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Par brigetoun, le 05/02/2011
visions secondes de
Laurent Margantin
Tu te souviens des fleurs ? Jaunes, oranges, roses, rouges, toutes les fleurs que nous avons déposées autour du trou de feu ? Et les dieux et les déesses que nous avons portés sur leur socle ? Et les grandes herbes que nous avons parsemées ? Et l’eau des noix de coco dont nous avons aspergé les braises ? Et les femmes en sari jaune et orange qui sont venues s’asseoir tout autour du trou de feu ? Et les visiteurs derrière les barrières, silencieux ? Et la procession à laquelle nous avons participée sur la plage un peu plus bas, avant-dernière purification avant l’ultime purification ? Et nos muscles et tout notre corps affaiblis par les dix-huit jours d’abstinence ? Et le rythme des tambours qui nous vidait le crâne, nous préparant à la dernière épreuve, la marche sur le feu ?
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Par brigetoun, le 05/11/2011
Insulaires de
Laurent Margantin
Jamais nous ne serions descendus nous perdre dans cet espace partout béant dans lequel il nous arrivait de tomber en rêve. Le néant était bleu et régnait sans partage hors des limites de l’île.
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Par brigetoun, le 05/02/2011
visions secondes de
Laurent Margantin
On se souvient en effet des événements tragiques qui, au cours du vingtième et unième siècle, accompagnèrent la disparition des livres en papier : nombreux suicides spectaculaires de rats de bibliothèque, immolations par le feu de groupes entiers de lecteurs dans des librairies, attentats visant les boutiques où l’on vendait des tablettes numériques.
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Par brigetoun, le 25/06/2010
la main de sable de
Laurent Margantin
À un moment, il reprit – brièvement – la parole, d’une voix plus lente et plus profonde :
– Tu sais qu’à l’époque j’étais secrètement amoureux de toi ? Allo ? Allo ?
Le passé avait raccroché au bout du fil. Alors le marchand de journaux moustachu referma le portable, le
mit dans sa poche, et retourna dans sa boutique.
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Par brigetoun, le 03/01/2010
Insulaires de
Laurent Margantin
Il aurait pu tirer de la journée le jeune homme maigre et pâle au curieux accent, la fillette noire habillée tout de bleu qui se tenait à l’écart, exclue du groupe, la vieille concierge fatiguée, le chien aux poils blonds errant au milieu de la route, la femme émue à la fin du film, l’homme amateur de blagues obscènes, encore un, couché sur un divan à moitié endormi, les deux jeunes filles mangeant leur sandwich à l’ombre d’un arbre, les jambes étendues sur le goudron, l’homme qui courait des sandales aux pieds sous l’averse, – êtres furtifs, êtres fugitifs souvent, pressés de passer, pressés de rejoindre un point inconnu, de ne plus être là, de disparaître du paysage où ils semblaient trop loin de chez eux, êtres cherchant leur lieu et leur heureaux visages interrogatifs, incertains, instables.
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Par brigetoun, le 25/11/2009
l'enfant neutre de
Laurent Margantin
« Seul cet enfant inconnu, une fiction que comme toi j’accepte désormais comme une fiction nécessaire, nécessaire avant tout parce que consciente, seul cet enfant que tu as qua-
lifié de « neutre » (comme rien d’humain ne l’est !) nous apporte un peu d’air frais dans ce milieu confiné de la légende personnelle et familiale. Il se cache, il se cache loin en nous-mêmes, et qui le cherche le fait immanquablement fuir. Car dans tout récit, celui-ci comme un autre, il ne peut que s’évanouir, incapable qu’il est de supporter qu’on le montre. Il préférerait rester dans le trou d’orties plutôt que d’avoir à écouter toutes les aventures qu’on lui fait porter. Oui, il préférerait cette solitude douloureuse à tous nos récits.
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Par brigetoun, le 05/02/2011
visions secondes de
Laurent Margantin
Surtout, j’étais troublé de ne ressentir nulle chaleur à son passage. L’un d’entre nous se risqua même à s’avancer vers la torche humaine, qui se retourna et voulut lui serrer la main. Son vis-à-vis accepta, sans être brûlé. Il me sembla même que la torche humaine dégageait un grand froid, oui, un froid polaire en cette nuit si chaude, encore brûlante des feux qui avaient été allumés partout dans les rues autour. Etais-je en revanche le guide, je reculais, me tenais caché dans le noir, pétrifié, bouleversé par la venue de la torche humaine qui, je le savais, allait désormais habiter toutes mes pensées jusqu’à la fin de mon existence
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Par brigetoun, le 03/01/2010
Insulaires de
Laurent Margantin
Certains jours, on croyait voir apparaître des formes dans les nuages, des visages, des rues, des villes apparaissaient dans le crépuscule où se mélangeaient toutes les couleurs, à force de descendre cette rue on était comme happé par ce bout du monde sur lequel elle ouvrait, on s’y projetait, on voyait tout ce qu’on désirait voir, ce qui faisait communier un instant l’étranger avec le fou qui, descendant lui aussi la rue, mais plusieurs fois par jour, se mettait à hurler, à tenir des propos insensés, pris par des visions. »
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Par brigetoun, le 25/11/2009
l'enfant neutre de
Laurent Margantin
Comment avais-je pu, se demandait-elle un peu méchamment à voix haute, comment avais-je pu retomber si facilement et si vite sous le joug de ce passé imaginaire, commentmoi, qui avais ne serait-ce qu’entrevu l’enfant neutre, ressenti un peu sa présence et l’avais recherché, comment pouvais-je me laisser capturer à nouveau par la fiction que j’avais su dénoncer, celle d’une enfance que notre mémoire saurait restituer dans les moindres détails ?
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Par brigetoun, le 25/06/2010
la main de sable de
Laurent Margantin
On passait devant la porte et les fenêtres closes, puis on jetait un coup d’œil dans l’ancienne étable : l’absence des animaux avait quelque chose de pesant, de sinistre même, et l’on se demandait bien comment des hommes qui n’avaient pas connu ces lieux au temps où l’on exploitait encore les terres environnantes pouvaient venir chercher le repos ici. Car la ferme, par sa masse et son abandon, nous faisait peur à nous les enfants du coin.