom. Il n’était pas du genre à encourager la familiarité.
Papa Schneider avait un visage balafré : des kilomètres de cicatrices, uniquement sur la joue gauche. Des souvenirs du siècle passé, il faisait alors partie de quelque Schlägerverein, cercle de bagarreurs. Ces gens-là mettaient leur point d’honneur à se taillader mutuellement la face d’un sabre – debout, sans sourciller, le bras gauche replié derrière le dos.
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Cochon d'Allemand de
Knud Romer
L’île de Falster était située, en fait, au-dessous du niveau de mer ; elle n’existait donc que dans l’imagination des gens qui s’obstinaient à y croire. Et quand ces gens-là ne pouvaient plus se tenir debout et se couchaient pour dormir, l’eau montait tout doucement, passait par-dessus les digues et inondait les champs, les bois et les villages, qui redevenaient une partie de la Baltique. Eveillé, posté près de la fenêtre, je la voyais venir : le jardin se remplissait d’eau, des poissons nageaient entre les maisons et les arbres ; la ville de Nykobing traversait la nuit, tel un paquebot de croisière
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Par liliba, le 11/09/2009
Cochon d'Allemand de
Knud Romer
«Nykobing Falster est une ville si petite qu'elle se termine avant même d'avoir commencé. Quand on est dedans, on ne peut pas en sortir, et quand on est dehors, on ne peut pas y entrer. Dans les deux cas, on se retrouve du mauvais côté, et la seule preuve de son existence est l'odeur qui imprègne les vêtements : en été ça sent les engrais, en hiver la betterave à sucre. C'est à cet endroit que je naquis en 1960, et c'était la façon la plus sûre de ne pas exister du tout.»
«Nous vivions dans la solitude, séparés du monde entier, mes parents n'avaient pas d'amis, pas de connaissances, ne fréquentaient personne. [...] les autres avaient coupé la branche que nous constituions. Aussitôt je me les imaginai en train de manier la hache, je vis le sol jonché de nos corps démembrés - une cruauté qui me semblait incompréhensible. »
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Par smad, le 25/09/2007
Cochon d'Allemand de
Knud Romer
Papa Schneider était l'homme le plus redoutable que j'eusse connu ; tout ce qui était dur, sévère et qui faisait mal, c'était lui. Il était le dernier bouton de chemise. Il était les dents du peigne lorsqu'on était peignés à l'eau. Il était les égratignures et la peur d'arriver en retard. Non je ne le désignais jamais par son prénom ; d'ailleurs personne ne le faisait. A mon avis, nul ne savait comment il se prénommait ni ne cherchait à le savoir. Ma grand-mère était la seule à posséder cette connaissance, tel un terrible secret et un pari insensé, car si un jour il s'entendait appeler par son prénom, il voudrait assurément savoir par qui. Or le seul qui fut au courant, hormis lui-même, c'était Dieu. (p.10)
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Par smad, le 25/09/2007
Cochon d'Allemand de
Knud Romer
Papa Schneider était l'homme le plus redoutable que j'eusse connu ; tout ce qui était dur, sévère et qui faisait mal, c'était lui. Il était le dernier bouton de chemise. Il était les dents du peigne lorsqu'on était peignés à l'eau. Il était les égratignures et la peur d'arriver en retard. Non je ne le désignais jamais par son prénom ; d'ailleurs personne ne le faisait. A mon avis, nul ne savait comment il se prénommait ni ne cherchait à le savoir. Ma grand-mère était la seule à posséder cette connaissance, tel un terrible secret et un pari insensé, car si un jour il s'entendait appeler par son prénom, il voudrait assurément savoir par qui. Or le seul qui fut au courant, hormis lui-même, c'était Dieu. (p.10)
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Par sylvie, le 11/04/2008
Cochon d'Allemand de
Knud Romer
Bientôt, toute l'école s'était jointe à eux dans un refrain que j'allais entendre tout au long de la journée, durant les années à venir, durant toute ma vie : "Co-chon d'Alle-mand ! Co-chon d'Alle-mand ! Co-chon d'Alle-mand ! "
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Par sylvie, le 11/04/2008
Cochon d'Allemand de
Knud Romer
"D’aussi loin que je m’en souvienne, j’étais toujours à la recherche d’un moyen de quitter Nykøbing et la maison dans laquelle j’avais grandi. Je ne pouvais pas me déplacer librement et me tenais constamment sur le qui-vive, limitant mes allées et venues à une surface minimale ; c’était comme marcher sur une corde raide : la rue avait la largeur de mes propres pas, mes déplacements se bornaient aux allers-retours entre notre garage et l’école.»
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Par sylvie, le 11/04/2008
Cochon d'Allemand de
Knud Romer
J’étais un cochon d’Allemand. Je passais la quasi-totalité du temps au centre d’un cercle formé par des garçons et des filles qui me bousculaient, me crachaient dessus et scandaient des injures. "