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Le retour de Jim Lamar de
Lionel Salaün
Or ce que je lisais dans les yeux de Jimmy n'avait rien à voir avec le sentiment que j'avais expérimenté. C'était quelque chose d'autre, quelque chose de poisseux, quelque chose qui fait mal, qui fait honte, que rien n'efface jamais. Et pourtant cette chose que je ne parvenais pas à identifier, Jimmy me l'avait laissé entrevoir avant, comme accablé par le poids de ce terrible aveu, de passer une main dans mes cheveux, et de lâcher, grave, presque douloureux : Si on allait faire un tour ?
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Par quenlore, le 15/03/2012
Le retour de Jim Lamar de
Lionel Salaün
la brume, montée du fleuve comme chaque soir, s'étirait en filaments à trente centimètres du sol, ouatant les pousses de maïs d'un voile que les phares jaunes du Dodge déchiraient et dont les lambeaux effilochés, glissant le long des ses flancs et sous ses roues, s'égaraient dans notre sillage.
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Le retour de Jim Lamar de
Lionel Salaün
La première chose que j'ai faite quand je suis revenu, la toute première, c'est de venir ici, embourbé jusqu'aux mollets, me remplir les poumons de cette foutue brume poisseuse. Des heures à écouter le murmure du fleuve tapi dessous, son frottement continu contre le flanc des berges, le frémissement des roseaux, le cri de chouettes, le champ des grenouilles, des heures à le regarder apparaître dans le petit jour.
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Le retour de Jim Lamar de
Lionel Salaün
C'était comme ça, et, finalement, c'était rassurant de se sentir du bon côté. C'était pour ça qu'il avait tacitement accepté la présence invisible de cette paroi qui faisait manger le Sonny Boy d'un côté et lui de l'autre. Et c'est pour ça qu'il avait craché par terre quand une certaine Rosa Parks, dans un bus de Birmingham, avait osé remettre en cause l'existence de cette frontière. Et c'est pour ça qu'il avait serré les mâchoires quand d'autres avait secoué le principe sacré de la ségrégation jusqu'à le fissurer dangereusement, avait serré les poings quand ils étaient parvenus à l'abattre. C'était encore tout frais, il n'avait rien oublié de sa rage, de sa haine envers les Noirs.
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Par maylibel, le 12/05/2011
Le retour de Jim Lamar de
Lionel Salaün
"D'accord, Sid, vous avez fait votre boulot, mais nous, maintenant, qu'est-ce qu'on fait de ce gars ?
-Vous lui foutez la paix et vous retournez à vos occupations !"
Le tonnerre de protestations qui éclata à ces mots, souligné par le silence d'une bonne moitié de la population consternée, avait engendré un malaise que le maire, une fois encore, s'était efforcé de dissiper.
"Mais enfin Sid, je ne comprends pas... Pourquoi ?
- Parce que ce gars-là, il est chez lui !"
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Le retour de Jim Lamar de
Lionel Salaün
Aucun de nous deux ne savait qui était l'autre, d'où il venait, comment il avait vécu. Et pourtant, à l'instant même où je suis entré sous la tente, où une bonne partie des types dont j'allais partager la vie des mois durant se trouvaient réunis, mes yeux ont rencontré ceux de Butch, et l'affaire était bouclée.
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Le retour de Jim Lamar de
Lionel Salaün
Je ne sais pas ce qu'il en est aujourd'hui, mais à Stanford, à l'époque, on n'aimait pas bien les étrangers.
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Le retour de Jim Lamar de
Lionel Salaün
Jimmy avait vécu des évènements dont personne n'avait la moindre idée, traversé un océan de feu où beaucoup s'étaient abîmés, côtoyé des destins liés à celui de la Nation, forgé ses convictions sur l'enclume de la guerre, de la détresse, et de la fraternité.
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Le retour de Jim Lamar de
Lionel Salaün
Y'a quand même une chose que tu dois savoir. Y'a trois sortes de gars qui sont revenus de là-bas : les vivants, les morts, et les morts-vivants ! Et quelque chose me dit que Jim Lamar fait partie de la troisième catégorie ...
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Le retour de Jim Lamar de
Lionel Salaün
Jim Lamar m'observait en se frottant les mains avec un drôle d'air. Il semblait hésiter entre la nécessité de poursuivre et celle, je crois, de couper là, de s'en tirer par une pirouette.