-
Par petitefa, le 05/02/2012
La Tisseuse : contes de fées, contes de failles de
Léa Silhol
Je regardais ses mains, qui effleuraient les plantes. Il passait par-dessus sans jamais les toucher. Et quelque chose, comme une pelote de cordée tissée en mon sein, me disait : s'il les touche, elles mourront. Ceci je murmurais à ma propre oreille, voulant me rendre inflexible : il est cruel, sa main ramasse les fils tranchés, sa main flétrit les fleurs. Il est en son jardin, et son jardin est noir. Ici point de lumière, ici point de salut. Cette boule dans ma gorge, cette cage sur mon cœur, me coupaient le souffle, et mettaient des mises en garde dans mon pas, et pourtant... je le regardais, et je savais mes yeux avides.
Il est beau, mon Seigneur, ma mère. Il est beau comme l'acier.
Le Cœur de l'Hiver
> lire la suite
-
Par petitefa, le 05/02/2012
La Tisseuse : contes de fées, contes de failles de
Léa Silhol
Maintenant j'avance entre les arbres sentinelles vers le cœur vert des bois, sur un tapis de feuilles si épais que le bruit de mes pas n'est plus que le bruissement du vent dans le jardin de la Déesse. Autour de moi les troncs des érables, des chênes et des hêtres sont des piliers de cathédrale jetés vers l'impassibilité du ciel. Et la voûte en berceau que forme leur ramure se pare d'une gloire de teintes au-delà de toute comparaison. Dans d'infinies nuances de rouge et de jaune, de pourpre et de mordoré. Et ces couleurs tombent lentement de la charpente transfigurée du ciel avec des gestes de valseurs, soutenues par l'air seul sous l'acier de leurs nervures. Les couleurs d'automne, le cuivre, la rouille, le sang. Je ne suis plus, déjà, qu'une couleur parmi tant d'autres au sein de l'immobilité millénaire des arbres.
Couleurs d'Automne
(Le cuivre, la rouille, le sang)
> lire la suite
-
Par petitefa, le 05/02/2012
La Tisseuse : contes de fées, contes de failles de
Léa Silhol
En dessous, comme à portée de main, était le lit de la rivière, parfaitement visible à travers le miroir de l’eau, la valse lente des truites, le reflet de la lumière sur les cailloux, la résistance entêtée des herbes aquatiques. Et la femme. Allongée sur le lit de pierre, sous l'eau miroitante, drapée seulement de la gloire de sa chevelure. Yeux ouvertes, cœur fermé, absente. Elle fixait le ciel d'un regard qui ne cillait pas, à travers la trame fissurée des couronnes des arbres. Pas une bulle d'air n'échappait à ses lèvres, et pourtant sa poitrine semblait se soulever doucement. Sur la peau d'ivoire et de crème, la chevelure. Le fil. Une chevelure si longue qu'il n'eût pas été impossible de l'imaginer occupant tout le cours d'eau. Flottant dans le courant au rythme lent des algues, évoquant à la fois l'immobilité et la fuite sans fin.
En Tissant la Trame
> lire la suite
-
Par petitefa, le 05/02/2012
La Tisseuse : contes de fées, contes de failles de
Léa Silhol
- Et qu'est-ce que cela nous fait ? Je ne veux pas que l'on prenne ce qui est à moi.
- A toi ? La femme et l'enfant ? A toi comme tes vaches ou ton vignoble, comme la terre sous tes pieds ?
- La femme oui. Pour l'enfant de l'autre, cela me va si vous l'emportez au Diable.
La colère flamboya dans les yeux de l'étranger.
- Voici donc comment raisonnent ceux d'argile. ils jettent aux orties ce qui est pour nous un inestimable présent, et ils possèdent les êtres à qui nous ne prenons, nous, que ce que leur bon vouloir nous donne...
Frost
> lire la suite
-
Par petitefa, le 05/02/2012
La Tisseuse : contes de fées, contes de failles de
Léa Silhol
Parfois il rit dans son sommeil, et elle sourit aussi. Mais la plupart du temps elle reste les yeux grands ouverts, brûlants, dans la nuit poudreuse. Ou elle dort d'un sommeil léger, sans rêves, qu'un rien peut fissurer. Elle se laisse bercer par les mouvement paradoxalement désordonnés et réguliers du train. Tant qu'il roule, ça va. Rien ne les arrête, rien de mal ne peut monter. Tant que le train roule, pour une heure ou un jour de plus.
Ils vont vers l'ouest.
Runaway Train
-
Par Lydia, le 05/06/2009
La sève et le givre de
Léa Silhol
Dorcha, qui est toujours aussi loin ou aussi près qu'on le désire. Dorcha gisait là, derrière l'éblouissement et le vertige, et ce fut avec ses yeux mi-clos qu'Angharad la vit pour la première fois. Pour Shimrod le paysage du fleuve noir, le fleuve de l'Est, aux rives semées de roseaux blêmes et de joncs d'ébène, avait le charme poignant de la terre natale. Pour Angharad, déjà, sous ce ciel d'ecchymose, il avait le visage bouleversant d'un amant.
Ils passèrent les prairies d'herbe vert de gris aux âmes de rasoir et entrèrent dans l'obscurité immense des bois. Pour parvenir à la cité obscure au sein du crépuscule, Irshem, celle dont le nom signifie Fleur-du-Venin, il fallait traverser cette ombre, ces futaies gigantesques dans lesquelles le bruit du vent incantait le roulement sans fin des vagues (p. 59).
> lire la suite
-
La Glace et la Nuit, Tome 1 : Nigredo de
Léa Silhol
" — Que fais-tu par terre, mon parent ? Est-ce ainsi qu'est l'Hiver ?
Il se redressa lentement.
— J'ai honte de t'avoir forcée à te baisser pour moi.
Elle inclina la tête de côté, comme un oiseau des bois.
— Personne ne me force à rien. Et il faut se baisser souvent, lorsque l'on plante des jardins. Je descendrais pour une fleur, et je ne le ferais pas pour toi ?
Et elle rit doucement, se redressant en même temps que lui, sûre comme une vague."
> lire la suite
-
Par facteur84, le 14/07/2011
La Glace et la Nuit, Tome 1 : Nigredo de
Léa Silhol
"J'ai été dans ma première existence, un instrument, un enjeu, une fonction. On a usé de moi, on a abusé de moi. J'ai connu cela, et tu sais, toi, ce dont je parle : être entraîné, balloté, acheté vendu et donné. J'ai pris ma liberté, dans la négation et dans le sang. La peur me reste, gravée dans les os, d'être à nouveau l'outil des plans d'un autre. Mais je sais, au bout de mon chemin d'errance, de refus et de terreur, que cette trahison-là ne me viendra jamais de l'Osbcur. Que, de prime abord, il est le premier dont elle me soit venue.
Alors ne crois surtout pas, Kélis, ne crois pas que je lui aie dit "non", ce jour là, en Irshem. Je lui ai dit "pas ici" et "entièrement ou rien". Je l'ai voulu dépouillé de tout, au moment même où il venait d'être élevé au pinacle par les siens. Et c'est ce que, contre toutes mes attentes, il m'a donné. Et, se rendant, ma vaincue. Alors, peut-être est-ce être faible, que de vivre sous cet esclavage, car oui, je suis en esclavage. Je respire de son souffle, et ne vibre qu'à sa voix... et son coeur... Son coeur bat là... Je n'avais que moi, et ma futile liberté, et voici que je porte son coeur... l'esclavage, ah... cet esclavage... de ne plus jamais rien vouloir sans l'autre, je l'ai accepté, voulu, épousé. Et la force que ceci exige vaut pour toutes les puissances de ces autres qui n'ont rien que ce que j'avais. Rien qu'eux-mêmes, et rien de plus. Et, si souvent, moins que cela encore. Et je te dis, Kelis : maudits sont ceux qui n'ont pas ce que j'ai. Ni la liberté, qu'on n'acquiert en notre monde qu'à grand coût, ni la gloire de cette dépendance. Veux-tu que je te dise à quel moment j'ai été, oui, faible, et lâche ? Pendant toutes ces interminables années où je n'ai pas cru. Où j'ai fait à l'aimé cette injustice. Où j'étais aveugle, et stupide. Arrogante de me croire la seule à pouvoir faire ce choix.
A présent, suis-je moins forte d'être avec lui ? Je suis plus fragile, car je sers ses causes en sus des miennes, et tremble à ses combats. Lui, est-il amoindri de n'être plus roi, et d'avoir renoncé à la solitudes des aigles ? D'être asservi à mes veines comme je le suis aux siennes ? Libres, voilà ce que nous sommes, libres hormis de cet incendiaire esclavage qui nous donne l'un à l'autre, et seulement l'un à l'autre. Ensemble. Qui se préoccupe des mots et des codes ? Les maudits. Et qu'ils le restent, si c'est là leur refuge. Pour voler, Kelis, il faut vouloir le ciel. Le vertige et l'air libre, et rien d'autre où se tenir que son propre coeur... battant dans la poitrine d'un autre."
> lire la suite
-
Le Dit de Frontier, Tome 1 : Musiques de la frontière de
Léa Silhol
"Ils t'ont amené dans ce monde, et puis ils veulent te poser comme un paquet sur le seuil d'un Centre, et t'y oublier.
T'y oublier parce que tu n'es pas conforme à ce qu'ils souhaitent, à leur vie bien rangée, où les choses sont droites et les meubles collent aux murs. Une vie où les gamins ne grimpent pas aux arbres au milieu de la nuit pour regarder la lune, ni ne rient en écoutant les ruisseaux. Où leurs visages ne sont pas des énigmes impossibles à déchiffrer. Ta vie à toi, la mienne. Une vie de rires et de silences, de regards éloquents.
Comment peut-on décider qu'on n'appartient plus à quelqu'un, qu'un enfant qu'on a bercé cinq ans n'est plus notre enfant ? Parce qu'il se tait, parce qu'il écoute le vent, parce qu'il ne nous ressemble pas. Plus notre enfant...
Mais je suis à toi, moi, Gift, je suis à toi."
[Runaway Train]
> lire la suite
-
Par cyrillius, le 06/03/2010
La sève et le givre de
Léa Silhol
Angharad aimait donc Shimrod, et aimait Finstern. Elle les aimait l'un et l'autre à ne plus en aimer la vie.