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Par MissAlfie, le 08/04/2012
La Peine du menuisier de
Marie Le Gall
Le pâté de campagne était appelé ainsi pour marquer la différence avec le pâté Hénaff, une institution en conserve qui était de tous les repas, y compris et surtout du petit déjeuner, et que chaque bas Breton digne de ce nom avait eu "dans son biberon" avant d'apprendre à l'étaler sur son pain et de le tremper dans son bol. Le pain, c'était une miche appelée "miche de deux". On la coupais avec énergie après l'avoir bénie en traçant un signe de croix sur la croûte et on tartinait les tranches de beurre salé. La motte, d'un jaune soleil vif et luisant, trônait au centre de la table recouverte d'un toile cirée, dans les tons beiges le plus souvent, avec des motifs, un mélange de cerises et d'oiseaux d'un goût douteux. Mais c'était pratique et pas salissant. "Un coup d'éponge !... Impeccab' ! "
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Par MissAlfie, le 09/04/2012
La Peine du menuisier de
Marie Le Gall
Il était écolo quand on ne parlait pas encore d'écologie. D'une voix tranquille et déterminée, il dit un jour avoir voté René Dumon à la présidentille. Exceptionnellement il y avait du monde dans la cuisine, des voisins. On se tut. A l'écoute de ceux que l'on appelait pas encore les Verts et dans sa conscience de paysan, il pressentait les problèmes à venir, les désastres qui mettraient en péril l'équilibre du monde. Je levais la tête et je le regardais pour la première fois.
Pour la première fois aussi, je fus fière de lui.
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Par hema6, le 24/02/2011
La Peine du menuisier de
Marie Le Gall
C'était quand je ne l'entendait pas que je l'entendais le plus, et lui de même. C'est-à-dire tout le temps. Nous avancions dans un silence assourdissant.
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Par hema6, le 11/04/2011
La Peine du menuisier de
Marie Le Gall
J'entendais parfois les mots syndicats ou "FO". Je les associais sans chercher à en savoir davantage. Je ne sais pas si le Menuisier faisait la grève pour gagner plus de sous. Ce terme n'avait pour moi plus qu'une seule signification. C'était le souvenir de la chaleur douce de la crique de Rostiviec cachée sous les branches des chênes, la brulure du sable gris, les coquillages écrasés et l'odeur de la vase brune à marée basse. "Bourgeois", "patronat" et "prolétariat" n'appartenaient pas à notre vocabulaire. Il y avait seulement les "gros" et les "petits". Je les retrouverais beaucoup plus tard en lisant Zola et son monde de "gras" et de "maigres". L'idée d'inégalité existait et je la comprenais, mais l'abominable notion d'envie n'avait jamais effleuré ces esprits.
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Par hema6, le 11/04/2011
La Peine du menuisier de
Marie Le Gall
La photographie est toute puissante, elle nous rend prisonniers. La photographie ne reproduit pas l'instant, elle le vole. On ne lui échappe pas, elle prend la vie. Elle est la vérité de ce qui a été, et qui est encore sous nos yeux, comme si nous faisions partie intégrante de cet espace clos, comme si nous étions là, nous aussi, fixés sur le papier glacé, immobiles, en compagnie muette de celui, de celle que nous regardons dans le calme le plus absolu.
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Par hema6, le 11/04/2011
La Peine du menuisier de
Marie Le Gall
Il y avait une lassitude, une tristesse vague et douce dans cette chevelure qui se laissait faire, fatiguée d'avoir été chaque jour d'une existence entière prisonnière d'une coiffe, sagement lissée et maintenue. C'était la même lassitude qu'exprimaient ses yeux délavés , ses yeux de pluie qui s'éclairaient et devenaient tendres quand ils me dévisageaient, ses yeux si clairs à la pupille noire comme une petite pierre au fond d'un ruisseau.
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Par MissAlfie, le 08/04/2012
La Peine du menuisier de
Marie Le Gall
A la TSF, le journaliste disait Sir Winston Chruchill en prononçant "sœur". Je savais bien dans quel cas on employait "sœur" : sœur Isabelle, sœur Philomène... Or je ne comprenais pas pourquoi on disait "sœur" pour un homme. En me forçant un peu, j'arrivais à faire du ministre une religieuse. Après tout, il vivait dans un autre pays, un pays où les hommes pouvaient peut-être devenir bonnes sœurs.
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Par Shokola, le 04/02/2011
La Peine du menuisier de
Marie Le Gall
Je jouais au jeu du secret. J'étais tantôt le menuisier, tantôt tonton Pierre. Je baragouinais un breton approximatif à voix très basse, inventant des souvenirs auxquels je n'avait pas accès. Il était toujours question de cimetière, de sépultures, de fantômes et d'âmes errantes qui hantaient les endroits anciens, les fermes en ruine environnantes...
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Par hema6, le 11/04/2011
La Peine du menuisier de
Marie Le Gall
J'oubliais sans savoir que j'oubliais. Tout s'effectuait à mon insu. Je me débarrassais de mon passé comme d'une vieille robe démodée, sans le moindre intérêt. En vérité, tout était conservé dans le grenier de ma mémoire.
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Par MissAlfie, le 08/04/2012
La Peine du menuisier de
Marie Le Gall
Les vieux mouraient chez eux, il n'allaient pas à l'hôpital. On ne les voyait pas vraiment diminuer et perdre leurs forces. Un soirs, il regardaient plus longuement que de coutume l'horizon et le Menez-Hom, sentinelle immobile et rose sous l'effet de la lumière qui s'adoucissait et le lendemain, quelqu'un les retrouvait endormis pour toujours "dans la pais du Seigneur" mais aussi dans leur lit au fond, près de la cheminée pleine de cendre chaudes encore odorantes, l'air tranquille.
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