-
La Trempe de
Magyd Cherfi
De l’amour, de l’amour sous forme de baisers ou de claques… des claques, oui, à mobiliser la protection de l’enfance, mais toujours dans le souci de nous préserver des hyènes alentour. On l’a crainte jusqu’à l’âge des poils. Non, on la craint toujours en vérité. D’une véritable crainte, comme devant les vieux fauves : ils sont vieux, mais ils restent des fauves.»ou encore «Elle s’en foutait : sa beauté, c’était nous. Elle n’existait plus depuis nous. Elle disait : - Moi, j’existe pas, c’est vous mes dieux ! Aussitôt, elle demandait pardon au ciel. Je me rappelle que très vite ces mots ont pesé, et pour toute la vie, un âne mort. Je sentais la charge qui à terme allait me broyer.
> lire la suite
-
La Trempe de
Magyd Cherfi
Dans cette salle d’attente on ressemble à des immigrés, on se sent presque de passage, et pourtant. J’aurais aimé me sentir plus chez moi et offrir à mon père un peu de chez lui avant qu’il ne s’en aille. Je pèse tout le poids de notre étrangeté. J’aurais tellement aimé un service de la consolation, des psychothérapeutes bilingues pour ma mère, des assistantes en chagrin oriental, des pleureuses qui nous auraient débordés à l’endroit du cœur, un curé même, un imam, un rabbin qu’importe, pourvu qu’on ait moins mal, des porteuses de seaux pour toute l’eau du chagrin. Je me serais servi comme au marché des larmes.
> lire la suite
-
La Trempe de
Magyd Cherfi
Elle venait de me dire : "Bonne nuit" comme on dit "Bon appétit". J’aime pas cette formule, "bon appétit", elle n’a rien de spontané, c’est le réflexe de ceux qui se veulent sociables. C’est comme "bon vent", "bonne soirée", "bon réveillon", on est en droit dans ces moments-là de penser qu’on vous souhaite le contraire, ou pire qu’on fait preuve à votre égard d’une indifférence parfaite. Non ! Je préfère un regard, un sourire ou le silence qui vous laisse en apprécier la teneur.
-
La Trempe de
Magyd Cherfi
En voyant pleurer ma mère ce jour-là, j’ai cessé d’être un enfant. (…) Elle voulait qu’on apprenne, elle n’avait jamais été à l’école ; elle voulait qu’on compte, elle ne connaissait pas les chiffres ; qu’on lise, elle ne savait pas lire ; elle voulait qu’on s’exprime, elle ne parlait pas français. Elle n’avait que son cœur et son ventre à offrir, et ses deux mains pour étrangler les hommes et les animaux qui entravaient notre ascension. Dans son amour, elle a empêché la corne de se former dans la paume de nos mains, mais en tombant la blessure s’est faite plus profonde. Quand son amour s’est tu, je me suis retrouvé tout nu dans la neige.
> lire la suite
-
La Trempe de
Magyd Cherfi
Ici nulle crainte d’être dépouillé à moins que la semoule n’entrât au CAC 40 par je ne sais quelle inflammation du coût de la farine. Dans ces maisons, que du lourd, de l’huile d’olive, des pommes de terre et des caisses pleines d’oignons. Le braquage culinaire n’était pas en vue
-
La Trempe de
Magyd Cherfi
Le nombre… ce boulet. Et comble de l’infamie, dans la maison il n’y avait pas d’endroit propice aux confidences. L’idée d’une confidence n’interpellait personne. Le meilleur ami c’était encore soi-même.
-
La Trempe de
Magyd Cherfi
Tout était interdit qui dévoilait des émotions. Avoir peur, avoir froid, avoir faim. Alors on simulait et c’est souvent qu’un sourire traduisait le plus gros chagrin. - Pourquoi tu ris ? - J’ai mal !
-
La Trempe de
Magyd Cherfi
C’est bien ce qui nous déchire le cœur, ce sentiment d’avoir été aimés au-dessus de ce qui aurait suffi.