Par Myrtle, le 16/07/2011
La plage de
Marie Hermanson
Mes sentiments pour Anne-Marie ressemblaient beaucoup à ceux d’une amoureuse. Mais à la différence d’autres états amoureux, celui-ci ne s’effaçait pas. […] Chaque été, j’étais tout aussi excitée de la revoir. La première heure toujours angoissante, lorsque je la retrouvais changée, une autre Anne-Marie. Une nouvelle coupe de cheveux, un nouveau vêtement, une expression à la mode à Stockholm que je ne l’avais jamais entendue prononcer, tout ça était menaçant. Et puis l’instant de la libération, une blague, un souvenir commun, un éclat de rire qui renouait le lien qui nous unissait. Il y a des gens qui possèdent la clé de notre âme. Qui peuvent ouvrir des pièces que nous avons toujours eues en nous, mais auxquelles nous n’avons jamais accédé. Nous entretenons une relation particulière avec ces personnes et lorsqu’elles sont du bon sexe et du bon âge, nous tombons amoureux. Dans d’autres cas, nous sommes comme ensorcelés, dépendants, peu importe les mots que l’on choisit pour décrire cet état. Anne-Marie était une sorte de clé pour moi, la première que j’aie jamais connue. C’est pour cela qu’elle était aussi importante pour moi. Je devinais que cette fascination n’était sans doute pas réciproque, et j’avais l’angoisse permanente qu’Anne-Marie puisse disparaître. Et voilà qu’elle avait une petite soeur indienne de seize mois.
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La plage de
Marie Hermanson
Je pense que Maja est comme ce genre de reflet noir. Normalement, les hommes sont toujours une fenêtre à travers laquelle on voit un autre monde. Mais Maja est une surface sombre et lisse, tout ce qu'on voit en elle est le reflet de soi-même. Si on lui demande quelque chose, elle nous renvoie la même question. Tu viens de te rendre compte à quel point c'est désagréable. Et quand on la prend dans ses bras, on ne ressent pas de douceur ni de point commun, juste son propre désir. Quand on se fâche contre elle, on est confronté à sa propre rage et à son impuissance.
Quand on voit Maja, on ne voit que le reflet de soi-même, pas clair comme dans un miroir normal, mais sombre, flou, une image fantomatique. C'est une expérience effrayante qui ne laisse personne indifférent.
Je crois que c'est exactement ça qui est arrivé à notre famille. Chacun s'est regardé dans le miroir noir. Et chacun a réagi de manière différente.
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