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Par brigetoun, le 08/12/2010
L'allée du bout du monde de
Marie Cosnay
Némini et moi restâmes un long moment devant notre océan, immobiles nous regardions courir les mouettes et les passereaux égarés. C’est le moment que j’ai choisi pour me livrer à la folie, à la cacophonie intérieure. J’ai fait une petite révérence fabriquée à Némini. Je lui ai pris le bras. Alors la nuit est revenue, nous le crûmes, elle est venue avec sa peau de pêche brune, molle et moisie en fait. Bonjour, salut à la nuit et double révérence pour l’occasion, j’ai ôté un chapeau que je n’avais pas, je l’ai mis de nouveau sur mon crâne pour l’empêcher de s’échapper en grosses bouffées glaciales tourbillonnantes.
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Par brigetoun, le 07/04/2012
Déplacements de
Marie Cosnay
Lorsque paraissent à telle heure le ciel gris plissé et trois martinets bondissant dans le cadre, j’ai la même inquiétude que celle qu’eurent les voyageurs, paysans, archéologues ou fils de rois égarés devant les murs du château endormi caché par les taillis.
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Par brigetoun, le 08/12/2010
L'allée du bout du monde de
Marie Cosnay
Avrami Yarmola marche au cœur des monts fleuris de bruyères, il est sans doute à moins d’une heure de la frontière espagnole, le jeune homme lui a souhaité du courage et fourré dans la ceinture du pantalon un pistolet russe. Des vautours le survolent, indifférents. Des lumières à l’étage supérieur d’une venta de la frontière sont allumées. Yarmola marche dans les campanules et, de la rosée jusqu’aux genoux, ne sent plus le froid. La fatigue le terrasse. Il fait avec elle comme il fait avec le chagrin, il la renverse sur quelqu’un, n’importe qui, un double, le premier venu ou le premier pensé
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Par Cadex, le 07/03/2011
Entre chagrin et néant de
Marie Cosnay
"Par rapport à autrui, j’ai à faire". La révolte, je ne sais pas la mener. Le chagrin m’envahit. Je le pense insuffisant, agaçant, inquiétant même, s’il n’est accompagné de mise en question et de travail - tout modeste que soit ce travail. C’est en mon temps et en mon nom que des milliers de migrants d’Asie et d’Afrique sont enfermés dans les prisons modernes de l’Europe - et chaque semaine une vingtaine, ou davantage, à quelques kilomètres de "chez moi", c’est-à-dire "ici", à l’endroit où par le plus grand des hasards il m’est arrivé de naître, enchaînée à une histoire et à l’Histoire.
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Par brigetoun, le 08/12/2010
L'allée du bout du monde de
Marie Cosnay
Désespoir, désespoir, pense-t-il en posant le livre mais il ne le dit pas. Il prend ses précautions et retourne l’enfant. Celui-ci geint de plus belle. Il appuie sa main sur la nuque et l’épaule. Il répète silencieusement désespoir et il a envie de rire, la douleur dans le haut du crâne est tombée, du moins il lui semble. Une épaule de bronze, une forte et fière épaule de bronze. Il appuie sur l’épaule d’Avrami. Il bouge comme on ne peut bouger qu’avec du rhum et du dimidrol quand les douleurs ont décru et qu’on a vraiment tout perdu
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Par brigetoun, le 17/02/2012
André des Ombres de
Marie Cosnay
Les cheveux des arbres sont touffus, dessinent des monts d’étoffe au ciel. Je me repose d’avoir à tout prix voulu défaire les espaces d’oubli, ces endroits où quelque chose gît, corps ou aveu, puis doucement est cousu dans les draps qui couvrent. Je me repose d’être descendue au pays des ombres gardé par le chien aux têtes multiples.
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Par brigetoun, le 08/12/2010
L'allée du bout du monde de
Marie Cosnay
Deux ans, c’est le temps de changer de colère, encore que je ne sais pas, dans mon cas la colère s’est étouffée pour laisser libres des jardins fous et toutes mes peurs, combien de fois un soldat adolescent et aveugle à l’abord de la mort, sur le seuil, n’a-t-il pas échangé avec moi.
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Par cicou45, le 24/02/2011
Que s'est-il passé ? de
Marie Cosnay
Quand l'amour advenait, c'était toujours le même amour, il portait avec lui la possibilité du même désastre. Il avait ceci de particulier, l'amour, que de lui on ne savait rien, on ne touchait rien,-mais une brillance infinie et durable par quoi s'évanouir.
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Par brigetoun, le 17/02/2012
André des Ombres de
Marie Cosnay
Emma disait bon de penser le rejoindre. Mais quand ses mains se crispèrent douloureuses, m’attrapant avec la force qu’elle eut jusqu’au bout, maigre et musculeuse m’empoignant et les mots prononcés à voix trop basse pour que quiconque les recueillît, pendant ces trois jours de murmures, tous mes yeux dans ceux d’Emma j’avais beau fixer, écouter avec mes oreilles du corps et les autres, je ne sus d’elle ni quelle souffrance ni l’acceptation ou non, ni la résistance au bord, ni l’amitié qu’elle me portait encore, ou plutôt je croyais affreusement voir la nulle amitié qu’il y avait lieu maintenant de porter à quiconque.
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Par brigetoun, le 08/12/2010
L'allée du bout du monde de
Marie Cosnay
Le train file à tout allure ou j’en ai l’impression. Il va si vite que je peine à le suivre, moi qui suis assis sur une banquette rouge sale, le crâne contre la vitre froide. Je vais m’enrhumer pour de bon, c’est ce que je pense, à genoux je surveillerai les allers et venues, les trafics des hommes privés de femmes (les jeunes et les moins jeunes, munis de ventre et de brassard, de sourire sardonique ou bien d’indifférence).