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Par nadejda, le 14/02/2013
Louis Calaferte
Bien entendu, je ne suis ni celui-ci, ni celui-là, ni un autre, ni comme ça, ni autrement, ni tout à fait différent, ni ce que vous croyez, ni ce que je pense, ni ce mensonge, ni ce qu’on suppose, ni ce que je laisse voir, ni ce que je prétends, ni ce que j’invente, ni ce qu’on dit, ni ce que j’approuve, ni ce qui m’est défendu, ni ce que je rêve, ni rien de tout cela.
Je suis tel que je suis.
(relevé sur le site de la bibliothèque municipale de Lyon)
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Par gurevitch, le 16/06/2013
Louis Calaferte
Soyez popo
Soyez poli
Soyez polack
Politique ou polythéiste
Polyglotte ou polyvalent
Soyez popo
Soyez pochard
Soyez popo
Soyez podagre
Polisson ou polichinelle
Polygame ou du populo
Soyez popo
Soyez peau d'âne
Mais surtout
Ne soyez pas poète
C'est un poète
Qui vous le dit
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Septentrion de
Louis Calaferte
Au commencement était le Sexe.
Sauveur. Chargé d'immortalité. Il y a la Bête. Héroïque. Puissante. Et au-delà de la Bête il n'y a rien. Rien sinon Dieu Lui-même. Magnifique et pesant. Avec son oeil de glace. Rond. Statique. Démesurément profond. Fixe jusqu'à l'hypnose. Tragique regard d'oiseau. Allumé et cruel. Impénétrable de détachement. Rivé sur l'infini d'où tout arrive.
Le monde s'ouvre comme un énorme utérus en feu. Le monde est femelle, comme l'est la Création. Et putain, impudique, comme l'est la femelle. Père. Fils. Esprit. Triangle sacré du pubis. Le sexe-roi. C'est partout la famine. Etreindre. Prendre. Jouir. Le monde est vautré, nu, offert à la fornication dans sa splendeur maligne et dans sa purulence, tous ses abcès ouverts. Sous les yeux mêmes de l'innocence qui cherche.
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Par usagi, le 12/06/2013
Septentrion de
Louis Calaferte
Choisissant régulièrement le moment où je mâchais à belles dents une grosse bouchée de pollen parfumé pour téléphoner au secrétariat de l'usine afin de m'excuser de mon absence motivée par un inexplicable malaise qui m'avait pris dans la nuit sans que rien l'eût laissé prévoir la veille au soir. De peu de gravité, je pense. L'affaire de vingt-quatre ou quarante-huit heures au pire. Transmettez à la Direction générale, oui, mademoiselle, textuellement, j'y tiens beaucoup. Ajoutez à l'intention personnelle de M. Igoliogobulus, notre Directeur-gérant, que, cette année, le pollen courant est de toute première qualité. Celui des boutons-d'or en particulier. Je dis bien : boutons-d'or – petites fleurs innocentes qui ornent symboliquement la braguette tant soit peu voyante de notre frère David, lequel est justement en train de se vautrer dans l'herbe à mes côtés, me faisant signe de vous présenter ses compliments d'usage. Trop occupé à mastiquer un bouquet de xylothropes lunaires pour prendre lui-même l'appareil, mais se sent tout disposé à vous attendre ce soir à la sortie de votre travail, disons six heures et demi. Paierait les frais de la soirée et se ferait un devoir de vous raccompagner en taxi sans vous peloter plus qu'il n'est concevable. Quant à moi, mademoiselle, je me ses déjà en voie d'amélioration. Serai sûrement sur pied dès ce soir à la nuit tombante. Disponible. Peux vous consacrer une nuit entière avec coups à répétitions, si vous voyez où je veux en venir. Vous ferai profiter d'une expérience patiemment acquise. La vie est splendide prise dans un certain sens. Et je ne vous cacherai pas plus longtemps que votre cul que je vois chaque matin par la baie vitrée du standard téléphonique à l'entrée de l'usine est pour moi un objet de curiosité insatiable qui me traverse l'esprit plusieurs fois par jour sans que j'y mette pourtant de complaisance spéciale, au contraire, n'ayant jamais encore eu l'occasion d'apercevoir votre physique, la Direction prévoyante se doutant du danger que représenteraient pour d'humbles ouvriers de ma sorte une dizaine de paires d'yeux et de nichons bandés, sans parler de l'épaisseur, de la forme ou de l'expression des lèvres. En vertu de quoi elle vous a installées, vous et les autres, le dos tourné à l'entrée, commettant tout de même une grave erreur, car, à mon sens, rien n'est moins anonyme qu'un cul de femme quand on a le temps de se familiariser avec, ce qui est le cas pour le vôtre depuis bientôt six mois que je le retrouve à sa place matin, midi et soir si l'on compte pour rien les heures que j'ai passées à l'imaginer dans mes mains se promenant en cadence de droite à gauche sur le bout de mon gland, partie terminale du pénis, comme il est dit en anatomie. Un aveu entraînant l'autre, laissez-moi vous dire un mot de cette érection matinale imprévue qui se manifeste en ce moment même dan la cabine du téléphone public d'où j'appelle, rien qu'en vous évoquant, assise sur votre tabouret métallique, telle que je vous ai toujours vue, les fesses saillantes dans le tissu plaqué de la robe à fleurs qui se creuse légèrement en suivant la fente que je me plais à imaginer longue, charnue, étroite, un peu grasse et garnie de poils courts jusqu'au bourrelet de l'ouverture que je me propose d'écarter un jour ou l'autre avec toute la science requise. Dans l'attente, soyez assurée que cette image de vous restera vivace en ma mémoire et que je m'efforcerai par quelques lignes d'en communiquer à mes semblables le contenu émotif, car, si vous ne le saviez pas encore, je suis au bord de l'accouchement d'un monstre à visages multiples dont l'un d'eux aura très exactement la forme de ces fesses admirables, évasées sous les hanches, devenues avec le temps dans le fouillis des souvenirs comme la synthèse permanente de toutes les croupes féminines qui m'ont accroché l'œil au passage. Écrivain, voilà mon ambition. C'est l'origine du malaise qui me retiendra aujourd'hui, une fois de plus, loin de mes activités habituelles. Ayant rêvé livres, je ne me sens plus le cœur à gambader dans la cage d'un air guilleret avec les autres. Ce matin, alors que j'étirais le bras pour bloquer cette saloperie de réveil, il m'est brusquement venu à l'idée que je pourrais dormir deux heures de plus sans que ma vie en soit brisée, que je pourrais boire mon café au lit, choisir un bon livre, le déguster mot à mot et même prendre quelques notes dans l'éventualité où je serai tenté de commencer prochainement à écrire. Menus travaux que je remets toujours par manque de temps. Les idées perdues sont pourtant difficilement rattrapables. Passons encore pour les idées, à peu de chose près toujours les mêmes, mais les sensations ! Les sensations, hein ! Quoi de plus volatil ? Fumée et moins que fumée. Du vent, comme disait l'Ecclésiaste qui s'y connaissait. Il me faudrait à chaque instant un crayon et un papier, où que je sois, au graissage de motrices, dans le monte-charge, au sous-sol ou dans le poste de vérification. Ai-je une seule chance de convaincre quelqu'un de chez vous de cette évidence pourtant absolue ? Non, bien sûr. Donc, par déduction, il est non moins évident que je dois m'octroyer ça et là, de mon propre chef, des journées de détente si je veux qu'un jour la peinture soit brossée de ce capharnaüm étourdissant que vous broie la cervelle en même temps que les oreilles. Le bruit, les machines et les odeurs n'étant qu'un amalgame de sensations momentanées, ainsi d'ailleurs que la rangée impressionnante des fesses du standard qui, abstraction faite de sensations, redeviendraient ce qu'elles sont – un banal incident de l'anthropogénie. Thème qui mériterait que nous l'approfondissions ensemble, vous et moi, un de ces soirs. Je suis un esprit tellement curieux ! Je n'ai du reste plus une seconde à perdre. Saluez de ma part mes camarades de l'atelier Nord. Tous mes vœux les accompagnent. L'huile lubrifiante est dans la remise à gauche au fond du couloir. La trousse à outils accrochée par sa gaine extensible au huitième clou en partant du haut. Et naturellement, hier au soir, j'ai pendu ma dépouille de trépassé dans mon vestiaire, mais proprement, sur le cintre numéroté que la Direction nous alloue afin que nous en fassions le meilleur usage. Je n'ai gardé sur moi que mes organes reproducteurs. Je ne pense pas que l'on puisse y voir un trait de mauvais esprit de ma part. Auquel cas, vous me préviendriez des dispositions à prendre. Merci de votre sollicitude. Et allez vous faire foutre jusqu'à la moelle, vous, votre usine, vos disciplines consenties, votre pointage, votre chaîne roulante, vos équipes de relève, vos boulons crantés, votre tableau d'absence, vos records de production et vos salaires garantis. Je vous donne même, par anticipation, ma médaille de travailleur si toutefois vous trouvez encore preneur.
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Par usagi, le 12/06/2013
Requiem des innocents de
Louis Calaferte
Tôt, j'ai connu le monde de la nuit. J'étais, je suis destiné à la nuit. Je garde l'impression de ne pas exister pleinement pendant le jour, et la nuit m'est favorable. Le soir venu, pour moi la vie commence. Lobe était de cette race de nocturnes. La nuit tombée, son comportement changeait, sa voix devenait autre. Il est des êtres qui ne savent pas se mettre au diapason de la nuit. La nuit ne se livre pas d'elle-même. Il faut la pénétrer, la décortiquer, la violer. Il faut lui arracher les lambeaux qui la recouvrent. A l'heure où les hommes s'endorment, une seconde catégorie d'hommes se montre à nu. La nuit depuis longtemps les a façonnés à sa manière qui est brutale. Les a pétris, faits et refaits. Je suis de ceux-là. Je suis de ceux qui ne peuvent dormir tant que vit la nuit. Mes souvenirs et mes désirs les plus profonds reviennent. Affluent. Je veille, les yeux ouverts sur la nuit qui s'accroche au réel. J'éprouve la pénible et agréable sensation - la lâche sensation, comme au moment de l'anesthésie - de me dédoubler. Je me fixe au coeur de la nuit.
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Rosa mystica de
Louis Calaferte
Il faut des êtres purs: qui sont les vivants sacrifices et les sauveurs de notre monde.
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Par usagi, le 12/06/2013
La Mécanique des femmes de
Louis Calaferte
- Dis moi un mensonge
- Je t'aime
- Salaud
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Par usagi, le 12/06/2013
Rosa mystica de
Louis Calaferte
Dans le volume du Journal intime, de Sully Prudhomme, ayant appartenu à mon père; que je trouve en classant les livres d'un des rayons de ma bibliothèque : "La terre est dégoûtante; on a beau se raisonner, et tâcher d'estimer la vie pour se rendre utile et s'honorer, il semble qu'on s'honore davantage en refusant de se mêler à ce tripot. Les hommes gais qui prennent à coeur ce qui se fait sous leurs yeux, qui en parlent avec passion et font cause commune avec les vivants, excitent mon étonnement, et, suivant leur dignité et leur conviction, mon admiration, ou ma pitié, ou mon aversion. C'est moi qui suis le malade; la santé se reconnaît à ce signe que la vie consiste à plonger ses racines dans son élément terrestre et s'y complaît; toute révolte contre la nature, contre les conditions de l'essence, est stérile et morbide."
. Ce passage, encadré au crayon, l'a-t-il été par mon père?
. On ne connaît rien de ceux qui nous entourent, de ceux qui nous sont chers. On les regarde sans les voir, on les entend sans les comprendre, on les aime sans les pénétrer : ils disparaissent, étrangers à nous comme à eux nous le sommes; et, après nous, ce désert se prolonge.
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Par usagi, le 12/06/2013
Septentrion de
Louis Calaferte
Pourquoi à cette époque ne parvenais-je pas à me tirer de cette torpeur intérieure qui agit sur l'esprit à la façon d'un anesthésiant? Des années durant que je menais la lutte, frôlant le fond de quelque chose qui devait ressembler aux dernières secondes de résistance avant l'agonie. Entre la volonté de vivre et l'obligation de mourir. Chute pleine d'abandon. Un trait sur l'ambition de s'exprimer. Renoncer. Se reconnaître pour nul et tâcher ainsi de vivre en paix si on le peut. Ce que vous désireriez se situe tellement au-delà de ce que peuvent imaginer même ceux qui seraient tout disposés à vous encourager. Personne ne vous accompagnera jusqu'à ces hauteurs déroutantes où ne règne qu'une solitude transie. Qu'étais-je de plus que les autres? La somme inexprimable de ténacité cruelle, impitoyable envers soi, qu'implique ce tour de force de devenir créateur. Après tout, écrire n'est rien d'autre que s'avouer malheureux. Il serait si commode de ne jamais ruer dans les brancards.
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Par nadejda, le 23/11/2010
Septentrion de
Louis Calaferte
Les livres me donnaient confiance. Ils représentaient une force sûre, un secours permanent. Toujours réceptif un livre ! A la première lecture on a laissé une marque à telle ou telle page, le coin plié, c'est le passage qui répondait à une préoccupation, un doute. Le dialogue est ininterrompu. D'autant plus vaste qu'on y ajoute tout ce qu'on veut. L'auteur n'a fait que poser les jalons indispensables. A vous de faire la tournée d'inspection.
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