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Par lanard, le 25/03/2012
Histoire de l'écriture de
Louis-Jean Calvet
Les politiques linguistiques d'aujourd'hui, lorsqu'elles s'appliquent à l'écriture, nous montrent aussi que derrière le problème apparemment technique de la transmission des langues se profilent des enjeux d'un tout autre ordre. Lorsqu'en Union soviétique, par exemple, on a transcrit, par paliers successifs (en passant par l'alphabet latin), toutes les langues en caractère cyrilliques, on lit, à ce niveau sémiologique, l'impérialisme russe. Lorsque la Chine populaire a mis en application une simplification certains caractères, il est évident que son but était de démocratiser l'accès à l'écriture. Lorsque enfin, en Afrique, on vois s'imposer partout l'alphabet latin comme s'imposent presque partout les anciennes langues coloniales en fonction officielles, on lit encore une fois la manifestation sémiotique de ce que j'ai appelé ailleurs la glottophagie (*) Ainsi, la forme des écritures se prête à une analyse historique, à laquelle était consacré se livre, mais aussi à une analyse sociale. L'écriture, née d'un besoin du pouvoir laïque ou du pouvoir religieux, est devenue ensuite un enjeu de pouvoir, et le demeure d'une certaine façon, aujourd'hui.
(*)Louis-Jean Calvet, Linguistique et Colonialisme, petit traité de glottophagie, Paris, Payot, 1974
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Par lanard, le 25/03/2012
Histoire de l'écriture de
Louis-Jean Calvet
Claude Lévi-Strauss dans un chapitre de Tristes Tropiques, "La leçon d'écriture", explique à propos des Nambikwara que, "en accédant au savoir entassé ans les bibliothèques, ces peuples se rendent vulnérables aux mensonges que les documents imprimés propagent en proportion encore plus grande(*)". Mais il est difficile de le suivre sur ce terrain et d'admettre avec lui que moins les hommes sauraient lire et écrire et mieux ils se porteraient. Jacques Derrida a porté sur ce passage un jugement sévère: "Dans ce texte, Lévi-Strauss ne fait aucune différence entre hiérarchisation et domination, entre autorité politique et exploitation. La note qui commande ces réflexions est celle d'un anarchisme confondant délibérément la loi et l'oppression(**)". Sans entre dans la polémique, il nous faut bien admettre que si l'écriture a été et reste l'une des apanages du pouvoir, cela ne condamne pas son principe mais simplement certains de ces usages.
(*) Claude Lévi-Strauss, Tristes Tropiques, Paris, Plon, 1955, page 345
(**) Jacques Derrida, De la grammatologie, Paris, 1967? page 191
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Par lanard, le 16/11/2012
Linguistique et colonialisme de
Louis-Jean Calvet
Le fait est général: on sait que toutes les religions ont fait la fortune d'une langue qu'elles ont maintenue contre vents et marées. C'est le cas du sanscrit pour le brahmanisme, du latin pour le catholicisme, de l'hébreu pour la religion israélite, etc. Mais la Réforme a ceci de particulier qu'au contraire de toutes ces religions elle a toujours adopté la langue parlée par le peuple et non pas une langue morte ou en passe de le devenir. Ainsi, la traduction de la Bible en allemand a joué un rôle non négligeable dans l'histoire linguistique et politique et des Etats allemands, et le même fait apparaît, nous venons de le voir, au pays de Galles. La religion peut donc sauver une langue, mais son intervention est ambiguë car elle restreint en même temps cette langue à certains secteurs, ceux précisément qui lui abandonne la langue dominante. Le fait est flagrant pour le pays de Galles où, face à l'anglais langue officielle de l'administration et de l'école, le gallois restera du XVIe au XIXe siècle la langue des écoles parallèles; mais il est assez général, Mostefa Lacheraf signale par exemple qu'en Algérie "chez le peuple la langue française fut décrétée langue d'ici-bas, par opposition à l'arabe qui devenait langue du mérite spirituel dans l'autre vie" et cette "sauvegarde d'une langue peut donc se transformer assez vite en une autre forme d'enterrement. La langue dominante (ici le français) occupe le domaine profane, c'est-à-dire tout ce qui concerne la vie quotidienne, l'administration, la justice, les techniques, la politique, les études, etc. tandis que la langue dominée (ici l'arabe) est refoulée vers le domaine sacré. Ainsi l'opposition langue dominée-langue dominante se trouve convertie en opposition entre ancien et nouveau: la langue dominée est plus ou moins obligée de s'assumer comme langue confessionnelle, rétrograde, du moins est-ce l'image que les mass media lui renvoient d'elle-même. Il s'est produit dans l'hexagone un phénomène semblable avec le breton, présenté par la IIIe République laïque et glottophage comme la langue des curés (voir chapitre VII).
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Par lanard, le 16/11/2012
Linguistique et colonialisme de
Louis-Jean Calvet
décolonisation, libération?
(...) toute libération nominale qui ne s'accompagne pas d'un bouleversement de la superstructure linguistique n'est pas une libération du peuple, qui parle la langue dominée, mais une libération de la classe sociale qui parlait et qui continue de parler la langue dominante.
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Par lanard, le 25/03/2012
Histoire de l'écriture de
Louis-Jean Calvet
[...] si l'écriture n'a pas été inventée en une seule fois, en un seul lieu (je veux dire que nous n'avons aucune preuve, aucun indice, nous permettant de postuler un lien entre l'apparition des cunéiformes en Mésopotamie et par exemple celle de l'écriture Maya), tous les alphabets, en revanche, ont une origine unique. Et l'histoire de ce ces alphabets se ramène à un processus assez simple: à l'origine, nous l'avons vu, on trouve des pictogrammes qui prennent ensuite une valeur phonétique, évoluant vers une écriture syllabique et, par acrophonie, vers un alphabet.
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